Chapitre 31
Chapitre 31
Une semaine s'était écoulée depuis le mariage.
Le domaine ducal avait retrouvé son calme, même si les traces de la fête étaient encore visibles dans certains couloirs.
Les invités étaient repartis.
Les musiciens avaient quitté les lieux.
Les serviteurs avaient rangé les dernières décorations.
Et pourtant, pour Azaël, quelque chose avait réellement changé.
Il n'était plus seulement l'homme arrivé de nulle part quelques mois auparavant.
Il était désormais le mari d'Elia.
Et, par conséquent, le nouveau duc.
Un titre dont il se serait volontiers passé.
Ce matin-là, il traversait le couloir principal lorsqu'un serviteur s'inclina devant lui.
— Bonjour, mon duc.
Azaël s'arrêta.
Il regarda le serviteur.
Puis se retourna comme pour vérifier qu'il s'adressait bien à lui.
— Tu parles à qui ?
Le serviteur sembla légèrement déstabilisé.
— À vous, mon duc.
Azaël soupira.
— Ne m'appelle pas comme ça.
— Mais...
— Azaël suffit.
Le serviteur hésita.
— Bien... mon duc.
Azaël ferma les yeux.
— Laisse tomber.
Il reprit son chemin.
Lorsqu'il arriva dans le jardin, Elia était assise sous un arbre avec un livre entre les mains.
Elle leva les yeux.
— Bonjour, mon duc.
Azaël s'arrêta.
— Toi aussi ?
Elia sourit.
— Ça te va bien.
— Non.
— Si.
— C'est ridicule.
— Tu es officiellement duc maintenant.
Azaël s'assit à côté d'elle.
— Je préfère encore quand tu m'appelles Azaël.
— D'accord.
Elle retourna à son livre.
— Azaël.
— Merci.
Quelques secondes passèrent.
Puis Elia posa soudain une main sur son ventre.
Azaël le remarqua immédiatement.
— Ça va ?
— Oui.
Elle prit une respiration.
— Juste un petit tiraillement.
Azaël fronça les sourcils.
— Tu as encore mal ?
— Ce n'est rien.
— Elia.
Elle leva les yeux vers lui.
— Je vais bien.
Azaël resta silencieux.
Il avait beau être un dieu, il n'avait aucune expérience de ce genre de situation.
Et cela le rendait particulièrement méfiant.
Depuis quelque temps, le ventre d'Elia s'était suffisamment arrondi pour que sa grossesse ne puisse plus passer inaperçue. Elle se fatiguait également beaucoup plus rapidement qu'avant.
Elle avait parfois besoin de s'asseoir après quelques minutes de marche.
Certaines journées étaient plus difficiles que d'autres.
Et Azaël commençait à surveiller chacun de ses mouvements.
— Tu me regardes encore comme ça, dit Elia.
— Comme quoi ?
— Comme si j'allais me casser.
— Tu es enceinte.
— Je sais.
— Alors j'ai le droit de m'inquiéter.
Elia sourit.
— Un peu.
Elle posa une main sur son ventre.
— Il bouge beaucoup aujourd'hui.
Azaël se rapprocha légèrement.
— Vraiment ?
— Oui.
Elle prit sa main et la posa contre son ventre.
Quelques secondes passèrent.
Puis un léger mouvement se fit sentir.
Azaël ouvrit légèrement les yeux.
— Il a bougé.
Elia sourit.
— Je te l'avais dit.
Azaël resta silencieux.
Il avait affronté des armées.
Des monstres.
Des dieux.
Il avait traversé des mondes.
Mais ce simple mouvement avait quelque chose de différent.
Quelque chose qu'il ne savait pas expliquer.
Il sourit.
— Il est déjà fort.
— Tu ne peux pas savoir ça.
— C'est mon enfant.
Elia leva un sourcil.
— Et alors ?
— Je le sais.
Elle rit doucement.
— Tu es impossible.
Azaël sourit.
Mais son regard resta quelques secondes sur son ventre.
