Chapitre 51
Chapitre 51
Le lendemain du bal, le domaine de Valerian avait retrouvé son calme.
Les invités étaient repartis depuis plusieurs heures et les serviteurs commençaient déjà à ranger les décorations.
Dans une chambre à l'étage, Adrian était assis devant une fenêtre.
Il regardait les jardins avec un sourire fatigué.
Lyanna entra dans la pièce.
— Tu réfléchis encore ?
Adrian se retourna.
— Un peu.
— À quoi ?
— À la soirée d'hier.
Lyanna sourit.
— Elle s'est bien passée.
— Oui.
Il marqua une pause.
— Même si tes nouveaux amis ont presque détruit le jardin.
Lyanna éclata de rire.
— Tu parles des enfants ?
— Surtout de Soren.
— Il est amusant.
— Il est dangereux.
— Il a six ans.
— Justement.
Adrian secoua la tête.
— Imagine-le dans dix ans.
Lyanna sourit.
— Je préfère ne pas imaginer.
Pendant ce temps, Azaël, Elia et les deux garçons se préparaient à rentrer au village.
Soren était déjà dehors.
Il courait autour du carrosse avec son épée en bois à la main.
— Soren !
Il s'arrêta.
Elia venait de sortir du domaine.
— Monte dans le carrosse.
— J'arrive !
Il courut vers elle.
Elyan sortit à son tour.
Il tenait son livre contre lui.
Azaël regarda ses fils.
— Vous avez passé une bonne soirée ?
— Oui, répondit Soren.
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Azaël observa son fils quelques secondes.
— Tu sembles pensif.
Elyan hésita.
— Je pensais à Liora.
Soren se retourna immédiatement.
— Encore ?
Elyan soupira.
— Oui.
— Tu veux la revoir ?
Elyan répondit sans réfléchir :
— Oui.
Soren sourit.
— Moi aussi je veux revoir Mira.
Azaël arqua un sourcil.
— Déjà ?
— Elle sait faire de bonnes stratégies.
Elyan regarda son frère.
— Tu veux surtout qu'elle t'aide à gagner.
— C'est pareil.
Elia sourit.
— Vous vous êtes bien amusés tous les deux.
Soren hocha la tête.
— Oui.
Puis il regarda Azaël.
— On pourra revenir ?
Azaël réfléchit.
— Peut-être.
— Quand ?
— Plus tard.
— Demain ?
— Non.
— Après-demain ?
— Soren.
— D'accord.
Le voyage du retour fut beaucoup plus calme.
Soren finit par s'endormir après avoir parlé pendant une bonne partie du trajet.
Elyan, lui, lisait tranquillement.
Azaël regardait le paysage défiler.
Elia s'assit à côté de lui.
— Tu sais ce que je trouve amusant ?
— Quoi ?
— Elyan est devenu beaucoup plus bavard depuis qu'il connaît Liora.
Azaël sourit.
— Je l'ai remarqué.
— Et Soren écoute réellement Mira.
— Ça, c'est encore plus surprenant.
Elia regarda leurs fils.
— Ils grandissent.
Azaël hocha lentement la tête.
— Oui.
Il resta silencieux quelques secondes.
— Et je ne peux pas les protéger de tout.
Elia tourna la tête vers lui.
— Personne ne peut.
Azaël regarda les deux garçons.
— Je sais.
— Alors laisse-les découvrir certaines choses par eux-mêmes.
Il sourit légèrement.
— Tu deviens sage.
— Je l'ai toujours été.
— Évidemment.
Lorsqu'ils arrivèrent au village, la journée touchait déjà à sa fin.
Les habitants vinrent les saluer.
Soren descendit du carrosse avant même qu'Azaël ait eu le temps de lui dire d'attendre.
— Je suis rentré !
Un voisin éclata de rire.
— Tu étais parti seulement une journée.
— C'est long.
Elyan descendit plus calmement.
Il regarda autour de lui.
La maison.
Le jardin.
La rivière au loin.
Tout lui semblait familier.
Il sourit.
