Chapitre 53
Chapitre 53
Le lendemain matin, la maison était silencieuse.
Les premiers rayons du soleil traversaient les volets et éclairaient doucement la chambre.
Azaël était réveillé depuis quelques minutes.
Il était allongé sur le dos, les yeux fixés au plafond.
Il repensait à la veille.
Aux six inconnus.
À Elyan.
À la réaction de son pouvoir.
Et surtout à cette phrase.
Ils sont liés à quelque chose que même les dieux ne veulent pas réveiller.
Azaël n'aimait pas cette idée.
À côté de lui, Elia bougea légèrement avant d'ouvrir les yeux.
Elle resta quelques secondes immobile.
Puis elle tourna la tête vers lui.
— Tu réfléchis encore.
Azaël la regarda.
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
— Quelques minutes.
Elia soupira.
— Tu devrais dormir davantage.
— J'ai l'habitude de dormir peu.
— Ça n'empêche pas que tu devrais dormir.
Azaël esquissa un sourire.
— Tu me donnes beaucoup d'ordres ces derniers temps.
— Quelqu'un doit bien le faire.
Elle se redressa légèrement.
Puis son expression devint plus sérieuse.
— Tu pensais à hier ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
— Moi aussi.
Un silence s'installa.
Elia regarda le plafond.
— Je n'ai pas aimé la façon dont ils parlaient de nos enfants.
— Moi non plus.
— Ils avaient l'air de savoir quelque chose.
— Oui.
— Et toi aussi.
Azaël ne répondit pas.
Elia tourna la tête vers lui.
— Tu savais qu'ils pouvaient provoquer ce genre de réaction ?
— Non.
— Alors pourquoi tu semblais si calme ?
Azaël réfléchit quelques secondes.
— Parce que j'ai déjà vu des choses beaucoup plus étranges.
— Évidemment.
Elle soupira.
— Parfois, j'oublie que tu as vécu beaucoup plus longtemps que tout le monde ici.
— Ça m'arrive aussi.
Elia fronça les sourcils.
— À toi ?
— Oui.
Elle le regarda avec curiosité.
— Comment ça ?
Azaël fixa le plafond.
— Quand je suis avec vous.
Elia resta silencieuse.
— Avec toi et les garçons, je ne pense pas à ce que j'étais avant.
— Et qu'est-ce que tu étais ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Puis il dit :
— Quelqu'un qui n'avait plus rien à perdre.
Elia le regarda.
— Et maintenant ?
Azaël tourna les yeux vers elle.
— Maintenant, j'ai beaucoup trop de choses à perdre.
Elle resta silencieuse.
Puis elle attrapa doucement sa main.
— Alors tu n'es plus tout seul.
Azaël serra légèrement ses doigts.
— Je sais.
Quelques secondes passèrent.
Elia finit par demander :
— Tu penses qu'ils reviendront ?
— Oui.
— Bientôt ?
— Probablement.
— Et si cette fois ils viennent pour les prendre ?
Azaël tourna immédiatement la tête vers elle.
Son expression devint sérieuse.
— Ils ne les prendront pas.
— Même s'ils sont envoyés par un dieu ?
— Même si tous les dieux viennent.
Elia resta silencieuse.
Elle savait qu'il ne plaisantait pas.
Mais quelque chose dans cette réponse lui fit poser une autre question.
— Tu as dit hier qu'ils parlaient de choses que les dieux ne veulent pas réveiller.
— Oui.
— Tu crois savoir de quoi ils parlaient ?
Azaël réfléchit.
— Pas exactement.
— Mais tu as une idée.
— Oui.
Elia attendit.
Azaël soupira.
— Il y a quelqu'un qui pourrait peut-être m'aider à comprendre.
— Qui ?
Il resta silencieux.
Pour la première fois depuis le début de leur conversation, il semblait hésiter véritablement.
Elia le remarqua.
— Azaël ?
— Mon père.
Elle se redressa légèrement.
— Ton père ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
— Tu ne m'as jamais parlé de lui.
— Je sais.
— Il est encore vivant ?
Azaël regarda le plafond.
— Oui.
Elia attendit quelques secondes.
— Il est humain ?
