Chapitre 45
Chapitre 45
Un mois passa.
Les jours s'étaient enchaînés sans incident majeur.
Depuis leur première manifestation de pouvoir, Elyan et Soren avaient commencé à s'entraîner régulièrement avec Azaël.
Enfin...
À leur manière.
Soren voulait toujours apprendre à manier l'épée.
Il passait une partie de ses journées à répéter les mêmes mouvements, parfois correctement, parfois complètement à côté.
Elyan, lui, préférait comprendre.
Il posait des questions.
Beaucoup de questions.
Pourquoi son pouvoir fonctionnait-il ?
Pourquoi celui de Soren était-il différent ?
Pourquoi pouvait-il redonner vie à une plante ?
Et surtout...
Pourquoi leurs pouvoirs semblaient-ils parfois réagir l'un à l'autre ?
Azaël n'avait pas toujours les réponses.
Mais il avait appris à les accompagner sans chercher à tout contrôler.
Ce matin-là, pourtant, l'entraînement n'était pas au programme.
Elia avait une autre idée.
Elle entra dans la chambre des garçons.
— Debout.
Soren ouvrit immédiatement les yeux.
— On s'entraîne ?
— Non.
Il se recoucha.
— Alors je dors.
Elia soupira.
— Pas aujourd'hui.
Elyan s'était déjà assis dans son lit.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
— Vous allez vous préparer.
Soren releva la tête.
— Pourquoi ?
Elia sourit.
— Parce qu'aujourd'hui, c'est l'anniversaire de votre grand-père.
Les deux garçons restèrent silencieux.
Puis Soren sauta de son lit.
— Papi !
Elyan sourit.
— On va chez lui ?
— Oui.
— Il y aura beaucoup de monde ?
— Probablement.
Soren attrapa immédiatement son épée en bois.
— Je vais lui montrer mon entraînement.
Elia lui prit doucement l'épée des mains.
— Pas pendant le repas.
— Mais...
— Soren.
— D'accord.
Elyan regarda sa mère.
— On lui offre quelque chose ?
— C'est justement ce que je voulais vous demander.
Les deux garçons se regardèrent.
Soren réfléchit sérieusement.
— Une épée ?
Elia secoua la tête.
— Il en a déjà.
— Un cheval ?
— Certainement pas.
Elyan leva son livre.
— Un livre ?
Elia sourit.
— C'est une meilleure idée.
Soren réfléchit.
— Alors moi, je lui donne une épée en bois.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est mieux qu'un livre.
Elyan le regarda.
— Il ne pourra même pas lire avec.
— Justement.
Elia éclata de rire.
— Vous trouverez quelque chose ensemble.
Quelques heures plus tard, la famille arriva au domaine de Valerian.
La propriété était beaucoup plus grande que la maison du village.
Des invités arrivaient régulièrement.
Des nobles venus de différentes régions avaient été conviés à l'anniversaire du duc.
Azaël descendit avec Elia.
Puis il aida les deux garçons à sortir.
Soren regarda autour de lui avec de grands yeux.
— Il y a beaucoup de gens.
— Oui, répondit Elia.
Elyan observa les invités.
— Pourquoi ils sont tous habillés comme ça ?
Azaël regarda leurs vêtements élégants.
— Parce qu'ils veulent faire bonne impression.
Soren regarda son propre habit.
— Moi aussi, je fais bonne impression ?
Elia sourit.
— Oui.
— Alors c'est bon.
Azaël posa une main sur son épaule.
— Mais aujourd'hui, vous restez sages.
Soren hocha la tête.
— Promis.
Elyan acquiesça également.
Azaël les regarda quelques secondes.
Il savait déjà que cette promesse ne tiendrait probablement pas toute la journée.
Valerian les attendait à l'entrée du domaine.
Lorsqu'il aperçut ses petits-fils, son visage s'illumina.
— Vous voilà enfin !
Soren courut immédiatement vers lui.
— Papi !
Valerian s'accroupit pour le prendre dans ses bras.
— Comment va mon petit chevalier ?
— Très bien !
Elyan s'approcha plus calmement.
— Joyeux anniversaire, grand-père.
Valerian sourit.
— Merci, Elyan.
Il regarda les deux garçons.
— Vous avez grandi.
Soren leva immédiatement la tête.
— Je vais devenir grand et fort.
— J'en suis certain.
Valerian regarda Azaël.
— Et toi ?
— Toujours vivant.
Valerian éclata de rire.
— C'est déjà un bon début.
Elia arriva derrière eux.
— Bon anniversaire, papa.
Valerian la prit brièvement dans ses bras.
— Merci, ma fille.
Puis il regarda Azaël.
— Je suis content que vous soyez venus.
Azaël hocha la tête.
— Nous n'aurions pas manqué ça.
La fête commença peu après.
Les invités se réunirent dans une grande salle ouverte sur les jardins.
Des tables avaient été installées.
Les conversations se multipliaient.
Azaël resta principalement avec Elia et les enfants.
Adrian était également présent.
Il s'approcha des garçons.
— Alors, les petits monstres.
