Chapitre 47
Chapitre 47
Les jours qui suivirent l'anniversaire de Valerian furent étrangement tranquilles.
Du moins en apparence.
Azaël avait remarqué que quelque chose avait changé depuis la démonstration des garçons.
Les regards étaient plus nombreux.
Les conversations s'arrêtaient lorsqu'il approchait.
Certains nobles qui, quelques semaines auparavant, se contentaient de le saluer avec respect cherchaient maintenant à attirer son attention.
Azaël n'y accordait aucune importance.
Il avait autre chose à faire.
Soren avait commencé à s'entraîner davantage avec son épée en bois.
Elyan passait de plus en plus de temps dans le jardin, à essayer de comprendre son pouvoir.
Leurs progrès restaient modestes.
Mais ils progressaient.
Et pour Azaël, c'était tout ce qui comptait.
Ce matin-là, il était assis dans le jardin avec Elia.
Soren s'entraînait un peu plus loin.
Elyan lisait sous un arbre.
Tout était calme.
Trop calme.
Azaël leva soudainement les yeux.
Elia le remarqua.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu viens encore de faire cette tête.
— Quelle tête ?
— Celle que tu fais quand quelque chose ne va pas.
Azaël regarda le ciel.
— Quelque chose arrive.
Elia soupira.
— Encore ?
— Oui.
Elle posa son livre.
— Des soldats ?
— Non.
Azaël resta silencieux.
Puis il ajouta :
— Des dieux.
Elia se figea.
— Tu en es sûr ?
— Oui.
Soren arrêta son entraînement.
— Papa ?
Azaël se tourna vers lui.
— Quoi ?
— Pourquoi tu t'es arrêté ?
— Parce que nous avons de la visite.
Soren regarda autour de lui.
— Où ?
Azaël ne répondit pas.
Le ciel venait de changer.
Les nuages s'étaient immobilisés.
Le vent avait disparu.
Même les oiseaux avaient cessé de chanter.
Elyan referma lentement son livre.
— Papa...
Azaël se leva.
— Restez près de votre mère.
Elia se leva également.
— Azaël.
— Je sais.
Il regarda ses deux fils.
— Quoi qu'il arrive, vous restez avec elle.
Soren hocha la tête.
Elyan aussi.
Puis une lumière apparut au-dessus du domaine.
Elle descendit lentement.
Une présence divine envahit les lieux.
Puis une voix retentit.
— Azaël.
Il leva les yeux.
Plusieurs silhouettes apparurent dans le ciel.
Sept.
Des dieux.
Certains portaient des vêtements semblables à ceux des anciens souverains.
D'autres semblaient presque humains.
Mais leur présence ne laissait aucun doute.
Ils étaient venus pour lui.
L'un d'eux descendit lentement jusqu'au sol.
Il regarda Azaël.
— Cela faisait longtemps.
Azaël ne répondit pas.
Un autre dieu s'avança.
Son regard se posa sur les enfants.
— Nous sommes venus récupérer ce qui nous appartient.
Elia fronça les sourcils.
— Pardon ?
Le dieu ne lui accorda même pas un regard.
— Ces enfants.
Le silence tomba.
Azaël ne bougea pas.
— Répète.
Le dieu regarda Soren et Elyan.
— Leurs pouvoirs appartiennent aux dieux.
Azaël resta parfaitement immobile.
— Non.
— Tu n'as pas autorité pour décider.
— J'ai dit non.
Un troisième dieu intervint.
— Tu sembles oublier les anciennes lois.
Azaël tourna lentement les yeux vers lui.
— Les anciennes lois ?
— Tout pouvoir divin apparu dans notre monde doit être placé sous la surveillance du panthéon.
Elia serra la main d'Elyan.
Soren regarda son père.
— Papa...
Azaël ne répondit pas.
Le premier dieu reprit :
— Nous ne sommes pas venus négocier.
Un silence.
Puis il ajouta :
— Les enfants viendront avec nous.
Quelque chose changea dans le regard d'Azaël.
Elia le vit immédiatement.
— Azaël...
Il ne répondit toujours pas.
