Chapitre 42
Chapitre 42
Quelques jours passèrent.
La vie au village continuait tranquillement.
Pourtant, ce matin-là, quelque chose allait changer.
Azaël était dans le jardin en train de réparer une clôture lorsque Soren arriva en courant.
— Papa !
Azaël leva les yeux.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Soren s'arrêta devant lui, essoufflé.
— J'ai trouvé quelque chose.
— Quoi ?
— Un renard.
Azaël resta silencieux.
— Un renard ?
— Oui !
— Et il est où ?
Soren pointa la forêt.
— Là-bas.
Azaël posa son marteau.
— Tu es allé dans la forêt ?
— Juste un peu.
— Soren.
Le garçon baissa légèrement les yeux.
— Très peu.
Elyan arriva derrière lui avec un livre sous le bras.
— Il est allé beaucoup plus loin que ce qu'il dit.
Soren se retourna.
— Pourquoi tu racontes tout ?
— Parce que tu vas encore avoir des problèmes.
Azaël regarda ses deux fils.
— Vous êtes allés dans la forêt sans nous prévenir ?
Soren hésita.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Le renard était blessé.
Azaël fronça les sourcils.
Elyan ajouta :
— Il avait une patte qui lui faisait mal.
Azaël soupira.
— Et vous avez décidé de jouer aux héros ?
Soren releva fièrement la tête.
— Je voulais l'aider.
Azaël regarda Elyan.
— Et toi ?
— Je voulais empêcher Soren de faire une bêtise.
— Très bonne décision.
Soren protesta :
— Je fais pas toujours des bêtises !
Elyan répondit immédiatement :
— Si.
— Non !
— Si.
— Non !
Azaël leva une main.
— Ça suffit.
Les deux garçons se turent.
Azaël réfléchit quelques secondes.
Puis il regarda la forêt.
— Montrez-moi où vous l'avez trouvé.
Elia sortit de la maison au même moment.
— Où allez-vous ?
Azaël se retourna.
— Les garçons ont trouvé un renard blessé.
Elia regarda immédiatement Soren.
— Vous êtes allés dans la forêt ?
Soren se cacha légèrement derrière Azaël.
— Oui.
Elia croisa les bras.
— Sans prévenir ?
— Oui.
— Soren...
— Mais il était blessé.
Elia soupira.
Elle regarda Azaël.
— Tu vas vraiment les emmener ?
— Je préfère qu'ils me montrent où il est plutôt qu'ils y retournent seuls.
Elle réfléchit.
— D'accord.
Puis elle pointa Soren du doigt.
— Mais tu restes près de ton père.
Soren hocha immédiatement la tête.
— Promis.
Elyan leva la main.
— Moi aussi ?
— Toi aussi.
— D'accord.
Quelques minutes plus tard, ils entrèrent dans la forêt.
Azaël marchait devant.
Soren le suivait de près.
Elyan avançait juste derrière eux.
— C'est par là, annonça Soren.
Il montra un petit sentier.
Azaël regarda le sol.
Des traces de pas étaient visibles dans la terre humide.
Il suivit le chemin.
— Vous êtes vraiment allés loin.
Soren sourit.
— On explorait.
— Vous vous êtes perdus ?
— Non.
Elyan répondit à sa place :
— Un peu.
Soren se retourna.
— On savait où on était.
— Tu voulais rentrer par quel chemin ?
Soren resta silencieux.
— Voilà.
Azaël sourit malgré lui.
Ils continuèrent.
Après quelques minutes, Soren s'arrêta brusquement.
— Là !
Il courut vers un buisson.
— Soren !
Azaël le suivit immédiatement.
Le garçon s'accroupit.
Un petit renard se trouvait derrière les branches.
L'animal semblait effrayé.
Il tenta de reculer lorsqu'Azaël approcha.
— Doucement.
Azaël s'accroupit à son tour.
Le renard grogna faiblement.
Soren tendit la main.
— Il a peur.
— Ne le touche pas.
Soren retira sa main.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il ne te connaît pas.
Elyan observait l'animal.
— Sa patte est coincée.
Azaël regarda.
Une branche était tombée sur le bord d'un petit rocher et empêchait l'animal de bouger correctement.
— Je vois.
Il souleva doucement la branche.
Le renard se dégagea immédiatement.
Il recula de quelques mètres.
Puis resta immobile.
Soren sourit.