— On est chez nous.
Elia entendit la remarque.
Elle posa doucement une main sur son épaule.
— Oui.
Le lendemain matin, Azaël se réveilla à cause d'un bruit étrange.
Il ouvrit les yeux.
Silence.
Puis un autre bruit.
Quelque chose venait de tomber dans le jardin.
Azaël se leva.
Il sortit.
Soren était devant un arbre.
Mira se trouvait à côté de lui.
Azaël resta immobile.
— ...
Soren se retourna.
— Papa !
Azaël regarda Mira.
Puis son fils.
— Qu'est-ce qu'elle fait ici ?
Soren sourit.
— Elle est venue.
Mira leva la main.
— Bonjour.
Azaël répondit.
— Bonjour.
Elia apparut derrière lui.
Elle aperçut Mira.
— Oh.
Puis elle regarda Soren.
— Comment est-elle arrivée ici ?
Soren haussa les épaules.
— Avec ses parents.
Mira expliqua :
— Mon père avait des affaires dans le village.
Elle regarda Soren.
— Alors je suis venue lui dire bonjour.
Soren hocha fièrement la tête.
— Elle voulait me revoir.
Mira le regarda.
— Je voulais surtout vérifier si tu savais encore tenir une épée.
Soren sortit immédiatement la sienne.
— Je te montre.
Elia posa une main sur son épaule.
— Après le petit-déjeuner.
Soren baissa l'épée.
— D'accord.
Mira sourit.
— Tu obéis encore.
— Seulement parce que c'est maman.
Quelques minutes plus tard, une seconde visite arriva.
Cette fois, Liora accompagnait ses parents.
Elyan était assis dans le jardin lorsqu'il l'aperçut.
Il referma immédiatement son livre.
Liora s'approcha.
— Bonjour.
— Bonjour.
Elle sourit.
— Tu es content de me voir ?
Elyan hésita.
Puis il hocha la tête.
— Oui.
Liora s'assit près de lui.
— Moi aussi.
Elle regarda le livre.
— Tu lis quoi ?
Elyan lui montra la couverture.
— Une histoire sur les anciennes civilisations.
— Tu pourrais me la raconter ?
— Bien sûr.
Il ouvrit le livre.
Mais après quelques lignes, Liora l'interrompit.
— Attends.
Elyan releva les yeux.
— Quoi ?
— Tu parles vraiment comme un professeur.
Elyan sourit.
— C'est mauvais ?
— Non.
Elle réfléchit.
— C'est amusant.
Elyan continua son histoire.
Cette fois, il n'avait aucune difficulté à se concentrer.
Dans le jardin voisin, Soren et Mira avaient déjà commencé leur entraînement.
Enfin...
Soren avait commencé.
Mira observait.
— Tu frappes trop fort.
— Je suis un chevalier.
— Ça ne veut rien dire.
— Si.
— Non.
Soren recommença.
Mira esquiva facilement.
— Trop prévisible.
Soren fronça les sourcils.
— Encore.
Mira hocha la tête.
— Vas-y.
Soren attaqua.
Elle esquiva.
Encore.
Puis encore.
Soren finit par s'arrêter.
— Comment tu fais ?
— J'observe.
— Moi aussi.
— Non.
— Si.
Mira sourit.
— Alors observe mieux.
Soren réfléchit.
Il recommença.
Cette fois, il ralentit son mouvement.
Mira fit un pas de côté.
Soren changea immédiatement de direction.
Mira s'arrêta.
— Pas mal.
Soren sourit.
— J'ai gagné ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu ne m'as pas touchée.
Soren baissa son épée.
— C'est compliqué.
Mira haussa les épaules.
— Alors entraîne-toi.
Azaël observait la scène depuis la maison.
Elia vint à côté de lui.
— Elle est douée.
— Oui.
— Et Soren l'écoute.
— C'est le plus impressionnant.
Un peu plus tard, les quatre enfants se retrouvèrent près de la rivière.
Elyan et Liora étaient assis dans l'herbe.