Soren se retourna.
— Je suis pas un monstre.
— Ah bon ?
— Non.
— Pourtant, ta mère m'a raconté que tu avais encore cassé une chaise.
Soren regarda Elia.
— Elle raconte tout.
Elia sourit.
— Absolument tout.
Elyan intervint :
— C'était pas vraiment sa faute.
Adrian regarda son neveu.
— Tu le défends maintenant ?
— C'est mon frère.
Soren sourit fièrement.
— Tu vois.
Adrian secoua la tête.
— Vous êtes inséparables.
Azaël, qui observait la scène, sourit.
— Ils le seront probablement toujours.
Un peu plus tard, Valerian prit place au centre de la salle.
Plusieurs nobles se rapprochèrent pour lui souhaiter son anniversaire.
Des cadeaux furent apportés.
Des discours commencèrent.
Soren s'ennuyait.
Il regarda Elyan.
Elyan lisait tranquillement.
— Tu t'ennuies ?
— Oui.
— Tu peux lire.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux faire quelque chose.
Soren regarda son grand-père.
Puis Azaël.
Une idée apparut dans son esprit.
Il tira légèrement la manche de son père.
— Papa.
Azaël se baissa.
— Quoi ?
— On peut lui faire notre cadeau maintenant ?
Azaël regarda Elyan.
Puis Elia.
Elle avait compris.
— Si vous voulez.
Soren sourit.
— Oui !
Elyan referma son livre.
— On lui montre ?
— Oui.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
— Vous êtes sûrs ?
Elyan hocha la tête.
Soren aussi.
— Oui.
Azaël réfléchit.
Il savait que cela signifiait une chose importante.
Jusqu'à présent, leurs pouvoirs n'avaient été vus que par lui et Elia.
Personne d'autre ne savait réellement ce dont les garçons étaient capables.
Pas même leurs grands-parents.
Il regarda Elia.
Elle lui adressa un léger sourire.
— Ils veulent le faire.
Azaël hocha la tête.
— D'accord.
Soren courut vers Valerian.
— Papi !
Le duc se retourna.
— Oui ?
— On a un cadeau pour toi.
Valerian sourit.
— Ah ?
Elyan arriva derrière son frère.
— Mais ce n'est pas un cadeau normal.
Plusieurs invités commencèrent à écouter.
Valerian haussa un sourcil.
— Que voulez-vous dire ?
Soren leva fièrement son épée en bois.
— On va te montrer quelque chose.
Azaël se plaça derrière eux.
— Ils ont quelque chose à vous montrer.
Valerian regarda Azaël.
— Quoi donc ?
Azaël répondit simplement :
— Leurs pouvoirs.
Un silence tomba.
Les nobles autour d'eux cessèrent de parler.
Valerian resta immobile.
— Leurs pouvoirs ?
Elia sourit.
— Ils ont commencé à les découvrir récemment.
Adrian regarda les garçons avec surprise.
— Vous ne m'aviez jamais dit ça.
Soren leva son épée.
— Parce que c'était secret.
Elyan ajouta :
— Mais aujourd'hui, c'est l'anniversaire de grand-père.
Valerian regarda ses petits-fils.
Son expression changea.
— Alors je veux voir.
Ils sortirent dans le jardin.
Les invités suivirent.
Certains semblaient simplement curieux.
D'autres étaient clairement sceptiques.
Après tout, les deux garçons n'avaient que trois ans.
Azaël s'agenouilla devant eux.
— Vous vous souvenez de ce qu'on a appris ?
Soren hocha la tête.
— Je fais attention.
— Et si tu ne contrôles pas ?
— J'arrête.
Azaël regarda Elyan.
— Et toi ?
— Je me concentre.
— Bien.
Il se releva.
— Faites seulement ce que vous êtes capables de faire.
Soren regarda Elyan.
— Tu commences ?
Elyan hésita.
Puis il s'approcha d'une petite plante placée près d'une fontaine.
Il s'agenouilla.
Une fleur avait été coupée pendant les préparatifs de la fête et reposait sur le sol.
Elyan la ramassa.
Il regarda son père.
Azaël hocha simplement la tête.
Elyan posa la fleur dans sa main.
Il ferma les yeux.
Au début, rien ne se produisit.
Les nobles commencèrent à murmurer.
Soren regardait son frère avec attention.
Elyan inspira.
Puis une faible lumière apparut entre ses doigts.
Elle resta douce.
Presque invisible.
La fleur commença lentement à changer.
Sa tige se redressa.
Ses pétales reprirent leur éclat.
Puis elle se remit à fleurir.
Un murmure parcourut le jardin.
Elyan ouvrit les yeux.
Il regarda la fleur.
Puis son grand-père.
— Voilà.
Valerian resta silencieux.
Il s'approcha lentement.
— Tu as fait ça ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Valerian prit délicatement la fleur.
Son regard resta fixé dessus.
— C'est magnifique.
Elyan sourit.
Soren s'avança immédiatement.
— Maintenant, c'est moi !
Azaël soupira.
— Doucement.
Soren se plaça au centre du jardin.
