Chapitre 48
Chapitre 48
Trois années passèrent.
Le village avait changé.
Les maisons avaient été réparées depuis longtemps, les rues étaient redevenues animées et les traces de l'ancienne catastrophe avaient presque entièrement disparu.
Mais une chose avait profondément changé.
Les deux enfants d'Azaël et d'Elia n'étaient plus les petits garçons que les habitants avaient connus trois ans auparavant.
Ils avaient maintenant six ans.
Elyan était le premier à se réveiller chaque matin.
Il avait grandi de manière assez régulière et possédait une silhouette encore fine pour son âge. Ses cheveux noirs, légèrement longs sur le front, retombaient souvent devant ses yeux lorsqu'il lisait. Son visage était calme, presque toujours sérieux lorsqu'il était concentré, mais ses yeux sombres s'illuminaient dès qu'un nouveau sujet attirait sa curiosité.
Il aimait comprendre les choses.
Pourquoi les plantes poussaient.
Comment fonctionnaient les pouvoirs.
Pourquoi certaines histoires racontaient des événements différents selon les régions.
Et surtout, pourquoi le monde était aussi vaste.
Il pouvait passer des heures avec un livre entre les mains sans voir le temps passer.
Soren, lui, était tout l'inverse.
Il était légèrement plus grand et plus robuste que son frère, avec des épaules déjà plus développées à force de courir, grimper et s'entraîner. Ses cheveux blonds étaient constamment en bataille, comme s'il refusait catégoriquement de les laisser en place. Ses yeux étaient plus vifs, toujours en mouvement, et son sourire apparaissait souvent juste avant qu'il ne fasse quelque chose qu'Elia allait probablement lui reprocher.
Il détestait rester immobile.
Il aimait courir.
Escalader.
Se battre avec une épée en bois.
Et surtout, jouer au chevalier.
Il avait même fabriqué une cape avec une vieille couverture qu'il portait dès qu'il en avait l'occasion.
Ce matin-là ne faisait pas exception.
— Soren !
La voix d'Elia résonna dans la maison.
Aucune réponse.
Elle entra dans la chambre des garçons.
Elyan était assis sur son lit, un livre ouvert devant lui.
Soren, lui, était introuvable.
Elia regarda autour d'elle.
— Où est ton frère ?
Elyan leva les yeux.
— Dans le jardin.
— Depuis combien de temps ?
Il réfléchit.
— Environ une heure.
Elia soupira.
— Et tu ne t'es pas demandé pourquoi il était aussi silencieux ?
— Je pensais qu'il jouait.
— Justement.
Elle sortit de la chambre.
Quelques secondes plus tard, un bruit sourd retentit dehors.
Puis un cri.
— J'ai réussi !
Elia ferma les yeux.
— Évidemment...
Elle sortit rapidement.
Dans le jardin, Soren se tenait devant un arbre.
Une épée en bois dans les mains.
Face à lui, plusieurs morceaux de bois étaient alignés sur une souche.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Soren se retourna.
— Je m'entraîne.
— À huit heures du matin ?
— Un chevalier doit être prêt à tout moment.
Elia croisa les bras.
— Et pourquoi l'arbre est à moitié détruit ?
Soren regarda derrière lui.
— C'est pas moi.
Elia fixa l'arbre.
Puis son fils.
— Soren.
— Peut-être un peu.
Azaël apparut derrière la maison.
— Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
Elia se tourna vers lui.
— Ton fils essaie de couper un arbre avec une épée en bois.
Azaël regarda Soren.
— Pourquoi ?
Soren haussa les épaules.
— Pour m'entraîner.
Azaël soupira.
— Tu sais qu'une épée ne sert pas à couper des arbres ?
— Je sais.
— Alors pourquoi tu fais ça ?
Soren sourit.
— Parce que je voulais voir si j'y arrivais.
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Puis il regarda l'arbre.
Une profonde fissure traversait maintenant son tronc.
— Et ?
— J'y arrive presque.
Elyan apparut derrière Elia avec son livre.
Il observa l'arbre.
Puis son frère.
— Tu vas finir par le faire tomber.
