Chapitre 34
Chapitre 34
Les dernières semaines avaient changé le quotidien d'Azaël.
La maison était devenue plus silencieuse.
Pas parce qu'Elia parlait moins.
Au contraire.
Elle avait simplement moins d'énergie.
Elle se fatiguait rapidement et passait désormais une grande partie de ses journées à se reposer.
Azaël avait appris à reconnaître les moments où elle avait besoin de calme.
Il avait également appris une chose importante.
Il ne fallait jamais lui demander si elle allait bien lorsqu'elle venait de se réveiller.
La réponse était presque toujours la même.
— Je vais bien.
Et quelques secondes plus tard :
— Enfin... à peu près.
Ce matin-là, Azaël préparait le petit déjeuner lorsqu'il entendit un bruit derrière lui.
Il se retourna.
Elia avançait lentement dans la pièce.
— Tu es déjà debout ?
— Oui.
— Tu devrais dormir davantage.
— J'ai essayé.
Elle s'assit.
— Impossible.
Azaël posa une assiette devant elle.
— Tu as mal ?
Elia hésita.
— Un peu.
Il s'assit face à elle.
— Où ?
— Au dos.
Elle posa une main derrière ses reins.
— Et j'ai l'impression que mon ventre est encore plus lourd qu'hier.
Azaël regarda son ventre.
Il était désormais difficile pour Elia de se déplacer normalement.
— On devrait peut-être retourner voir le guérisseur.
— On y est allés il y a trois jours.
— Et alors ?
— Il m'a dit que tout allait bien.
Azaël resta silencieux.
Elia le regarda.
— Tu t'inquiètes encore.
— Oui.
— Pour moi ?
— Pour vous deux.
Elle sourit.
— Tu dis ça comme si nous étions déjà deux.
Azaël releva les yeux.
Il resta silencieux une seconde.
— Je voulais dire toi et le bébé.
Elia haussa un sourcil.
— Bien sûr.
Azaël détourna le regard.
Elle sourit.
— Tu es bizarre depuis quelques jours.
— Je sais.
— Tu ressens quelque chose ?
Azaël réfléchit.
Il n'avait pas envie de lui mentir.
— Par moments.
— Quoi ?
— Une énergie.
Elia posa instinctivement une main sur son ventre.
— Celle du bébé ?
— Je ne sais pas.
Il marqua une pause.
— C'est différent de ce que je ressens habituellement.
Elia le regarda sérieusement.
— C'est dangereux ?
— Je ne pense pas.
— Tu n'en es pas sûr.
— Non.
Elle resta silencieuse.
Puis elle prit sa main.
— Alors on attendra de voir.
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Dans l'après-midi, Adrian vint leur rendre visite.
Il entra avec plusieurs sacs.
— Maman a encore envoyé des choses.
Elia regarda les sacs.
— Elle va finir par remplir toute la maison.
— Elle a peur que vous manquiez de nourriture.
Azaël prit un sac.
— Il y a quoi là-dedans ?
Adrian répondit :
— Des vêtements.
Il en sortit quelques petits morceaux de tissu.
Elia sourit immédiatement.
— Ils sont minuscules.
Azaël les regarda.
Il avait déjà vu des armures plus grandes.
Mais jamais quelque chose d'aussi petit.
— C'est vraiment pour notre enfant ?
Adrian éclata de rire.
— Non, c'est pour le prochain duc du royaume.
Azaël le fixa.
— Très drôle.
— Je sais.
Elia prit un petit vêtement entre ses mains.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
Son sourire changea.
Il devint plus doux.
— Ça approche.
Adrian hocha la tête.
— Oui.
Azaël regarda Elia.
— Tu as peur ?
Elle réfléchit.
— Un peu.
— De quoi ?
— De ne pas savoir quoi faire.
Adrian intervint :
— Personne ne sait quoi faire au début.
Elia le regarda.
— Tu en sais quelque chose ?
— Absolument pas.
Azaël sourit.
— Au moins, tu es honnête.
Adrian posa les sacs.
— Papa veut aussi savoir si vous comptez rester ici après la naissance.
Azaël répondit immédiatement :
— Oui.
Adrian sourit.
— Je lui dirai.
Elia regarda son frère.
— Tu penses qu'il est heureux ?
— Papa ?
— Oui.
Adrian réfléchit.
— Il ne le montre pas beaucoup.
Il marqua une pause.
— Mais je pense qu'il est heureux de t'avoir retrouvée.
Elia baissa les yeux.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
— Moi aussi.
