Chapitre 52
Chapitre 52
Le lendemain, le village avait retrouvé son calme.
Les habitants reprenaient leurs activités habituelles. Les marchands installaient leurs étals, les enfants jouaient dans les rues et les adultes discutaient des événements de la veille.
Pourtant, quelque chose avait changé.
Azaël le remarqua dès qu'il sortit de la maison.
Il s'arrêta devant la porte.
Le village était trop silencieux.
Pas assez pour inquiéter quelqu'un d'autre.
Mais suffisamment pour attirer son attention.
Elia sortit derrière lui.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Il regardait la rue.
— Rien.
Elia soupira.
— Tu recommences.
— Cette fois, je ne mens pas.
— Tu as cette tête.
— Quelle tête ?
— Celle que tu fais quand tu sens quelque chose.
Azaël sourit légèrement.
— Tu me connais trop bien.
— C'est peut-être parce que tu es facile à lire.
— Ça, j'en doute.
Un cri retentit soudain à l'autre bout du village.
Azaël tourna immédiatement la tête.
Elia aussi.
Puis un deuxième cri.
Des pas précipités résonnèrent dans la rue.
Un homme apparut au coin d'une maison.
Il courait.
— Azaël !
Azaël s'avança.
— Qu'est-ce qui se passe ?
L'homme reprit difficilement son souffle.
— Il y a des étrangers à l'entrée du village.
— Combien ?
— Six.
Azaël fronça les sourcils.
— Des soldats ?
— Non.
L'homme secoua la tête.
— Ils cherchent quelqu'un.
Elia sentit immédiatement son expression changer.
— Qui ?
L'homme regarda Azaël.
— Vos enfants.
Le silence tomba.
Azaël ne bougea plus.
Elia pâlit.
— Elyan et Soren ?
— Oui.
Azaël regarda vers la maison.
Les deux garçons étaient encore à l'intérieur.
Il n'hésita pas.
— Elia, va les chercher.
— Et toi ?
— Je m'occupe du reste.
Elle hocha la tête et rentra rapidement.
Azaël, lui, prit la direction de l'entrée du village.
Six personnes attendaient sur la route.
Elles ne portaient pas d'armure.
Leurs vêtements étaient simples, mais leurs regards ne l'étaient pas.
Au centre du groupe se trouvait une femme.
Elle semblait avoir une trentaine d'années.
Ses cheveux noirs étaient attachés derrière sa tête et une longue cape grise descendait jusqu'à ses pieds.
À ses côtés se tenaient deux hommes portant des bâtons métalliques.
Les trois autres étaient plus jeunes.
Azaël s'arrêta à quelques mètres d'eux.
— Vous cherchez mes fils ?
La femme le regarda.
Elle ne semblait ni surprise ni impressionnée.
— Vous êtes Azaël.
— Répondez à ma question.
Elle observa les maisons derrière lui.
— Les enfants sont ici.
Azaël ne bougea pas.
— Je vous conseille de repartir.
La femme sourit légèrement.
— Nous ne sommes pas venus pour vous combattre.
— Alors pourquoi êtes-vous venus ?
Elle hésita.
— Pour vérifier quelque chose.
— Quoi ?
Son regard se posa sur Azaël.
— Les deux enfants.
Azaël resta silencieux.
— Nous avons entendu parler d'eux, continua-t-elle. Leurs pouvoirs ont commencé à apparaître.
— Et alors ?
— Ils ne devraient pas exister.
Azaël sentit l'atmosphère changer.
— Faites attention à ce que vous dites.
La femme ne recula pas.
— Ce ne sont pas des enfants ordinaires.
— Je le sais.
— Non.
Elle secoua lentement la tête.
— Vous ne comprenez pas.
Azaël plissa les yeux.
— Expliquez.
La femme échangea un regard avec l'un de ses compagnons.
— Leur existence perturbe l'équilibre entre les royaumes.
— Quel équilibre ?
— Celui qui empêche certains pouvoirs de revenir.
Azaël resta immobile.
Cette réponse ne lui plaisait pas.
— Vous allez repartir.
— Nous ne pouvons pas.
— Vous pouvez.
— Nous avons reçu un ordre.
— De qui ?
La femme se tut.
Azaël fit un pas.
— De quel dieu ?
Cette fois, l'un des hommes derrière elle réagit.
Il recula légèrement.
Azaël le remarqua.
— Je vois.
