Chapitre 58
Chapitre 58
Quelques jours s'étaient écoulés depuis le retour d'Azaël.
La maison avait retrouvé son agitation habituelle.
Soren avait recommencé à s'entraîner régulièrement.
Elyan passait toujours autant de temps dans les livres.
Elia, elle, semblait progressivement retrouver la légèreté qu'elle avait perdue pendant l'absence d'Azaël.
Tout n'était pas encore exactement comme avant.
Mais les choses allaient dans la bonne direction.
Ce matin-là, Azaël descendit dans la cuisine avant les autres.
Il posa une petite boîte sur la table.
Puis une seconde.
Et une troisième.
Il les observa quelques secondes.
Il avait réfléchi longtemps à ce qu'il pouvait leur offrir.
Pendant quatorze mois, il avait traversé des mondes.
Il avait rencontré des civilisations inconnues.
Il avait récupéré des objets dont la valeur dépassait largement celle de tout ce que possédait le royaume.
Mais il ne voulait pas leur donner quelque chose simplement parce que c'était rare.
Il voulait quelque chose qui leur corresponde.
La porte de la chambre s'ouvrit.
Elia entra.
— Tu es debout depuis longtemps ?
Azaël se retourna.
— Un moment.
Elle remarqua les boîtes.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Des cadeaux.
Elia haussa un sourcil.
— Des cadeaux ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Azaël resta silencieux une seconde.
Puis il répondit simplement :
— Parce que je n'ai pas vraiment eu l'occasion avant.
Elia comprit immédiatement.
Son expression changea légèrement.
— Azaël...
— Pendant tout ce temps, je pensais surtout à rentrer.
Il regarda les boîtes.
— Je n'ai pas pu leur offrir quoi que ce soit pendant quatorze mois.
— Tu n'avais pas besoin de leur acheter quelque chose.
— Je sais.
Il sourit légèrement.
— Mais j'en avais envie.
Elia s'approcha.
Elle regarda les trois boîtes.
— Et tu as pensé à moi aussi ?
— Évidemment.
Un petit sourire apparut sur son visage.
— Alors j'attends de voir.
Des pas retentirent dans le couloir.
Soren entra en courant.
— Papa !
Il s'arrêta en voyant les boîtes.
— C'est quoi ?
Elyan arriva derrière lui.
— Pourquoi tu cours encore ?
Soren pointa immédiatement les boîtes du doigt.
— Papa a préparé quelque chose.
Elyan regarda Azaël.
— Pour nous ?
— Pour vous trois.
Soren ouvrit de grands yeux.
— Pour nous trois ?
— Oui.
Azaël prit la première boîte.
Il la tendit à Soren.
— Celle-ci est pour toi.
Soren la prit immédiatement.
Il l'ouvrit.
Son expression changea aussitôt.
À l'intérieur se trouvait une épée.
Pas une épée en bois.
Une véritable arme, soigneusement conçue pour sa taille, avec une garde simple et élégante.
Soren resta complètement silencieux.
Il regarda l'épée.
Puis Azaël.
Puis de nouveau l'épée.
— C'est... une vraie ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Soren la regarda avec émerveillement.
— Elle est à moi ?
— À toi.
Le garçon avait du mal à cacher son enthousiasme.
— Je peux vraiment la garder ?
— Oui.
Soren serra la poignée entre ses mains, sans la dégainer.
— Elle est magnifique.
Azaël sourit.
— Elle appartenait à un maître d'armes d'un monde que j'ai traversé.
Soren leva les yeux.
— Tu l'as combattue ?
— Non.
— Alors comment tu l'as eue ?
— Il me l'a donnée.
Soren regarda l'épée avec encore plus d'attention.
— Elle est spéciale ?
— Oui.
Azaël marqua une pause.
— Mais ce n'est pas parce qu'elle est spéciale que tu dois te croire invincible.
Soren hocha immédiatement la tête.
— Je sais.
