Chapitre 33
Chapitre 33
Les jours passèrent.
Puis les semaines.
Et, sans qu'Azaël ne s'en rende vraiment compte, la maison avait commencé à changer.
Il y avait désormais des vêtements beaucoup trop petits posés sur une étagère.
Des couvertures soigneusement pliées.
Quelques meubles supplémentaires.
Et surtout, une petite pièce que Valerian avait fait préparer pour l'enfant.
Azaël se tenait au milieu de celle-ci, les bras croisés.
Il regardait autour de lui.
— C'est petit.
Elia, derrière lui, leva un sourcil.
— C'est une chambre pour un bébé.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu t'attendais à quoi ?
Azaël réfléchit.
— Je ne sais pas.
Elia entra dans la pièce.
Son ventre était désormais beaucoup plus visible qu'auparavant.
Elle avançait lentement et devait régulièrement s'arrêter pour reprendre son souffle.
— Tu veux vraiment changer quelque chose ?
Azaël regarda le berceau.
— Non.
Il s'approcha.
Il posa une main sur le bois.
— C'est bien.
Elia sourit.
— Tu as l'air presque impressionné.
— Je le suis.
— Par un berceau ?
— Par le fait qu'une personne va réellement dormir dedans.
Elia s'approcha à son tour.
— Notre enfant.
Azaël hocha la tête.
Ils restèrent silencieux quelques secondes.
Puis un mouvement se fit sentir.
Elia posa immédiatement une main sur son ventre.
— Encore.
Azaël se tourna vers elle.
— Il bouge ?
— Oui.
Il posa doucement sa main.
Quelques secondes passèrent.
Puis un petit coup se fit sentir.
Azaël sourit.
— Il est fort.
— Tu espères déjà qu'il sera comme toi ?
— Non.
Elia le regarda.
— Vraiment ?
— Je préfère qu'il soit meilleur.
Elle sourit.
— Bonne réponse.
Azaël retira sa main.
— Même si ça risque d'être difficile.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il devra te supporter.
Elia lui donna une légère tape sur l'épaule.
— Idiot.
Les mois suivants furent étonnamment calmes.
Les soldats avaient presque disparu du village.
Les nobles, eux, continuaient d'envoyer des lettres.
Valerian en recevait presque chaque semaine.
Azaël les ignorait.
Il avait découvert qu'il pouvait parfaitement survivre sans répondre aux invitations des familles les plus importantes du royaume.
Son quotidien était devenu beaucoup plus simple.
Le matin, il travaillait avec Elia.
L'après-midi, il aidait parfois Valerian au domaine.
Et le soir, il rentrait avec Elia.
Il avait même commencé à apprécier certaines tâches qu'il aurait autrefois considérées comme inutiles.
Réparer une clôture.
Couper du bois.
Préparer le repas.
Construire une étagère.
Des choses simples.
Des choses humaines.
Un matin, Adrian arriva alors qu'Azaël était en train de réparer une chaise.
Il observa quelques secondes.
— Tu sais vraiment faire ça maintenant ?
Azaël leva les yeux.
— Je progresse.
Adrian s'approcha.
— Tu as réparé celle-là ?
— Oui.
Adrian s'assit dessus.
La chaise ne bougea pas.
— Pas mal.
Azaël sourit.
— Merci.
Adrian se releva.
— Je vais devoir trouver autre chose à critiquer.
— Tu trouveras.
— Probablement.
Elia entra dans la pièce.
— Vous faites quoi ?
— Je vérifie qu'il n'a pas détruit la chaise.
Azaël regarda Adrian.
— Tu pourrais au moins me faire confiance.
— Je préfère vérifier.
Elia secoua la tête.
— Vous êtes vraiment pareils.
Azaël et Adrian se regardèrent.
— Non, dirent-ils en même temps.
Elia éclata de rire.
À mesure que les semaines passaient, la grossesse devenait plus difficile pour Elia.
Elle se fatiguait plus rapidement.
Certaines nuits, elle avait du mal à trouver une position confortable.
Azaël se réveillait souvent lorsqu'elle bougeait.
— Tu dors ?
— Plus maintenant.
— Désolée.
— Tu n'as pas à l'être.
