Chapitre 38
Chapitre 38
Quelques jours s'étaient écoulés depuis la naissance des deux garçons.
La maison avait retrouvé son calme.
Enfin...
Un calme relatif.
Il suffisait généralement de quelques minutes avant que l'un des deux enfants ne se mette à pleurer.
Et presque systématiquement, le second suivait.
Azaël avait commencé à comprendre leur fonctionnement.
Lorsqu'un pleurait, l'autre ne tardait jamais à l'accompagner.
Comme s'ils refusaient de rester séparés trop longtemps.
Ce matin-là, Azaël était assis près des deux berceaux.
Elia se trouvait à côté de lui.
Les garçons dormaient profondément.
Azaël les observait depuis plusieurs minutes.
— Il faut vraiment leur donner des prénoms.
Elia tourna la tête vers lui.
— Je sais.
— Ça fait plusieurs jours qu'on les appelle simplement « le premier » et « le second ».
— Je sais.
— Ce n'est pas très pratique.
Elia sourit.
— Tu as une idée ?
Azaël secoua la tête.
— Pas encore.
— Pourtant, tu as eu des siècles pour réfléchir à des prénoms.
— Je n'avais pas prévu d'avoir des enfants.
— Ça, je m'en doute.
Elle regarda les deux garçons.
— Moi non plus.
Un silence s'installa.
Azaël se leva.
Il s'approcha du premier berceau.
Le garçon dormait paisiblement.
Il posa doucement une main sur le bord du berceau.
— Il faut qu'il ait un prénom qui lui corresponde.
Elia se leva à son tour.
— Et son frère aussi.
Elle observa le deuxième garçon.
— Mais comment savoir lequel choisir ?
Azaël réfléchit.
— On pourrait simplement prendre ceux qu'on aime.
— C'est un peu trop simple pour toi.
— Je peux compliquer les choses si tu veux.
— Non merci.
Elle rit doucement.
Puis elle se pencha vers le premier garçon.
— Celui-là est toujours calme.
Azaël hocha la tête.
— Il observe beaucoup.
— Tu trouves ?
— Oui.
Il marqua une pause.
— Même quand il ne bouge pas, j'ai l'impression qu'il écoute.
Elia sourit.
— Alors il te ressemble un peu.
— Je ne suis pas toujours calme.
Elle le regarda.
— Je n'ai rien dit.
Azaël soupira.
— Très bien.
Ils restèrent quelques instants à réfléchir.
Puis Elia parla.
— J'aime bien Elyan.
Azaël répéta doucement le prénom.
— Elyan.
Il regarda le garçon.
Le bébé bougea légèrement.
Azaël sourit.
— Ça lui va.
Elia le regarda.
— Tu crois ?
— Oui.
Il s'accroupit près du berceau.
— Elyan.
Le garçon ouvrit lentement les yeux.
Azaël resta immobile.
Elia sourit.
— Je crois qu'il aime bien.
— Ou alors il veut simplement manger.
— Tu détruis toujours les beaux moments.
— Je préfère rester réaliste.
Elia secoua la tête.
— Alors Elyan ?
Azaël hocha la tête.
— Elyan.
Elle sourit.
— D'accord.
Ils avaient enfin trouvé le premier prénom.
Mais il restait le second.
Azaël tourna les yeux vers l'autre berceau.
Le garçon dormait encore.
Il était généralement plus agité que son frère.
Il bougeait davantage.
Ses mains se refermaient souvent dans le vide.
Et lorsqu'il était éveillé, son regard semblait suivre chaque mouvement autour de lui.
Azaël s'approcha.
— Pour lui...
Elia réfléchit.
— Soren.
Azaël se tourna vers elle.
— Soren ?
— Oui.
— Pourquoi Soren ?
Elle haussa légèrement les épaules.
— Je ne sais pas.
Elle regarda le garçon.
— Je trouve simplement que ça lui va.
Azaël resta silencieux.
Il observa son fils.
Puis il prononça le prénom.
— Soren.
Le garçon bougea.
Ses yeux s'ouvrirent lentement.
Il fixa son père.
Azaël eut un léger sourire.
— Apparemment, il est d'accord aussi.
Elia rit.
— Alors c'est décidé.
Azaël regarda les deux berceaux.
— Elyan et Soren.
Il répéta les deux prénoms dans sa tête.
Quelque chose lui semblait juste.
Il ne savait pas pourquoi.
Mais lorsqu'il les prononçait ensemble, il ressentait une étrange harmonie.
Comme si ces deux noms avaient toujours été destinés à être prononcés l'un à côté de l'autre.
Plus tard dans la matinée, Adrian arriva.
Il entra dans la maison avec son énergie habituelle.
— Alors ?
Azaël leva les yeux.
— Alors quoi ?
— Les prénoms.
Azaël regarda Elia.
Elle sourit.
— On les a choisis.
Adrian s'approcha immédiatement.
— Vraiment ?
— Oui.
Il regarda les deux enfants.
— Alors ?
Elia désigna le premier.
— Lui s'appelle Elyan.
Puis le second.
— Et lui, Soren.
Adrian répéta les deux noms.
— Elyan et Soren.
Il sourit.
— J'aime bien.
Azaël hocha la tête.
— Nous aussi.
Adrian se pencha au-dessus des berceaux.
— Bonjour, Elyan.
Le garçon ouvrit légèrement les yeux.
Adrian sourit.