Elia intervint :
— Et elle reste sous certaines règles.
Soren se tourna vers elle.
— Lesquelles ?
— Tu ne la prends pas sans permission.
— D'accord.
— Tu ne la montres pas aux autres pour te vanter.
— D'accord.
— Et surtout, tu écoutes ton père lorsqu'il t'apprend à t'en servir.
Soren regarda Azaël.
— Promis.
Azaël hocha la tête.
— Alors elle est à toi.
Soren sourit tellement qu'il semblait incapable de tenir en place.
— Merci, papa !
Il se rapprocha de lui et le serra brièvement dans ses bras.
Azaël resta surpris une seconde.
Puis il posa une main sur sa tête.
— De rien.
Soren retourna immédiatement observer son cadeau.
Elyan regardait la scène avec un léger sourire.
Azaël prit alors la deuxième boîte.
— À ton tour.
Elyan s'approcha.
Il ouvrit la boîte avec beaucoup plus de précaution que son frère.
À l'intérieur se trouvait un livre.
Mais ce n'était pas un livre ordinaire.
Sa couverture était sombre, parcourue de fines inscriptions argentées.
Elyan le prit délicatement.
— Un grimoire ?
— Oui.
Ses yeux s'agrandirent.
— Il contient des sorts ?
— Beaucoup.
Elyan ouvrit la première page.
Des symboles apparurent légèrement sous ses doigts.
— Il est magique...
— Plus que ça.
Azaël s'assit.
— Ce grimoire amplifie les pouvoirs de celui qui le possède.
Elyan releva immédiatement la tête.
— Mes pouvoirs ?
— Oui.
— Comment ?
— Il agit comme un catalyseur. Il peut renforcer ton énergie et t'aider à mieux comprendre certains sorts.
Elyan parcourut rapidement les pages.
— Je peux apprendre tout ça ?
— Pas tout immédiatement.
Azaël sourit.
— Mais tu as largement de quoi travailler.
Elyan regarda les pages suivantes.
Il découvrit plusieurs sorts liés à son pouvoir.
Des sorts capables d'accélérer la croissance d'une plante.
D'autres permettant de restaurer progressivement une végétation endommagée.
Un autre semblait pouvoir créer une barrière faite de racines et de branches.
Elyan resta fasciné.
— Papa...
— Oui ?
— Tu connais tous ces sorts ?
— Beaucoup.
— Tu peux me les apprendre ?
— C'est justement pour ça que je te l'ai offert.
Elyan referma doucement le grimoire.
— Merci.
Azaël lui sourit.
— Tu n'as pas besoin de me remercier.
— Si.
Elyan regarda son livre.
— Tu l'as cherché pour moi.
Azaël resta silencieux un instant.
— Je voulais trouver quelque chose qui te ressemble.
Elyan sourit.
— Alors tu as réussi.
Soren s'approcha.
— Il y a des sorts de combat ?
Elyan lui montra une page.
— Regarde.
Soren observa les symboles.
— Je comprends rien.
— Normal.
— C'est nul.
Elyan referma le livre.
— Je vais quand même t'apprendre deux ou trois choses.
Soren sourit.
— Vraiment ?
— Oui.
Azaël les regarda.
— Voilà qui devrait éviter que vous vous disputiez pour savoir qui a le meilleur cadeau.
Soren croisa les bras.
— J'ai une vraie épée.
Elyan répondit calmement :
— Moi, j'ai un grimoire.
— Mon épée est mieux.
— Mon grimoire peut contenir des centaines de sorts.
— Mon épée coupe.
— Mon grimoire peut probablement faire pousser un arbre sur ton épée.
Soren resta silencieux.
Puis il réfléchit.
— D'accord. C'est pas mal.
Elia éclata de rire.
Azaël secoua la tête.
— Vous êtes impossibles.
Puis il prit la dernière boîte.
Cette fois, il se tourna vers Elia.
— Et celui-ci est pour toi.
