Chapitre 50
Chapitre 50
Une semaine s'était écoulée depuis l'annonce des fiançailles d'Adrian, au goûter.
Le domaine de Valerian était méconnaissable.
Des lumières avaient été installées le long des jardins, les grandes portes avaient été décorées de fleurs et la salle principale avait été préparée pour accueillir les invités.
Ce soir-là, toute la famille était réunie.
Elyan et Soren avaient six ans.
Elyan portait une tenue élégante, mais avait insisté pour garder un petit livre avec lui.
Soren portait une veste sombre et une petite épée en bois qu'Azaël lui avait finalement autorisée à prendre, à condition de ne provoquer aucun duel.
Ce qui, pour Soren, était probablement une demande impossible.
— Tu te souviens de ce que je t'ai dit ? demanda Azaël.
Soren hocha sérieusement la tête.
— Pas de duel.
— Bien.
— Mais je peux quand même m'entraîner ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que nous sommes à un bal.
Soren réfléchit.
— Et si quelqu'un m'attaque ?
Azaël soupira.
— Personne ne va t'attaquer.
— Tu n'en sais rien.
— Soren.
— D'accord.
Elyan, à côté, leva les yeux de son livre.
— Il va tenir cinq minutes.
Soren se tourna vers lui.
— Je peux tenir toute la soirée.
— Je parie cinq minutes.
— Dix.
— Cinq.
— Dix !
Elia intervint.
— Aucun de vous ne parie quoi que ce soit.
Les deux garçons se turent.
Azaël sourit.
— Ça commence bien.
Les invités arrivèrent progressivement.
Des familles nobles entrèrent dans la salle, suivies de leurs enfants.
La musique commença.
Adrian se tenait près de sa fiancé Lyanna, visiblement moins nerveux que la semaine précédente.
Valerian accueillait les invités tandis qu'Elena discutait avec plusieurs femmes de la noblesse.
Azaël et Elia restèrent un peu en retrait.
— Tu crois qu'Adrian va survivre à sa propre fête ? demanda Azaël.
Elia sourit.
— Il a déjà survécu à Soren.
Soren se retourna.
— J'ai entendu !
— C'était volontaire, répondit Azaël.
Elyan referma son livre.
— Où est Adrian ?
— Là-bas, répondit Elia.
Elyan regarda son oncle.
— Il semble stressé.
— Il l'est probablement.
Soren observa Adrian quelques secondes.
— Moi, je ne serais pas stressé.
Azaël haussa un sourcil.
— Tu ne te maries pas.
— Justement.
Elia éclata de rire.
Les deux garçons finirent rapidement par rejoindre les autres enfants.
Soren fut immédiatement attiré par un petit groupe qui jouait près du jardin.
— Vous voulez voir mon épée ?
Un garçon hocha la tête.
— Elle est vraie ?
— Non.
Soren sortit fièrement son épée en bois.
— Mais elle est solide.
Un autre enfant la regarda.
— Tu sais te battre ?
Soren prit une pose très sérieuse.
— Je m'entraîne avec mon père.
— Ton père est vraiment Azaël ?
— Oui.
Les enfants commencèrent à poser des questions.
Soren répondit à toutes.
Puis il décida soudainement qu'il fallait organiser une compétition.
— On fait deux équipes.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est plus amusant.
— Et qui décide des équipes ?
Soren leva la main.
— Moi.
Un garçon protesta.
— Mais tu vas choisir tes amis.
— Évidemment.
— C'est injuste.
Soren réfléchit.
— Alors tu peux être capitaine aussi.
Le garçon accepta immédiatement.
En moins de deux minutes, une petite bataille imaginaire était organisée dans le jardin.
Elyan regarda la scène depuis un banc.
— Il avait promis de ne pas faire de duel.
Elia, assise à côté de lui, sourit.
— Il n'a pas encore sorti son épée.
Elyan observa son frère.
Soren venait justement de sortir son épée.
— Maintenant si.
Azaël soupira au loin.
— J'avais dit cinq minutes.
Elyan préféra rester à l'écart.
Il ouvrit son livre.
Quelques secondes plus tard, une voix familière retentit derrière lui.
— Tu lis encore ?
Elyan releva immédiatement les yeux.
Il reconnut Liora.
