Chapitre 32
Chapitre 32
Quelques jours s'étaient écoulés depuis la visite de Vulcain.
Depuis ce jour, Azaël avait commencé à regarder les choses différemment.
Pas le village.
Pas la maison.
Mais le ciel.
Il savait désormais que les dieux commençaient à bouger.
Vulcain ne lui avait pas donné de détails, et Azaël n'avait pas insisté. Il connaissait suffisamment les dieux pour savoir qu'ils ne faisaient jamais rien sans raison.
Pourtant, ce matin-là, il décida de ne pas y penser.
Il avait d'autres préoccupations.
— Azaël.
Il ouvrit les yeux.
Elia se tenait devant la porte de la chambre.
— Tu dors encore ?
Azaël regarda par la fenêtre.
Le soleil était déjà levé depuis un moment.
— Apparemment.
Elia soupira.
— Tu avais dit que tu m'aiderais ce matin.
Azaël se redressa.
— À quoi ?
— À déplacer les meubles de la chambre.
Il la regarda quelques secondes.
Puis il regarda son ventre.
La grossesse était désormais impossible à cacher. Elia avançait plus lentement qu'auparavant et se fatiguait rapidement.
— Tu veux déplacer des meubles ?
— Pas moi.
Elle posa les mains sur ses hanches.
— Toi.
Azaël sourit.
— Ah.
— Voilà.
Il se leva.
— Pourquoi tu veux changer la chambre ?
— Parce qu'on va bientôt avoir besoin de place.
Azaël s'arrêta.
Il regarda autour de lui.
La chambre était effectivement petite.
Deux lits, une armoire, une petite table et quelques affaires suffisaient déjà à occuper une bonne partie de l'espace.
— Tu as raison.
Elia sourit.
— Je sais.
— On pourrait retirer cette armoire.
— Elle est lourde.
Azaël s'approcha.
Il posa une main dessus et la déplaça sans difficulté.
Elia le regarda faire.
— Tu sais que tu n'es pas obligé de faire comme si c'était normal.
Azaël tourna la tête.
— De quoi tu parles ?
— Tu viens de déplacer une armoire que deux hommes auraient eu du mal à bouger.
Azaël réfléchit.
— Elle n'était pas si lourde.
Elia croisa les bras.
— Azaël.
— Quoi ?
— Tu es vraiment incapable d'être discret.
Il eut un léger sourire.
— Je vais essayer.
Ils passèrent une partie de la matinée à réorganiser la pièce.
Azaël transportait les meubles tandis qu'Elia lui indiquait où les placer.
À plusieurs reprises, elle dut s'arrêter pour reprendre son souffle.
La dernière fois, elle s'assit sur le bord du lit.
Azaël posa immédiatement ce qu'il avait dans les mains.
— Ça va ?
— Oui.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Elle posa une main sur son ventre.
— Il bouge beaucoup aujourd'hui.
Azaël s'approcha.
— Vraiment ?
Elia hocha la tête.
Il resta quelques secondes à regarder son ventre.
Puis il posa doucement sa main dessus.
Un petit mouvement se fit sentir.
Azaël ouvrit légèrement les yeux.
— Il m'a senti.
Elia sourit.
— Ou il te donne un coup.
— C'est déjà une réponse.
Elle rit doucement.
Azaël resta silencieux.
Ce simple mouvement avait quelque chose d'étrange.
Il avait connu des guerres.
Des royaumes entiers.
Des civilisations.
Il avait vu des mondes naître et disparaître.
Mais jamais rien ne lui avait semblé aussi important qu'un simple mouvement sous la main.
Elia remarqua son expression.
— À quoi tu penses ?
— Que tout ça devient réel.
— Ça ne l'était pas avant ?
— Si.
Il hésita.
— Mais maintenant, je peux le sentir.
Elia baissa les yeux.
— Tu as peur ?
Azaël réfléchit.
Il aurait pu répondre non.
Mais il préféra être honnête.
— Un peu.
Elia releva la tête.
— Toi ?
— Oui.
— Le grand Azaël a peur ?
— Ne te moque pas.
— Je ne me moque pas.
Elle sourit.
— Je suis juste surprise.
Azaël s'assit à côté d'elle.
— Je peux affronter un dieu sans réfléchir.
— Je sais.
— Mais je ne sais pas comment être père.
Elia resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle posa sa tête contre son épaule.
— Moi non plus.
Azaël tourna légèrement la tête vers elle.
— Ça commence bien.
Elle lui donna un léger coup dans le bras.
