Chapitre 36
Chapitre 36
Le lendemain matin, la maison était étrangement silencieuse.
Azaël était réveillé depuis plusieurs heures.
Il était assis près des deux berceaux, les bras croisés, et observait ses fils dormir.
Il n'avait toujours pas réussi à réaliser complètement ce qui s'était passé.
La veille encore, il n'était que le mari d'Elia.
Un homme qui essayait de vivre tranquillement dans un petit village.
Maintenant, deux enfants dormaient devant lui.
Ses enfants.
Azaël regarda le premier berceau.
Le garçon dormait profondément.
Puis il tourna les yeux vers le second.
Son frère bougea légèrement avant de se rendormir.
Azaël sourit.
— Vous êtes vraiment deux.
Il resta silencieux quelques secondes.
— J'ai encore du mal à y croire.
Derrière lui, une voix fatiguée s'éleva.
— Moi aussi.
Azaël se retourna.
Elia était réveillée.
Elle avait encore l'air épuisée, mais son visage était beaucoup plus détendu que la veille.
Azaël se leva immédiatement.
— Tu devrais te reposer.
— J'ai dormi.
— Pas assez.
Elia sourit.
— Tu es devenu encore plus inquiet depuis qu'ils sont nés.
— Je ne suis pas inquiet.
— Azaël.
— D'accord.
Il s'approcha.
— Un peu.
Elia tendit la main.
Il la prit.
— Comment tu te sens ?
— Fatiguée.
Elle regarda les deux berceaux.
— Mais heureuse.
Azaël suivit son regard.
— Moi aussi.
Un silence agréable s'installa.
Puis l'un des garçons commença à bouger.
Elia sourit.
— Il se réveille.
Azaël s'approcha immédiatement du berceau.
— Qu'est-ce que je fais ?
Elia le regarda.
— Tu le prends.
— Comme ça ?
— Oui.
Azaël hésita.
Il avait déjà porté son fils la veille.
Mais cette fois, il n'y avait personne autour pour lui expliquer quoi faire.
Il passa doucement ses bras sous le bébé et le souleva.
Le garçon ouvrit les yeux.
Azaël resta immobile.
Le petit visage le regardait.
— Bonjour.
Le bébé bougea légèrement.
Azaël sourit.
— Tu me reconnais déjà ?
Elia rit doucement.
— Il vient à peine de naître.
— Je sais.
— Alors arrête de lui poser des questions.
— J'essaie simplement de faire connaissance.
Elia secoua la tête.
— Tu es vraiment bizarre.
Azaël regarda son fils.
— Il est calme.
— Pour l'instant.
Comme pour lui donner raison, le bébé commença à remuer davantage.
Azaël le berça maladroitement.
— Qu'est-ce que tu veux ?
Elia sourit.
— Peut-être manger.
Azaël regarda Elia.
— Ah.
— Tu vois ? Même un dieu ne sait pas tout.
— Je n'ai jamais prétendu le contraire.
Il reposa doucement le garçon.
Puis son regard se dirigea vers le deuxième berceau.
Celui-ci dormait toujours.
Azaël resta quelques secondes à l'observer.
Une sensation étrange traversa son esprit.
Il percevait de nouveau les deux énergies.
La première était calme.
La seconde semblait plus profonde.
Mais aucune n'était instable.
Pour l'instant.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
Elia remarqua son expression.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien.
— Tu recommences.
Il soupira.
— Je sens leurs énergies.
Elia regarda les deux berceaux.
— Elles sont toujours différentes ?
— Oui.
— Et ça t'inquiète ?
Azaël réfléchit.
— Je ne sais pas.
Il marqua une pause.
— Elles sont liées.
Elia se redressa légèrement.
— Tu es certain ?
— Oui.
— Comment ?
Azaël regarda ses fils.
— C'est difficile à expliquer.
Elia resta silencieuse.
— Mais ce sont deux enfants différents.
— Oui.
— Alors peut-être que c'est simplement ça.
Azaël la regarda.
— Peut-être.
Il ne voulait pas l'inquiéter.
Pas maintenant.
Quelques heures plus tard, la maison commença à se remplir.
Adrian fut le premier à revenir.
Il entra presque sans frapper.
— Alors ?
Azaël leva les yeux.
— Alors quoi ?
Adrian regarda les deux berceaux.
Son visage s'illumina.
— Ils sont réveillés ?
— Un seul.
Adrian s'approcha.
— Je peux ?
Azaël hocha la tête.
Adrian se pencha au-dessus du premier berceau.
Le bébé ouvrit les yeux.
Adrian resta silencieux.
— Il est petit.
Azaël haussa un sourcil.
— C'est généralement le cas d'un nouveau-né.
— Je sais.
Adrian sourit.
— Mais c'est différent quand ce sont tes neveux.
Il regarda le second berceau.
— Et lui ?
— Il dort.
Adrian s'approcha.
— Ils se ressemblent.
Azaël observa les deux garçons.
— Oui.
Adrian réfléchit.
— Mais pas complètement.