Soren et Mira avaient emporté leurs épées en bois.
— Vous faites quoi ? demanda Elyan.
— On s'entraîne.
— Encore ?
— Oui.
Liora regarda Soren.
— Il veut devenir chevalier.
— Je sais.
Soren planta son épée dans le sol.
— Un jour, je serai assez fort pour protéger tout le monde.
Mira croisa les bras.
— Tu devrais déjà apprendre à ne pas tomber.
Soren protesta :
— Je ne tombe jamais !
Une seconde plus tard, il trébucha sur une racine.
Il tomba dans l'herbe.
Un silence.
Elyan éclata de rire.
Liora aussi.
Mira sourit.
Soren se releva immédiatement.
— C'était volontaire.
Elyan essuya une larme de rire.
— Bien sûr.
Soren récupéra son épée.
— Vous verrez.
Puis son expression changea.
Il regarda son frère.
— Elyan.
— Oui ?
— Tu pourrais réparer ça ?
Il désigna une branche cassée.
Elyan s'approcha.
Il posa ses mains dessus.
Une faible lumière apparut.
La branche se redressa lentement.
Les fibres du bois se refermèrent.
Quelques feuilles nouvelles apparurent.
Liora observa la scène avec émerveillement.
— C'est vraiment ton pouvoir ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Soren sourit.
— Le mien est plus impressionnant.
Mira le regarda.
— Prouve-le.
Soren leva les mains.
Une faible énergie sombre apparut autour de ses doigts.
L'herbe à ses pieds se dessécha légèrement.
Soren s'arrêta immédiatement.
Azaël, qui venait d'arriver derrière eux, prit la parole.
— Bien.
Soren se retourna.
— Papa ?
Azaël s'approcha.
— Tu t'es arrêté au bon moment.
Soren regarda l'herbe.
— Je voulais pas l'abîmer.
— Alors tu commences à comprendre.
Elyan regarda son frère.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Ton pouvoir peut aussi faire des choses utiles.
Soren réfléchit.
— Comme quoi ?
Azaël répondit :
— C'est à toi de le découvrir.
Soren sourit.
— Alors je vais découvrir.
Mira regarda Soren.
— Je peux t'aider à t'entraîner.
Soren se tourna vers elle.
— Vraiment ?
— Oui.
— Alors tu seras mon assistante.
Mira leva un sourcil.
— Ton assistante ?
— Oui.
— Très bien.
Elle lui donna une petite tape sur l'épaule.
— Mais c'est moi qui décide quand tu fais n'importe quoi.
Soren réfléchit.
— D'accord.
Elyan regarda Liora.
— Ils vont devenir insupportables.
Liora sourit.
— Je crois que c'est déjà le cas.
Le soleil commençait à descendre.
Les quatre enfants étaient toujours près de la rivière.
Elyan avait rouvert son livre.
Liora regardait les illustrations.
Soren et Mira discutaient de leur prochain entraînement.
Azaël les observait depuis quelques mètres.
Elia vint se placer à côté de lui.
— Ils se sont vite attachés.
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Il regarda Elyan.
Puis Soren.
— C'est bien.
Elia sourit.
— Tu sembles inquiet.
— Un peu.
— Pourquoi ?
Azaël regarda leurs enfants.
— Parce que chaque nouvelle personne qui entre dans leur vie leur donne quelque chose à perdre.
Elia resta silencieuse.
Puis elle répondit :
— Et quelque chose à aimer.
Azaël tourna les yeux vers elle.
Il sourit.
— C'est vrai.
Au loin, les enfants rirent.
Pour le moment, tout était simple.
Deux frères.
Deux nouveaux amis.
Des livres.
Des épées en bois.
Et une rivière.
Mais Azaël savait que cette tranquillité ne durerait pas éternellement.
Leurs pouvoirs grandissaient.
Leur entourage s'élargissait.
Et, quelque part au-delà du village, le monde des dieux continuait de les observer.
Mais cette fois, Azaël ne regarda pas vers l'horizon.
Il resta simplement auprès de sa famille.