Azaël eut un léger sourire.
— Non.
— Un dieu ?
— Oui.
Elia resta silencieuse.
Puis elle demanda :
— Quel dieu ?
Azaël prit une inspiration.
— Le Dieu du Temps.
Le silence devint presque total.
Elia le regarda avec étonnement.
— Ton père est le Dieu du Temps ?
— Oui.
— Et tu ne pensais pas que c'était important de me le dire ?
Azaël réfléchit.
— Je ne savais pas comment amener le sujet.
Elia le fixa.
— Tu aurais pu commencer par « au fait, mon père est le Dieu du Temps ».
Azaël sourit.
— C'est vrai.
— Ça aurait été plus simple.
— Probablement.
Elia secoua la tête.
— Tu es vraiment impossible.
Elle marqua une pause.
— Comment il s'appelle ?
Azaël regarda vers la fenêtre.
— Kaelros.
Elia répéta doucement le nom.
— Kaelros...
— Le Dieu du Temps.
— Il est puissant ?
Azaël eut un petit sourire.
— Très.
— Plus que toi ?
Azaël resta silencieux.
Elia haussa un sourcil.
— Azaël ?
— Il est différent.
— Ce n'est pas une réponse.
— Parce qu'il n'y a pas de réponse simple.
Il se redressa légèrement.
— Le temps n'est pas quelque chose qu'on peut simplement comparer à la force.
Elia réfléchit.
— Il peut faire quoi ?
— Beaucoup de choses.
— Comme arrêter le temps ?
— Oui.
— Le remonter ?
Azaël hésita.
— Oui.
Elia ouvrit légèrement les yeux.
— Donc...
— Oui.
— Il peut modifier le passé ?
Azaël secoua lentement la tête.
— Pas exactement.
— Alors ?
— Le temps a ses propres règles.
Il marqua une pause.
— Même Kaelros ne peut pas simplement faire tout ce qu'il veut.
Elia sembla rassurée.
— Tant mieux.
Azaël eut un léger sourire.
— Tu sembles avoir peur qu'il puisse revenir dans le passé et changer ta vie.
— Avec tout ce que tu me racontes, j'ai le droit d'être prudente.
— C'est raisonnable.
Elia resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle demanda :
— Vous êtes proches ?
Le sourire d'Azaël disparut.
— Non.
Elia comprit immédiatement que la question était différente.
— Vous vous êtes disputés ?
— Pas vraiment.
— Alors pourquoi ?
Azaël regarda ses mains.
— Parce que je suis parti.
— De ton monde ?
— Oui.
— Sans lui dire ?
— Il savait que je partirais.
— Mais il ne t'a pas arrêté ?
Azaël secoua la tête.
— Non.
Elia réfléchit.
— Pourquoi ?
Azaël resta silencieux un moment.
— Parce qu'il savait que je finirais par revenir.
— Et tu n'es jamais revenu.
— Jusqu'à maintenant.
Elia le regarda attentivement.
— Tu comptes le revoir ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Puis il dit :
— Si ce qui est arrivé aux garçons est lié à lui, oui.
Elia fronça les sourcils.
— Tu penses que ton père est impliqué ?
— Je ne sais pas.
— Mais tu le soupçonnes.
— Je soupçonne surtout que Kaelros sait quelque chose.
Elia se recoucha lentement.
— Pourquoi ?
Azaël regarda la fenêtre.
— Parce que le Temps est l'une des seules choses capables de cacher une vérité pendant des siècles.
Elia resta silencieuse.
Puis elle demanda :
— Tu crois qu'il sait ce que sont réellement Elyan et Soren ?
Azaël tourna les yeux vers elle.
— C'est possible.
— Et s'il sait ?
— Alors je lui demanderai.
— Et s'il refuse ?
Azaël sourit légèrement.
— Alors je trouverai une autre manière d'obtenir mes réponses.
Elia le fixa.
— Tu vas encore menacer quelqu'un ?
— Je n'ai rien menacé.
— Pas encore.
Azaël eut un léger rire.
— Tu me connais vraiment trop bien.
Elle sourit.
Puis son expression redevint sérieuse.
— Azaël...
— Oui ?
