Chapitre 30
Chapitre 30
Le lendemain matin, le domaine était loin d'être calme.
La fête n'était pas réellement terminée.
Depuis l'aube, les domestiques couraient dans tous les sens pour préparer une nouvelle journée de célébration. Les tables avaient été déplacées dans le grand jardin, de nouvelles décorations avaient été installées et plusieurs musiciens étaient déjà arrivés.
Après tout, le mariage d'une fille du duc n'était pas quelque chose que l'on célébrait pendant quelques heures seulement.
Et celui d'Elia encore moins.
Azaël ouvrit les yeux.
Il resta quelques secondes immobile.
Puis il regarda autour de lui.
La chambre était baignée par la lumière du matin.
À côté de lui, Elia dormait encore.
Azaël resta silencieux.
La veille lui semblait presque irréelle.
Le mariage.
La confrontation.
Le temps arrêté.
La vérité qu'il lui avait enfin révélée.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
Elia ouvrit les yeux.
— Tu me regardes depuis longtemps ?
— Non.
— Menteur.
Azaël sourit.
— Tu as bien dormi ?
— Oui.
Elle s'étira légèrement avant de s'asseoir.
Puis son regard changea.
Elle repensa immédiatement à leur conversation de la veille.
— Alors...
Azaël comprit.
— Oui ?
— Tu es vraiment un dieu.
— Oui.
— Et le Dieu du Chaos.
— Oui.
Elia secoua lentement la tête.
— J'ai encore du mal à m'y faire.
— Tu t'y habitueras.
— Je ne suis pas certaine que ce soit le genre de chose auquel on s'habitue.
Azaël réfléchit.
— C'est possible.
Elle le regarda.
— Et pourtant, hier encore, tu ne savais même pas tenir une hache.
— Je sais tenir une hache.
— Tu la tenais à l'envers.
Azaël soupira.
— C'était une erreur.
Elia sourit.
Un bruit provenant du couloir les interrompit.
Quelqu'un frappa à la porte.
— Entrez.
La porte s'ouvrit.
Adrian apparut.
— Vous êtes réveillés ?
Il regarda Azaël.
Puis Elia.
— Parfait. Le petit déjeuner est prêt.
Elia se leva.
— Déjà ?
— Depuis longtemps.
Adrian hésita.
— Et... le roi arrive dans moins d'une heure.
Azaël releva les yeux.
— Le roi ?
— Oui.
Elia fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Pour vous féliciter, j'imagine.
Puis il ajouta :
— Et probablement pour voir l'homme qui a réussi à arrêter une attaque capable de détruire une partie du royaume.
Azaël soupira.
— Je pensais qu'on avait oublié cette histoire.
Adrian éclata de rire.
— Tu rêves.
Une heure plus tard, le domaine était rempli de monde.
Des nobles étaient arrivés de plusieurs régions.
Des représentants de familles importantes discutaient dans le jardin.
Des musiciens jouaient près de la fontaine.
Les domestiques servaient des plats et des boissons.
Des enfants couraient entre les tables pendant que leurs parents tentaient de les rattraper.
L'ambiance était beaucoup plus légère que la veille.
Azaël observait la scène depuis l'une des terrasses.
Elia se tenait à côté de lui.
— Tu n'aimes pas les fêtes ?
— Je ne sais pas.
— Tu as l'air de vouloir t'enfuir.
— Je réfléchis à mes options.
Elle sourit.
— Tu es marié depuis moins d'un jour et tu veux déjà t'enfuir ?
— Pas de la fête.
Il regarda autour de lui.
— De toutes les personnes.
Elia rit doucement.
Azaël allait répondre lorsqu'un son de trompette retentit.
Les conversations cessèrent progressivement.
Plusieurs gardes traversèrent l'entrée du jardin.
Puis une voix annonça :
— Sa Majesté le roi !
Le roi entra accompagné de quelques gardes et conseillers.
Il n'était pas vêtu comme pour une réunion officielle.
Aujourd'hui, il avait abandonné une partie de ses habits royaux habituels pour quelque chose de plus simple.
Il avançait pourtant avec la même assurance.
Lorsqu'il aperçut Elia, son expression devint plus chaleureuse.
— Duchesse Elia.
Elle s'inclina légèrement.
— Votre Majesté.
Le roi sourit.
— Je suis venu vous féliciter personnellement.
Il regarda ensuite Azaël.
Un silence passa.
Puis le roi s'inclina légèrement.
— Et vous aussi, duc Azaël.
Azaël resta un instant surpris.
Puis il répondit simplement :
— Votre Majesté.
Le roi eut un léger sourire.
— Je dois reconnaître que votre mariage aura fait parler de lui.
Azaël soupira.
— Je m'en doute.
Le roi eut un léger rire.
— Vous êtes devenu célèbre malgré vous.
— Ce n'était pas mon objectif.
— Je sais.
Le roi regarda Elia.
— Votre fille est heureuse, duc Valerian.
Valerian, qui venait d'arriver derrière eux, hocha la tête.
— Elle l'est.
Le roi sourit.
— Alors je n'ai rien de plus à demander.
