Chapitre 37
Chapitre 37
Les jours qui suivirent la naissance des deux garçons furent probablement les plus étranges de la vie d'Azaël.
Pas à cause des dieux.
Pas à cause des ennemis qui pouvaient l'observer.
Et même pas à cause de ses pouvoirs.
Simplement parce qu'il devait s'occuper de deux nouveau-nés.
Une tâche qui, selon lui, était beaucoup plus compliquée que d'affronter une armée entière.
Ce matin-là, Azaël était debout dans la chambre depuis plusieurs minutes.
Il regardait les deux berceaux.
Le premier garçon dormait paisiblement.
Le second, lui, était parfaitement réveillé.
Azaël croisa les bras.
— Pourquoi tu ne dors pas ?
Le bébé le regarda sans répondre.
— Ton frère, lui, a compris comment ça fonctionne.
Toujours aucune réaction.
Azaël soupira.
— Très bien.
Il s'approcha du berceau et prit doucement son fils dans ses bras.
Le garçon se calma presque immédiatement.
Azaël resta surpris.
— Ah.
Il le regarda.
— Donc tu voulais simplement être porté.
Le bébé bougea légèrement.
Azaël sourit.
— Tu aurais pu le dire.
Derrière lui, Elia ouvrit les yeux.
— Tu parles encore avec eux ?
Azaël se retourna.
— Il comprend peut-être.
— Il a quelques jours.
— Et alors ?
Elia sourit.
— Tu es déjà complètement gaga.
Azaël fronça les sourcils.
— Je ne suis pas gaga.
— Bien sûr.
Elle se redressa lentement.
— Donne-le-moi.
Azaël lui tendit le garçon.
Elia le prit contre elle.
Il resta calme.
Elle regarda son visage pendant quelques secondes.
— Ils sont vraiment différents.
Azaël regarda l'autre berceau.
— Oui.
— Pourtant, ils se ressemblent beaucoup.
— Physiquement.
Elia leva les yeux vers lui.
— Tu sens encore cette différence ?
Azaël hocha la tête.
— Chaque fois que je suis près d'eux.
Il regarda le premier garçon.
— Lui est plus calme.
Puis le second.
— Et lui semble toujours chercher quelque chose.
Elia sourit.
— Peut-être qu'il te ressemble.
— Je ne cherche jamais rien.
Elle le regarda.
— Azaël.
— D'accord.
Il se tut.
Un peu plus tard, le guérisseur revint examiner les enfants.
Il s'approcha d'abord du premier berceau.
Il vérifia sa respiration, ses mouvements et son état général.
Puis il passa au second.
Après quelques minutes, il se redressa.
— Ils vont très bien.
Elia soupira de soulagement.
— Aucun problème ?
— Aucun.
Le guérisseur regarda les deux enfants.
— Ils sont même particulièrement vigoureux pour des nouveau-nés.
Azaël ne répondit pas.
Le guérisseur remarqua son expression.
— Quelque chose vous inquiète ?
— Non.
— Vous êtes sûr ?
Azaël regarda les garçons.
— Je les trouve simplement... différents.
Le guérisseur sourit.
— Tous les enfants sont différents.
— Ce n'est pas ce que je veux dire.
Le guérisseur ne posa pas davantage de questions.
Il rangea ses affaires.
— Ils auront simplement besoin de repos et d'attention.
Azaël hocha la tête.
— Ça, je peux m'en occuper.
Le guérisseur sourit.
— J'en doute pas.
Lorsqu'il partit, Elia regarda Azaël.
— Tu n'as pas arrêté de le surveiller pendant tout l'examen.
— Je voulais être certain.
— Tu peux être certain maintenant.
— Je sais.
Elle lui sourit.
— Alors détends-toi.
Azaël regarda les deux berceaux.
— J'essaie.
L'après-midi, Adrian passa de nouveau les voir.
Il entra avec un panier de nourriture.
— J'ai apporté de quoi manger.
Azaël regarda le panier.
— Pour eux ?
Adrian éclata de rire.
— Non. Pour vous.
— Ah.
— Tu pensais vraiment que j'allais apporter de la nourriture à deux bébés qui ne peuvent même pas tenir une cuillère ?
Azaël réfléchit.
— Avec toi, je ne sais jamais.
Adrian posa le panier sur la table.
Puis il s'approcha des berceaux.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Ils ont changé depuis hier ?
Azaël haussa les épaules.
— Ils dorment, ils mangent et ils pleurent.
Adrian sourit.
— Donc tout va bien.
Il regarda le premier garçon.
— Il ressemble beaucoup à Elia.
Puis le second.
— Et lui...
Il réfléchit.
— Je ne sais pas.
Azaël le regarda.
— Quoi ?
— Il a un regard différent.
Azaël resta silencieux.
Encore une fois.
Adrian ne pouvait pas ressentir leur énergie.
Pourtant, il remarquait lui aussi une différence.
— Tu trouves aussi ? demanda Azaël.
— Oui.
Adrian haussa les épaules.
— Mais c'est peut-être simplement parce que je cherche des différences.
