Chapitre 59
Chapitre 59
Le lendemain matin, le jardin derrière la maison était déjà animé.
Soren tenait fermement sa nouvelle épée.
Pour la première fois, il ne s'agissait plus d'un simple morceau de bois.
L'arme était réelle, même si Azaël avait choisi une lame adaptée à son âge et soigneusement équilibrée.
Elyan, lui, se tenait un peu plus loin avec son nouveau grimoire.
Il avait déjà passé une bonne partie de la matinée à parcourir ses pages.
Azaël se tenait devant eux.
— Très bien.
Soren se redressa immédiatement.
— On commence ?
— Oui.
— Enfin !
Elyan leva les yeux de son livre.
— Tu dis ça depuis dix minutes.
— Parce qu'il parle trop.
— Et toi, tu ne réfléchis pas assez.
Soren lui tira la langue.
Azaël soupira.
— Vous allez vraiment commencer à vous disputer maintenant ?
Les deux garçons se turent.
— Bien.
Azaël regarda Soren.
— Première règle.
Soren se redressa.
— Je t'écoute.
— Une vraie épée n'est pas un jouet.
— Je sais.
— Tu ne la dégaines jamais sans permission.
— D'accord.
— Tu ne l'utilises jamais contre quelqu'un simplement parce que tu veux essayer une nouvelle technique.
Soren hocha la tête.
— Compris.
Azaël regarda son fils quelques secondes.
— Et surtout, tu dois apprendre à savoir quand ne pas combattre.
Soren fronça les sourcils.
— Mais si je veux devenir chevalier...
— Justement.
Azaël posa une main sur son épaule.
— Un bon chevalier ne cherche pas les combats.
Soren réfléchit.
— Il protège les gens ?
— Exactement.
Le garçon sourit.
— Alors je veux apprendre.
Azaël recula de quelques pas.
— Montre-moi ce que tu sais faire.
Soren se mit en position.
Il avança.
Son premier mouvement était rapide.
Le deuxième beaucoup moins.
Azaël esquiva sans difficulté.
— Trop direct.
Soren recommença.
Azaël évita encore.
— Tu annonces ton attaque avec ton épaule.
— Comment ?
— Regarde.
Azaël reproduisit son mouvement.
Soren comprit immédiatement.
— Ah.
— Encore.
Soren recommença.
Cette fois, Azaël bloqua son attaque avec une seule main.
— Mieux.
Le visage de Soren s'illumina.
— Vraiment ?
— Oui.
Il lui rendit son épée.
— Mais tu comptes encore trop sur ta force.
— C'est mal ?
— Pas forcément.
Azaël sourit légèrement.
— Mais tu ne seras pas toujours le plus fort.
Soren regarda son épée.
— Même toi ?
Azaël resta silencieux une seconde.
— Surtout moi.
Soren sembla réfléchir sérieusement à cette réponse.
Puis il reprit sa position.
— Alors je dois devenir meilleur.
— Oui.
— Même si je suis plus faible que toi ?
— Oui.
— Même si je n'arrive jamais à te battre ?
Azaël sourit.
— Si tu arrives un jour à me battre, je serai probablement très fier.
Soren serra la poignée.
— Alors je vais y arriver.
Elyan leva les yeux de son grimoire.
— Tu rêves.
Soren se retourna.
— Toi, tu ne sais même pas tenir une épée.
— Et toi, tu ne sais même pas lire correctement.
— Je sais lire !
— Alors lis cette page.
Soren regarda le grimoire.
— Je comprends rien.
Elyan sourit.
— Exactement.
Azaël secoua la tête.
— Vous êtes incroyables.
Après une bonne heure d'entraînement, Soren finit par s'asseoir dans l'herbe.
Il était épuisé.
Azaël s'assit à côté de lui.
Elyan les rejoignit quelques minutes plus tard.
Le grimoire fermé sur les genoux.
— J'ai une question.
Azaël regarda Elyan.
— Vas-y.
— Quand tu étais jeune...