Le soir, la famille se réunit au domaine.
Valerian et Elena avaient insisté pour qu'Elia ne reste pas seule trop longtemps.
Le repas était simple.
Aucun sujet politique.
Aucune discussion sur les nobles.
Même les lettres qui s'accumulaient sur le bureau du duc furent oubliées pendant quelques heures.
Adrian racontait une histoire lorsqu'Elia éclata soudain de rire.
Azaël la regarda.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu viens de rire toute seule.
— C'est Adrian.
Azaël regarda son beau-frère.
— Qu'est-ce que tu as fait ?
Adrian leva les mains.
— Rien.
Elena sourit.
— Il racontait comment il avait réussi à tomber dans le bassin quand il avait douze ans.
Azaël regarda Adrian.
— Sérieusement ?
— C'était un accident.
Valerian intervint :
— Il avait voulu impressionner ses amis.
Adrian soupira.
— Merci, père.
Elia riait encore.
Azaël sourit.
Pendant quelques minutes, tout semblait normal.
Une famille.
Un repas.
Des souvenirs.
Rien d'autre.
Puis Elia posa soudain sa main sur son ventre.
Son sourire disparut.
Azaël le remarqua immédiatement.
— Elia ?
Elle inspira lentement.
— Attends.
Tout le monde se tut.
Valerian se leva.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elia resta immobile.
Puis elle secoua la tête.
— Rien.
Elle prit quelques secondes.
— Le bébé a bougé.
Azaël s'approcha.
— Beaucoup ?
— Oui.
Il posa doucement une main sur son ventre.
Il sentit le mouvement.
Puis un autre.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
Quelque chose n'était pas normal.
Il le sentait.
Cette énergie était plus forte.
Et surtout...
elle semblait divisée.
Comme deux courants différents qui existaient au même endroit.
Azaël retira lentement sa main.
Elia le regarda.
— Qu'est-ce que tu as senti ?
Azaël hésita.
Il ne voulait pas inquiéter toute la famille.
— Rien de dangereux.
Ce n'était pas totalement faux.
Mais ce n'était pas toute la vérité.
Cette nuit-là, Azaël ne dormit pas.
Il se tenait devant la fenêtre.
Le domaine était plongé dans le silence.
La lune éclairait les jardins.
Il regardait les arbres sans réellement les voir.
Deux énergies.
Il en était certain maintenant.
Deux présences différentes.
Mais une seule source.
Azaël ferma les yeux.
Il tenta de ressentir plus profondément cette énergie.
Pendant quelques secondes, rien ne se passa.
Puis il sentit quelque chose.
Une première présence.
Calme.
Légère.
Presque chaude.
Puis une seconde.
Plus froide.
Plus silencieuse.
Azaël ouvrit brusquement les yeux.
Les deux présences disparurent.
Il resta immobile.
— Impossible...
Il avait déjà vu quelque chose de semblable.
Mais pas dans un être vivant.
Pas de cette manière.
Azaël posa une main contre la fenêtre.
Son pouvoir lui permettait normalement de comprendre des choses que les mortels ne pouvaient même pas percevoir.
Pourtant, cette fois, il ne comprenait pas.
Et cela ne lui plaisait pas.
Derrière lui, Elia apparut.
— Tu ne dors toujours pas ?
Azaël se retourna.
— Non.
Elle s'approcha lentement.
— Tu penses au bébé.
— Oui.
— Encore cette histoire d'énergie ?
Azaël hocha la tête.
Elia resta silencieuse.
— Tu crois qu'il y a quelque chose qui ne va pas ?
Azaël la regarda.
Il aurait pu lui dire ce qu'il venait de ressentir.
Mais il ne savait pas encore ce que cela signifiait.
— Non.
Elia fronça légèrement les sourcils.
— Tu mens.
Azaël soupira.
— Je ne sais pas.
Elle s'approcha davantage.
— C'est différent.
— Oui.
— Mais tu ne sais pas si c'est dangereux.
— Non.
Elia posa une main sur son bras.
— Alors ne cherche pas à tout comprendre ce soir.
Azaël baissa les yeux.
— D'accord.
— Viens dormir.
— J'arrive.
Elle repartit.
Azaël resta encore quelques secondes devant la fenêtre.
Puis il regarda le ciel.
Il sentit quelque chose.
Très loin.
Une présence divine.
Puis une deuxième.
Et une troisième.
Les dieux observaient.
Mais aucun ne s'approchait.
Azaël comprit pourquoi.
