Chapitre 4
Le lendemain matin, Azaël se réveilla avant Elia.
Il resta quelques instants allongé, les yeux ouverts, à écouter les bruits qui venaient de l'extérieur. Des pas dans la rue, quelques voix encore endormies et le bruit régulier d'une charrette passant sur le chemin.
Il finit par se lever.
Depuis son arrivée sur cette planète, ses journées avaient pris une forme étrange. Il n'avait plus de royaume à surveiller, plus de monde à gouverner et presque plus de pouvoir à utiliser.
Il se levait, mangeait, travaillait et rentrait le soir.
Une vie ordinaire.
Et, contre toute attente, il commençait à l'apprécier.
Azaël entra dans la cuisine.
Elia était déjà debout.
— Tu as bien dormi ?
— Oui.
— Tant mieux. J'avais peur que tu commences déjà à te plaindre du lit.
Azaël s'assit.
— Je m'y habitue.
— Deux nuits et tu t'y habitues ?
— J'apprends vite.
Elia posa une assiette devant lui.
— Ça reste à prouver.
Azaël sourit et commença à manger.
Après le petit déjeuner, Elia lui demanda de l'accompagner au village.
Ils prirent le même chemin que les jours précédents.
Le soleil était encore doux et les rues n'étaient pas très animées.
Azaël marchait tranquillement lorsque quelque chose attira son attention.
Des chevaux.
Il tourna légèrement la tête.
Quatre cavaliers venaient d'entrer dans le village.
Ils portaient des armures simples, sans signe particulier à première vue. Leurs armes étaient visibles, mais aucun d'eux ne semblait chercher les ennuis.
Elia les regarda.
— Des soldats.
— Ils viennent souvent ici ?
— De temps en temps.
Azaël continua de les observer.
— Ils ont l'air normaux.
— Ils le sont probablement.
Elia haussa les épaules.
— La plupart du temps, ils viennent simplement vérifier les environs.
Azaël hocha la tête.
Les soldats traversèrent la place centrale sans s'arrêter.
Il les suivit du regard quelques secondes avant de reprendre sa route.
Il n'y pensa plus.
Du moins, jusqu'à ce qu'un des soldats revienne.
— Excusez-moi.
Elia se retourna.
Le soldat s'était approché d'eux.
Il avait une trentaine d'années et une expression parfaitement neutre.
— Oui ?
— Nous faisons quelques vérifications dans le secteur. Vous habitez dans le village ?
— Oui.
Le soldat regarda Azaël.
— Et lui ?
Elia répondit avant qu'il ne puisse parler.
— C'est un ami.
— Son nom ?
Azaël répondit calmement :
— Azaël.
Le soldat répéta son nom dans sa tête.
— Vous venez d'où, Azaël ?
Un silence.
Azaël sourit légèrement.
— De loin.
Le soldat haussa un sourcil.
Elia intervint.
— Il vient d'arriver dans la région.
— Je vois.
Le soldat regarda encore Azaël.
Puis il nota quelque chose sur un petit carnet.
— Vous voyagez seul ?
— Oui.
— Depuis combien de temps êtes-vous ici ?
— Quelques semaines.
Le soldat hocha la tête.
— Très bien. Merci.
Il rangea son carnet.
— Bonne journée.
Il s'éloigna.
Azaël le regarda partir.
— C'était étrange.
Elia continua de marcher.
— C'était juste un contrôle.
— Il a posé beaucoup de questions.
— Les soldats font ça.
Azaël ne répondit pas.
Il avait remarqué quelque chose.
Le soldat n'avait pas peur de lui.
Il était simplement curieux.
Et cette différence était importante.
La journée passa normalement.
Azaël aida Elia à faire ses courses, puis ils rentrèrent au village dans l'après-midi.
Les soldats étaient toujours là.
Deux d'entre eux discutaient près de la place.
Un autre parlait avec Kael.
Azaël ne leur accorda pas davantage d'attention.
Il n'avait aucune raison de s'inquiéter.
Après tout, il n'avait rien fait.
Le soir venu, Elia prépara le repas.