— Il est libre.
— Oui.
Le renard regarda les trois garçons.
Puis il disparut entre les arbres.
Soren se leva.
— On l'a sauvé !
Azaël sourit.
— Vous l'avez surtout trouvé.
— C'est pareil.
— Pas exactement.
Elyan referma son livre.
— Mais il va bien maintenant.
— Oui.
Soren semblait particulièrement fier.
Il allait repartir lorsqu'un bruit retentit.
Un craquement.
Azaël se redressa.
Son expression changea.
— Restez derrière moi.
Les garçons se rapprochèrent immédiatement.
Un autre bruit venait de retentir.
Cette fois, plus proche.
Soren murmura :
— C'était quoi ?
Azaël regarda autour de lui.
— Je ne sais pas.
Elyan observait les arbres.
— Peut-être un animal.
Azaël ne répondit pas.
Il sentait quelque chose.
Pas une présence divine.
Pas de magie.
Simplement quelque chose qui se déplaçait entre les arbres.
Puis une silhouette apparut.
Un grand sanglier sortit des buissons.
Soren fit un pas en arrière.
— Il est énorme.
— Ne bougez pas, dit Azaël.
L'animal gratta le sol.
Elyan attrapa la manche de son frère.
— Soren.
— Je sais.
Le sanglier avança.
Azaël se plaça devant les garçons.
L'animal fit encore quelques pas.
Puis chargea.
Azaël leva simplement la main.
Le sanglier s'arrêta net.
Il resta immobile devant lui.
Azaël le regarda.
— Tu devrais retourner dans la forêt.
L'animal recula.
Puis partit dans la direction opposée.
Soren ouvrit de grands yeux.
— Tu lui as parlé ?
— Oui.
— Et il t'a écouté ?
— Apparemment.
Elyan réfléchit.
— Tu peux vraiment parler aux animaux ?
Azaël regarda son fils.
— Non.
Soren sembla déçu.
— Ah.
Azaël sourit.
— Mais ils comprennent parfois quand quelqu'un est trop puissant pour être affronté.
Soren regarda la direction où le sanglier avait disparu.
— Moi aussi, je veux faire ça.
— Commence déjà par apprendre à ne pas courir vers les dangers.
Elyan hocha la tête.
— Il devrait.
Soren le regarda.
— Toi, tu ne fais jamais rien de dangereux.
— Je lis.
— C'est dangereux ?
— Quand tu lis quelque chose d'ennuyeux, oui.
Soren éclata de rire.
Azaël secoua la tête.
— Vous êtes vraiment impossibles.
Ils reprirent le chemin du retour.
Soren marchait maintenant beaucoup plus calmement.
Il tenait son épée en bois contre lui.
Elyan avançait à côté de lui.
Après quelques minutes, Soren demanda :
— Papa ?
— Oui ?
— Quand je serai grand, je pourrai protéger les gens ?
Azaël regarda son fils.
— Si tu veux.
— Même si je suis pas fort ?
Azaël sourit.
— La force n'est pas la seule chose qui compte.
Soren réfléchit.
— Alors il faut quoi ?
— Du courage.
Elyan intervint :
— Et réfléchir avant de faire n'importe quoi.
Soren le regarda.
— Ça, c'est ton travail.
Elyan sourit.
— Alors je réfléchirai pour nous deux.
Azaël observa les deux garçons.
— C'est une bonne équipe.
Soren leva son épée.
— Moi, je protège.
Elyan leva son livre.
— Et moi, je réfléchis.
— Et si vous êtes séparés ?
Les deux garçons se regardèrent.
Soren répondit :
— On se retrouve.
Elyan hocha la tête.
— Toujours.
Azaël ne répondit pas.
Il continua simplement de marcher.
Lorsqu'ils sortirent de la forêt, Elia les attendait près de la maison.
Elle avait les bras croisés.
Soren ralentit immédiatement.
— Elle est fâchée.
Elyan murmura :
— Je te l'avais dit.
Elia les regarda.
— Vous avez passé combien de temps là-bas ?
Azaël répondit :
— Pas très longtemps.
— Et vous avez rencontré quoi ?
Soren leva immédiatement son épée.
— Un renard !
Puis il réfléchit.
— Un sanglier aussi.
Elia regarda Azaël.
— Un sanglier ?
— Rien de grave.
— Qu'est-ce que tu appelles « rien de grave » ?