Ils attendaient.
Il serra légèrement les poings.
— Vous attendez quoi ?
Aucune réponse.
Seulement le silence.
Les jours suivants furent encore plus difficiles.
Elia dormait beaucoup.
Elle avait parfois des douleurs qui apparaissaient puis disparaissaient.
Azaël restait constamment près d'elle.
Il avait presque cessé de sortir.
Même Adrian remarqua son changement.
— Tu devrais prendre l'air.
Azaël secoua la tête.
— Je préfère rester ici.
— Elle ne va pas accoucher aujourd'hui.
Azaël regarda Elia.
— Comment tu peux le savoir ?
Adrian haussa les épaules.
— Parce que maman l'a dit.
Azaël resta silencieux.
Adrian sourit.
— Tu es vraiment nerveux.
— Oui.
— Ça te va mal.
— Merci.
— De rien.
Elia, allongée sur le canapé, sourit.
— Vous êtes vraiment deux idiots.
Adrian et Azaël se regardèrent.
— Il a commencé, dit Azaël.
— C'est faux, répondit Adrian.
Elia secoua la tête.
— Je regrette presque d'avoir une famille.
Azaël sourit.
— Trop tard.
Le temps continua d'avancer.
Et finalement, le guérisseur annonça qu'il ne restait plus beaucoup de temps.
Quelques jours.
Peut-être moins.
La nouvelle changea immédiatement l'ambiance de la maison.
Valerian fit préparer plusieurs chambres.
Elena resta presque constamment auprès d'Elia.
Adrian venait chaque jour.
Et Azaël...
Azaël ne quittait presque plus Elia.
Un soir, ils étaient seuls.
Elia regardait par la fenêtre.
— Tu sais à quoi je pense ?
— Non.
— À notre première rencontre.
Azaël sourit.
— Au bord de la rivière.
— Oui.
— Tu chantais.
— Et toi, tu étais complètement perdu.
— Je ne savais même pas où j'étais.
Elia sourit.
— Maintenant, tu sais ?
Azaël regarda autour de lui.
La maison.
Les meubles.
Le feu.
Puis elle.
— Oui.
Elle posa une main sur son ventre.
— Et bientôt, nous serons trois.
Azaël la regarda.
Il sourit.
— Oui.
Un silence s'installa.
Puis une nouvelle sensation traversa la pièce.
Azaël se redressa.
Cette fois, il la sentit clairement.
Deux énergies.
Deux présences.
Une seule source.
Il regarda Elia.
Elle avait également senti quelque chose.
— Azaël...
Il s'approcha.
— Je suis là.
Elle prit sa main.
— J'ai peur.
Azaël serra doucement ses doigts.
— Moi aussi.
Elia le regarda avec surprise.
— Tu as vraiment peur.
— Oui.
Il regarda son ventre.
— Mais je serai là.
Elle sourit.
— Je sais.
Dehors, le vent se leva.
Les arbres bougèrent doucement.
Puis, quelque part très loin du domaine, une flamme s'alluma.
Vulcain ouvrit les yeux.
Il sentit la même énergie.
Cette fois, il n'y avait plus aucun doute.
— C'est proche...
Il regarda devant lui.
Une autre présence apparut.
Puis une troisième.
Vulcain se leva.
— Ils l'ont senti.
Une voix résonna dans l'obscurité.
— Alors le moment est venu.
Vulcain serra les poings.
— Non.
La voix resta silencieuse.
— Pas encore.
Vulcain regarda les flammes.
— Pas avant la naissance.
Il marqua une pause.
— Après...
Son regard devint sombre.
— Après, plus rien ne sera comme avant.
Dans la maison, Azaël regardait toujours Elia.
Elle s'était endormie.
Sa respiration était calme.
Azaël resta assis près d'elle.
Il posa une main sur son ventre.
Deux battements d'énergie.
Deux présences.
Et une étrange sensation qu'il n'arrivait toujours pas à expliquer.
Il ferma les yeux.
Pour la première fois depuis son arrivée sur cette planète, Azaël ne craignait pas de perdre son pouvoir.
Il craignait de ne pas être capable de protéger ce qui comptait le plus pour lui.
Il regarda Elia dormir.
Puis il murmura :
— Peu importe ce que tu es...
Sa main resta posée sur son ventre.
— Je te protégerai.
Dehors, le ciel commençait à s'éclaircir.
La nuit touchait à sa fin.
Et quelque part, dans le silence du monde...
le temps attendait.
La naissance était proche.