Azaël était assis près de la fenêtre.
— Tu es silencieux.
— Je réfléchis.
— À quoi ?
— Aux soldats.
Elia soupira.
— Encore ?
— Celui qui m'a parlé écrivait quelque chose.
— Il prenait sûrement des notes.
— Sur moi.
— Tu es nouveau ici.
Elle posa les assiettes sur la table.
— C'est normal qu'ils demandent qui tu es.
Azaël réfléchit quelques secondes.
Puis il hocha la tête.
— Peut-être.
Ils commencèrent à manger.
La conversation changea rapidement de sujet.
Pourtant, Azaël gardait cette sensation étrange.
Quelque chose n'était pas normal.
Le lendemain matin, les soldats étaient encore dans le village.
Cette fois, ils étaient six.
Azaël les aperçut depuis la fenêtre.
Il ne dit rien.
Ils ne semblaient toujours pas chercher quelqu'un en particulier.
Ils parlaient avec les habitants, entraient parfois dans certaines maisons et posaient quelques questions.
Puis, vers midi, l'un des soldats revint devant la maison d'Elia.
Il frappa.
Elia ouvrit.
— Bonjour.
— Bonjour.
Le soldat regarda Azaël.
— Nous avons quelques questions supplémentaires.
Elia fronça légèrement les sourcils.
— À propos de quoi ?
— Des personnes récemment arrivées dans la région.
Azaël s'approcha.
— Je suis là.
Le soldat hocha la tête.
— Votre nom est bien Azaël ?
— Oui.
— Vous avez voyagé depuis quelle ville ?
Azaël resta silencieux.
Il ne connaissait aucune ville de ce monde.
— Je n'en viens pas.
Le soldat fronça légèrement les sourcils.
— Vous êtes donc étranger à cette région.
— Oui.
Le soldat nota quelque chose.
— Très bien.
Il releva les yeux.
— Nous reviendrons peut-être vous parler.
Puis il repartit.
Elia referma la porte.
Elle regarda Azaël.
— Là, c'est déjà moins normal.
— Oui.
— Tu penses qu'ils te cherchent ?
Azaël regarda par la fenêtre.
— Je ne sais pas.
Il marqua une pause.
— Mais maintenant, je pense qu'ils cherchent quelque chose.
Trois jours passèrent.
Les soldats ne quittèrent pas le village.
Ils posaient toujours des questions.
Mais quelque chose avait changé.
Ils ne demandaient plus seulement si quelqu'un avait vu un étranger.
Ils demandaient désormais où Azaël était allé.
Avec qui il avait parlé.
Depuis combien de temps il connaissait Elia.
Et, surtout...
D'où il venait réellement.
Azaël commençait à comprendre.
Ils ne cherchaient pas un criminel.
Ils cherchaient une personne qu'ils ne comprenaient pas.
Et cela l'inquiétait davantage.
Un soir, alors qu'il revenait du village, Azaël s'arrêta devant la maison.
Quelqu'un se trouvait à quelques mètres.
Un homme vêtu de noir.
Il ne portait pas d'armure.
Il ne disait rien.
Il regardait simplement Azaël.
Quelques secondes passèrent.
Puis l'homme s'inclina légèrement avant de repartir.
Azaël le suivit du regard.
Il ressentit alors quelque chose.
Une présence.
Faible.
Presque imperceptible.
Mais différente de celle d'un humain.
Son expression changea.
Elia sortit de la maison.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Azaël regarda l'endroit où l'homme avait disparu.
— Rien.
— Tu es sûr ?
Il resta silencieux.
Puis il répondit :
— Pas vraiment.
Elia s'approcha.
— Les soldats ?
— Ce n'est plus seulement eux.
Elle fronça les sourcils.
— Alors quoi ?
Azaël leva les yeux vers le ciel.
Il sentit de nouveau cette présence.
Quelqu'un l'observait.
Mais cette fois, ce n'était pas un simple soldat.
C'était quelque chose de beaucoup plus ancien.
Et surtout...quelque chose qui savait exactement qui il était!