Il se redressait alors et lui donnait un coussin supplémentaire.
Parfois, ils parlaient pendant plusieurs minutes.
D'autres fois, ils restaient simplement silencieux.
Une nuit, Elia regardait le plafond.
— Azaël ?
— Oui ?
— Tu crois que je serai une bonne mère ?
Azaël tourna la tête vers elle.
— Oui.
— Tu réponds trop vite.
— Parce que je n'ai pas besoin de réfléchir.
Elle resta silencieuse.
— Et toi ?
Azaël regarda le plafond.
— Je ne sais pas.
— Tu as peur ?
— Oui.
Elia sourit légèrement.
— Tu l'avoues encore.
— J'apprends à être honnête.
— C'est bien.
Azaël réfléchit.
— Je sais me battre.
— Je sais.
— Je sais protéger des gens.
— Je sais aussi.
— Mais je ne sais pas apprendre à quelqu'un à vivre.
Elia tourna la tête vers lui.
— Personne ne sait faire ça.
— Même pas toi ?
— Surtout pas moi.
Azaël eut un léger sourire.
— Ça promet.
Elia lui donna un petit coup dans le bras.
— Arrête.
Ils rirent doucement.
Puis le silence revint.
Cette fois, il était agréable.
Quelques semaines plus tard, Azaël accompagna Elia chez le guérisseur.
La consultation dura un moment.
Azaël attendait près de la porte.
Lorsqu'il vit le guérisseur sourire, il se redressa.
— Tout va bien ?
— Oui.
Azaël relâcha légèrement ses épaules.
— L'enfant se développe normalement.
Elia sourit.
— C'est une bonne nouvelle.
Le guérisseur hocha la tête.
— Vous devez simplement continuer à vous reposer.
Azaël regarda Elia.
— Tu as entendu ?
Elle soupira.
— Oui.
— Tu vas devoir m'écouter.
— Ne commence pas.
Le guérisseur sourit.
— Elle a surtout besoin de ne pas trop se fatiguer.
Azaël hocha immédiatement la tête.
— Je m'en occupe.
Sur le chemin du retour, Elia le regarda.
— Tu n'as pas besoin de me surveiller toute la journée.
— Je sais.
— Pourtant tu vas le faire.
— Probablement.
Elle soupira.
— Tu es impossible.
— Mais tu m'as épousé.
— Je sais.
Elle sourit.
— C'est peut-être mon plus grand défaut.
Azaël rit.
Les mois continuaient de défiler.
Le printemps avait laissé place à une saison plus chaude.
Le village avait changé d'apparence.
Les arbres étaient couverts de feuilles.
Les marchés étaient plus animés.
Les enfants jouaient dans les rues jusque tard dans la journée.
Et dans la maison d'Elia, chaque semaine rapprochait un peu plus la naissance.
Azaël avait commencé à préparer lui-même certaines choses.
Il avait construit une petite étagère.
Puis une seconde.
Il avait réparé le berceau.
Et, après plusieurs essais, il avait même réussi à fabriquer un petit jouet en bois.
Il le regarda fièrement.
Elia le prit entre ses mains.
— C'est quoi ?
— Un animal.
Elle observa l'objet.
— Quel animal ?
Azaël hésita.
— Je ne sais pas.
Elia éclata de rire.
— Tu ne sais même pas ce que tu as fabriqué ?
— Je voulais faire un loup.
— On dirait plutôt un cheval.
— Alors c'est un cheval.
— Tu abandonnes vite.
— Je m'adapte.
Elle lui rendit le jouet.
— Je pense que notre enfant l'aimera.
Azaël regarda l'objet.
— J'espère.
Elia s'approcha de lui.
— Il ou elle aura surtout besoin de nous.
Azaël releva les yeux.
— Oui.
Il regarda son ventre.
Puis il posa doucement une main dessus.
— Nous serons là.
Un soir, Adrian vint dîner avec eux.
Il raconta plusieurs histoires du domaine.
Valerian avait encore reçu des lettres.
Certains nobles voulaient rencontrer Azaël.
D'autres demandaient déjà comment le futur enfant serait élevé.
Azaël posa sa fourchette.
— Ils veulent déjà décider pour nous ?