Le dieu s'approcha.
— Tu as déjà provoqué suffisamment de troubles depuis ton retour.
Azaël leva lentement les yeux.
— Mon retour ?
Le dieu eut un léger sourire.
— Tu croyais réellement que nous ne savions pas qui tu étais ?
Azaël ne bougea pas.
— Nous savons tous qui tu es.
Un autre dieu prit la parole.
— Azaël, Dieu du Chaos.
Le silence devint lourd.
Elia regarda son mari.
Elle connaissait déjà la vérité.
Mais entendre ce titre prononcé par d'autres dieux donnait à la situation une gravité différente.
Le dieu continua :
— Tu as disparu pendant des siècles.
— Oui.
— Tu as abandonné ton rôle.
— Oui.
— Et maintenant tu reviens avec deux enfants porteurs d'un pouvoir qui dépasse les frontières de notre monde.
Azaël regarda ses fils.
Puis les dieux.
— Ils ne vous appartiennent pas.
— Tout pouvoir divin appartient au monde des dieux.
Azaël eut un léger rire.
Mais ce rire n'avait rien d'amusé.
— Vous êtes sérieux ?
Le dieu fronça les sourcils.
— Absolument.
Azaël fit un pas.
— Vous avez attendu que mes fils aient trois ans pour venir réclamer un droit sur eux ?
Personne ne répondit.
— Vous les avez observés.
Un autre silence.
— Vous avez attendu qu'ils manifestent leur pouvoir.
Azaël serra lentement les poings.
— Et maintenant vous venez ici en prétendant qu'ils vous appartiennent ?
Le dieu s'avança.
— Nous avons un devoir envers l'équilibre de ce monde.
Azaël le regarda.
— Je me fiche de votre équilibre.
— Alors vous nous forcez à intervenir.
Azaël sourit.
— Non.
Il regarda Elia.
Puis ses enfants.
Et son sourire disparut.
— C'est vous qui venez de faire une erreur.
Le premier dieu leva une main.
Une énergie divine apparut.
Elia recula avec les garçons.
Azaël fit immédiatement un pas devant eux.
— Dernière chance.
Le dieu le regarda.
— Tu n'es plus celui que tu étais.
Azaël resta silencieux.
— Tu as perdu une grande partie de ta puissance.
Toujours aucun mouvement.
— Tu vis comme un humain.
Le dieu sourit.
— Tu as même fini par t'attacher à eux.
Azaël baissa légèrement la tête.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis il releva les yeux.
Et tous les dieux comprirent leur erreur.
— Vous auriez pu me menacer.
Sa voix était calme.
— Vous auriez pu me combattre.
L'air autour de lui commença à vibrer.
— Mais vous avez parlé de mes enfants comme s'ils étaient des objets.
Une pression invisible se répandit dans le domaine.
Les dieux cessèrent de sourire.
Azaël continua :
— Je vous ai laissé une chance de repartir.
Il leva les yeux vers eux.
— Vous auriez dû la saisir.
Le premier dieu lança son attaque.
Azaël ne bougea même pas.
L'énergie disparut avant de l'atteindre.
Le dieu resta figé.
— Impossible...
Azaël leva simplement la main.
Le temps sembla se briser autour d'eux.
En un instant, les sept dieux furent privés de leur pouvoir.
Ils ne comprirent même pas ce qui venait de se produire.
Azaël avança.
— Vous vouliez savoir si j'étais encore le plus puissant ?
Personne ne répondit.
— Vous avez votre réponse.
Une onde traversa le domaine.
Les sept présences divines disparurent l'une après l'autre.
Le silence revint.
Elia resta immobile.
Soren tenait toujours son épée en bois.
Elyan regardait son père.
Azaël, lui, ne disait rien.
Quelques secondes passèrent.
Puis Elia s'approcha.
— Azaël...
Il se tourna vers elle.
— Ils ne reviendront pas.
— Tu les as...
Elle n'acheva pas sa phrase.
Azaël regarda le ciel.
— Oui.
Soren s'approcha.
— Papa ?
Azaël s'accroupit devant lui.
— Quoi ?
