Chapitre 56
Chapitre 56
La porte de la salle s'ouvrit lentement.
Azaël ne bougea pas.
Kaelros, lui, fixait l'obscurité derrière l'entrée.
Pendant quelques secondes, rien ne se produisit.
Puis une silhouette apparut.
Un homme.
Il portait une armure blanche couverte de symboles anciens.
Derrière lui, plusieurs autres présences approchaient.
Azaël soupira.
— Ils sont déjà là.
Kaelros hocha la tête.
— Oui.
L'homme entra dans la salle.
Son regard se posa immédiatement sur Azaël.
Il s'arrêta.
Puis son expression changea.
— Toi...
Azaël le regarda.
— Ça faisait longtemps.
L'homme serra les dents.
— Tu n'aurais jamais dû revenir.
Azaël eut un léger sourire.
— J'entends ça assez souvent.
Kaelros intervint.
— Tu es venu pour parler ?
— Non.
L'homme leva la main.
Une immense quantité d'énergie apparut autour de lui.
— Je suis venu empêcher que la prophétie s'accomplisse.
Azaël regarda l'énergie.
Puis l'homme.
— Alors tu as fait le mauvais choix.
Il disparut.
L'instant suivant, il se trouvait devant le dieu.
Un coup.
L'homme fut projeté à travers la salle.
Il traversa plusieurs murs avant de disparaître dans les profondeurs de la tour.
Les autres dieux s'arrêtèrent.
Azaël se retourna vers Kaelros.
— C'était qui ?
— Damaris.
— Je ne me souviens pas de lui.
— Il n'était pas assez important à ton époque.
Azaël sourit.
— Ça explique pourquoi.
Un autre dieu entra.
Puis un autre.
Puis encore un autre.
En quelques secondes, la salle fut remplie de présences divines.
Azaël les observa.
Certains étaient vieux.
D'autres plus jeunes.
Certains le regardaient avec haine.
D'autres avec inquiétude.
Un dieu s'avança.
— Azaël.
— Oui ?
— Nous ne voulons pas nous battre.
Azaël haussa un sourcil.
— Alors pourquoi êtes-vous ici ?
— Pour négocier.
— Je vous écoute.
Le dieu regarda Kaelros.
Puis Azaël.
— Laissez-nous les enfants.
Le silence tomba.
Azaël ne sourit plus.
— Répète.
— Les deux enfants doivent être placés sous la protection des dieux.
Azaël fit un pas.
— Non.
— Tu ne comprends pas…
— Non.
Sa voix était calme.
— Vous ne les toucherez pas.
Le dieu fronça les sourcils.
— Leur existence menace l'équilibre du monde.
— Ce n'est pas mon problème.
— Ils pourraient provoquer la fin des dieux.
Azaël le fixa.
— Alors les dieux devraient peut-être apprendre à vivre avec cette possibilité.
Un silence.
Puis plusieurs présences apparurent autour de la tour.
Kaelros regarda les fenêtres.
— Ils sont nombreux.
Azaël observa l'horizon.
Des dizaines de silhouettes apparaissaient dans le ciel.
Puis des centaines.
Kaelros se tourna vers son fils.
— Azaël...
— Je sais.
Il fit un pas vers l'extérieur.
— Ils veulent une guerre.
Kaelros resta silencieux.
Azaël regarda les dieux.
— Alors ils l'auront.
La première bataille commença avant même le coucher du soleil.
Des éclairs traversèrent le ciel.
Les montagnes furent secouées.
Les dieux s'affrontèrent autour de la Tour des Heures.
Azaël n'utilisa presque aucune puissance.
Il avançait simplement.
Un dieu tenta de l'arrêter.
Azaël le repoussa.
Un second attaqua.
Il esquiva.
Un troisième lança une immense attaque.
Azaël la dévia d'un simple geste.
Puis il frappa.
Le dieu tomba.
Azaël continua d'avancer.
Il ne cherchait pas à tuer.
Pas encore.
Mais les dieux comprirent rapidement quelque chose.
Ils n'étaient pas face à un dieu ordinaire.
Ils étaient face à Azaël.
Le Dieu du Chaos.
Celui qui avait autrefois dominé les autres dieux.