La matinée passa tranquillement.
Azaël accompagna Elia dans le domaine, puis ils déjeunèrent avec sa famille.
Le duc Valerian parlait déjà des prochaines semaines.
— Maintenant que le mariage est terminé, il faudra organiser plusieurs visites officielles.
Azaël leva les yeux de son assiette.
— Pourquoi ?
Valerian le regarda.
— Parce que tu es mon successeur.
Azaël resta silencieux.
— Mon quoi ?
Adrian, assis en face, éclata de rire.
— Tu n'étais pas au courant ?
— Non.
Valerian soupira.
— Par ton mariage avec Elia, tu es devenu duc.
— Je savais pour le titre.
Il regarda Adrian.
— Mais pas pour le reste.
Adrian haussa les épaules.
— Bienvenue dans la noblesse.
Azaël posa sa fourchette.
— Je regrette déjà.
Elia sourit.
— Trop tard.
Valerian reprit :
— Il faudra également rencontrer plusieurs familles nobles.
— Pourquoi ?
— Parce que tu es désormais l'une des personnes les plus importantes du royaume.
Azaël regarda Elia.
— Je pensais que j'avais justement réussi à éviter ça.
— Non, répondit-elle.
— Dommage.
Adrian sourit.
— Tu pourrais au moins faire semblant d'apprécier.
Azaël le fixa.
— Je suis un dieu. Faire semblant n'est pas mon fort.
Un silence tomba autour de la table.
Azaël se figea.
Elia releva lentement les yeux vers lui.
Adrian fronça les sourcils.
— Un quoi ?
Azaël se racla la gorge.
— Un... dieu pour les problèmes.
Elia détourna la tête pour cacher son sourire.
Adrian le regarda quelques secondes.
— Tu es vraiment bizarre.
— On me le dit souvent.
La conversation reprit.
Mais Elia lança à Azaël un regard qui signifiait clairement qu'ils en reparleraient plus tard.
Quelques minutes plus tard, Elia posa sa fourchette.
Elle resta silencieuse.
Azaël le remarqua.
— Encore mal ?
— Un peu.
Elena releva immédiatement les yeux.
— Elia ?
— Ça va maman.
Elle posa une main sur son ventre.
— J'ai simplement besoin de me reposer.
Valerian se leva.
— Alors repose-toi.
Elia voulut répondre, mais Azaël était déjà debout.
Il lui tendit la main.
— Viens.
Elia le regarda.
— Je peux marcher toute seule.
— Je sais.
— Alors ?
— J'ai envie de t'aider.
Elle soupira, mais prit sa main.
Adrian les regarda partir.
— Il est devenu beaucoup trop protecteur.
Elena sourit.
— Il a une bonne raison.
Adrian regarda sa sœur.
— Oui.
Puis il sourit.
— Et je suppose que je devrais commencer à m'y habituer.
Dans l'après-midi, Azaël quitta le domaine.
Il avait besoin de marcher.
Les rues de la capitale étaient animées.
Depuis son mariage, les gens le reconnaissaient de plus en plus.
Certains le saluaient.
D'autres s'écartaient simplement.
Quelques-uns murmuraient sur son passage.
Azaël n'y prêtait presque plus attention.
Il entra dans une petite librairie.
Le propriétaire le reconnut immédiatement.
— Mon duc.
Azaël soupira.
— Azaël.
— Bien sûr.
Le vieil homme sourit.
Azaël parcourut les étagères.
Il s'arrêta devant une section consacrée aux anciennes civilisations.
Plusieurs livres parlaient des dieux.
Il en prit un.
Puis un autre.
Il allait commencer à les consulter lorsqu'une voix retentit derrière lui.
— Tu cherches quelque chose ?
Azaël se retourna.
Un jeune homme se tenait à quelques mètres.
Il avait les cheveux roux et les yeux d'un rouge profond.
Il portait une tenue simple.
Aucune arme.
Aucune armure.
Mais Azaël le reconnut immédiatement.
Pas grâce à son apparence.
