Chapitre 49
Chapitre 49
Trois années s'étaient écoulées depuis l'anniversaire de Valerian.
Elyan et Soren avaient maintenant six ans.
Ils avaient grandi rapidement durant ces dernières années.
Elyan était devenu un garçon plutôt fin, légèrement plus petit que son frère. Ses cheveux noirs, naturellement souples, retombaient souvent sur son front malgré les efforts d'Elia pour les arranger. Ses yeux sombres étaient calmes et attentifs, donnant l'impression qu'il observait toujours quelque chose que les autres ne remarquaient pas. Il aimait les livres, les histoires anciennes et les longues discussions.
Soren était un peu plus grand et plus robuste. Ses cheveux blonds étaient presque toujours en bataille, surtout après avoir passé une matinée entière à courir dehors. Ses yeux vifs reflétaient son énergie permanente. Il possédait déjà une petite collection d'épées en bois et rêvait toujours de devenir chevalier.
Les deux frères avaient pourtant un point commun.
Ils étaient rarement séparés.
Ce matin-là, ils se trouvaient dans le jardin derrière la maison.
Soren s'entraînait avec son épée en bois.
— Regarde !
Il donna un grand coup dans l'air.
— Attaque !
Elyan, assis sous un arbre avec un livre, leva les yeux.
— Il n'y a personne devant toi.
— C'est un ennemi invisible.
— Alors tu viens de battre quelqu'un qui n'existe pas.
Soren fronça les sourcils.
— Tu ne comprends rien aux chevaliers.
— Probablement.
Soren recommença ses mouvements.
Elyan retourna à son livre.
Quelques secondes passèrent.
Puis Soren s'arrêta.
— Tu lis quoi ?
— Une histoire sur les anciennes cités.
— C'est intéressant ?
— Oui.
— Plus intéressant que moi ?
Elyan leva les yeux.
— Beaucoup plus.
Soren resta bouche bée.
— Traître.
Elyan sourit.
Une voix retentit alors derrière eux.
— Les garçons !
Elia sortit de la maison.
— Grand-père Valerian nous attend aujourd'hui. Nous allons passer la journée chez lui.
Soren rangea immédiatement son épée.
— Il y aura à manger ?
— Évidemment.
— Je suis prêt.
Elyan ferma son livre.
— On y va maintenant ?
— Dans quelques minutes.
Azaël sortit à son tour.
Il regarda ses fils.
— Vous êtes prêts ?
Soren leva son épée.
— Toujours.
Azaël soupira.
— Range ça avant de partir.
— Mais..
— Soren.
— D'accord.
Une heure plus tard, la famille arriva au domaine de Valerian.
Le duc les attendait dans le jardin.
Adrian était également présent.
Depuis l'annonce de ses fiançailles, plusieurs semaines avaient passé et son mariage approchait désormais.
Soren courut immédiatement vers lui.
— Tonton !
Adrian s'accroupit.
— Salut, champion.
— Regarde !
Soren sortit son épée en bois.
Adrian soupira.
— Encore elle ?
— Je m'entraîne.
— Tu comptes devenir chevalier aujourd'hui ?
— Non.
Soren prit un air sérieux.
— Je le deviendrai plus tard.
Adrian sourit.
— J'en doute pas.
Elyan arriva plus tranquillement.
— Bonjour, tonton.
— Bonjour, Elyan.
Adrian lui ébouriffa légèrement les cheveux.
— Toujours avec un livre ?
Elyan montra celui qu'il tenait.
— Oui.
— Tu ne t'en sépares jamais ?
— Presque jamais.
Soren intervint :
— Il dort même avec.
Elyan le regarda.
— C'est faux.
— Presque.
— Ce n'est pas pareil.
Adrian éclata de rire.
La matinée passa rapidement.
Les enfants jouèrent dans le jardin tandis que les adultes discutaient.
Soren finit par convaincre Adrian de lui montrer quelques mouvements avec une épée.
Elyan, lui, s'était installé sous un arbre.
Il lisait tranquillement lorsqu'une voix féminine retentit derrière lui.
— Tu lis vraiment tout seul ?
Elyan releva les yeux.
Une petite fille se tenait devant lui.
Elle avait à peu près son âge.
Ses cheveux châtains étaient attachés en deux petites tresses qui tombaient sur ses épaules. Ses yeux verts étaient curieux et son visage affichait un sourire discret.
Elyan referma doucement son livre.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que j'aime bien.
Elle s'assit dans l'herbe à quelques mètres de lui.
— Tu t'appelles comment ?
— Elyan.
— Moi, c'est Liora.
Elyan hocha la tête.
— Enchanté.
Liora regarda le livre.
— Il parle de quoi ?
— Des anciens royaumes.
— C'est compliqué ?
— Un peu.
— Tu comprends tout ?
Elyan réfléchit.
— Pas tout.
— Alors pourquoi tu le lis ?
Il regarda la couverture.
— Parce que je veux comprendre.
Liora sourit.
— Tu poses beaucoup de questions aussi ?
Elyan haussa légèrement les sourcils.
— Comment tu sais ?
— Tu as répondu comme quelqu'un qui pose beaucoup de questions.
Elyan resta silencieux.
Puis il sourit.
— Peut-être.