Azaël le regarda.
— Comment ça ?
— Je ne sais pas.
Il haussa les épaules.
— Ils ont quelque chose de différent dans leur regard.
Azaël resta silencieux.
Adrian ne pouvait pas ressentir leurs énergies.
Mais même lui semblait remarquer qu'ils n'étaient pas identiques.
Elia sourit.
— Tu veux les prendre ?
Adrian se figea.
— Moi ?
— Oui.
— Je peux ?
— Bien sûr.
Adrian prit le premier garçon dans ses bras avec une prudence presque excessive.
— Je ne vais pas le casser ?
Azaël le regarda.
— J'espère que non.
— Merci pour ta confiance.
Adrian sourit.
Puis le bébé ouvrit les yeux.
Il fixa son oncle.
Adrian resta immobile.
— Il me regarde.
— Oui.
— Il sait qui je suis ?
Azaël sourit.
— Peut-être.
Adrian regarda le bébé quelques secondes.
Son expression devint plus douce.
— Je suis ton oncle.
Il releva les yeux vers Azaël.
— Je vais faire de mon mieux pour être à la hauteur.
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Puis il hocha la tête.
— Je sais.
Dans l'après-midi, Elena et Valerian vinrent à leur tour.
Elena entra dans la chambre avec un sourire.
Elle regarda immédiatement ses petits-fils.
— Ils sont magnifiques.
Valerian resta un peu en retrait.
Il semblait encore essayer de comprendre qu'il était devenu grand-père.
Elia lui sourit.
— Tu peux t'approcher.
Il hésita.
Puis il avança.
Il regarda les deux garçons.
— Deux petits-fils...
Il secoua légèrement la tête.
— Je pensais devoir attendre encore quelques années avant de dire ça.
Adrian éclata de rire.
— Moi aussi.
Valerian lui lança un regard.
— Toi, tu n'avais surtout rien prévu.
— C'est vrai.
Elia sourit.
L'atmosphère était légère.
Pour la première fois depuis longtemps, Azaël n'avait pas l'impression d'être au milieu d'un royaume, d'une guerre ou d'un conflit entre dieux.
Il était simplement assis avec sa famille.
Et cette sensation lui plaisait.
Plus tard, lorsque tout le monde fut parti, la maison retrouva son calme.
Elia s'était rendormie.
Azaël était assis près des berceaux.
Les deux garçons dormaient encore.
Il les observa longuement.
Puis il ferma les yeux.
Les deux énergies apparurent immédiatement dans sa perception.
Une présence douce.
Une autre plus silencieuse.
Il tenta de remonter jusqu'à leur origine.
Mais quelque chose lui échappa.
Il fronça les sourcils.
Il recommença.
Rien.
Comme si la réponse se trouvait derrière une porte qu'il ne pouvait pas ouvrir.
Azaël abandonna.
— Pas maintenant.
Il ouvrit les yeux.
Les deux garçons dormaient paisiblement.
Azaël posa une main sur le bord du premier berceau.
— Vous aurez le temps de grandir.
Puis il regarda le second.
— Et le temps de comprendre qui vous êtes.
Il resta silencieux.
— Je ne vous demanderai jamais d'être comme moi.
Sa voix était calme.
— Vous choisirez votre propre chemin.
Une légère brise entra par la fenêtre.
Les rideaux bougèrent doucement.
Azaël releva la tête.
Pendant une fraction de seconde, il sentit une présence très lointaine.
Un dieu.
Il ne pouvait pas savoir lequel.
Mais il savait ce que cette présence faisait.
Elle observait.
Azaël regarda le ciel.
Son expression devint sérieuse.
— Ils ont commencé à vous remarquer.
La présence disparut.
Azaël ne bougea pas.
Il aurait pu partir à sa recherche.
Il aurait pu utiliser sa puissance pour retrouver celui qui les observait.
Mais il ne le fit pas.
Il retourna simplement son regard vers ses fils.
— Peu importe.
Il s'assit entre les deux berceaux.
— Tant que vous êtes ici, je n'ai aucune raison de partir.
Derrière lui, Elia ouvrit légèrement les yeux.
— Azaël ?
Il se retourna.
— Oui ?
— Tu parles encore tout seul ?
Azaël sourit.
— Peut-être.
Elia referma les yeux.
— Alors viens dormir.
— J'arrive.
Il regarda une dernière fois les deux garçons.
Puis il rejoignit Elia.
Pour la première fois depuis leur naissance, la maison s'endormit complètement.
Pas de soldats.
Pas de menace.
Pas de dieu.
Seulement une famille.
Mais très loin de là, dans un endroit qu'aucun humain ne connaissait, quelque chose venait de changer.
Les dieux avaient senti la naissance des deux enfants.
Et désormais, une question commençait à circuler parmi eux.
Pas celle de savoir qui était Azaël.
Ils le savaient déjà.
La véritable question était différente.
Qu'étaient devenus les enfants du Dieu du Chaos ?
Et surtout...
pourquoi leurs deux présences semblaient-elles n'en former qu'une seule ?