Chapitre 3
Azaël ouvrit les yeux.
Il resta immobile quelques secondes, fixant le plafond en bois au-dessus de lui. La lumière du matin passait à travers les volets et dessinait de fines lignes sur le sol.
Il ne savait pas exactement combien de temps il avait dormi.
Mais une chose était certaine.
Il avait dormi.
Pour la première fois de sa vie.
Azaël se redressa lentement. Son corps lui semblait étrangement lourd. Il passa une main sur son visage avant de regarder autour de lui.
La chambre était petite. Un lit, une table de chevet et une fenêtre donnant sur les champs.
Rien de particulier.
Et pourtant, il se sentait différent.
Il posa les pieds au sol.
— Étrange...
Il se leva et ouvrit la fenêtre.
L'air frais entra immédiatement dans la pièce.
Au loin, il entendit des voix.
Des oiseaux.
Le bruit d'une charrette.
Des gens qui commençaient leur journée.
Azaël resta quelques instants devant la fenêtre.
Il avait passé une éternité à observer les mondes depuis les hauteurs.
Mais il n'avait jamais vraiment vécu une matinée comme celle-ci.
Il sortit de la chambre.
Elia était déjà debout.
Elle se trouvait dans la cuisine et préparait quelque chose.
Elle se retourna en l'entendant.
— Enfin réveillé.
— Tu es debout depuis longtemps ?
— Une heure environ.
Azaël regarda autour de lui.
— Les humains se lèvent toujours aussi tôt ?
Elia le fixa.
— Les humains ?
Azaël comprit immédiatement son erreur.
— Je voulais dire... les gens.
— Mouais.
Elle ne sembla pas totalement convaincue.
— Tu as dormi correctement ?
— Oui.
— Pas de cauchemar ?
— Non.
— Pas de problème ?
— Non.
Elia posa une assiette sur la table.
— Alors tu as eu de la chance.
Azaël s'assit.
— Pourquoi ?
— Parce que ce lit est horrible.
Il regarda le lit.
— Je l'ai trouvé confortable.
Elia le regarda avec incrédulité.
— Sérieusement ?
— Oui.
Elle secoua la tête.
— Tu es vraiment bizarre.
Azaël sourit.
— Tu me l'as déjà dit.
Elle posa du pain devant lui.
— Mange.
Azaël obéit.
Après le petit déjeuner, Elia lui demanda de l'accompagner au village.
Azaël accepta.
Ils traversèrent les quelques chemins qui séparaient la maison des premières habitations.
Plus ils avançaient, plus Azaël remarquait les détails.
Les gens se saluaient.
Certains travaillaient devant leurs maisons.
Des enfants couraient dans les rues.
Un marchand installait ses marchandises sur une table.
Une femme criait après son fils depuis une fenêtre.
Tout était bruyant.
Désordonné.
Imparfait.
Azaël aimait ça.
— Tu regardes encore tout le monde.
Elia marchait à côté de lui.
— J'observe.
— C'est pareil.
— Non.
Elle lui lança un regard.
— Pour toi, peut-être.
Azaël sourit.
Ils arrivèrent devant une petite boutique.
Elia s'arrêta.
— Attends-moi ici.
— Pourquoi ?
— Je dois acheter quelque chose.
Elle entra.
Azaël resta devant la boutique.
Quelques secondes plus tard, un enfant passa devant lui en courant.
Il trébucha et tomba.
Azaël fit un pas vers lui.
— Ça va ?
Le garçon leva les yeux.
Il avait les genoux écorchés.
Il semblait sur le point de pleurer.
Azaël tendit la main.
Puis il s'arrêta.
Son pouvoir.
Il pouvait peut-être encore utiliser une infime partie de ce qu'il possédait.
Il se concentra.
Rien.
Le garçon le regarda.
— Monsieur ?
Azaël soupira intérieurement.
Il sortit simplement un morceau de tissu de sa poche et le tendit à l'enfant.
— Tiens.
Le garçon essuya ses genoux.
— Merci.
— Fais attention la prochaine fois.
Le garçon hocha la tête avant de repartir.
Azaël le regarda s'éloigner.
Il aurait pu le soigner en une seconde dans son propre monde.
Ici, il n'avait rien pu faire.
Et pourtant...
Cela ne l'avait pas dérangé.
— Tu t'en sors bien.
Elia venait de sortir de la boutique.
Azaël se retourna.
— Avec quoi ?
— Avec les enfants.
— Je n'ai rien fait.
— Justement.
Elle sourit.
— Tu commences à comprendre.
— Comprendre quoi ?
Elia reprit sa route.
— Les humains.
Azaël resta silencieux.
Puis il la suivit.
Ils passèrent une grande partie de la journée dans le village.
Elia lui montra les endroits importants, les boutiques, la place centrale et même une petite bibliothèque.
Azaël posa énormément de questions.
Elia finit par en avoir assez.
— Tu poses toujours autant de questions ?
— Quand quelque chose m'intéresse.
— Et qu'est-ce qui t'intéresse autant ici ?
Azaël regarda autour de lui.
Il observa les habitants.
Leurs sourires.
Leurs disputes.
Leurs habitudes.
Leurs vies.
Puis il répondit :
— Tout.
Elia le regarda quelques secondes.
Cette fois, elle ne se moqua pas.
— Alors tu risques de rester longtemps.
Azaël sourit légèrement.
— Peut-être.
Ils continuèrent à marcher.
Puis Elia s'arrêta brusquement.
— Attends.
Azaël se retourna.
— Quoi ?
Elle pointa quelque chose du doigt.
Au bout de la rue, un groupe de soldats venait d'entrer dans le village.
Leurs armures portaient toutes le même symbole.
Un cercle traversé par une ligne verticale.
Azaël fixa le symbole.
Il sentit quelque chose.
Une présence.
Faible.
Très faible.
Mais différente de celle des humains.
Son regard se durcit.
Elia remarqua son expression.
— Tu les connais ?
— Non.
Azaël continua d'observer les soldats.
— Mais eux...
Il marqua une pause.
— Ils ne sont pas ordinaires.
Elia fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Pour la première fois depuis son arrivée sur cette planète, il sentit quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps.
Une présence divine.
Quelque part, derrière ces hommes...
Quelqu'un les observait.
Et cette fois, Azaël ne souriait plus.