Chapitre 43
Chapitre 43
Le lendemain matin, Azaël était à peine sorti de sa chambre que Soren l'attendait déjà devant la porte.
Le petit garçon tenait son épée en bois à deux mains.
Il avait visiblement préparé quelque chose.
Azaël le regarda.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
Soren leva son épée.
— Tu as promis.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
— J'ai promis quoi ?
— De m'apprendre à me battre.
Azaël resta silencieux.
Puis il regarda l'épée en bois.
— Tu t'en souviens ?
— Oui.
— Ça fait seulement un jour.
— Je sais.
Soren croisa les bras.
— Alors on commence aujourd'hui.
Azaël esquissa un sourire.
— Tu donnes des ordres maintenant ?
— Je suis un chevalier.
— Ah.
Azaël s'accroupit devant lui.
— Tu as trois ans.
— Je sais.
— Tu es beaucoup trop petit pour manier une vraie épée.
Soren baissa les yeux vers son arme en bois.
— Mais celle-là, je peux.
Azaël réfléchit quelques secondes.
Puis il se releva.
— D'accord.
Les yeux de Soren s'illuminèrent.
— Vraiment ?
— Oui.
Soren leva son épée au-dessus de sa tête.
— Je vais devenir fort !
Une voix retentit derrière eux.
— Pas si tu réveilles toute la maison avant le petit-déjeuner.
Elia venait d'entrer dans le couloir.
Soren se retourna.
— Maman ! Papa va m'entraîner !
Elia regarda Azaël.
— Tu as accepté ?
— Oui.
— Il n'a que trois ans.
— Je sais.
— Et tu comptes vraiment lui apprendre à se battre ?
Azaël regarda Soren.
— Je vais surtout lui apprendre à tenir correctement une épée.
Elia réfléchit.
— Ça me rassure un peu.
Soren leva immédiatement son arme.
— Je sais déjà la tenir !
Il fit un mouvement.
L'épée lui échappa des mains.
Elle tomba au sol.
Un silence.
Elia regarda Azaël.
Azaël regarda Soren.
Soren regarda son épée.
Puis il la ramassa.
— C'était exprès.
Azaël sourit.
— Bien sûr.
Une heure plus tard, ils étaient dans une clairière à l'extérieur du village.
Azaël avait choisi un endroit suffisamment éloigné des maisons.
Elia était restée à proximité avec Elyan.
Elyan avait évidemment apporté un livre.
Il s'était installé contre un arbre pour observer.
Soren, lui, se tenait au centre de la clairière.
Il avait l'air extrêmement sérieux.
Azaël se plaça devant lui.
— Première règle.
Soren redressa la tête.
— Laquelle ?
— Tu ne frappes jamais quelqu'un sans raison.
Soren hocha la tête.
— D'accord.
— Deuxième règle.
— Quoi ?
— Tu écoutes ce que je te dis.
Soren hésita.
— Même si j'ai une meilleure idée ?
Azaël soupira.
Elia intervint depuis l'arbre.
— Soren.
— D'accord.
Azaël continua :
— Troisième règle. Si tu es fatigué, tu t'arrêtes.
— Je suis pas fatigué.
— Tu viens de courir jusqu'ici.
— Je peux encore courir.
— Je sais.
Azaël lui tendit une petite épée en bois, légèrement plus courte que celle qu'il utilisait habituellement.
— Prends-la.
Soren la saisit.
Il la regarda avec admiration.
— Elle est à moi ?
— Pour l'entraînement.
— Pour toujours ?
Azaël sourit.
— Si tu fais attention.
Soren serra l'arme contre lui.
— Je vais faire attention.
Azaël se plaça devant lui.
— Maintenant, montre-moi comment tu tiens une épée.
Soren prit une position approximative.
Azaël observa quelques secondes.
— Ton pied gauche.
Soren le déplaça.
— Plus en arrière.
Il obéit.
— Tes deux mains.
Soren corrigea sa prise.
— Voilà.
Soren sourit.
— Je suis prêt.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu regardes uniquement ton épée.
Soren releva les yeux.
— Il faut regarder quoi ?
— Ton adversaire.
Soren regarda Azaël.
Puis son épée.
Puis Azaël.
— Comme ça ?
— Oui.
Azaël recula de quelques pas.
— Maintenant, avance.
Soren avança.
Un pas.
Puis deux.
Puis il courut.
