Chapitre 44
Chapitre 44
Le lendemain matin, Elyan se réveilla plus tôt que d'habitude.
Il resta quelques secondes dans son lit, les yeux ouverts.
La veille lui revenait encore en tête.
Soren.
Son épée.
La clairière.
Puis cette étrange lumière qui était apparue autour de lui.
Elyan avait eu peur.
Mais il avait surtout été impressionné.
Son frère avait quelque chose qu'il n'avait pas.
Un pouvoir.
Une force capable de faire trembler les arbres sans même qu'il le veuille.
Elyan regarda ses propres mains.
Il les ouvrit.
Puis les referma.
Rien.
Il soupira.
— Moi aussi, je voudrais avoir quelque chose...
Il se redressa.
Son regard se posa sur le livre qu'il avait laissé près de son lit.
Il le prit.
Puis il sortit de sa chambre.
Dans le couloir, il entendit des voix.
Soren était déjà réveillé.
— Papa !
— Moins fort.
— On s'entraîne aujourd'hui ?
— Pas ce matin.
— Pourquoi ?
— Parce que tu viens à peine de te réveiller.
— Mais je suis prêt !
Azaël apparut dans le couloir.
Soren tenait déjà son épée en bois.
Elyan resta un peu en retrait.
Azaël remarqua sa présence.
— Bonjour, Elyan.
— Bonjour, papa.
— Tu as bien dormi ?
— Oui.
Azaël lui sourit.
Puis il se tourna vers Soren.
— Et toi, tu ranges cette épée avant de prendre ton petit-déjeuner.
Soren regarda son arme.
— Mais...
— Pas de négociation.
— D'accord.
Soren partit vers sa chambre.
Elyan resta immobile.
Azaël le regarda.
— Quelque chose ne va pas ?
— Non.
— Tu es sûr ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Azaël attendit quelques secondes.
Puis il posa une main sur sa tête.
— Si tu veux me parler, tu peux.
Elyan baissa les yeux.
— D'accord.
Azaël repartit vers la cuisine.
Elyan le suivit du regard.
Il aurait voulu lui parler.
Mais il ne savait pas vraiment comment expliquer ce qu'il ressentait.
Après le petit-déjeuner, Azaël emmena Soren dehors.
Il voulait simplement vérifier que son fils avait récupéré de l'entraînement de la veille.
Elyan resta dans la maison avec Elia.
Il s'installa près de la fenêtre avec son livre.
Mais il ne lisait pas.
Il regardait son père et son frère dans le jardin.
Soren tenait une petite branche.
Il essayait de reproduire les mouvements qu'Azaël lui avait montrés.
Azaël corrigeait sa position.
— Ton pied.
Soren le déplaça.
— Comme ça ?
— Oui.
— Et après ?
— Tu avances.
Soren avança.
— Comme ça ?
— Doucement.
Elyan observa la scène.
Son frère avait toute l'attention de leur père.
Depuis l'explosion de pouvoir dans la forêt, Azaël semblait passer davantage de temps avec lui.
Il savait que ce n'était pas volontaire.
Il savait aussi que Soren avait besoin d'aide.
Mais une petite pensée continuait de revenir.
Moi aussi, je voudrais que papa s'occupe de moi comme ça.
Elyan baissa les yeux vers son livre.
Il se sentit immédiatement coupable.
Soren n'avait rien fait de mal.
Au contraire.
Il était son frère.
Son meilleur ami.
Il ne voulait pas lui enlever ce qui le rendait heureux.
Mais il était jaloux malgré tout.
Elyan referma son livre.
Elia, qui rangeait quelques affaires dans la cuisine, remarqua son expression.
— Elyan ?
Il releva les yeux.
— Oui ?
— Tu ne lis pas.
— Je sais.
Elle s'approcha.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elyan hésita.
— Rien.
Elia s'assit à côté de lui.
— Tu sais que tu peux me le dire.
Elyan regarda encore une fois dehors.
Soren venait de tomber.
Azaël l'aida immédiatement à se relever.
Elyan baissa la tête.
— Je suis un peu jaloux.
Elia ne sembla pas surprise.
— De Soren ?
Elyan hocha lentement la tête.
— Un peu.
— Pourquoi ?
Il réfléchit.
— Depuis hier...
Il marqua une pause.
— Papa passe beaucoup de temps avec lui.
Elia resta silencieuse.
Elyan continua :
— Parce qu'il a son pouvoir.
Il regarda ses mains.
— Moi, j'ai rien.
Elia posa doucement une main sur son épaule.
— Tu es sûr de ça ?
— Oui.
— Tu sais, avoir quelque chose de différent ne veut pas dire avoir moins.
Elyan fronça légèrement les sourcils.
— Mais Soren est fort.
— Oui.
— Il peut faire bouger les choses.
— Oui.
— Papa lui apprend à contrôler son pouvoir.