Soren releva immédiatement la tête.
— Tu étais jeune ?
Azaël le regarda.
— Oui.
— Comme nous ?
— Non.
— Alors comment ?
— C'est compliqué.
Soren réfléchit.
— Tu avais des amis ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
— Beaucoup ?
— Quelques-uns.
Elyan demanda :
— Et tu avais une famille ?
Azaël resta silencieux une seconde.
— Oui.
Les deux garçons attendirent.
Azaël ne développa pas.
Soren finit par demander :
— Et tu avais une fille que tu aimais ?
Azaël tourna lentement la tête vers lui.
— Pourquoi cette question ?
Soren haussa les épaules.
— Je sais pas.
Elyan sourit.
— Tu veux surtout savoir si papa avait des filles autour de lui.
— Pas du tout.
— Si.
— Pas du tout !
Azaël éclata de rire.
— Vous êtes sérieux ?
Soren croisa les bras.
— Je veux savoir.
— Pourquoi ?
— Parce que...
Il réfléchit.
— Parce que je me demande si un jour j'aurai une fille que j'aimerai bien.
Elyan regarda son frère.
— Tu as sept ans.
— Et alors ?
Azaël sourit.
— Tu as largement le temps.
Soren réfléchit.
— Comment on sait si une fille nous aime bien ?
Azaël resta silencieux.
Elyan attendit également sa réponse.
— Je ne suis probablement pas la meilleure personne pour répondre.
Soren fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai passé une très longue partie de ma vie sans me poser la question.
Elyan demanda :
— Et maman ?
Azaël sourit.
— Avec maman, c'était différent.
— Comment ?
Azaël réfléchit.
— Je n'ai pas eu besoin de chercher à savoir.
Soren sembla perplexe.
— Pourquoi ?
— Parce qu'on s'est simplement appréciés.
Elyan hocha lentement la tête.
— Donc il faut juste être gentil ?
— Pas seulement.
Azaël regarda ses deux fils.
— Il faut surtout respecter l'autre personne.
— Même si elle dit non ?
— Surtout si elle dit non.
Soren acquiesça sérieusement.
— D'accord.
Elyan réfléchit.
— Et si elle dit oui ?
Azaël sourit.
— Alors tu verras bien.
Soren soupira.
— Les adultes compliquent tout.
Azaël éclata de rire.
— Tu comprendras plus tard.
— Je veux comprendre maintenant.
— Profite de ton enfance.
Soren fit une grimace.
— C'est nul.
Elyan referma son grimoire.
— Moi, je préfère les livres.
Soren le regarda.
— Toi, tu finiras vieux tout seul avec tes livres.
— Et toi, tu finiras couvert de boue avec ton épée.
— Au moins je serai un chevalier.
— Au moins je serai intelligent.
— Je suis intelligent !
— Prouve-le.
Azaël intervint immédiatement.
— Stop.
Les deux garçons se turent.
Azaël sourit.
— Vous pouvez être les deux.
Soren regarda Elyan.
Elyan regarda Soren.
Puis Soren tendit la main.
— Équipe ?
Elyan sourit.
— Équipe.
Ils se serrèrent la main.
Azaël les observa.
Il avait raté beaucoup de choses.
Des premiers progrès.
Des petites disputes.
Des moments simples.
Mais il pouvait encore en vivre d'autres.
Et cette fois, il comptait bien être présent.
Dans l'après-midi, Azaël continua l'entraînement d'Elyan.
Le grimoire était posé devant lui.
— Quel sort veux-tu essayer ?
Elyan tourna plusieurs pages.
— Celui-là.
Azaël regarda le symbole.
— Une restauration accélérée.
Elyan hocha la tête.
— Je veux essayer.
— Très bien.
Azaël lui expliqua les premières étapes.
Elyan ferma les yeux.
Une faible lumière apparut autour de ses mains.
L'herbe devant lui commença à se redresser.
Quelques petites plantes reprirent vie.
Elyan ouvrit les yeux.