Il se tourna vers Azaël.
— Je vous dois également des excuses.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
— Pour quoi ?
— Pour avoir autrefois permis que certaines personnes de mon royaume vous considèrent comme une menace avant même de vous connaître.
Azaël resta silencieux.
— Vous avez sauvé des centaines de vies.
Le roi marqua une pause.
— Et pourtant, je ne vous avais jamais remercié correctement.
Azaël haussa les épaules.
— Ce n'était pas nécessaire.
Le roi le regarda quelques secondes.
— Vous êtes décidément un homme étrange.
Elia intervint :
— Vous n'êtes pas le premier à le dire.
Azaël tourna les yeux vers elle.
— Merci pour ton soutien.
Elle sourit.
Le roi rit.
L'atmosphère se détendit immédiatement.
Plus tard dans la journée, la fête battait son plein.
Adrian avait déjà commencé à raconter à plusieurs nobles comment Azaël avait presque détruit la salle d'entraînement avec une simple démonstration de force.
— Tu exagères, dit Azaël.
— À peine.
— Tu racontes n'importe quoi.
— Je raconte une histoire intéressante.
Elia les regardait depuis quelques mètres.
Elle souriait.
Pour la première fois depuis longtemps, elle voyait sa famille réunie sans tension.
Son père discutait avec le roi.
Sa mère parlait avec plusieurs nobles.
Adrian riait avec des amis.
Et Azaël était là.
À ses côtés.
Tout semblait parfait.
Puis quelqu'un entra dans le jardin.
Un homme.
Il devait avoir un peu plus de vingt ans.
Il portait des vêtements nobles, élégants, mais son visage était fermé.
Il s'arrêta quelques secondes à l'entrée.
Ses yeux parcoururent la foule.
Puis ils se posèrent sur Elia.
Son expression changea.
Elia, elle aussi, venait de le voir.
Son sourire disparut.
Azaël remarqua immédiatement son changement.
— Tu le connais ?
Elia resta silencieuse.
L'homme s'approcha.
Il s'arrêta devant elle.
— Elia.
Elle inspira lentement.
— Lucius.
Le jeune homme esquissa un sourire.
— Alors tu es vraiment devenue duchesse.
Elia le regarda froidement.
— Ce n'est pas nouveau. Tu savais qui j'étais.
— Oui.
Son regard descendit brièvement vers sa tenue.
— Mais je ne pensais pas te revoir comme ça.
Elia fronça les sourcils.
— Comme ça ?
— Mariée.
Il eut un petit rire.
— Et enceinte.
Plusieurs personnes autour d'eux commencèrent à écouter discrètement.
Azaël ne bougea pas.
Lucius continua :
— Dire que tu avais quitté ta famille parce que tu refusais qu'on décide de ta vie à ta place.
Il regarda Azaël.
— Et finalement, tu t'es mariée dès que tu as trouvé quelqu'un qui voulait bien de toi.
Le sourire d'Elia disparut complètement.
Azaël tourna lentement la tête vers Lucius.
— Fais attention à ce que tu dis.
Lucius l'ignora.
— Tu sais ce qui est amusant, Elia ?
Elle ne répondit pas.
— Pendant des années, ta famille a essayé de préserver ton avenir.
Il marqua une pause.
— Et toi, tu as tout abandonné pour vivre comme une inconnue.
Elia serra les poings.
— J'ai fait mon choix.
— Oui.
Lucius eut un sourire froid.
— Et maintenant, tu as épousé un homme dont tu ne connaissais même pas l'origine il y a quelques mois.
Il regarda Azaël.
— Un homme sorti de nulle part.
Azaël resta parfaitement calme.
— Tu as fini ?
Lucius sourit.
— Pas encore.
Il regarda Elia.
— Tu méritais mieux.
Cette fois, Azaël fit un pas en avant.
Elia posa une main sur son bras.
— Azaël.
Il s'arrêta.
Lucius eut un léger rire.
— Quoi ? Tu dois encore la protéger ?
Azaël le fixa.
— Je n'ai pas besoin de la protéger de toi.
— Alors pourquoi tu interviens ?
— Parce que tu l'humilies devant sa famille.
Lucius haussa les épaules.
— Je dis simplement la vérité.
Elia regarda son ancien fiancé.
— Tu n'as jamais voulu savoir ce que je voulais.
Lucius se tut.
— Tu voulais seulement épouser la fille du duc.
Elle marqua une pause.
— Pas moi.
Un silence tomba autour d'eux.
Lucius serra la mâchoire.
— Tu crois vraiment que cet homme t'aime ?
Azaël répondit avant Elia.
— Oui.
Lucius le fixa.
— Tu ne sais rien de notre histoire.
— Je n'en ai pas besoin.
Azaël s'avança.
— Je sais seulement qu'elle est heureuse aujourd'hui.
Lucius regarda autour de lui.
Plusieurs nobles observaient maintenant la scène.
Son visage se crispa.
— Tu veux jouer au héros devant tout le monde ?
Azaël soupira.
— Non.
Il regarda Lucius.
— Mais si tu veux vraiment vérifier lequel de nous deux est le plus capable de protéger son honneur...