— Idiot.
Ils restèrent ainsi quelques instants.
Puis une voix retentit depuis l'extérieur.
— Elia !
Elle releva la tête.
— Adrian.
Azaël se leva.
Quelques minutes plus tard, Adrian entra dans la maison avec un panier dans les mains.
— Maman a envoyé ça.
Il posa le panier sur la table.
Elia regarda à l'intérieur.
— Encore de la nourriture ?
— Oui.
— Elle pense que je ne mange pas assez.
Adrian haussa les épaules.
— Elle a probablement raison.
Elia lui lança un regard.
— Traître.
Adrian sourit.
Puis il regarda autour de lui.
— Vous avez changé la chambre ?
— On manque de place, répondit Elia.
Adrian hocha la tête.
— Je peux aider.
Azaël lui fit signe de le suivre.
— Prends cette table.
Adrian posa les mains dessus.
Il tira.
La table bougea à peine.
Il recommença.
Toujours rien.
Azaël le regarda.
Adrian soupira.
— Elle est beaucoup trop lourde.
— Laisse.
Azaël la souleva sans effort.
Adrian resta silencieux.
— Un jour, il faudra vraiment que tu m'expliques comment tu fais.
Azaël sourit.
— Je suis simplement doué.
— C'est ce que tu dis pour tout.
Elia intervint :
— Laisse-le. Il adore se vanter.
— Je remarque.
Adrian regarda Azaël.
— Depuis votre mariage, tu es devenu encore plus difficile à supporter.
— Pourtant, tu viens quand même me voir.
— Je viens voir ma sœur.
Azaël hocha la tête.
— Bien sûr.
Adrian lui lança un regard méfiant.
— Ne commence pas.
Elia sourit.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, l'ambiance semblait parfaitement normale.
Pas de soldats.
Pas de dieux.
Pas de menace.
Simplement une famille qui passait une matinée ensemble.
Et Azaël appréciait cela plus qu'il ne voulait l'admettre.
L'après-midi, ils se rendirent tous les trois au domaine.
Le duc Valerian avait demandé à voir Azaël.
Ils traversèrent une partie des jardins avant d'arriver devant une petite salle où le duc travaillait.
Valerian leva les yeux lorsqu'ils entrèrent.
— Ah. Vous voilà.
Azaël s'approcha.
— Vous vouliez me voir ?
— Oui.
Le duc posa plusieurs documents sur la table.
— Depuis le mariage, plusieurs familles nobles ont envoyé des lettres.
Azaël soupira.
— Pourquoi ?
Valerian le regarda.
— Parce que tu es désormais membre de ma famille.
Azaël ne répondit pas.
— Et parce que tu es devenu célèbre dans tout le royaume.
Adrian s'assit dans un fauteuil.
— Célèbre est un faible mot.
Valerian lui lança un regard.
— Tu n'aides pas.
Adrian haussa les épaules.
Le duc reprit :
— Certains souhaitent rencontrer Azaël. D'autres veulent simplement établir des relations avec notre maison.
Azaël regarda les lettres.
— Et vous voulez que je fasse quoi ?
— Rien pour l'instant.
Valerian rangea les documents.
— Je voulais simplement t'avertir.
— Je n'ai pas envie de passer mes journées à rencontrer des nobles.
— Je m'en doutais.
Le duc eut un léger sourire.
— C'est justement pour cela que je préfère te prévenir avant qu'ils commencent à venir directement.
Azaël soupira.
— Très bien.
Elia s'assit près d'Adrian.
— Ils savent tous ce qui s'est passé dans le royaume ?
Valerian hocha la tête.
— La plupart.
— Et ils pensent quoi d'Azaël ?
Le duc réfléchit.
— Cela dépend de la personne.
Il regarda Azaël.
— Certains le considèrent comme un héros.
Puis il ajouta :
— D'autres ont peur de lui.
Azaël sourit légèrement.
— Ils ont raison sur un point.
Valerian fronça les sourcils.
— Lequel ?
— Ils devraient avoir peur des gens qu'ils ne comprennent pas.
Un silence suivit.
Adrian regarda Azaël.
— Tu fais exprès de dire des choses inquiétantes ?
— Non.
— C'est ça qui est inquiétant.
Elia étouffa un rire.
Valerian secoua la tête.
— Vous êtes impossibles.
Plus tard, alors que le soleil commençait à descendre, Elia s'arrêta brusquement dans le jardin.
Azaël le remarqua immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle posa une main sur son ventre.
— Rien.
— Elia.