Grâce à sa présence.
Il referma le livre.
— Tu aurais pu choisir un endroit moins rempli d'humains.
L'homme sourit.
— Je voulais justement voir comment tu vivais parmi eux.
Azaël le fixa.
— Depuis combien de temps es-tu là ?
— Quelques minutes.
— Et tu comptes rester ?
— Je ne sais pas encore.
Azaël posa le livre.
— Qui es-tu ?
L'homme sourit davantage.
— Tu le sais déjà.
Une faible chaleur se répandit dans la pièce.
Les livres autour d'eux semblèrent soudain beaucoup plus chauds.
Azaël soupira.
— Le dieu du Feu, Vulcain.
— Enfin.
Le dieu s'approcha.
— Ça faisait longtemps, Azaël.
Le visage d'Azaël devint sérieux.
— Très longtemps.
— Tu n'as pas changé.
— Toi non plus.
Vulcain regarda autour de lui.
— Pourtant, tu as changé de monde.
— Oui.
— Tu t'es marié.
Azaël ne répondit pas.
— Et tu vas avoir un enfant.
Cette fois, Azaël releva immédiatement les yeux.
— Fais attention à ce que tu dis.
Le dieu du Feu ne sembla pas impressionné.
— Je ne suis pas venu lui faire du mal.
— Alors pourquoi es-tu venu ?
Le dieu resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— Parce que je voulais te parler avant que les autres ne prennent leur décision.
Azaël croisa les bras.
— Quelle décision ?
— Celle de savoir s'ils doivent te laisser tranquille.
Azaël eut un léger rire.
— Ils connaissent déjà la réponse.
— Certains oui.
Vulcain marqua une pause.
— D'autres ont peur.
— Ils ont toujours eu peur.
— Cette fois, c'est différent.
Azaël le regarda.
— Pourquoi ?
Le dieu s'approcha encore.
— Parce que tu n'es plus seul.
Le sourire d'Azaël disparut.
— Explique-toi.
— Pendant des milliers d'années, tu n'avais rien à perdre.
Il regarda Azaël droit dans les yeux.
— Maintenant, tu as une épouse.
Un silence.
— Une famille.
Azaël ne répondit pas.
— Et bientôt un enfant.
La température de la pièce monta légèrement.
— Tu es venu me menacer ?
— Non.
— Alors pourquoi me rappeler tout ça ?
Le dieu du Feu soupira.
— Parce que certains dieux pensent que ta famille est la raison pour laquelle ils peuvent enfin t'atteindre.
Azaël resta parfaitement immobile.
— Qu'ils essayent.
— C'est exactement ce que je voulais éviter.
Azaël fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Vulcain le regarda longuement.
— Parce que je me souviens de ce que tu étais.
Azaël ne dit rien.
— Et je sais ce qui arrivera si quelqu'un te pousse trop loin.
Un silence lourd s'installa.
Azaël finit par demander :
— Tu as peur de moi ?
Le dieu eut un léger sourire.
— Pas de toi.
Il marqua une pause.
— De ce que tu pourrais redevenir.
Azaël détourna le regard.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis le dieu du Feu reprit :
— Tu sais ce qui est étrange ?
— Quoi ?
— Tu pourrais reprendre toute ta puissance.
Azaël releva les yeux.
— Je ne la veux pas.
— Même maintenant ?
— Surtout maintenant.
Le dieu du Feu sembla surpris.
— Pourquoi ?
Azaël regarda par la fenêtre.
Au loin, on apercevait les toits du domaine.
— Parce que j'ai enfin trouvé quelque chose qui vaut plus que cette puissance.
Vulcain resta silencieux.
Puis il sourit légèrement.
— Alors c'est vrai.
— Quoi ?
— Tu as vraiment changé.
Azaël haussa les épaules.
— Peut-être.
Le dieu du Feu recula.
— Je vais te donner un conseil.
— Je t'écoute.
— Ne cherche pas les dieux.
Azaël fronça les sourcils.
