Chapitre 35
Chapitre 35
Azaël n'avait pas dormi.
Pas une minute.
Toute la nuit, il était resté assis près du lit, les yeux fixés sur Elia.
Elle dormait encore.
Sa respiration était régulière, mais son sommeil semblait agité. Elle bougeait parfois avant de retrouver une position confortable.
Azaël, lui, n'avait pas quitté sa place.
Il avait déjà affronté des armées.
Des créatures capables de détruire des royaumes.
Des dieux qui auraient pu faire trembler des mondes entiers.
Jamais il n'avait ressenti une peur comparable à celle qui l'empêchait de fermer les yeux cette nuit-là.
Parce que cette fois, il ne pouvait pas se battre.
Il ne pouvait pas simplement utiliser sa puissance et régler le problème.
Il devait attendre.
Et attendre était probablement la chose qu'il supportait le moins.
Le ciel commençait à s'éclaircir lorsque Elia ouvrit lentement les yeux.
Elle resta quelques secondes silencieuse avant de remarquer Azaël assis à côté d'elle.
— Tu n'as pas dormi ?
Azaël secoua la tête.
— Non.
— Toute la nuit ?
— Oui.
Elia soupira.
— Azaël...
— Je vais bien.
— C'est moi qui devrais dire ça.
Il esquissa un léger sourire.
— Je sais.
Elle se redressa doucement.
— Tu es vraiment stressé.
Azaël regarda ailleurs.
— Un peu.
— Un peu ?
Elle observa ses yeux fatigués.
— Tu as l'air d'avoir passé trois jours sans dormir.
— Je réfléchissais.
— À quoi ?
— À tout.
Elia sourit.
— Mauvaise idée.
Azaël allait répondre lorsqu'elle posa soudain une main sur son ventre.
Son expression changea.
Azaël se redressa immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Attends.
Elle inspira lentement.
Une douleur venait de traverser son ventre.
Azaël se leva.
— Je vais chercher quelqu'un.
— Azaël...
— Le guérisseur.
— Attends encore.
Il s'arrêta près de la porte.
— Pourquoi ?
Elia reprit son souffle.
— Parce que c'est peut-être simplement une contraction.
Azaël resta immobile.
— Peut-être ?
— Oui.
Il la regarda quelques secondes.
— Je n'aime pas ce mot.
Elia eut un petit sourire.
— Je sais.
La douleur diminua.
Elle se rallongea légèrement.
— Ça va.
Azaël resta debout.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Il retourna près d'elle.
— Si ça recommence, tu me le dis immédiatement.
— D'accord.
— Même si c'est au milieu de la nuit.
— Azaël...
— Même si je dors.
Elia le regarda.
— Tu ne dors déjà pas.
Azaël ne répondit pas.
Elle sourit.
— Tu es impossible.
Quelques heures plus tard, la douleur revint.
Cette fois, Elia ne plaisanta pas.
Elle se redressa brusquement et attrapa la main d'Azaël.
— Azaël...
Il comprit immédiatement.
— Ça recommence ?
Elle hocha la tête.
Azaël se leva.
— Adrian !
Sa voix résonna dans toute la maison.
Quelques secondes plus tard, Adrian apparut dans le couloir.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Va chercher le guérisseur !
Adrian regarda Elia.
Puis Azaël.
Son expression changea.
— Maintenant ?
— Oui !
Adrian partit immédiatement.
Azaël retourna près d'Elia.
— Respire doucement.
Elle lui lança un regard.
— Tu es plus stressé que moi.
— C'est faux.
— Tu trembles.
Azaël regarda sa main.
Elle tremblait effectivement légèrement.
Il la referma.
— Ce n'est rien.
Elia sourit malgré la douleur.
— Bien sûr.
Le guérisseur arriva rapidement.
Elena et Valerian arrivèrent peu après.
La maison, habituellement calme, devint soudain pleine de mouvement.
On préparait de l'eau.
On apportait des linges propres.
Elena resta auprès d'Elia.
Valerian essayait de garder son calme.