— Tu me fais confiance pour entendre tout ça ?
— Oui.
— Alors pourquoi tu ne m'en as jamais parlé avant ?
Azaël resta silencieux.
— Parce que je ne pensais pas que tu aurais besoin de connaître cette partie de mon passé.
Elia baissa les yeux.
— Je veux connaître ton passé.
Azaël la regarda.
— Même les mauvaises choses ?
— Surtout celles-là.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis il hocha lentement la tête.
— D'accord.
Elia sourit légèrement.
— Tu vois ? Ce n'était pas si difficile.
— Ne t'habitue pas à ce que je raconte tout.
— Trop tard.
Azaël secoua la tête.
Un bruit retentit alors dans le couloir.
Des petits pas.
Puis une voix.
— Papa ?
Azaël et Elia tournèrent la tête.
La porte s'ouvrit lentement.
Soren apparut dans l'encadrement.
Ses cheveux étaient complètement désordonnés.
Il tenait son épée en bois dans une main.
— J'ai faim.
Elia éclata de rire.
— Bonjour à toi aussi.
Soren entra.
— Bonjour.
Puis il regarda Azaël.
— Tu fais quoi ?
— Je parle avec maman.
Soren réfléchit.
— De quoi ?
Azaël regarda Elia.
Elle sourit.
— De ton grand-père.
Soren ouvrit de grands yeux.
— On a un grand-père ?
Azaël resta silencieux.
Puis il sourit.
— Oui.
— Il est fort ?
— Très.
Soren sembla immédiatement intéressé.
— Plus fort que toi ?
Azaël réfléchit.
— Ça dépend.
— De quoi ?
— De qui contrôle le temps.
Soren ouvrit encore plus les yeux.
— Il peut vraiment contrôler le temps ?
— Oui.
— Alors je veux le voir !
Elia se mit à rire.
— Tu viens à peine de te réveiller.
— Et alors ?
Azaël secoua la tête.
— Un jour.
Soren réfléchit.
— Quand ?
— Quand tu seras plus grand.
— Pourquoi ?
— Parce que tu dois encore apprendre beaucoup de choses.
Soren baissa légèrement la tête.
— D'accord.
Puis il releva les yeux.
— Et Elyan ?
— Il dort encore.
— Je vais le réveiller.
— Non.
Soren s'arrêta.
Azaël le regarda.
— Laisse ton frère dormir.
— Mais j'ai faim.
— Alors va manger.
Soren partit immédiatement.
Quelques secondes plus tard, on entendit ses pas descendre les escaliers.
Elia regarda Azaël.
— Ton fils vient de te donner raison.
— Sur quoi ?
— Il ne sait absolument pas attendre.
Azaël sourit.
— C'est bien mon fils.
Elia le regarda.
— Tu voudrais vraiment le revoir ?
Azaël comprit qu'elle parlait de Kaelros.
Son sourire disparut légèrement.
— Oui.
— Pourquoi maintenant ?
Azaël resta silencieux.
Puis il répondit :
— Parce que pour la première fois depuis très longtemps, j'ai une raison de chercher des réponses.
Il se leva.
— Et cette fois, je ne chercherai pas seulement pour moi.
Elia le regarda.
— Pour les garçons ?
— Pour vous trois.
Il quitta le lit.
Mais avant de sortir de la chambre, il s'arrêta.
— Elia.
— Oui ?
Azaël se retourna.
— Je ne sais pas encore ce qui arrive.
Il marqua une pause.
— Mais si mon père a une réponse, je la trouverai.
Elia hocha la tête.
— Alors je viendrai avec toi.
Azaël sourit.
— Je savais que tu dirais ça.
Ils quittèrent finalement la chambre.
Dans la cuisine, Soren était déjà en train de manger.
Elyan apparut quelques minutes plus tard, encore à moitié endormi, son livre sous le bras.
La matinée reprit son cours.
Mais quelque chose avait changé.
Pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde, Azaël avait décidé de retourner vers une personne qu'il avait volontairement laissée derrière lui.
Son père.
Kaelros.
Le Dieu du Temps.
Et si les réponses concernant Elyan et Soren existaient quelque part...
Azaël savait désormais où commencer à les chercher.