— Je n'en avais pas l'intention.
— Tant mieux.
Le dieu se dirigea vers la sortie.
Avant de franchir la porte, il s'arrêta.
— Mais s'ils viennent à toi...
Il se retourna.
— Ne leur laisse aucune chance.
Azaël le regarda.
— Je comptais déjà faire ça.
Le dieu du Feu sourit.
— Alors nous sommes d'accord.
Une seconde plus tard, il disparut.
La chaleur retomba immédiatement.
La boutique retrouva son calme.
Le libraire, qui n'avait rien compris à la conversation, regarda Azaël avec perplexité.
— C'était un ami ?
Azaël réfléchit.
— Mon vieil ami, le dieu du Feu, Vulcain.
Le libraire cligna des yeux.
— Ah.
Azaël regarda la porte.
— Enfin... un vieil ami.
Lorsqu'il rentra au domaine, la nuit était déjà tombée.
Elia l'attendait dans le salon.
Elle était installée dans un fauteuil, une main posée sur son ventre.
Azaël remarqua immédiatement son expression fatiguée.
— Tu vas bien ?
— Oui.
Il s'approcha.
— Tu es sûre ?
— J'ai simplement eu une journée difficile.
Azaël s'agenouilla devant elle.
— Tu as mal ?
— Un peu.
— Depuis longtemps ?
— Quelques heures.
Azaël fronça les sourcils.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Elia soupira.
— Parce que je savais que tu allais t'inquiéter.
— J'aurais préféré le savoir.
Elle sourit légèrement.
— Je sais.
Azaël posa doucement une main sur son ventre.
— Et lui ?
Elia eut un petit sourire.
— Il va bien.
— Comment tu le sais ?
— Parce qu'il n'arrête pas de bouger.
Azaël resta silencieux.
Puis il sentit un mouvement sous sa main.
Son visage s'adoucit immédiatement.
— Il est vraiment actif.
— Oui.
Elle posa sa main sur la sienne.
— Mais toi, tu as l'air préoccupé.
Azaël hésita.
— J'ai parlé à quelqu'un.
Elia se redressa légèrement.
— Qui ?
Azaël hésita.
Puis il répondit :
— Un dieu.
Elle resta silencieuse.
Depuis qu'il lui avait révélé sa véritable identité, elle savait que ce jour finirait par arriver.
— Lequel ?
— Le dieu du feu, Vulcain.
Elia le regarda attentivement.
— Il est venu pour quoi ?
Azaël s'assit près d'elle.
— Me prévenir.
— De quoi ?
Azaël réfléchit.
— Les autres dieux commencent à bouger.
Elia posa son livre.
— À cause de toi ?
— Probablement.
Elle resta silencieuse.
Puis elle posa une main sur son ventre.
— Et notre enfant ?
Azaël regarda sa main.
Son expression devint sérieuse.
— C'est justement ce qui les intéresse.
Elia baissa les yeux.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas encore.
Azaël se leva et vint s'asseoir près d'elle.
— Mais je vais le découvrir.
Elia le regarda.
— Et si la réponse ne te plaît pas ?
Azaël eut un léger sourire.
— Alors je changerai la réponse.
Elia secoua doucement la tête.
— Tu dis ça comme si c'était simple.
— Ça l'est .
Il posa sa main sur la sienne.
— Mais ne t’en fais pas je suis là.
Elle sourit.
— C'est tout ce que je voulais entendre.
Azaël regarda le feu dans la cheminée.
Pour une fois, il ne ressentait pas une présence.
Aucun dieu ne l'observait.
Aucune énergie inconnue ne se rapprochait.
Le silence était complet.
Mais quelque part, très loin de là, une flamme venait de s'allumer dans un temple abandonné.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Et une voix murmura :
— Il a parlé au Dieu du Feu.
Une autre répondit :
— Alors il sait.
— Non.
Un silence.
— Il sait seulement que nous sommes revenus.
Les flammes s'élevèrent.
— Il ne sait pas encore pourquoi.