Elia prit la boîte.
— Je me demande ce que tu as trouvé.
Elle l'ouvrit.
À l'intérieur se trouvait un collier.
Il était simple, mais particulièrement élégant.
Une fine chaîne entourait un pendentif représentant une petite pierre claire, taillée en forme de goutte.
Elia resta silencieuse.
Elle le prit délicatement.
— Azaël...
— Je l'ai trouvé dans un royaume où les pierres sont façonnées par la lumière.
Elle regarda le pendentif.
— Il est magnifique.
— Je pensais qu'il t'irait.
Elia sourit.
— Tu as vraiment choisi ça tout seul ?
— Oui.
— Alors tu t'es amélioré.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as enfin compris que les cadeaux n'ont pas besoin de détruire un continent pour être impressionnants.
Azaël eut un petit rire.
— Je prends ça comme un compliment.
Elia lui tendit le collier.
— Tu peux me l'attacher ?
Azaël prit doucement le collier.
Il passa la chaîne autour de son cou et attacha le fermoir.
Elia toucha le pendentif.
— Merci.
Azaël la regarda.
— Je sais que ça ne rattrape pas mon absence.
Elia resta silencieuse.
— Mais pendant tout ce temps, j'ai pensé à vous.
Elle baissa les yeux vers le collier.
— Je sais.
— Et je voulais vous ramener quelque chose.
Elle releva les yeux.
— Tu n'avais pas besoin de nous ramener des cadeaux.
— Je sais.
Azaël sourit.
— Mais maintenant que je suis revenu, j'ai bien l'intention de profiter du temps que j'ai avec vous.
Elia lui adressa un sourire sincère.
— Alors tu vas devoir supporter nos demandes.
Soren leva immédiatement la main.
— Moi, j'ai déjà une demande !
Azaël le regarda.
— Quoi ?
— Tu peux m'apprendre avec ma nouvelle épée ?
Azaël réfléchit.
— Pas aujourd'hui.
Soren fit une moue.
— Pourquoi ?
— Parce que tu viens juste de la recevoir.
— Demain ?
— On verra.
— Papa...
Azaël sourit.
— Demain.
Soren leva les bras.
— Oui !
Elyan leva son grimoire.
— Et moi ?
— Toi aussi.
— Quand ?
— Après le petit déjeuner.
Elyan sourit.
— D'accord.
Elia regarda les trois hommes de sa famille.
Elle toucha encore une fois son collier.
Puis elle sourit.
Pendant quatorze mois, Azaël avait été absent.
Il avait manqué des anniversaires.
Des entraînements.
Des journées ordinaires.
Des moments qui ne reviendraient jamais.
Il ne pouvait pas effacer cette période.
Mais il pouvait faire quelque chose.
Être présent maintenant.
Chaque jour.
Chaque repas.
Chaque entraînement.
Chaque conversation.
Et peut-être qu'avec le temps, les souvenirs difficiles laisseraient progressivement la place à de nouveaux souvenirs.
Soren regarda son épée.
Elyan feuilleta déjà son grimoire.
Elia observait son pendentif.
Azaël les regarda tous les trois.
— Vous savez...
Ils relevèrent les yeux.
— Je n'ai pas eu beaucoup d'occasions de vous offrir quoi que ce soit avant.
Il marqua une pause.
— Alors je compte bien me rattraper.
Soren sourit.
— Tu peux commencer par m'apprendre une nouvelle technique demain.
Elyan ajouta :
— Et moi, un nouveau sort.
Elia croisa les bras.
— Et moi, je veux un autre cadeau.
Azaël haussa un sourcil.
— Déjà ?
Elle sourit.
— Je plaisante.
Soren éclata de rire.
Elyan aussi.
Azaël secoua la tête.
Mais cette fois, il riait avec eux.
La maison était pleine de voix.
Pleine de vie.
Et pour Azaël, c'était le plus beau cadeau qu'il aurait pu recevoir.