Azaël esquiva facilement.
Soren continua quelques mètres avant de se retourner.
— Encore !
Azaël sourit.
— Encore.
Soren recommença.
Cette fois, Azaël arrêta doucement son épée en bois.
— Trop rapide.
— Je veux gagner.
— Tu ne gagneras rien en courant sans réfléchir.
Elyan leva les yeux de son livre.
— Je te l'avais dit.
Soren se tourna vers lui.
— Toi, tu ne sais même pas te battre.
— Je sais réfléchir.
— Ça ne sert à rien contre une épée.
Elyan referma son livre.
— Si.
— Non.
— Si.
Azaël leva une main.
— Vous allez recommencer ?
Les deux garçons se turent.
Soren se remit en position.
— Je recommence.
Azaël hocha la tête.
— Vas-y.
Cette fois, Soren avança plus lentement.
Il observa Azaël.
Il attendit.
Puis attaqua.
Azaël bloqua.
Soren recula.
Il recommença.
Azaël bloqua encore.
— Mieux.
Soren sourit.
— J'ai réussi ?
— Tu progresses.
Soren leva fièrement son épée.
— Je vais devenir le meilleur chevalier !
Elyan murmura :
— Tu dois encore apprendre beaucoup de choses.
Soren se retourna.
— Je vais t'apprendre aussi.
Elyan sourit.
— D'accord.
Azaël les regarda.
Puis il sentit quelque chose.
Une sensation très légère.
Presque imperceptible.
Il posa son regard sur Soren.
Le garçon continuait de jouer avec son épée.
Azaël ne dit rien.
L'entraînement continua pendant plusieurs minutes.
Soren commençait à fatiguer.
Mais il refusait d'abandonner.
— Encore.
— Tu es fatigué.
— Non.
— Tu transpires.
— C'est parce qu'il fait chaud.
— Il ne fait pas chaud.
Soren fronça les sourcils.
— Encore.
Azaël croisa les bras.
— Pourquoi tu veux tellement continuer ?
Soren regarda son épée.
— Parce que je veux être fort.
— Pour quoi faire ?
Le garçon réfléchit.
Puis répondit simplement :
— Pour protéger Elyan.
Azaël resta silencieux.
Elyan leva lentement les yeux de son livre.
Soren continua :
— Et maman aussi.
Azaël sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.
Il s'accroupit devant son fils.
— Écoute-moi.
Soren le regarda.
— Tu n'as pas besoin d'être fort maintenant.
— Mais je veux le devenir.
— Tu as le temps.
Soren hocha la tête.
— Alors demain aussi ?
Azaël sourit.
— Oui.
Soren sourit à son tour.
— Alors encore une fois.
Azaël allait répondre lorsqu'un bruit étrange retentit.
Un craquement.
Azaël se retourna.
Les arbres autour de la clairière venaient de bouger.
Le vent s'était levé brusquement.
Elia se redressa.
— Azaël ?
Il ne répondit pas.
Son regard était fixé sur Soren.
Le garçon tenait toujours son épée.
Mais quelque chose avait changé.
Une faible lumière apparaissait autour de lui.
Soren regarda ses propres mains.
— Papa ?
Azaël se leva immédiatement.
— Soren, pose l'épée.
— Pourquoi ?
— Maintenant.
Le garçon obéit.
L'épée tomba dans l'herbe.
La lumière autour de lui augmenta.
Elyan se leva.
— Qu'est-ce qui lui arrive ?
Azaël s'approcha.
— Je ne sais pas.
Il tendit la main vers son fils.
Puis s'arrêta.
Il reconnaissait cette sensation.
Mais elle ne ressemblait pas à son propre pouvoir.
Elle était différente.
Plus profonde.
Plus jeune.
Comme une force qui ne savait pas encore comment exister.
Soren regarda son père.
— J'ai peur.
Azaël s'accroupit.
— Regarde-moi.
Soren le regarda.
— Respire doucement.
Le garçon inspira.
La lumière diminua légèrement.
— Encore.
Soren inspira.
Pendant une seconde, tout sembla revenir à la normale.
Puis Soren entendit quelque chose derrière lui.
Une branche craqua.
Il se retourna brusquement.
Une pierre posée près de lui se souleva du sol.
Elyan recula.
— Azaël...
La pierre retomba.
Puis une onde invisible traversa la clairière.
Les arbres se plièrent.
Les feuilles furent projetées dans toutes les directions.