Il désigna l'espace libre au centre du jardin.
— Viens.
Lucius resta silencieux.
— Tu me provoques en duel ?
— Oui.
Quelques murmures parcoururent l'assemblée.
Adrian ouvrit de grands yeux.
— Azaël...
Le roi, lui, observait la scène avec attention.
Lucius finit par sourire.
— Très bien.
Il se tourna vers l'un des gardes.
— Donnez-moi une épée.
Un garde hésita.
Le roi leva simplement la main.
— Donnez-lui.
Le garde s'exécuta.
Lucius prit l'épée et s'avança vers le centre du jardin.
Il se plaça en garde.
Azaël, lui, resta immobile.
Sans arme.
Lucius fronça les sourcils.
— Tu ne prends rien ?
— Non.
— Tu es sûr ?
— Oui.
Lucius sourit.
— Tu vas le regretter.
Azaël regarda Elia une dernière fois.
Elle semblait inquiète.
Il lui adressa simplement un signe de tête.
Puis il se retourna.
— Vas-y.
Lucius fonça.
Son épée fendit l'air.
Azaël se décala simplement.
La lame passa à côté de lui.
Lucius pivota et attaqua de nouveau.
Azaël esquiva.
Encore.
Puis encore.
Les attaques s'enchaînèrent rapidement.
Mais aucune ne toucha sa cible.
Lucius commença à perdre patience.
— Arrête de fuir !
Azaël répondit calmement :
— Je ne fuis pas.
Lucius attaqua de nouveau.
Azaël entra dans sa garde.
Son poing frappa Lucius en plein nez.
Le jeune homme recula de plusieurs mètres.
Il tenta de rester debout.
Azaël avançait déjà.
— Premier.
Lucius releva son épée.
Il attaqua avec colère.
Azaël esquiva.
Son poing frappa cette fois son épaule.
Lucius chancela.
— Deuxième.
Il tenta encore.
Azaël se décala.
Un coup au ventre.
Lucius plia légèrement les genoux.
— Troisième.
Les murmures avaient complètement cessé.
Tout le monde regardait.
Lucius serra les dents et tenta une dernière attaque.
Azaël arrêta son poignet à mains nues.
La lame s'immobilisa.
Lucius tira de toutes ses forces.
Rien.
Azaël le regarda.
— Tu devrais t'arrêter.
— Jamais.
Azaël soupira.
Puis il le frappa une nouvelle fois.
Lucius tomba lourdement au sol.
Son épée glissa hors de sa main.
Il tenta de se relever.
Ses bras tremblaient.
Il réussit à se redresser sur un genou.
Azaël s'approcha.
— Tu voulais me prouver quelque chose ?
Lucius leva les yeux.
— Je...
Il n'eut pas le temps de terminer.
Azaël lui donna un dernier coup.
Lucius s'effondra et ne bougea plus.
Un silence total tomba sur le jardin.
Plusieurs gardes s'approchèrent immédiatement.
L'un d'eux s'agenouilla près de Lucius.
— Il est inconscient.
Un autre vérifia rapidement son état.
— Il respire.
Le médecin du domaine arriva quelques secondes plus tard.
Après un bref examen, son expression devint grave.
— Il est vivant, mais il faudra l'emmener immédiatement.
Azaël resta immobile.
Le médecin ajouta :
— Il ne pourra probablement pas se relever avant un moment.
Adrian regarda Azaël.
— Tu l'as vraiment mis KO.
Azaël haussa les épaules.
— Il l'a cherché.
Elia s'approcha.
Elle regarda Lucius être emporté par les gardes.
Puis elle se tourna vers Azaël.
— Tu aurais pu t'arrêter avant.
— Oui.
— Alors pourquoi tu ne l'as pas fait ?
Azaël regarda Elia.
— Parce qu'il ne comprenait pas les mots.
Elle soupira.
— Tu es vraiment impossible.
— Je sais.
Elle prit sa main.
— Viens.
Azaël la suivit.
Mais avant de quitter le jardin, il regarda une dernière fois dans la direction où Lucius venait d'être emporté.
Il n'avait utilisé aucune magie.
Aucun pouvoir divin.
Seulement sa force.
Et pourtant, tout le monde venait de comprendre une chose.
Azaël n'était pas simplement fort.
Il était hors de portée de ceux qui pensaient pouvoir le défier.
Le roi, qui avait observé le duel en silence, échangea un regard avec le duc Valerian.
— Je crois que nous avons définitivement compris une chose.
Valerian fronça les sourcils.
— Laquelle ?
Le roi regarda Azaël s'éloigner avec Elia.
— Il vaut mieux l'avoir parmi nos alliés.
Puis il regarda les portes du domaine.
— Et surtout, ne jamais lui donner une raison de devenir notre ennemi.
Au même moment, Azaël s'arrêta.
Une présence venait de traverser son esprit.
Lointaine.
Ancienne.
Il leva les yeux vers le ciel.
Les dieux avaient commencé à bouger.
Et cette fois, il savait qu'ils ne resteraient probablement pas silencieux très longtemps.