Puis il se tourna vers son frère.
— Et bonjour, Soren.
Soren bougea légèrement.
Adrian regarda Azaël.
— Ils réagissent à leurs prénoms.
— Peut-être.
— Tu ne veux jamais admettre qu'un truc est impressionnant.
— Je suis habitué aux choses impressionnantes.
Adrian leva les yeux au ciel.
— Évidemment.
Il prit doucement Elyan dans ses bras.
— Salut, petit bonhomme.
Le garçon resta calme.
Adrian sourit.
— Lui, je sens qu'il va être tranquille.
Azaël regarda Soren.
— Et l'autre ?
Comme pour répondre à la question, Soren commença à s'agiter dans son berceau.
Adrian éclata de rire.
— Lui, beaucoup moins.
Elia sourit.
— On dirait bien.
Dans l'après-midi, Elena et Valerian vinrent eux aussi.
Lorsqu'ils apprirent les prénoms, Elena répéta doucement :
— Elyan et Soren.
Elle regarda les deux garçons.
— Ils sont beaux.
Valerian hocha la tête.
— De très beaux prénoms.
Adrian s'installa près de la fenêtre.
— Et maintenant, il va falloir leur apprendre à les reconnaître.
Azaël haussa un sourcil.
— Ils viennent à peine de naître.
— Je sais.
— Alors laisse-les tranquilles.
Adrian sourit.
— Tu es déjà un père protecteur.
Azaël regarda ses fils.
— Peut-être.
Elia le regarda.
— Certainement.
Tout le monde sourit.
L'atmosphère était légère.
Pourtant, Azaël remarqua quelque chose.
Lorsqu'Elena prit Elyan dans ses bras, l'énergie de l'enfant resta parfaitement calme.
Mais lorsqu'elle prit Soren quelques instants plus tard, Azaël sentit une légère variation.
Presque imperceptible.
Une petite vibration dans l'air.
Il fronça les sourcils.
Soren ouvrit les yeux.
Azaël ressentit immédiatement cette seconde présence.
Plus profonde.
Plus silencieuse.
Il ne dit rien.
Il ne voulait pas inquiéter les autres.
Quelques secondes plus tard, la sensation disparut.
Soren se rendormit.
Azaël détourna le regard.
Le soir venu, tout le monde était reparti.
La maison était calme.
Elia était assise près des deux berceaux.
Azaël la rejoignit.
Elle regardait leurs fils dormir.
— Tu es satisfait des prénoms ?
— Oui.
— Moi aussi.
Elle sourit.
— Elyan.
Puis elle regarda l'autre.
— Soren.
Azaël s'assit à côté d'elle.
— Ça leur va.
Elia tourna les yeux vers lui.
— Tu as remarqué quelque chose aujourd'hui.
Azaël resta silencieux.
— Tu es moins douée que tu ne le crois pour cacher les choses.
Il soupira.
— Leurs énergies ont encore changé.
Elia regarda les garçons.
— C'est dangereux ?
— Je ne pense pas.
— Mais tu n'es pas sûr.
— Non.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
— Alors qu'est-ce qu'on fait ?
Azaël regarda ses fils.
— Rien.
Elia fronça les sourcils.
— Rien ?
— Ils viennent de naître.
Il marqua une pause.
— Je ne vais pas commencer à les traiter comme des problèmes à résoudre.
Elia sourit légèrement.
— C'est une bonne réponse.
Azaël regarda Elyan.
— Ils auront le temps de nous montrer qui ils sont.
Puis il regarda Soren.
— Et je serai là pour le voir.
Elia posa sa main sur la sienne.
— Nous serons là.
Azaël hocha la tête.
La nuit était déjà avancée lorsque les deux enfants se mirent à pleurer presque en même temps.
Azaël ouvrit les yeux.
Elia aussi.
Ils se regardèrent.
— À toi, dit-elle.
Azaël soupira.
— Pourquoi moi ?
— Parce que tu es leur père.
— C'est une mauvaise raison.
— C'est pourtant la meilleure.
Azaël se leva.
Il prit Elyan dans ses bras.
Elia prit Soren.
Les deux garçons cessèrent presque immédiatement de pleurer.
Azaël regarda son fils.
— Tu vois ?
Elyan resta calme.
Il regarda ensuite Soren.
Son frère semblait également apaisé.
Azaël ressentit de nouveau cette étrange sensation.
Les deux énergies se rapprochèrent.
Pendant quelques secondes, elles semblèrent presque se répondre.
Puis tout redevint normal.
Azaël resta silencieux.
Elia remarqua son expression.
— Encore ?
— Oui.
— Tu as peur ?
Azaël regarda les deux enfants.
Puis il secoua la tête.
— Non.
Il sourit légèrement.
— Pas tant qu'ils sont avec nous.
Elia lui sourit.
Ils restèrent ainsi quelques instants.
Elyan dans les bras d'Azaël.
Soren dans ceux d'Elia.
Deux enfants.
Deux prénoms.
Deux vies qui venaient à peine de commencer.
Azaël ne savait pas encore ce que ces deux garçons deviendraient.
Il ne savait pas quels chemins ils prendraient.
Il ne savait pas non plus pourquoi leurs énergies semblaient liées.
Mais une chose était certaine.
À partir de ce jour, ils n'étaient plus simplement les deux fils du Dieu du Chaos.
Ils étaient Elyan et Soren.
Et leurs histoires venaient véritablement de commencer.