Adrian faisait des allers-retours entre les différentes pièces.
Et Azaël...
Azaël faisait les cent pas.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Adrian finit par l'arrêter.
— Assieds-toi.
— Je préfère rester debout.
— Tu vas finir par creuser un trou dans le sol.
Azaël s'arrêta.
— Je suis calme.
Adrian le fixa.
— Tu viens de traverser la pièce huit fois.
— Je réfléchis.
— Tu paniques.
— Je ne panique pas.
Une voix retentit depuis la chambre.
— Azaël !
Il se retourna immédiatement.
— J'arrive.
Adrian secoua la tête.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Tu as couru dès qu'elle a parlé.
Azaël ne répondit pas.
Il entra dans la chambre.
Elia était allongée sur le lit.
Le guérisseur était près d'elle.
— Tout se passe normalement, dit-il.
Azaël s'approcha.
— Vous êtes sûr ?
Le guérisseur le regarda.
— Oui.
— Et les enfants ?
Le guérisseur fronça légèrement les sourcils.
— Les enfants vont bien.
Azaël se figea.
— Les enfants ?
Elia ouvrit les yeux.
— Il y en a deux.
Azaël resta silencieux.
Entendre ces mots maintenant lui fit quelque chose.
Deux enfants.
Ses enfants.
Il regarda Elia.
— Tout va bien se passer.
Elle sourit légèrement.
— Tu n'en sais rien.
— Non.
Il prit sa main.
— Mais je vais rester là.
Le temps passa.
Une heure.
Puis deux.
Azaël ne savait plus combien de fois il avait regardé la porte.
Il demandait régulièrement au guérisseur si tout allait bien.
Chaque fois, la réponse était la même.
— Oui.
Mais cela ne suffisait jamais.
Il avait besoin d'être certain.
Puis quelque chose changea.
Azaël le sentit.
Une énergie parcourut la pièce.
Il releva brusquement la tête.
Cette sensation.
Il la connaissait.
Il l'avait ressentie pendant des semaines.
Mais jamais avec une telle intensité.
Il ferma les yeux.
Deux présences.
Cette fois, elles étaient parfaitement distinctes.
Une première énergie, calme et lumineuse.
Une seconde, plus froide et silencieuse.
Mais toutes deux venaient de la même source.
Azaël ouvrit les yeux.
— Ils arrivent.
Le guérisseur le regarda.
— Comment le savez-vous ?
Azaël ne répondit pas.
Elia, elle, comprit simplement à son expression qu'il avait ressenti quelque chose.
Elle serra sa main.
— Azaël...
Il se rapprocha.
— Je suis là.
— Ne pars pas.
— Je ne partirai pas.
Les minutes suivantes semblèrent interminables.
Azaël n'avait jamais trouvé le temps aussi lent.
Chaque seconde lui paraissait durer une éternité.
Puis le premier cri retentit.
Azaël se figea.
Le guérisseur prit doucement le premier enfant.
— Un garçon.
Azaël resta silencieux.
Un garçon.
Son fils.
Il regarda Elia.
Elle était épuisée, mais un sourire apparaissait sur son visage.
— Il va bien ?
Le guérisseur hocha la tête.
— Oui.
Azaël expira enfin.
Mais à peine eut-il le temps de se détendre qu'il sentit de nouveau cette énergie.
La seconde présence.
Toujours là.
Il releva la tête.
— Il y en a encore un.
Le guérisseur hocha la tête.
— Oui.
Azaël regarda Elia.
— Encore un peu.
Elle ferma les yeux.
— D'accord.
Azaël serra doucement sa main.
— Tu peux le faire.
— Tu dis ça comme si c'était toi qui devais le faire.
— Je préférerais.
Elia eut un petit rire malgré son épuisement.
— Je sais.
Quelques instants plus tard, un second cri retentit.
Cette fois, Azaël ferma les yeux.
Deux.
Ils étaient réellement deux.
Le guérisseur prit le deuxième enfant.
— Un autre garçon.
Azaël resta immobile.
Deux garçons.
Deux fils.