— Oui.
Elyan soupira.
— Et moi, je lis.
Elia sourit.
— Tu crois que ce n'est pas important ?
— Je ne sais pas.
Elle réfléchit quelques secondes.
— Tu veux savoir quelque chose ?
Elyan releva les yeux.
— Quoi ?
— Quand ton père passe du temps avec Soren, ça ne veut pas dire qu'il t'aime moins.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu es triste ?
Elyan resta silencieux.
Puis il répondit honnêtement :
— Parce que j'aimerais qu'il découvre quelque chose chez moi aussi.
Elia le regarda.
Cette fois, elle comprit.
Ce n'était pas vraiment le pouvoir de Soren qui rendait Elyan jaloux.
C'était l'impression que son frère avait quelque chose qui le rendait particulier aux yeux de leur père.
Elle sourit.
— Viens avec moi.
— Où ?
— Au jardin.
Elyan prit son livre.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai quelque chose à te montrer.
Quelques minutes plus tard, Elia et Elyan étaient derrière la maison.
Le jardin était encore humide à cause de l'arrosage du matin.
Elia s'accroupit près d'un petit carré de terre.
— Tu vois ces fleurs ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
— Elles ont besoin d'être entretenues.
Elle lui tendit un petit outil.
— Tu peux m'aider ?
Elyan prit l'outil.
— Je dois faire quoi ?
— Enlever doucement les mauvaises herbes.
Elyan commença.
Après quelques secondes, il regarda sa mère.
— Et ça va m'aider à avoir un pouvoir ?
Elia éclata de rire.
— Je n'en sais rien.
Elyan fronça les sourcils.
— Alors pourquoi on fait ça ?
— Parce que tu m'as dit que tu voulais découvrir quelque chose chez toi.
Elle désigna les fleurs.
— Alors essaye.
Elyan regarda les plantes.
— Comment ?
— Je ne sais pas.
— C'est tout ?
— Oui.
— C'est pas très utile comme explication.
Elia sourit.
— Fais simplement ce que tu penses être juste.
Elyan regarda une petite fleur près de lui.
Elle était légèrement fanée.
Une de ses tiges s'était pliée vers le sol.
Elyan la toucha doucement.
— Elle est morte ?
— Pas complètement.
— Tu peux la réparer ?
— Non.
— Papa pourrait ?
Elia réfléchit.
— Probablement.
Elyan baissa les yeux.
Il regarda la fleur.
Puis ses mains.
— Moi aussi, j'aimerais pouvoir faire ça.
Elia s'assit dans l'herbe.
— Alors essaye.
Elyan se concentra.
Il posa ses deux mains près de la fleur.
Rien ne se produisit.
Il attendit.
Toujours rien.
Il regarda Elia.
— Ça marche pas.
— Tu viens de commencer.
— Depuis combien de temps ?
— Une minute.
Elyan soupira.
— C'est long.
Elia rit doucement.
— Continue.
Il recommença.
Il ferma les yeux.
Il imagina la fleur comme elle devait être.
Droite.
Colorée.
Vivante.
Mais rien ne changea.
Une minute passa.
Puis deux.
Elyan ouvrit les yeux.
La fleur était toujours aussi fanée.
— J'y arrive pas.
— Alors recommence.
— Encore ?
— Encore.
Elyan posa de nouveau ses mains près de la tige.
Il inspira profondément.
Il pensa à Soren.
À son pouvoir.
À son entraînement.
À Azaël.
Puis il pensa à ce qu'il voulait vraiment.
Pas être plus fort que son frère.
Pas avoir quelque chose de plus impressionnant.
Il voulait simplement avoir quelque chose qui lui appartienne.
Quelque chose qu'il pourrait montrer à son père.
Il ferma les yeux.
— Allez...
Rien.
Il fronça les sourcils.
— Allez...
Une faible sensation apparut dans ses mains.
Elyan ouvrit légèrement les yeux.
Une petite lumière semblait traverser ses doigts.
Il se concentra davantage.
La lumière resta faible.
Presque invisible.
Mais elle existait.
Elia la remarqua immédiatement.
Elle ne dit rien.
Elle ne voulait pas déconcentrer son fils.
Elyan continua.
Cinq minutes passèrent.
Puis six.
Puis sept.
Il commençait à fatiguer.
— J'en ai marre...
— Encore un peu.
— Mais ça fait longtemps.
— Tu voulais essayer.
— Oui.
— Alors essaye encore.
Elyan serra les dents.
Il posa ses mains autour de la fleur.
Cette fois, la lumière devint légèrement plus claire.
La tige frissonna.
Elyan ouvrit grand les yeux.
— Maman...
— Continue.
Il inspira.
La lumière se concentra autour de la petite fleur.
Pendant quelques secondes, rien ne bougea.
Puis la tige se redressa lentement.
Une feuille fanée retrouva sa couleur.