La petite fille qu'il avait rencontrée quelques semaines plus tôt.
Ses cheveux châtains étaient toujours attachés en deux tresses et ses yeux verts avaient la même expression curieuse.
Elyan sourit.
— Oui.
— Je savais que tu serais là.
— Comment ?
— Ton père m'a dit que vous viendriez.
Elyan regarda autour de lui.
— Tu es venue avec tes parents ?
— Oui.
Elle s'assit à côté de lui.
— Tu te souviens de moi ?
Elyan parut surpris.
— Évidemment.
— Même après plusieurs semaines ?
— Je n'oublie pas facilement les gens.
Liora sourit.
— Alors tu te souviens de la fleur ?
— Oui.
— Je l'ai gardée.
Elyan releva les yeux.
— Vraiment ?
Elle sortit de sa poche une petite fleur séchée.
Elyan l'observa avec attention.
— Elle est encore là.
— Je voulais la garder.
Elyan ne sut pas quoi répondre.
Il se contenta de sourire.
Liora regarda son livre.
— Tu lis quoi cette fois ?
— Une histoire sur les anciennes guerres.
— Encore des histoires compliquées ?
— Oui.
— Tu pourrais m'en raconter une ?
Elyan hocha la tête.
Il ouvrit son livre.
Mais après quelques lignes, il s'arrêta.
Il connaissait pourtant parfaitement cette histoire.
Il avait simplement du mal à se concentrer.
Liora le regardait avec attention.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien.
— Tu ne lis plus.
— Je réfléchissais.
— À quoi ?
Elyan hésita.
— À notre dernière rencontre.
Liora sourit.
— Moi aussi, je m'en souvenais.
Elyan baissa les yeux vers son livre.
Il ne comprenait pas vraiment pourquoi il était aussi content de la revoir.
Il savait seulement qu'il avait envie de rester près d'elle et de continuer à parler.
Alors il referma son livre.
— Tu veux aller voir le jardin ?
— Oui.
Ils se levèrent.
Pendant ce temps, Soren avait réussi à transformer le jardin en véritable champ de bataille.
Les enfants couraient partout.
Des branches servaient de barrières.
Des coussins avaient été installés comme des fortifications.
Soren dirigeait son équipe avec beaucoup trop de sérieux.
— À gauche !
— Pourquoi ?
— Parce que je l'ai décidé !
— Mais il n'y a personne à gauche.
Soren regarda.
Effectivement.
— Alors à droite !
Un garçon protesta.
— Tu changes tout le temps !
— C'est une stratégie.
Une petite fille qui observait la scène finit par s'approcher.
Elle avait des cheveux roux attachés derrière la tête et un regard vif.
— Vous faites n'importe quoi.
Soren se tourna vers elle.
— Tu veux venir ?
— Oui.
— Tu sais te battre ?
— Mieux que toi.
Les autres enfants éclatèrent de rire.
Soren resta bouche bée.
— Quoi ?
La fille croisa les bras.
— Tu cries beaucoup.
— Je suis un chef.
— Un chef qui crie.
Soren fronça les sourcils.
— Comment tu t'appelles ?
— Mira.
— Tu veux être dans mon équipe ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu n'as pas de stratégie.
Soren resta silencieux.
Puis il lui tendit son épée en bois.
— Alors montre-moi.
Mira prit l'épée.
Elle observa les enfants.
Puis elle désigna deux garçons.
— Vous deux, vous allez là-bas.
Elle désigna ensuite Soren.
— Toi, tu restes ici.
— Pourquoi ?
— Parce que si tu cours partout, tout le monde va savoir où tu es.
Soren réfléchit.
— C'est vrai.
Mira lui rendit l'épée.
— Tu peux être utile si tu écoutes.
Soren sourit.
— D'accord.
En quelques minutes, elle avait complètement réorganisé leur jeu.
Les enfants suivirent ses instructions.
Même Soren.
Depuis l'autre côté du jardin, Azaël observait la scène.
Elia arriva près de lui.
— C'est qui ?
— Je ne sais pas.
— Elle vient de calmer Soren en trente secondes.
Azaël hocha la tête.
— Impressionnant.
Elia sourit.
— Je crois qu'il a trouvé quelqu'un qui peut le supporter.
Un peu plus tard, Elyan et Liora revinrent dans le jardin.