Adrian sourit.
— Ils veulent surtout savoir ce que tu vas faire.
— Je vais l'élever avec Elia.
— Je me doutais que tu allais répondre ça.
Elia regarda son frère.
— Et papa ?
— Il ne dit rien.
— Étrange.
— Il pense que tant qu'Azaël est là, personne n'osera nous créer de problèmes.
Azaël haussa un sourcil.
— C'est une mauvaise raison.
Adrian le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne serai pas toujours là.
Un silence s'installa.
Elia regarda Azaël.
Il ne parlait pas de sa mort.
Il parlait simplement du fait qu'un jour, leur enfant devrait apprendre à vivre sans dépendre de lui.
Adrian hocha lentement la tête.
— Alors il faudra lui apprendre à se débrouiller seul.
Azaël sourit.
— Exactement.
Elia posa une main sur la sienne.
— Mais pas tout de suite.
Azaël regarda son ventre.
— Non.
Il sourit.
— Pas tout de suite.
Cette nuit-là, après le départ d'Adrian, Azaël et Elia restèrent devant la maison.
Le ciel était dégagé.
Les étoiles brillaient au-dessus d'eux.
Azaël regardait le ciel sans chercher de présence.
Pour la première fois depuis longtemps, il n'y voyait pas une menace.
Seulement quelque chose de beau.
Elia s'assit près de lui.
— Tu penses à quoi ?
— À avant.
— Ton ancienne vie ?
— Oui.
— Elle te manque ?
Azaël réfléchit.
Puis secoua la tête.
— Non.
Il regarda la maison.
— Je crois que je ne pourrais plus y retourner.
Elia sourit.
— Pourquoi ?
Azaël tourna les yeux vers elle.
— Parce que ma vie est ici maintenant.
Elia posa doucement sa tête contre son épaule.
— Alors reste.
Azaël regarda les étoiles une dernière fois.
— Je resterai.
Les semaines continuèrent de passer.
Et cette fois, le changement fut visible.
Le ventre d'Elia était devenu lourd.
Elle marchait avec précaution.
Elle devait s'arrêter plus souvent.
Le moindre effort la fatiguait.
Azaël avait presque cessé de la laisser porter quoi que ce soit.
Même les paniers les plus légers.
— Azaël, je peux encore marcher seule.
— Je sais.
— Alors arrête de me regarder comme si j'allais tomber.
— Je ne te regarde pas comme ça.
— Si.
Il sourit.
— Peut-être un peu.
Elia secoua la tête.
Puis elle s'arrêta.
Une main sur son ventre.
Azaël se rapprocha immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle sourit.
— Rien.
Elle prit sa main et la posa sur son ventre.
Un mouvement se fit sentir.
Puis un autre.
Azaël resta silencieux.
— Il bouge beaucoup.
— Oui.
Azaël sourit.
— Il doit être impatient.
Elia le regarda.
— Peut-être.
Ils restèrent quelques secondes ainsi.
Puis Azaël sentit quelque chose d'étrange.
Pas une présence divine.
Pas une menace.
Quelque chose de beaucoup plus subtil.
Une énergie différente.
Très faible.
Presque impossible à percevoir.
Il fronça légèrement les sourcils.
Elia le remarqua.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Azaël retira lentement sa main.
— Rien.
Il regarda son ventre.
Cette sensation venait de là.
Il ferma les yeux.
Pendant une seconde, il ressentit quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti auparavant.
Comme si deux énergies différentes existaient au même endroit.
Puis la sensation disparut.
Azaël rouvrit les yeux.
Elia attendait toujours une réponse.
— Azaël ?
Il lui sourit.
— Je crois que notre enfant sera particulier.
Elia posa une main sur son ventre.
— Ça, je m'en doutais déjà.
Azaël regarda le ciel.
Il ne savait pas encore ce qu'il venait de ressentir.
Il ne savait pas pourquoi cette énergie lui paraissait différente.
Et surtout, il ne savait pas que ce qu'il appelait encore « notre enfant » n'était peut-être pas aussi simple qu'il le pensait.
Les mois avaient passé.
Le temps continuait son chemin.
Et désormais, la naissance approchait.
Il ne restait plus que quelques semaines.