Un dieu apparut devant lui.
— Tu ne peux pas tous nous vaincre.
Azaël regarda autour de lui.
— Je n'ai jamais dit que je le ferais aujourd'hui.
Puis il disparut.
Le combat continua pendant des heures.
Lorsque la nuit tomba, plusieurs dieux avaient déjà fui.
D'autres avaient été vaincus.
Azaël resta debout au milieu du champ de bataille.
Kaelros l'observait depuis la tour.
— Tu recommences...
Azaël leva les yeux.
— Quoi ?
— À redevenir celui que tu étais.
Azaël resta silencieux.
— Je ne veux pas redevenir celui que j'étais.
— Pourtant, tu te bats comme lui.
Azaël regarda ses mains.
— Je me bats pour une raison différente.
Kaelros comprit.
— Elia.
Azaël hocha la tête.
— Et mes fils.
Les jours passèrent.
Puis les semaines.
Les attaques se multiplièrent.
Les dieux commencèrent à envoyer leurs serviteurs.
Puis leurs armées.
Puis eux-mêmes.
Azaël quitta la Tour des Heures.
Il parcourut plusieurs mondes.
À chaque endroit, un dieu venait à sa rencontre.
Certains tentaient de négocier.
D'autres attaquaient immédiatement.
Certains trahirent leurs propres alliés.
Azaël commença à comprendre que cette guerre était beaucoup plus complexe qu'il ne l'avait imaginé.
Les dieux ne formaient pas un groupe uni.
Ils avaient leurs propres intérêts.
Certains voulaient éliminer les enfants.
D'autres voulaient les protéger.
D'autres encore voulaient utiliser leur pouvoir.
Et certains avaient simplement peur d'Azaël.
Alors la guerre s'étendit.
Deux mois après son départ, Azaël affronta un dieu connu sous le nom de Rhaëgor.
Le combat dura presque une journée entière.
Rhaëgor contrôlait la foudre.
Chaque attaque faisait trembler le ciel.
Azaël, lui, avançait sans ralentir.
— Pourquoi refuses-tu de mourir ? cria Rhaëgor.
Azaël esquiva une attaque.
— Parce que j'ai encore des choses à faire.
Rhaëgor lança toute sa puissance.
Azaël leva la main.
La foudre disparut.
Rhaëgor resta immobile.
Azaël s'approcha.
— Tu aurais dû partir.
— Je ne peux pas.
— Alors c'est terminé.
Azaël frappa.
Rhaëgor tomba.
Cette fois, il ne se releva pas.
Azaël regarda le ciel.
Puis il reprit sa route.
Quelques mois plus tard, une autre bataille éclata.
Cette fois, trois dieux attaquèrent Azaël ensemble.
Ils étaient beaucoup plus puissants que les précédents.
Azaël dut enfin augmenter sa puissance.
Un peu.
Puis davantage.
Le ciel se déchira sous leurs attaques.
Les montagnes furent détruites.
Des mers entières furent déplacées.
Azaël finit par les vaincre.
Mais cette fois, il comprit quelque chose.
Chaque combat attirait davantage de dieux.
Plus il en battait, plus les autres avaient peur.
Et plus ils avaient peur...
plus ils devenaient dangereux.
Alors Azaël arrêta de les attendre.
Il commença à aller les chercher.
Les mois suivants furent différents.
Azaël parcourut les territoires divins.
Il découvrit des royaumes inconnus.
Des mondes entièrement contrôlés par un seul dieu.
Des civilisations qui le priaient.
D'autres qui le détestaient.
Il rencontra des dieux qu'il n'avait jamais connus.
Certains étaient faibles.
D'autres pouvaient détruire des continents.
Mais aucun ne pouvait réellement rivaliser avec lui.
Peu à peu, son nom recommença à circuler.
Dans les temples.
Dans les royaumes.
Dans les mondes éloignés.
Une phrase revenait partout.
Le Dieu du Chaos est revenu.
Et chaque fois qu'un dieu entendait cette phrase...
il savait que la guerre approchait.
Huit mois passèrent.
Azaël n'était toujours pas rentré.
Au village, Elia regardait régulièrement la route.
Elle recevait parfois des nouvelles.
