Chapitre 46
Chapitre 46
Trois jours s'étaient écoulés depuis l'anniversaire de Valerian.
Au domaine, les conversations n'avaient toujours pas cessé.
La plupart des invités avaient déjà quitté les lieux, mais certains avaient emporté avec eux bien plus qu'un souvenir de fête.
Ils avaient vu les pouvoirs des deux fils d'Azaël.
Et dans un monde où la puissance pouvait déterminer le rang, l'influence et parfois même la survie d'une famille, ce genre d'information ne restait jamais secret très longtemps.
Azaël le savait.
C'est pour cette raison qu'il était assis dans le salon du domaine de Valerian, une tasse à la main, tandis qu'Elia lisait plusieurs lettres posées devant elle.
Elle en prit une autre.
Puis une autre.
Et enfin une dernière.
— Ils sont sérieux ?
Azaël leva les yeux.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elia posa la lettre sur la table.
— Une famille noble veut inviter Elyan et Soren à une réception.
Azaël fronça les sourcils.
— Ils ont trois ans.
— Je sais.
Elle prit une seconde lettre.
— Celle-ci propose de leur offrir des professeurs particuliers.
Azaël soupira.
— Ils ont trois ans.
— Je sais.
Elle en prit une troisième.
— Et celle-là demande si nous accepterions de présenter les garçons devant le conseil des nobles.
Azaël posa lentement sa tasse.
— Non.
Elia sourit.
— Je savais que tu allais répondre ça.
— Ils ne sont pas des objets qu'on présente à chaque fois que quelqu'un veut les voir.
— Je suis d'accord.
Elle regarda les lettres.
— Mais ça ne va pas s'arrêter.
Azaël resta silencieux.
Il savait qu'elle avait raison.
La démonstration avait été faite devant trop de personnes.
Les rumeurs avaient déjà commencé à circuler.
Et avec elles, les premières questions.
Qui étaient réellement les enfants ?
D'où venaient leurs pouvoirs ?
Pourquoi deux enfants aussi jeunes possédaient-ils déjà une telle énergie ?
Et surtout...
Quel lien avaient-ils avec Azaël ?
Une voix retentit soudain dans le couloir.
— Papa !
Azaël tourna la tête.
Soren entra en courant.
Son épée en bois à la main.
— Regarde !
Azaël observa son fils.
— Qu'est-ce que tu as encore fait ?
— Rien.
Elyan apparut derrière lui avec un livre sous le bras.
— Il a essayé de couper une chaise.
Soren se retourna.
— Je voulais juste voir si mon épée était assez forte.
Azaël ferma les yeux quelques secondes.
— Soren.
— Oui ?
— Une chaise n'est pas un ennemi.
— Je sais.
Elyan intervint :
— Il ne le savait pas avant.
Soren fronça les sourcils.
— Je savais.
— Non.
— Si.
— Non.
— Si !
Elia posa une main sur son front.
— Ça recommence.
Azaël se leva.
— Venez ici.
Les deux garçons s'approchèrent.
Azaël regarda Soren.
— Tu ne frappes plus les meubles avec ton épée.
— D'accord.
Il se tourna vers Elyan.
— Et toi, tu arrêtes de provoquer ton frère.
Elyan réfléchit.
— Même quand il dit quelque chose de faux ?
— Oui.
— D'accord.
Soren sourit.
— J'avais raison.
Elyan soupira.
— Cette fois seulement.
Azaël secoua la tête.
— Allez jouer dehors.
Les deux garçons partirent.
Elia les regarda disparaître.
Puis elle se tourna vers Azaël.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— C'est ça, le problème.
— Les chaises ?
— Non.
Elle désigna les lettres.
— Ils vont grandir. Et les gens vont continuer à s'intéresser à eux.
Azaël regarda les documents.
— Je sais.
— Alors il faut décider maintenant ce qu'on fait.
Il resta silencieux.
Puis il prit la première lettre.
Il la déchira en deux.
— On ne répond pas.
Elia haussa un sourcil.
— À aucune ?
— À aucune.
— Même celle du conseil ?
— Surtout celle du conseil.
Elia sourit.
— Ça va sûrement leur plaire.
— Ce n'est pas mon problème.
L'après-midi, Azaël emmena les garçons près de la rivière.
Il avait besoin de prendre l'air.
Soren courait devant eux, son épée en bois à la main.
Elyan marchait tranquillement à côté de son père.
Il lisait en avançant.
Azaël le regarda.
— Tu vas finir par tomber.
Elyan leva les yeux.
— Je regarde où je vais.
— Tu regardes ton livre.
— Je peux faire les deux.
Soren se retourna.
— Papa !
— Quoi ?
— Regarde !
Il se plaça au milieu du chemin.
Il leva son épée.
— Je vais vaincre le grand monstre !
Azaël regarda autour de lui.
— Où est-il ?
Soren réfléchit.
Puis il désigna Azaël.
— Là.
Azaël arqua un sourcil.
— Moi ?
— Oui.
Elyan ferma son livre.
— Mauvaise idée.
— Pourquoi ?
— Parce que tu vas perdre.
Soren leva son épée.
— Je suis un chevalier !
Azaël croisa les bras.
— Très bien.
Soren chargea.
Azaël esquiva simplement.
Le garçon passa à côté de lui et trébucha dans l'herbe.
Il se releva immédiatement.
— Encore !
— Tu n'as même pas réussi à me toucher.
— Parce que tu bouges !
— C'est généralement le principe d'un combat.
Elyan éclata de rire.
Soren le regarda.
— Arrête de rire !
— Tu es tombé.
— C'était volontaire.
Azaël sourit.