Azaël hocha lentement la tête.
— Peut-être.
Adrian s'assit.
— Tu leur as déjà trouvé des noms ?
Azaël se figea.
Elia, qui se trouvait près de la fenêtre, se retourna.
— Pas encore.
Adrian regarda Azaël.
— Vous attendez quoi ?
Azaël observa ses deux fils.
— Je ne veux pas choisir leurs noms trop vite.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils auront ces noms toute leur vie.
Elia sourit.
— C'est une bonne raison.
Adrian se leva.
— Alors réfléchissez bien.
Il regarda les deux enfants une dernière fois.
— Je reviendrai demain.
— Tu viens de les voir hier.
— Je suis leur oncle maintenant.
Il ouvrit la porte.
— J'ai des obligations.
Azaël sourit.
— Tu viens surtout parce que tu es curieux.
— Aussi.
Adrian partit.
Elia secoua la tête.
— Il est déjà complètement attaché à eux.
— Oui.
Azaël regarda la porte.
— Je crois que nous le sommes tous.
La nuit arriva.
Elia s'était endormie.
Azaël était encore assis près des berceaux.
Cette fois, les deux enfants dormaient.
Il ferma les yeux.
Le monde changea autour de lui.
Les bruits disparurent.
Sa perception s'étendit.
Les deux énergies apparurent.
Il les observa attentivement.
La première était douce.
Elle semblait suivre un mouvement régulier, presque naturel.
La seconde était plus difficile à comprendre.
Elle ne semblait pas faible.
Elle était simplement différente.
Plus silencieuse.
Plus profonde.
Azaël concentra son attention sur elle.
Pendant un instant, il eut l'impression de voir quelque chose.
Une porte.
Derrière cette porte, une immensité inconnue.
Puis l'image disparut.
Azaël rouvrit les yeux.
Il regarda son fils.
— Qu'est-ce que tu caches ?
Le bébé dormait toujours.
Azaël se tourna vers son frère.
La même sensation revint.
Les deux énergies se rapprochèrent dans sa perception.
Puis elles se séparèrent de nouveau.
Comme deux courants issus d'une même source.
Azaël resta immobile.
Il commençait à comprendre que cette particularité n'était pas simplement une différence entre deux frères.
Il y avait quelque chose de plus profond.
Quelque chose qu'il n'arrivait pas encore à expliquer.
Mais il refusait de chercher trop loin.
Pas maintenant.
Ces enfants venaient à peine de naître.
Ils n'avaient pas besoin d'un dieu essayant de déterminer leur avenir.
Ils avaient besoin d'un père.
Azaël posa doucement une main sur le premier berceau.
— Je vous laisserai choisir.
Puis sur le second.
— Même si vos chemins sont différents.
Il se redressa.
À cet instant, un petit bruit retentit derrière lui.
Azaël se retourna.
Elia était réveillée.
— Tu ne dors toujours pas ?
— Je vérifie qu'ils vont bien.
— Ils vont bien.
— Je sais.
Elle se leva lentement et vint près de lui.
— Tu devrais dormir.
Azaël la regarda.
— Toi aussi.
— J'ai accouché de deux enfants.
Elle croisa les bras.
— J'ai le droit d'être fatiguée.
Azaël sourit.
— D'accord.
Elia regarda les deux garçons.
— Tu penses vraiment qu'ils seront très différents ?
— Oui.
— Et ça te fait peur ?
Azaël réfléchit.
— Un peu.
Elle tourna la tête vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne sais pas ce qu'ils deviendront.
Elia resta silencieuse.
Puis elle prit sa main.
— Personne ne le sait.
Azaël baissa les yeux vers leurs mains.
— Je pourrais essayer de le découvrir.
— Tu pourrais.
Elle serra légèrement sa main.
— Mais tu pourrais aussi simplement les laisser grandir.
Azaël la regarda.
— Tu as raison.
Elia sourit.
— Ça t'arrive parfois.
— Très rarement.
Elle étouffa un rire.
Ils restèrent quelques secondes devant les deux berceaux.
Puis l'un des garçons ouvrit les yeux.
Azaël se pencha immédiatement.
Le bébé le fixa.
Puis, sans prévenir, sa petite main se referma sur son doigt.
Azaël resta immobile.
Elia sourit.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Il t'a choisi.
Azaël regarda son fils.
Un sourire apparut lentement sur son visage.
— Alors je suppose que je n'ai plus le choix.
— Non.
Elle s'approcha du second berceau.
— Aucun de nous n'a plus le choix.
Azaël regarda ses deux fils.
Il avait passé des siècles à chercher une raison de rester quelque part.
Il pensait autrefois qu'il lui faudrait un royaume.
Une guerre.
Un objectif suffisamment grand pour donner un sens à son existence.
Il s'était trompé.
Sa raison de rester se trouvait devant lui.
Deux petits garçons incapables de parler.
Deux vies qui commençaient à peine.
Et, pour la première fois depuis très longtemps, Azaël ne voulait pas savoir ce que l'avenir lui réservait.
Il voulait simplement être là lorsqu'il arriverait.