Soren se retourna.
— Je fais attention.
— Tu dis toujours ça.
— Parce que c'est vrai.
Elyan soupira.
— Tu es impossible.
Azaël regarda l'arbre.
Puis Elyan.
Une idée lui vint.
— Elyan.
Le garçon leva les yeux.
— Oui ?
— Tu veux essayer quelque chose ?
Elyan s'approcha.
— Quoi ?
Azaël désigna l'arbre.
— Répare-le.
Soren ouvrit de grands yeux.
— Il peut réparer un arbre ?
— On va voir.
Elyan regarda son frère.
— C'est toi qui l'as abîmé ?
— Un peu.
— Beaucoup.
— Un peu beaucoup.
Elyan soupira.
Il posa son livre au sol.
Puis il s'approcha du tronc.
Il posa les deux mains sur l'écorce.
Pendant quelques secondes, rien ne se produisit.
Elyan ferma les yeux.
Une douce lumière apparut entre ses doigts.
Elle se répandit lentement dans le tronc.
La fissure commença à se refermer.
Les morceaux d'écorce se rapprochèrent.
Puis les branches qui avaient été endommagées retrouvèrent progressivement leur vigueur.
Quelques feuilles apparurent au bout des branches.
Soren resta bouche bée.
— T'as réparé mon arbre.
Elyan ouvrit les yeux.
— Notre arbre.
— Mais c'est moi qui l'ai cassé.
— Justement.
Soren réfléchit.
Puis il sourit.
— Alors je peux recommencer.
— Non.
La voix d'Elia coupa immédiatement la conversation.
Soren baissa la tête.
— D'accord.
Azaël ne put s'empêcher de sourire.
— Vous allez finir par me donner du travail.
Elyan regarda l'arbre.
— Ça devient plus facile.
Azaël hocha la tête.
— Ton contrôle progresse.
Soren regarda son frère.
— Et moi aussi je peux faire des choses.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Parce que tu viens de détruire un arbre pour le plaisir.
Soren réfléchit.
— C'était un entraînement.
Elyan sourit légèrement.
— Bien sûr.
Après le petit-déjeuner, Azaël emmena les garçons près de la rivière.
C'était devenu leur lieu d'entraînement.
Soren tenait son épée en bois.
Elyan avait apporté un petit carnet dans lequel il notait certaines observations.
Azaël les regarda.
— Aujourd'hui, on ne fait pas de combat.
Soren fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux voir comment vos pouvoirs évoluent.
Soren rangea son épée.
— D'accord.
Elyan s'assit dans l'herbe.
— Tu veux qu'on fasse quoi ?
— Elyan, commence par cette plante.
Azaël désigna une petite fleur fanée.
Elyan s'approcha.
Il posa doucement ses doigts sur la tige.
Il ferma les yeux.
Quelques secondes passèrent.
Une faible lumière apparut autour de sa main.
La plante se redressa progressivement.
Sa couleur revint.
Puis une nouvelle feuille apparut.
Elyan ouvrit les yeux.
— Ça devient plus facile.
Azaël hocha la tête.
— Ton contrôle s'améliore.
Elyan observa la plante.
— Est-ce que je pourrais faire pousser un arbre entier ?
— Avec le temps.
— Et réparer quelqu'un ?
Azaël resta silencieux.
La question était plus sérieuse.
— Ton pouvoir est lié à la vie.
Elyan attendit.
— Mais tu dois apprendre à l'utiliser sans forcer les choses.
— Pourquoi ?
— Parce que donner la vie n'est pas la même chose que créer quelque chose.
Elyan nota immédiatement la phrase dans son carnet.
Soren regarda son frère.
— Tu écris vraiment tout.
— C'est important.
— Moi, je retiens dans ma tête.
Elyan le regarda.
— Tu oublies la moitié.
— Pas du tout.
Azaël sourit.
— On va vérifier.
Il regarda Soren.
— À ton tour.
Soren s'approcha.
Azaël plaça une branche morte devant lui.
— Essaie.
Soren fronça les sourcils.
— De faire quoi ?
— Utiliser ton pouvoir.