Il regarda autour de lui.
— Je peux faire plus.
Elyan lui murmura :
— Ne casse rien.
— Je sais.
Soren ferma les yeux.
Pendant quelques secondes, rien ne se produisit.
Puis une légère pression sembla traverser l'air.
Les feuilles des arbres frémirent.
Plusieurs invités reculèrent instinctivement.
Azaël observa son fils.
— Soren.
Le garçon ouvrit les yeux.
— Je contrôle.
Une petite pierre posée au sol se souleva.
Elle resta suspendue quelques secondes.
Puis redescendit doucement.
Soren sourit.
— Vous avez vu ?
Adrian resta bouche bée.
— C'est lui qui avait provoqué l'explosion dans la forêt ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Soren leva une main.
La pierre se souleva de nouveau.
Cette fois, elle tournoya lentement dans les airs.
Puis retomba exactement à l'endroit où elle se trouvait.
Quelques secondes de silence.
Puis les invités commencèrent à applaudir.
Soren regarda son grand-père.
— Joyeux anniversaire !
Valerian éclata de rire.
Il s'accroupit devant ses deux petits-fils.
— C'est probablement le cadeau le plus surprenant que j'aie jamais reçu.
Elyan sourit.
— On voulait te faire quelque chose.
Valerian les prit tous les deux dans ses bras.
— Et vous avez réussi.
Soren leva les yeux.
— Tu es content ?
— Très.
Après la démonstration, les conversations reprirent.
Mais cette fois, elles étaient différentes.
Les nobles parlaient des deux enfants.
Certains admiraient leurs capacités.
D'autres se demandaient d'où elles venaient.
Quelques-uns regardaient Azaël avec une certaine inquiétude.
Azaël remarqua immédiatement ces regards.
Elia aussi.
Elle s'approcha de lui.
— Ça y est.
— Quoi ?
— Tout le monde sait.
Azaël regarda ses fils.
Soren racontait déjà à Adrian comment il avait réussi à faire voler la pierre.
Elyan expliquait à Valerian comment son pouvoir fonctionnait.
— Oui.
Elia soupira.
— Tu crois que c'était une bonne idée ?
Azaël réfléchit.
— Je ne sais pas.
Il regarda Elyan.
Puis Soren.
— Mais ils ne peuvent pas passer leur vie à cacher ce qu'ils sont.
Elia hocha doucement la tête.
— C'est vrai.
Un peu plus loin, Valerian appelait ses petits-fils.
— Venez ici !
Les deux garçons coururent vers lui.
— Grand-père ?
Valerian s'accroupit.
— J'ai une question.
Soren se redressa.
— Quoi ?
— Vous avez appris tout ça avec votre père ?
— Oui !
Elyan hocha la tête.
Valerian regarda Azaël.
— Tu savais qu'ils avaient autant de potentiel ?
Azaël resta silencieux une seconde.
— Je savais qu'ils étaient particuliers.
Valerian regarda les deux garçons.
Puis il sourit.
— Alors prenez soin de ce cadeau.
Soren hocha la tête.
— Je vais devenir fort.
Elyan ajouta :
— Et moi, je vais apprendre à bien utiliser mon pouvoir.
Valerian posa une main sur leur tête.
— C'est tout ce que je vous demande.
Le repas reprit ensuite dans une ambiance plus légère.
Soren mangeait tout en racontant son entraînement.
Elyan discutait avec sa grand-mère et Adrian.
Azaël observait ses enfants.
Ils avaient seulement trois ans.
Pourtant, ils venaient de montrer à toute une salle de nobles qu'ils n'étaient pas des enfants ordinaires.
Elia s'assit à côté de lui.
— Tu penses à quoi ?
Azaël regarda ses fils.
— À rien de particulier.
Puis il sourit.
— Je suis simplement content.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils n'ont pas peur de ce qu'ils sont.
Elia regarda Elyan et Soren.
— Pas encore.
Azaël tourna les yeux vers elle.
Elle avait raison.
Pour l'instant, leurs pouvoirs n'étaient qu'un jeu.
Une curiosité.
Une chose amusante qu'ils venaient de montrer à leur famille.
Ils ne savaient pas encore ce que ces pouvoirs représentaient réellement.
Ils ne savaient pas qu'un jour, leurs différences deviendraient essentielles.
Aujourd'hui, ils étaient simplement deux enfants heureux d'avoir offert quelque chose à leur grand-père.
Soren leva soudainement son verre.
— Papi !
Valerian se retourna.
— Oui ?
— C'était le meilleur anniversaire ?
Valerian sourit.
— Sans aucun doute.
Soren se tourna vers Elyan.
— On a réussi.
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Azaël regarda ses deux fils.
Puis Elia.
Et pendant quelques secondes, il oublia complètement les dieux, les pouvoirs et tout ce qui pouvait les attendre dans le futur.
Il ne restait que sa famille.
Une fête.
Des rires.
Et deux petits garçons qui venaient de découvrir qu'ils pouvaient montrer au monde une petite partie de ce qu'ils étaient.
Pour l'instant, cela suffisait.