Elyan resta bouche bée.
— Elle...
Elia sourit.
— Oui.
Une petite fleur apparut au bout de la tige.
Elyan recula légèrement.
— Elle est revenue.
Il regarda sa mère.
— Je l'ai fait ?
Elia hocha la tête.
— Oui.
Elyan regarda ses mains.
La lumière avait disparu.
Il toucha doucement la fleur.
Elle était bien vivante.
— J'ai réussi...
Son visage s'illumina.
— Maman !
Il se leva brusquement.
— J'ai réussi !
Elia éclata de rire.
— Je vois ça.
Elyan regarda la petite fleur.
Puis il se tourna vers la maison.
Son expression changea.
— Je peux le montrer à papa ?
— Bien sûr.
Elyan partit en courant.
— Papa !
Dans le jardin, Azaël venait justement de terminer l'entraînement de Soren.
Soren posa son épée en bois.
— J'ai bien fait ?
— Oui.
— Je suis fort ?
Azaël sourit.
— Tu progresses.
Soren sourit fièrement.
Puis Elyan arriva.
— Papa !
Azaël se retourna.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elyan s'arrêta devant lui.
Il semblait essoufflé.
— Regarde !
Azaël regarda son fils.
— Quoi ?
Elyan lui prit la main.
— Viens !
— Où ?
— Maman sait !
Azaël regarda Elia au loin.
Elle souriait.
— Je ne comprends rien.
Soren les suivit.
— Moi aussi je veux voir !
Ils arrivèrent dans le jardin.
Elyan montra la petite fleur.
— Je l'ai réparée.
Azaël s'accroupit.
Il observa la plante.
Puis son fils.
Il resta silencieux quelques secondes.
Elyan commença à s'inquiéter.
— C'est pas bien ?
Azaël secoua la tête.
— Non.
Il posa une main sur les cheveux d'Elyan.
— C'est très bien.
Elyan sourit.
— J'ai un pouvoir ?
Azaël regarda la fleur.
Puis son fils.
Il sentit une énergie particulière.Douce.
Calme.
À l'opposé de celle de Soren.
— Oui.
Les yeux d'Elyan brillèrent.
Soren s'approcha immédiatement.
Il observa la fleur.
— Tu l'as fait revivre ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Soren sourit.
— C'est génial !
Elyan le regarda.
La petite jalousie qu'il avait ressentie quelques heures auparavant disparut presque immédiatement.
— Tu trouves ?
— Oui !
Soren réfléchit.
— Tu pourras faire pousser des arbres ?
Elyan haussa les épaules.
— Je sais pas.
— Et des fleurs ?
— Peut-être.
— Et moi je peux faire bouger les arbres !
Elyan sourit.
— Alors on est différents.
Soren hocha la tête.
— Oui.
Puis il tendit son épée en bois.
— On est une équipe.
Elyan regarda l'épée.
Puis son frère.
Il sourit.
— Une équipe.
Azaël observa ses deux fils.
Il comprenait maintenant quelque chose.
Le pouvoir de Soren était explosif.
Celui d'Elyan était différent.
Il ne détruisait pas.
Il réparait.
Il redonnait.
Il faisait vivre.
Deux pouvoirs opposés.
Mais étrangement complémentaires.
Azaël posa une main sur l'épaule de chacun de ses fils.
— Vous êtes tous les deux particuliers.
Soren leva les yeux.
— Même Elyan ?
— Surtout Elyan.
Elyan sourit.
— Et moi aussi je pourrai m'entraîner avec toi ?
Azaël hocha la tête.
— Bien sûr.
— À quoi ?
Azaël regarda la petite fleur.
— À comprendre ton pouvoir.
Elyan réfléchit.
— Alors demain ?
Azaël sourit.
— Demain.
Soren leva immédiatement la main.
— Et moi ?
— Toi aussi.
— D'accord !
Les deux garçons se regardèrent.
Puis Soren brandit son épée.
— Alors demain, on s'entraîne ensemble !
Elyan leva son livre.
— Mais après, tu liras avec moi.
Soren hésita.
— D'accord.
Elia les regarda.
— Vous avez déjà tout prévu.
Azaël sourit.
— Ils sont comme ça.
Elyan retourna près de la fleur.
Il la regarda quelques secondes.
Une petite chose.
Une simple fleur.
Pourtant, elle venait de changer quelque chose.
Il n'était plus seulement le frère de Soren.
Il n'était plus celui qui regardait son frère s'entraîner.
Lui aussi avait quelque chose à apprendre.
Quelque chose qui lui appartenait.
Et, pour la première fois depuis l'explosion de pouvoir de Soren, Elyan ne se demanda plus s'il était moins spécial que son frère.
Il se demanda simplement jusqu'où son propre pouvoir pourrait le mener.
Et au milieu du jardin, une petite fleur continuait de vivre.