Soren tendit la main.
Rien.
Il ferma les yeux.
Toujours rien.
Son expression devint plus concentrée.
Une légère sensation parcourut l'air.
La branche trembla.
Puis sa surface commença à se dessécher davantage.
Quelques secondes plus tard, elle se désagrégea en plusieurs morceaux.
Soren ouvrit les yeux.
— C'est tout ?
Azaël observa les morceaux.
— Pour aujourd'hui, oui.
— Mais je peux faire mieux.
— Je sais.
Soren sourit.
— Alors entraîne-moi.
Azaël croisa les bras.
— Tu veux toujours devenir chevalier ?
Soren répondit immédiatement :
— Oui.
— Pourquoi ?
Soren regarda son frère.
Puis il regarda Azaël.
— Parce que je veux protéger ma famille.
Azaël resta silencieux.
Soren reprit :
— Et je veux être assez fort pour que personne ne puisse leur faire du mal.
Elyan leva les yeux de son carnet.
— Tu n'as pas besoin d'être le plus fort.
Soren se tourna vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que je peux aussi aider.
Soren sourit.
— Alors on fera équipe.
Elyan hocha la tête.
— D'accord.
Azaël les observa quelques secondes.
— C'est exactement ce que je veux entendre.
Soren leva son épée.
— Moi je protège.
Elyan leva son carnet.
— Et moi, je réfléchis.
Azaël sourit.
— Et vous apprenez tous les deux à utiliser vos pouvoirs.
Sur le chemin du retour, Soren courait devant.
Il ramassa une branche.
— Papa !
Azaël se retourna.
Soren brandit la branche comme une épée.
— Regarde !
— Encore ?
— Je suis un chevalier !
Il chargea un arbre.
Elyan soupira.
— Il va recommencer.
Azaël regarda son fils courir.
Puis il sourit.
— Laisse-le.
Elyan le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce qu'à son âge, il a le droit de jouer.
Elyan réfléchit.
Puis il referma son carnet.
— Alors moi aussi.
Il courut rejoindre son frère.
— Attends-moi !
Soren se retourna.
— Tu viens combattre ?
— Non.
— Alors pourquoi tu viens ?
Elyan sourit.
— Pour te dire que tu tiens ton épée à l'envers.
Soren s'arrêta.
Il regarda ses mains.
Puis l'épée.
— Ah.
Elyan éclata de rire.
Soren le poursuivit immédiatement.
— Reviens ici !
Les deux garçons coururent sur le chemin.
Azaël les regarda s'éloigner.
Elia arriva à côté de lui.
— Ils grandissent vite.
— Trop vite.
Elle sourit.
— Tu vas devoir t'y habituer.
Azaël resta silencieux.
Puis il regarda ses fils.
Elyan, qui courait avec son carnet sous le bras.
Soren, qui brandissait toujours son épée en bois.
Trois ans plus tôt, ils n'étaient encore que deux bébés.
Maintenant, ils avaient leurs propres rêves.
Le premier voulait comprendre le monde.
Le second voulait protéger ceux qu'il aimait.
Azaël savait que leurs pouvoirs deviendraient un jour bien plus importants.
Mais pour l'instant, il ne voulait pas penser à ce jour.
Il voulait simplement profiter du temps qu'il lui restait avec eux.
Elia posa doucement sa main sur son bras.
— À quoi tu penses ?
Azaël sourit.
— À rien.
Elle le regarda.
— Tu mens.
— Un peu.
Elia secoua la tête.
— Tu n'es vraiment pas doué.
Azaël regarda une dernière fois ses fils.
— Ils ont six ans.
— Oui.
— J'ai l'impression que c'était hier qu'ils venaient de naître.
Elia sourit.
— Alors profite du présent.
Azaël hocha la tête.
— C'est ce que je compte faire.
Ils reprirent le chemin de la maison.
Derrière eux, les deux garçons continuaient de courir.
Et pour la première fois depuis longtemps, Azaël ne pensa ni aux dieux, ni aux guerres, ni à ce que l'avenir pouvait leur réserver.
Il pensa simplement à sa famille.