Soren cria.
Une nouvelle vague de puissance se dégagea de lui.
Azaël se plaça immédiatement devant Elia et Elyan.
— Restez derrière moi !
La terre trembla.
Soren était au centre de la clairière.
Il ne contrôlait plus rien.
Il pleurait maintenant.
— Papa !
Azaël regarda son fils.
Puis il avança.
Chaque pas faisait vibrer légèrement le sol.
— Soren.
Le garçon leva les yeux.
— Je suis là.
La puissance continua de se répandre.
Azaël avança encore.
— Regarde-moi.
Soren essaya.
— J'arrive pas...
— Si.
Azaël tendit la main.
— Tu peux.
Soren fixa sa main.
Sa respiration ralentit.
La lumière diminua.
Puis une dernière onde parcourut la clairière.
Tout redevint silencieux.
Les feuilles retombèrent.
La poussière se dissipa.
Soren resta immobile.
Puis il courut vers Azaël.
— Papa !
Azaël le rattrapa immédiatement.
— Ça va.
Soren s'accrocha à lui.
— J'ai fait quelque chose de mal ?
Azaël secoua la tête.
— Non.
— J'ai cassé quelque chose ?
Azaël regarda autour de lui.
Plusieurs arbres avaient été déplacés.
La terre était couverte de fissures.
Il soupira.
— Un peu.
Soren baissa la tête.
— Désolé.
Azaël posa une main sur ses cheveux.
— Tu ne pouvais pas savoir.
Elia s'approcha.
Elle regarda la clairière.
Puis Soren.
— C'était son pouvoir ?
Azaël hocha lentement la tête.
— Oui.
Elyan s'approcha à son tour.
Il regarda son frère.
— Tu vas bien ?
Soren hocha la tête.
— Oui.
Elyan réfléchit.
Puis il lui tendit son livre.
— Tiens.
Soren regarda le livre.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as eu peur.
— Et alors ?
— Quand j'ai peur, je lis.
Soren prit le livre.
Il le regarda quelques secondes.
Puis sourit.
— Merci.
Azaël observa ses deux fils.
Même dans un moment pareil, ils trouvaient encore un moyen de rester ensemble.
Il regarda ensuite Soren.
Le garçon ne comprenait pas encore ce qui venait de se produire.
Pour lui, ce n'était qu'un accident.
Mais Azaël savait que ce n'était pas le cas.
Quelque chose venait de se réveiller.
Et cette chose était loin d'être ordinaire.
Sur le chemin du retour, Soren marchait entre Azaël et Elyan.
Il tenait toujours le livre.
Son épée en bois était attachée à sa ceinture.
Après plusieurs minutes de silence, il leva les yeux vers son père.
— Papa ?
— Oui ?
— Je pourrai continuer l'entraînement ?
Azaël réfléchit.
— Oui.
Soren sourit.
— Même si je fais encore ça ?
Azaël regarda son fils.
— Oui.
— Tu n'as pas peur de moi ?
Azaël secoua la tête.
— Non. Tu n’est même pas au niveau de mon petit orteil.
Soren sembla rassuré.
— Alors je vais devenir fort.
Elyan intervint :
— Et moi, je vais devenir intelligent.
Soren le regarda.
— Tu l'es déjà.
Elyan sourit.
— Toi aussi, tu es déjà courageux.
Soren réfléchit.
— Alors on est déjà forts.
Azaël sourit.
— Peut-être.
Elia marchait derrière eux.
Elle regardait ses enfants.
Puis Azaël.
— Tu sais ce que tu vas faire maintenant ?
Azaël regarda Soren.
— Oui.
— Quoi ?
— Lui apprendre à contrôler ce qu'il vient de faire.
Elia hocha la tête.
— Et s'il recommence ?
Azaël regarda son fils.
Soren était maintenant occupé à raconter quelque chose à Elyan en agitant son épée en bois.
— Alors je serai là.
Il marqua une pause.
— Je ne le laisserai pas affronter ça seul.
Le soleil commençait à disparaître derrière les arbres.
Soren continuait de parler.
Elyan l'écoutait.
Et pour la première fois, Azaël comprit que l'entraînement de ses fils ne consisterait pas seulement à leur apprendre à devenir forts.
Il devrait aussi leur apprendre à vivre avec ce qu'ils étaient.
Et cette tâche serait probablement beaucoup plus difficile.