— Ils voulaient nous emmener ?
— Oui.
Soren serra son épée.
— Je voulais pas partir.
Azaël posa une main sur sa tête.
— Je sais.
Elyan s'approcha à son tour.
— Pourquoi ils voulaient nous prendre ?
Azaël resta silencieux.
— Parce qu'ils avaient peur de ce qu'ils ne comprenaient pas.
Elyan réfléchit.
— Ils avaient peur de nous ?
— Peut-être.
Soren fronça les sourcils.
— Alors ils sont méchants.
Azaël eut un léger sourire.
— Ce n'est pas toujours aussi simple.
Il regarda l'endroit où les dieux avaient disparu.
— Mais aujourd'hui, ils ont fait un choix.
Plus tard dans la journée, Azaël retourna seul dans le jardin.
Il regarda le ciel.
Il savait que tuer ces dieux ne resterait pas sans conséquences.
Leur disparition avait probablement déjà été ressentie par les autres.
Il ferma les yeux.
Une présence apparut derrière lui.
Il ne se retourna pas.
— Tu es venu.
La voix était calme.
— Oui.
Azaël ouvrit les yeux.
Une seule silhouette se tenait à quelques mètres.
Un dieu.
Mais contrairement aux autres, celui-ci n'avait pas attaqué.
Il regardait simplement Azaël.
— Pourquoi ?
Le dieu répondit :
— Parce que je voulais vérifier quelque chose.
— Quoi ?
— Si les histoires étaient vraies.
Azaël ne dit rien.
Le dieu continua :
— Elles le sont.
Il baissa légèrement la tête.
— Tu es toujours au-dessus de nous tous.
Azaël resta silencieux.
— Même après des siècles d'absence.
Le dieu regarda autour de lui.
— Mais tu ne sembles plus vouloir régner.
— Non.
— Pourquoi ?
Azaël pensa à Elia.
Puis à ses enfants.
— Parce que j'ai trouvé mieux.
Le dieu le regarda longuement.
— Alors pourquoi les as-tu tués ?
Azaël répondit simplement :
— Ils ont voulu prendre mes enfants.
Le dieu baissa les yeux.
— Je comprends.
Azaël s'approcha.
— Non.
Le dieu releva la tête.
— Vous ne comprenez pas encore.
Une faible énergie apparut autour d'Azaël.
— Je ne suis plus intéressé par votre monde.
Il marqua une pause.
— Mais si vous touchez à ma famille...
Son regard devint glacial.
— Je reviendrai vous rappeler pourquoi vous me craigniez.
Le dieu ne répondit pas.
Azaël tendit alors la main.
Une lumière sombre apparut.
Le dieu recula légèrement.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Une démonstration.
Azaël referma les doigts.
L'espace sembla se contracter.
Une présence divine apparut.
L'un des dieux disparus quelques heures auparavant se matérialisa de nouveau.
Il tomba à genoux, désorienté.
Le dieu qui était resté observa la scène avec stupeur.
— Tu peux...
Azaël interrompit :
— Ressusciter ceux que je veux.
Le dieu resta silencieux.
Azaël regarda le dieu ressuscité.
— Retourne auprès des autres.
Celui-ci ne comprenait toujours pas.
— Pourquoi ?
Azaël répondit :
— Pour leur transmettre un message.
Le dieu releva les yeux.
— Lequel ?
Azaël se détourna.
— Dites-leur simplement que le Dieu du Chaos est toujours là.
Il marqua une pause.
— Et qu'il est toujours le plus puissant d'entre eux.
Le dieu disparut.
Azaël resta seul dans le jardin.
Il regarda ensuite la maison.
À travers une fenêtre, il aperçut Elia avec les garçons.
Soren racontait quelque chose avec enthousiasme.
Elyan l'écoutait.
Azaël sourit légèrement.
Il venait de rappeler aux dieux qui il était.
Mais il ne voulait pas redevenir celui qu'il avait été.
Il ne voulait ni royaume.
Ni culte.
Ni trône.
Il voulait simplement protéger sa famille.
Et désormais, tous les dieux allaient le savoir.
Azaël était revenu.