Soren les aperçut.
— Elyan !
Son frère se retourna.
— Quoi ?
— Viens !
— Pourquoi ?
— On joue.
Elyan regarda Liora.
— Tu veux venir ?
— Oui.
Ils rejoignirent le groupe.
Soren donna immédiatement des instructions à son frère.
— Tu seras dans mon équipe.
Elyan regarda Mira.
— C'est elle qui décide.
Soren fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle est meilleure que toi.
— Traître !
Mira éclata de rire.
Liora regarda Elyan.
— Ton frère est toujours comme ça ?
— Oui.
— Ça doit être fatigant.
— Un peu.
Soren entendit.
— Je vous entends !
Tout le monde rit.
La soirée continua ainsi pendant plusieurs heures.
Les adultes discutaient.
La musique résonnait dans la grande salle.
Adrian et Lyanna recevaient les félicitations des invités.
Et dans le jardin, les enfants avaient créé leur propre petit monde.
Elyan passait une grande partie de son temps avec Liora.
Ils parlaient de livres, de fleurs et de choses simples.
Liora lui posa même plusieurs questions sur son pouvoir.
— Tu pourrais vraiment faire revivre un animal mort ?
Elyan réfléchit.
— Je ne sais pas.
— Tu pourrais essayer un jour ?
— Oui.
— Alors tu me montreras ?
Elyan sourit.
— D'accord.
Pendant ce temps, Soren et Mira dirigeaient leur groupe.
Enfin...
Mira dirigeait.
Soren prétendait diriger.
À plusieurs reprises, il essaya de modifier leurs plans.
Mira le rappelait immédiatement à l'ordre.
— Soren.
— Oui ?
— Reste là.
— Mais..
— Là.
Soren s'arrêta.
— D'accord.
Elyan regarda la scène.
— Tu obéis vraiment.
Soren haussa les épaules.
— Elle a de bonnes idées.
Mira sourit.
— Tu vois ?
Soren croisa les bras.
— Mais je reste le chevalier.
— Si tu veux.
— Je le serai.
Plus tard dans la soirée, Azaël observa ses fils depuis la grande salle.
Elyan discutait tranquillement avec Liora.
Soren courait encore dans le jardin avec Mira et les autres enfants.
Elia vint s'asseoir près de lui.
— Ils ont passé une bonne soirée.
— Oui.
— Elyan semble beaucoup apprécier Liora.
Azaël regarda son fils.
— Il est content de la revoir.
— Ça lui fait du bien.
— Oui.
Azaël sourit.
— Et Soren a enfin trouvé quelqu'un capable de le faire écouter.
Elia rit.
— Je crois que Mira va devenir indispensable.
— Pour nous tous.
Lorsque le bal commença à toucher à sa fin, les enfants revinrent dans la salle.
Soren était couvert de poussière.
Elyan tenait toujours son livre.
Liora était à côté de lui.
Mira marchait derrière Soren.
Elia regarda ses fils.
— Alors ?
Soren leva fièrement la tête.
— J'ai gagné.
Elyan soupira.
— Tu as surtout couru partout.
— C'est comme ça qu'on gagne.
Mira intervint.
— Il n'a pas gagné.
Soren la regarda.
— Trahison.
Mira sourit.
— La prochaine fois, tu écouteras.
Soren réfléchit.
— D'accord.
Elyan regarda Liora.
— Tu reviendras ?
Liora sourit.
— Oui.
— Promis ?
— Promis.
Elyan hocha la tête.
Il était simplement heureux.
Il ne savait pas encore pourquoi cette nouvelle amie avait déjà autant d'importance pour lui.
Mais il savait une chose.
Il voulait la revoir.
Et cette fois, il ne comptait pas attendre plusieurs semaines.
Azaël observa ses fils.
Le monde continuait de changer autour d'eux.
Les pouvoirs des garçons grandissaient.
Les dieux finiraient probablement par s'intéresser à eux.
Mais ce soir-là, tout semblait simple.
Adrian avait annoncé ses fiançailles une semaine plus tôt.
La famille avait célébré cette nouvelle.
Et maintenant, une nouvelle amitié venait de commencer.
Pour Elyan comme pour Soren, cette soirée resterait longtemps dans leurs souvenirs.