Il regarda les deux nouveau-nés.
Ils étaient petits.
Fragiles.
Et pourtant, Azaël sentait quelque chose qu'il n'arrivait pas à expliquer.
Leurs énergies étaient différentes.
Mais elles semblaient liées.
Comme deux parties d'une même chose.
Il s'approcha lentement.
Le guérisseur lui tendit le premier enfant.
Azaël hésita avant de le prendre.
Il avait affronté des dieux sans hésiter.
Mais tenir son propre fils dans ses bras lui faisait peur.
Il le regarda.
Le bébé bougea légèrement.
Azaël sourit.
— Bonjour.
Sa voix était presque inaudible.
Puis le guérisseur lui confia le second enfant.
Azaël le regarda à son tour.
Même chose.
Une petite présence.
Mais quelque chose de différent.
Il ne savait pas encore pourquoi.
Il regarda les deux garçons.
Puis Elia.
— Ils sont magnifiques.
Elia sourit.
— Tu as l'air heureux.
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— Je crois que je n'ai jamais été aussi heureux.
Quelques heures plus tard, la maison était redevenue calme.
Elena avait pleuré de bonheur.
Valerian n'avait presque pas parlé.
Adrian, lui, n'arrêtait pas de regarder ses deux neveux.
— Je suis vraiment oncle maintenant.
Elia sourit.
— Oui.
Adrian regarda Azaël.
— Et toi, tu es père.
Azaël regarda les deux berceaux.
— Oui.
Adrian sourit.
— Tu as l'air beaucoup moins impressionnant maintenant.
Azaël lui lança un regard.
— Pars.
Adrian éclata de rire.
— Voilà. Tu reviens à la normale.
Il sortit de la pièce.
Azaël reporta son attention sur les deux enfants.
Elia dormait profondément.
Il s'assit entre les deux berceaux.
Le silence était total.
Il regarda d'abord son premier fils.
Puis le second.
Deux énergies.
Deux personnalités qui n'existaient pas encore pleinement.
Deux vies différentes.
Et pourtant...
quelque chose les reliait.
Azaël ferma les yeux.
Une vision traversa brièvement son esprit.
Un garçon entouré de livres.
Puis un autre tenant une épée.
Deux chemins différents.
Deux destins.
Puis les deux silhouettes se rapprochèrent.
Une seule lumière apparut entre elles.
Azaël rouvrit les yeux.
La vision avait disparu.
Il regarda les deux enfants.
— Je ne sais pas encore ce que vous êtes.
Il sourit légèrement.
— Mais je sais une chose.
Il posa une main sur le bord du premier berceau.
Puis sur celui du second.
— Vous êtes mes fils.
Il resta silencieux quelques secondes.
— Et je vous protégerai.
Très loin du domaine, une flamme s'alluma.
Vulcain ouvrit les yeux.
Il avait senti leur naissance.
Deux présences.
Deux signatures.
Une seule origine.
Il resta silencieux.
Puis une autre présence apparut derrière lui.
— Ils sont nés ?
Vulcain hocha lentement la tête.
— Oui.
— Les deux ?
— Les deux.
Un silence lourd s'installa.
Vulcain regarda la flamme devant lui.
— Alors le temps des préparatifs est terminé.
— Que va-t-il se passer maintenant ?
Vulcain ne répondit pas immédiatement.
Il regarda dans la direction du domaine.
— Maintenant...
Sa voix devint grave.
— Les dieux vont commencer à avoir peur.
Dans la maison, Azaël ne ressentait plus aucune présence.
Pour la première fois depuis des mois, tout était silencieux.
Il regarda Elia dormir.
Puis ses deux fils.
Et il sourit.
Il ignorait encore ce que leur naissance allait provoquer.
Il ignorait ce qu'ils deviendraient.
Il savait pourquoi leurs énergies étaient si différentes…
Mais il avait une certitude.
Sa vie venait de changer pour toujours.
Et, pour la première fois depuis des siècles...
Azaël avait quelque chose qu'il ne voulait absolument pas perdre.
Une famille…