La femme soupira.
— Nous ne pouvons pas prononcer son nom.
— Alors vous n'avez rien à faire ici.
Elle leva une main.
Les deux hommes derrière elle avancèrent.
Azaël ne bougea pas.
— Je vous ai donné une chance.
Les deux hommes s'arrêtèrent.
Une pression invisible venait de s'abattre sur eux.
Leurs jambes tremblèrent.
Ils tombèrent à genoux.
Les quatre autres reculèrent immédiatement.
La femme fixa Azaël.
— Vous n'avez utilisé aucun pouvoir visible.
— Je n'en avais pas besoin.
Elle serra les dents.
— Alors c'est bien vous.
— Quoi ?
Elle murmura :
— Le Dieu du Chaos.
Azaël resta silencieux.
La femme avait déjà compris.
Elle n'avait pas besoin de confirmation.
À l'intérieur de la maison, Elia monta rapidement les escaliers.
— Elyan ! Soren !
Aucune réponse.
Son inquiétude augmenta.
Elle ouvrit la porte de la chambre.
Les deux garçons étaient là.
Soren jouait avec son épée en bois.
Elyan lisait assis sur le lit.
— Maman ?
— Venez.
Soren se leva.
— Pourquoi ?
— On doit descendre.
Elyan referma son livre.
— Il se passe quelque chose ?
Elia hésita.
Elle ne voulait pas leur faire peur.
— Des visiteurs sont arrivés.
Soren fronça les sourcils.
— Des amis ?
— Non.
Il attrapa immédiatement son épée en bois.
Elia le regarda.
— Soren.
— Quoi ?
— Ce n'est pas le moment.
Il baissa lentement son épée.
— D'accord.
Elyan s'approcha.
— Où est papa ?
— Dehors.
Soren regarda la fenêtre.
— Il va bien ?
— Oui.
Elia prit leurs mains.
— On reste ensemble.
Ils descendirent.
Mais lorsqu'ils arrivèrent dans la pièce principale, un bruit retentit dehors.
Une détonation.
Elia se retourna.
— Azaël !
À l'entrée du village, les six inconnus avaient cessé d'avancer.
La femme fixait Azaël.
— Nous n'avons aucune intention de vous attaquer.
— Vous êtes pourtant toujours là.
— Nous devons seulement voir les enfants.
— Non.
— Azaël...
— Vous ne les approcherez pas.
La femme inspira profondément.
— Vous ne comprenez pas ce que vous protégez.
— Je protège mes fils.
— Et si leur existence provoque une catastrophe ?
Azaël la regarda.
— Alors je gérerai la catastrophe.
Elle secoua la tête.
— Vous pensez pouvoir tout contrôler.
— Non.
Azaël regarda les maisons du village.
— Je sais simplement ce que je refuse de perdre.
La femme resta silencieuse.
Puis l'un de ses compagnons leva brusquement son bâton.
Une lumière sombre apparut à son extrémité.
Azaël tourna la tête.
— Mauvaise décision.
L'homme lança son attaque.
Azaël leva simplement la main.
Le projectile disparut avant même de l'atteindre.
Le silence revint.
La femme recula d'un pas.
— Il ne nous avait pas menti...
— Qui ?
Elle ne répondit pas.
Azaël s'approcha.
— Je vous pose une question.
Elle serra les dents.
— Les dieux.
Azaël s'arrêta.
— Lesquels ?
— Tous ceux qui ont peur de ce que vos fils pourraient devenir.
Un grondement retentit soudain derrière eux.
Azaël tourna la tête.
Une onde d'énergie venait de traverser le village.
Pas la sienne.
Il sentit immédiatement sa provenance.
— Elyan.
Il disparut.
À l'intérieur de la maison, Elyan était tombé à genoux.
Ses mains tremblaient.
Une lumière douce entourait son corps.
Soren se tenait devant lui.
Autour du garçon, les plantes posées près des fenêtres commençaient à pousser rapidement.
Des feuilles apparaissaient.
Des branches se développaient.
Elia recula légèrement.
— Elyan...
Le garçon leva les yeux.
— Je ne fais pas exprès.
Soren s'approcha.
— Arrête !
— J'essaie !
La lumière s'intensifia.
Une plante se transforma sous leurs yeux.
Une nouvelle fleur apparut.
Puis une seconde.
Soren regarda son frère.
— Elyan !
Il posa une main sur son épaule.