— Il nous a vus.
— Et ?
— Il est reparti.
Elia ferma les yeux quelques secondes.
— Je ne sais même plus quoi répondre.
Soren s'approcha.
— Mais on a sauvé le renard.
Elia regarda son fils.
Son expression s'adoucit.
— Vous l'avez vraiment aidé ?
— Oui.
— Alors c'est bien.
Soren sourit.
Puis Elia reprit immédiatement :
— Mais vous ne retournez plus dans la forêt sans prévenir.
— D'accord.
— Promis ?
— Promis.
Elyan ajouta :
— Je surveillerai Soren.
— Très bonne idée.
Soren protesta.
— Pourquoi c'est toujours lui qui me surveille ?
— Parce que quelqu'un doit le faire.
— Mais moi aussi je peux surveiller Elyan.
Elyan réfléchit.
— Tu ne me surveilles jamais.
— Maintenant je vais le faire.
Azaël éclata de rire.
— Voilà qui promet.
L'après-midi, les deux garçons jouèrent dans le jardin.
Soren avait transformé l'espace devant la maison en champ de bataille.
Des branches représentaient des épées.
Des pierres étaient devenues des forteresses.
Une vieille caisse servait de château.
Elyan avait même accepté de participer.
— Tu dois défendre le château !
— Pourquoi ?
— Parce que je suis le chevalier.
— Et moi ?
— Tu es le mage.
Elyan soupira.
— Encore ?
— Oui.
— Très bien.
Soren se plaça devant la caisse.
— Les ennemis arrivent !
Elyan leva son livre.
— Je lance un sort.
Soren attendit.
— Alors ?
— Le sort est lancé.
— Il fait quoi ?
— Il gagne.
Soren réfléchit.
— C'est pratique.
Azaël, assis sur les marches, les regardait jouer.
Elia vint s'asseoir à côté de lui.
— Ils ont passé toute la journée à courir.
— Oui.
— Et ils ont encore de l'énergie.
— Je commence à croire qu'ils ne dorment jamais.
Elia sourit.
— Tu t'y habitueras.
Azaël regarda ses fils.
Soren venait de tomber dans l'herbe.
Elyan lui tendit immédiatement la main.
Soren la saisit.
Ils se relevèrent ensemble.
Puis reprirent leur jeu.
Azaël sourit.
— Ils sont vraiment différents.
— Oui.
— Mais ça ne les empêche pas d'être toujours ensemble.
Elia posa doucement sa tête contre son épaule.
— C'est peut-être justement pour ça qu'ils s'entendent aussi bien.
Azaël hocha la tête.
Au fond du jardin, Soren leva son épée.
— Papa !
— Quoi ?
— Quand je serai grand, tu m'apprendras vraiment à me battre ?
Azaël regarda son fils.
— Oui.
Soren sourit.
— Promis ?
— Promis.
Elyan leva les yeux de son livre.
— Et moi, tu m'apprendras quoi ?
Azaël réfléchit.
— Ce que tu voudras apprendre.
Elyan sourit.
— Alors je veux apprendre beaucoup de choses.
Soren regarda son frère.
— Moi aussi.
— Quoi ?
— Beaucoup de choses.
Elyan sourit.
— Même lire ?
Soren hésita.
— Peut-être.
— C'est déjà un progrès.
Soren lui lança une petite branche.
Elyan esquiva en riant.
— Hé !
— C'était pas une épée !
— C'était quand même une branche !
Les deux garçons repartirent en courant.
Azaël les regarda disparaître derrière la maison.
Il sourit.
Cette journée n'avait rien eu d'extraordinaire.
Un renard.
Un sanglier.
Deux enfants qui avaient désobéi.
Et une forêt qu'ils auraient probablement préféré explorer davantage.
Mais Azaël savait déjà qu'il se souviendrait de cette journée.
Pas parce qu'elle avait été importante pour le monde.
Simplement parce qu'elle l'avait été pour eux.
Et pendant que Soren continuait de jouer au chevalier et qu'Elyan racontait déjà une nouvelle histoire, Azaël comprit qu'il n'avait jamais autant apprécié une vie aussi simple.
Il avait autrefois possédé des mondes entiers.
Aujourd'hui, il lui suffisait d'une maison, d'Elia et de deux garçons qui criaient dans le jardin.
Et, pour la première fois depuis longtemps, il ne demandait rien de plus.