— J'ai réussi !
— Oui.
— Je peux recommencer ?
— Pas immédiatement.
— Pourquoi ?
— Parce que ton énergie a une limite.
Elyan fit une petite moue.
— Mais je veux apprendre plus.
— Tu apprendras.
Azaël posa un doigt sur le grimoire.
— Ce livre peut amplifier ton pouvoir. Il peut aussi t'aider à aller trop loin si tu ne fais pas attention.
Elyan hocha sérieusement la tête.
— Je ferai attention.
— Bien.
Soren arriva derrière eux.
— C'est à moi !
Azaël se retourna.
— Tu viens de t'entraîner pendant une heure.
— Oui.
— Tu es fatigué.
— Non.
Azaël le regarda.
Soren bâilla.
Elyan éclata de rire.
— Je ne suis pas fatigué !
Il bâilla encore.
Azaël sourit.
— Va te reposer.
— Mais…
— Demain.
Soren soupira.
— D'accord.
Il repartit en traînant les pieds.
Elyan regarda son frère.
— Il ne changera jamais.
Azaël sourit.
— J'espère que non.
Le soir venu, ils mangèrent tous les quatre.
Soren raconta son entraînement en exagérant légèrement certaines parties.
— Et là, papa a dû bloquer mon attaque.
Elia haussa un sourcil.
— « Dû » ?
Azaël répondit :
— Il a surtout raté trois fois avant.
— Papa !
Elia rit.
Elyan ajouta :
— Il a aussi essayé de me convaincre qu'il savait lire le grimoire.
Soren protesta :
— Je voulais juste regarder !
— Tu regardais la page à l'envers.
Elia éclata de rire.
Soren croisa les bras.
— Tout le monde est contre moi.
Azaël posa sa main sur sa tête.
— Personne n'est contre toi.
— Même pas maman ?
Elia sourit.
— Même pas moi.
Soren se détendit.
Le repas continua dans la bonne humeur.
Puis, après le dîner, Elia se leva pour débarrasser.
Azaël l'aida.
Lorsqu'il revint dans la pièce principale, elle tenait une enveloppe.
— Azaël.
Il se tourna vers elle.
— Oui ?
— On a reçu ça cet après-midi.
Elle lui tendit l'enveloppe.
Azaël reconnut immédiatement le sceau.
Le symbole royal.
Il ouvrit le courrier.
Ses yeux parcoururent rapidement les lignes.
Elia attendit.
— Alors ?
Azaël lui tendit la lettre.
— Une invitation.
Elle la lut.
Puis releva les yeux.
— Du palais ?
— Oui.
— Pour quoi faire ?
Azaël regarda la dernière ligne.
— Un banquet.
Elia fronça les sourcils.
— Un banquet ?
— Ils veulent célébrer mon retour.
Soren, qui jouait non loin de là, releva immédiatement la tête.
— Un banquet ?
Elyan leva également les yeux de son livre.
— Au palais ?
Elia sourit.
— Apparemment.
Soren se leva d'un bond.
— On va y aller ?
Azaël regarda Elia.
Puis ses fils.
Il ne répondit pas immédiatement.
Après tout ce qui s'était passé dans ce palais, l'idée d'y retourner était loin de l'enchanter.
Mais cette fois, les choses étaient différentes.
Il n'y allait pas seul.
Il avait sa famille avec lui.
Elia replia la lettre.
— Alors ?
Azaël soupira.
Puis un léger sourire apparut sur son visage.
— Je suppose qu'on peut bien leur faire cet honneur.
Soren leva les bras.
— Oui !
Elyan sourit.
Elia secoua la tête.
— Ça promet d'être intéressant.
Azaël regarda la lettre une dernière fois.
Le royaume voulait célébrer son retour.
Mais après quatorze mois d'absence et tout ce qui s'était passé entre-temps, ce banquet risquait d'être bien plus qu'une simple fête.
Car pour la première fois depuis son départ...
Azaël allait retourner au palais avec toute sa famille.