La lumière s'arrêta immédiatement.
Elyan respira profondément.
— Ça va ?
Soren hocha la tête.
— Oui.
Azaël apparut dans la pièce.
Il regarda immédiatement ses fils.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
Elia répondit :
— Il a perdu le contrôle.
Azaël s'accroupit devant Elyan.
— Regarde-moi.
Elyan leva les yeux.
— Je suis désolé.
— Tu n'as rien fait de mal.
— Mais...
— Ce n'est pas grave.
Azaël posa une main sur son épaule.
La lumière disparut complètement.
Puis il se releva.
Son expression avait changé.
— Ils sont toujours dehors ?
Elia hocha la tête.
— Oui.
Azaël regarda ses fils.
— Restez avec votre mère.
Soren serra son épée en bois.
— Je peux aider.
Azaël le regarda.
— Pas cette fois.
— Mais papa—
— Soren.
Le garçon se tut.
Azaël s'approcha de lui.
— Ce que tu dois faire maintenant, c'est protéger ton frère.
Soren regarda Elyan.
Puis hocha lentement la tête.
— D'accord.
Azaël se tourna vers Elia.
— Reste avec eux.
— Et toi ?
— Je vais terminer cette conversation.
Il sortit.
La femme était toujours à l'entrée du village.
Mais quelque chose avait changé.
Elle semblait plus inquiète qu'avant.
Azaël s'approcha.
— Vous avez provoqué la réaction de mon fils.
— Nous n'avons pas..
— Peu importe.
Il s'arrêta devant elle.
— Vous allez repartir.
Elle ne répondit pas.
— Maintenant.
— Et si nous refusons ?
Azaël la fixa.
— Alors vous découvrirez pourquoi les autres dieux ont peur de moi.
La femme resta silencieuse.
Puis elle inclina légèrement la tête.
— Nous partons.
Les autres semblèrent surpris.
— Mais…
— Nous avons obtenu notre réponse.
Elle regarda Azaël une dernière fois.
— Vos fils ne sont pas simplement puissants.
Azaël ne répondit pas.
— Ils sont liés à quelque chose que même les dieux ne veulent pas réveiller.
Elle fit demi-tour.
Puis elle ajouta :
— Et maintenant que leurs pouvoirs se sont manifestés...
Elle regarda le ciel.
— Ils sauront où vous êtes.
Azaël ne bougea pas.
— Ils le savaient déjà.
La femme le fixa.
Azaël continua :
— Mais maintenant, ils savent aussi que mes fils existent.
Elle ne répondit rien.
Les six inconnus repartirent sur la route.
Azaël les regarda disparaître.
Et dit :
— Dites à mon père d’aller se faire foutre !
Puis il retourna vers la maison.
Quelques minutes plus tard, la famille était réunie.
Soren était assis à côté d'Elyan.
Elia avait posé une couverture sur les épaules de son fils.
Azaël s'assit devant eux.
— Ça va mieux ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Soren regarda son père.
— Pourquoi ils voulaient nous voir ?
Azaël resta silencieux.
Il ne voulait pas leur parler des dieux.
Pas encore.
— Parce qu'ils ont peur de quelque chose qu'ils ne comprennent pas.
Soren fronça les sourcils.
— De nous ?
Azaël regarda ses deux fils.
— Peut-être.
Elyan baissa les yeux.
— Je ne veux pas que les gens aient peur de moi.
Azaël lui répondit calmement :
— Alors apprends à contrôler ton pouvoir.
Elyan hocha la tête.
Soren leva son épée en bois.
— Et moi aussi ?
— Toi aussi.
— Même si mon pouvoir fait peur ?
Azaël sourit légèrement.
— Surtout toi.
Soren sourit à son tour.
Elia observa la scène.
Elle comprenait que quelque chose venait de changer.
Jusqu'à aujourd'hui, les pouvoirs de ses fils n'étaient qu'une curiosité.
Une chose qu'ils découvraient ensemble.
Mais maintenant, quelqu'un était venu les chercher.
Et ce quelqu'un n'était probablement que le premier.
Azaël se leva.
Il regarda par la fenêtre.
La route était vide.
Pourtant, il savait que cette fois, les choses ne reviendraient pas simplement à la normale.
Ses fils venaient d'être révélés au monde.
Et tôt ou tard...
quelqu'un viendrait les chercher avec l'intention de ne pas repartir les mains vides.