Des rumeurs.
Des histoires impossibles.
Un dieu vaincu.
Un royaume détruit.
Une armée disparue.
Mais aucune nouvelle directe.
Elyan avait commencé à demander plus souvent :
— Quand papa revient ?
Elia répondait toujours la même chose.
— Bientôt.
Soren, lui, avait cessé de poser la question.
Il s'entraînait davantage.
Il voulait devenir plus fort.
Pas pour combattre les dieux.
Pour pouvoir protéger sa famille.
Elia le regardait parfois depuis la fenêtre.
Puis elle regardait Elyan.
Ses deux fils grandissaient.
Et Azaël n'était pas là.
Mais elle savait qu'il reviendrait.
Il lui avait promis.
Dix mois après son départ, Azaël affronta l'un des plus anciens dieux encore vivants.
Son nom était Mordrann.
Le Dieu de la Destruction.
Il connaissait Azaël.
Et contrairement aux autres, il ne semblait pas avoir peur.
— Tu as changé.
Azaël le regarda.
— Tout le monde me dit ça.
— Non.
Mordrann sourit.
— Tu es devenu plus dangereux.
Azaël ne répondit pas.
Le combat commença.
Cette fois, Azaël dut utiliser une quantité de puissance qu'il n'avait plus utilisée depuis très longtemps.
Les deux dieux s'affrontèrent pendant plusieurs heures.
À la fin, Azaël resta debout.
Mordrann tomba.
Azaël s'approcha.
— Pourquoi as-tu continué ?
Mordrann sourit faiblement.
— Parce que je voulais voir si la légende était vraie.
— Et ?
Mordrann ferma les yeux.
— Elle était sous-estimée.
Azaël resta silencieux.
Puis il partit.
Un an passa.
Azaël avait vaincu des dizaines de dieux.
Certains étaient morts.
D'autres avaient fui.
Quelques-uns avaient finalement accepté de ne plus intervenir.
Mais une dernière bataille restait.
Les dieux survivants s'étaient regroupés.
Ils avaient formé une alliance.
Ils attendaient Azaël dans un monde sans nom.
Il arriva seul.
Face à lui se tenaient plusieurs dizaines de dieux.
Le silence était total.
Un dieu s'avança.
— Azaël.
Il regarda autour de lui.
— Vous êtes nombreux.
— Cette fois, tu ne repartiras pas.
Azaël sourit.
— C'est ce qu'ils disent tous.
Les dieux attaquèrent.
Azaël disparut.
Le ciel explosa de lumière.
Le combat dura des heures.
Azaël fut touché.
Il tomba une fois.
Puis se releva.
Les dieux continuèrent.
Encore.
Et encore.
Mais chaque fois qu'il se relevait, quelque chose dans son regard changeait.
Il ne combattait plus seulement pour gagner.
Il combattait pour rentrer.
Pour revoir Elia.
Pour revoir Elyan et Soren.
Et lorsqu'il comprit que la bataille ne s'arrêterait jamais...
Azaël libéra une partie bien plus importante de sa puissance.
Le monde entier trembla.
Les dieux cessèrent d'attaquer.
Azaël se tenait au milieu du champ de bataille.
Son aura recouvrait l'horizon.
Il regarda les survivants.
— C'est terminé.
Personne ne répondit.
Azaël fit un pas.
— Je vous ai laissé des chances.
Un deuxième.
— Vous avez continué.
Un troisième.
— Alors maintenant...
Il leva les yeux.
— Je rentre chez moi.
Le silence resta total.
Un an et deux mois après son départ, Azaël se tenait devant un portail.
Derrière lui, des mondes entiers portaient encore les traces de cette guerre.
Il avait vaincu des dieux.
Détruit leurs armées.
Brisé leurs alliances.
Et surtout, il avait appris quelque chose.
La prophétie n'était pas le véritable danger.
Le véritable danger était ce que les dieux seraient prêts à faire pour empêcher son accomplissement.
Azaël regarda le portail.
Il pensa à Elia.
À Elyan.
À Soren.
Puis il sourit.
— J'ai été absent assez longtemps.
Il franchit le portail.
Cette fois...
il rentrait chez lui.