Elle inspira lentement.
— J'ai juste une douleur.
Azaël s'approcha.
— Depuis combien de temps ?
— Quelques minutes.
Il fronça les sourcils.
— Tu veux rentrer ?
— Oui.
Il ne posa pas d'autre question.
Azaël passa doucement un bras autour d'elle pour l'aider à marcher.
Adrian les rejoignit.
— Ça va ?
Elia hocha la tête.
— Oui. Je suis juste fatiguée.
Adrian regarda Azaël.
— Je vais prévenir maman.
— D'accord.
Il repartit rapidement.
Azaël accompagna Elia jusqu'à une chaise.
Elle s'assit.
— Tu t'inquiètes trop.
— Peut-être.
— Ce n'est probablement rien.
— Je préfère vérifier.
Elle sourit.
— Tu es déjà comme ça.
— Comme quoi ?
— Comme un père.
Azaël resta silencieux.
Il regarda son ventre.
Puis Elia.
— Alors je dois m'améliorer.
— Tu as encore du temps.
Azaël sourit.
— Heureusement.
Quelques minutes plus tard, Elena arriva accompagnée d'une servante.
Elle examina rapidement Elia et lui demanda comment elle se sentait.
Après quelques instants, elle se redressa.
— Ce n'est probablement que de la fatigue.
Azaël relâcha légèrement ses épaules.
Elia le remarqua.
— Tu vois ?
— Oui.
— Tu peux arrêter de faire cette tête.
— Quelle tête ?
Elia sourit.
— Celle-là.
Azaël soupira.
— Décidément, tout le monde me dit ça.
Le soir venu, ils rentrèrent à la maison.
Elia s'installa près de la cheminée.
Azaël prépara le repas.
Pendant quelques minutes, aucun des deux ne parla.
Puis Elia demanda :
— Tu penses encore à Vulcain ?
Azaël s'arrêta.
— Oui.
— Il t'a vraiment inquiété ?
Azaël posa lentement ce qu'il tenait.
— Non.
Il réfléchit.
— Mais il m'a rappelé quelque chose.
— Quoi ?
— Que les dieux savent que je suis ici.
Elia baissa les yeux.
— Et notre enfant ?
Azaël s'assit face à elle.
— C'est justement ce qui m'inquiète.
Elia posa une main sur son ventre.
— Tu crois qu'ils vont essayer de nous faire du mal ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Puis il dit :
— Je ne les laisserai pas faire.
Elia le regarda.
— Même si tu dois utiliser ton pouvoir ?
Azaël détourna légèrement les yeux.
— Je préférerais ne pas en arriver là.
— Pourquoi ?
— Parce que la dernière fois que j'ai utilisé une partie de mon pouvoir, le royaume entier l'a ressenti.
Elia resta silencieuse.
— Deux pour cent.
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Elle réfléchit.
— Et si tu utilisais davantage ?
Azaël regarda les flammes.
— Alors ce monde disparaîtra...
Un silence s'installa.
Puis Elia prit doucement sa main.
— Alors ne pense pas à ça ce soir.
Azaël la regarda.
— D'accord.
Elle sourit.
— Ce soir, tu es juste mon mari.
Azaël sourit à son tour.
— Et demain ?
— Demain, tu pourras recommencer à être compliqué.
Il eut un léger rire.
— Marché conclu.
Ils restèrent près du feu.
Dehors, la nuit enveloppait peu à peu le domaine.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, Azaël ne regarda pas le ciel.
Il ne chercha pas de présence.
Il ne pensa pas aux dieux.
Il resta simplement assis auprès d'Elia.
Mais très loin de là, dans un endroit qu'aucun humain ne connaissait, une flamme venait de s'allumer.
Une silhouette se tenait devant elle.
Vulcain.
Le dieu du Feu observa la flamme quelques secondes.
Puis une autre lumière apparut à côté de la première.
Puis une troisième.
Il comprit immédiatement.
Les autres dieux avaient commencé à se réunir.
Vulcain ferma les yeux.
— Vous auriez mieux fait de rester loin de lui.
La flamme devant lui vacilla.
Une voix répondit dans l'obscurité :
— Nous n'avons plus le choix.
Vulcain ouvrit les yeux.
Son expression devint sérieuse.
— Si.
Il regarda les flammes.
— Vous avez toujours le choix.
Un silence.
Puis il ajouta :
— Et si vous choisissez de vous approcher d'Azaël...
La température de la pièce augmenta brutalement.
— ...alors vous devrez accepter d’être exterminée !