— Bien sûr.
Soren reprit son épée.
— Encore !
Cette fois, Azaël resta immobile.
Soren avança plus lentement.
Il observa son père.
Puis il attaqua.
Azaël arrêta l'épée avec deux doigts.
Soren resta bouche bée.
— Comment tu fais ?
— De l'entraînement.
— Moi aussi je vais y arriver ?
— Un jour.
Soren sourit.
— Alors je continue.
Il recommença.
Azaël l'observa attentivement.
Depuis quelques semaines, le contrôle de Soren progressait.
Il n'y avait plus eu d'explosion depuis la clairière.
Mais Azaël savait que son fils n'avait encore aucune idée de l'étendue de ce qui dormait en lui.
Il regarda ensuite Elyan.
Le garçon s'était assis au bord de la rivière.
Il avait ouvert son livre.
Une petite fleur poussait près de sa jambe.
Elyan la regarda quelques secondes.
Puis il posa une main près de la plante.
La fleur grandit légèrement.
Azaël le remarqua.
— Elyan.
Le garçon releva la tête.
— Oui ?
— Ne fais pas ça sans me prévenir.
— Pourquoi ?
— Parce que tu dois apprendre à contrôler ton pouvoir aussi.
Elyan regarda la fleur.
— Je voulais juste l'aider à pousser.
— Je sais.
Azaël s'assit près de lui.
— Mais ton pouvoir ne fonctionne pas seulement quand tu le décides.
Elyan fronça les sourcils.
— Comment ça ?
Azaël réfléchit.
— Tu dois apprendre à savoir exactement ce que tu veux lui faire.
Elyan regarda ses mains.
— D'accord.
Soren s'approcha.
— Moi aussi, je dois apprendre ?
— Oui.
— Alors on peut s'entraîner ensemble ?
Azaël sourit.
— Pas aujourd'hui.
— Pourquoi ?
— Parce que vous avez déjà assez travaillé.
Soren fit une grimace.
— Je suis pas fatigué.
Elyan referma son livre.
— Moi non plus.
Azaël se leva.
— Vous dites ça maintenant.
Il regarda le ciel.
— Dans dix minutes, vous dormirez dans l'herbe.
Soren réfléchit.
— Peut-être.
Ils reprirent le chemin du domaine en fin d'après-midi.
Tout semblait normal.
Jusqu'à ce qu'Azaël s'arrête.
Elyan leva les yeux.
— Papa ?
Azaël ne répondit pas.
Il regardait la route.
Quelqu'un se tenait au loin.
Un homme.
Il portait une longue cape grise.
Il ne semblait pas appartenir à une famille noble.
Ni à l'armée.
Azaël observa son visage.
L'homme fit quelques pas vers eux.
Puis il s'arrêta.
— Azaël.
Elia n'était pas avec eux.
Soren se plaça instinctivement devant Elyan.
Azaël posa une main sur son épaule.
— Reste derrière moi.
L'homme regarda les deux enfants.
Son expression changea légèrement.
— Alors c'est vrai.
Azaël ne bougea pas.
— Qu'est-ce qui est vrai ?
— Les enfants.
Le ton de l'homme était calme.
— Ils possèdent réellement leurs pouvoirs.
Azaël regarda Soren.
Puis Elyan.
— Qui êtes-vous ?
L'homme ne répondit pas immédiatement.
Il sortit une petite pièce métallique de sa poche.
Un symbole y était gravé.
Un cercle traversé par une ligne verticale.
Azaël reconnut immédiatement le symbole.
Celui du royaume.
Mais quelque chose était différent.
Une seconde marque était gravée au dos.
Une fissure.
La même que celle qu'il avait vue sur la pierre retrouvée dans l'ancien sanctuaire.
Son regard devint sérieux.
— Où avez-vous trouvé ça ?
L'homme rangea la pièce.
— Je pensais que vous poseriez cette question.
— Répondez.
— Dans un sanctuaire qui existe depuis bien avant la fondation de ce royaume.
Azaël s'approcha légèrement.
— Vous savez quelque chose sur ce symbole.
— Oui.
— Alors parlez.
L'homme regarda autour de lui.
— Pas ici.
Azaël resta silencieux.
— Pourquoi ?
— Parce que vous n'êtes pas le seul à chercher des réponses.
Azaël sentit immédiatement quelque chose.
Une présence.
Très faible.
Mais bien réelle.
Quelqu'un d'autre se trouvait dans les environs.
Il tourna légèrement la tête.
Rien.
Lorsqu'il regarda de nouveau l'homme, celui-ci avait reculé.
— Attendez.
L'inconnu sourit légèrement.
— Nous nous reverrons.
Puis il disparut entre les arbres.
Soren regarda son père.
— C'était qui ?
Azaël resta silencieux.
Elyan s'approcha.
— Il parlait du symbole ?
— Oui.
— C'est important ?
Azaël regarda la forêt.
— Je crois.
Soren serra son épée en bois.
— Il était méchant ?
Azaël réfléchit.
— Je ne sais pas.
Il posa une main sur l'épaule de chacun de ses fils.
— Mais à partir de maintenant, vous ne vous éloignez plus de nous sans prévenir.
Soren hocha la tête.
Elyan aussi.
Ils reprirent leur route.
Azaël, lui, ne regardait plus les enfants.
Il regardait la forêt.
Le symbole qu'il venait de voir n'était pas nouveau.
La pierre du sanctuaire.
Les attaques contre les villages.
Les mouvements des dieux.
Tout commençait à se rejoindre.
Et cette fois, quelqu'un venait de lui confirmer une chose.
Ce qui se passait autour de ses fils n'était pas un hasard.