Liora se rapprocha légèrement.
— Tu peux me raconter une histoire ?
Elyan ouvrit son livre.
— Laquelle ?
— N'importe laquelle.
Il réfléchit quelques secondes.
Puis il commença à lui raconter une ancienne histoire qu'il connaissait.
Liora l'écoutait attentivement.
Elyan remarqua rapidement quelque chose.
Il aimait lui parler.
Plus que d'habitude.
Il ne savait pas pourquoi.
Mais il continuait.
Un peu plus loin, Soren avait remarqué la scène.
Il s'approcha d'Azaël.
— Papa.
— Oui ?
— Elyan parle avec une fille.
Azaël regarda son fils.
Puis Elyan.
— Et alors ?
Soren réfléchit.
— C'est bizarre.
— Pourquoi ?
— Il parle beaucoup.
Azaël sourit.
— Ton frère aime simplement raconter des histoires.
— Pas comme ça.
Azaël haussa un sourcil.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Soren croisa les bras.
— Il sourit.
Azaël regarda de nouveau Elyan.
Son fils racontait toujours son histoire.
Et effectivement, il souriait.
— Ah.
Soren regarda son père.
— Tu crois qu'il est malade ?
Azaël éclata de rire.
— Non.
— Alors pourquoi il sourit comme ça ?
— Je ne sais pas.
Elia, qui venait d'arriver derrière eux, avait entendu la conversation.
— Moi, je crois que je sais.
Azaël la regarda.
— Quoi ?
Elia sourit.
— Rien.
— Elia.
— Laisse-le découvrir.
Soren fronça les sourcils.
— Découvrir quoi ?
Elia posa une main sur sa tête.
— Rien du tout.
— Vous êtes bizarres.
— On te l'a déjà dit.
L'après-midi, les enfants se retrouvèrent tous dans le jardin.
Soren avait organisé une sorte de bataille avec des épées en bois.
Elyan participait à moitié.
Il préférait discuter avec Liora.
Elle lui posa de nombreuses questions.
Sur les livres.
Sur le village.
Sur sa famille.
Sur ses pouvoirs.
Elyan répondit à la plupart.
Lorsqu'elle lui demanda :
— Tu peux vraiment faire pousser des fleurs ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
— Tu peux me montrer ?
Il regarda autour de lui.
Un peu plus loin, une petite fleur était fanée.
Elyan s'approcha.
Il posa doucement ses doigts dessus.
Une faible lumière apparut.
Les pétales se redressèrent lentement.
La fleur retrouva sa couleur.
Liora ouvrit de grands yeux.
— C'est magnifique.
Elyan sourit.
— Merci.
— Tu pourrais m'apprendre ?
— Peut-être.
— Promis ?
Elyan réfléchit.
Puis hocha la tête.
— Promis.
Liora lui tendit la main.
— Alors on sera amis.
Elyan regarda sa main.
Il la serra.
— D'accord.
Mais lorsqu'il relâcha sa main, il resta quelques secondes immobile.
Une sensation étrange venait de traverser son cœur.
Il ne comprenait pas.
Il regarda Liora s'éloigner vers les autres enfants.
Puis il baissa les yeux.
Pourquoi avait-il envie qu'elle revienne ?
Le soir approchait lorsque la famille se prépara à rentrer.
— Aujourd'hui, j'ai gagné trois combats.
Elyan soupira.
— Tu as joué contre des enfants qui avaient des épées plus petites que la tienne.
— Ça compte quand même.
— Pas vraiment.
— Si.
Elia sourit.
— Vous vous êtes bien amusés ?
— Oui ! répondit Soren.
Elyan resta silencieux.
Elia le regarda.
— Et toi ?
Il hésita.
Puis répondit :
— Oui.
— Tu as aimé quelque chose en particulier ?
Elyan regarda par la fenêtre.
Il pensa à Liora.
À son sourire.
À la fleur.
À leur poignée de main.
— Oui.
Azaël le regarda.
— Quoi ?
Elyan hésita.
— J'ai rencontré quelqu'un.
Soren se tourna immédiatement vers lui.
— Une fille.
Elyan rougit légèrement.
— Oui.
Soren éclata de rire.
— Elyan aime une fille !
— Tais-toi.
— Elyan aime une fille !
— Soren !
Elia posa une main sur l'épaule de Soren.
— Laisse ton frère tranquille.
Soren sourit.
— D'accord.
Elyan regarda son frère avec méfiance.
— Merci.
— Mais je raconterai à papa.
Azaël intervint.
— Je suis déjà au courant.
Elyan leva les yeux.
— Quoi ?
Azaël sourit.
— Soren m'a prévenu.
Elyan soupira.
— Traître.
Il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait.
Il savait seulement qu'il avait envie de revoir Liora.
Et cette envie était nouvelle.
Il avait passé des années à chercher des réponses dans les livres.
Mais pour la première fois, une question n'était écrite dans aucun ouvrage.
Pourquoi son cœur semblait-il battre plus vite lorsqu'il pensait à elle ?
Il ne connaissait pas encore la réponse.
Mais il avait le sentiment qu'il finirait par la découvrir.
Et, pour une fois, il n'était pas certain de vouloir trouver la réponse dans un livre.