Chapitre 2
Azaël resta quelques secondes face à Elia, sans vraiment savoir quoi faire. Elle, en revanche, semblait parfaitement à l’aise. Elle ramassa les fleurs qu’elle avait laissées tomber au bord de la rivière, puis se releva.
— Tu comptes rester planté là toute la journée ?
Azaël regarda autour de lui.
— Je pourrais.
— Je m’en doutais.
Elle passa près de lui avant de s’arrêter.
— Tu viens d’où ?
La question était simple.
Pourtant, Azaël hésita.
Il ne pouvait évidemment pas lui répondre qu’il venait d’un autre monde. Encore moins qu’il était un dieu.
— De loin.
Elia le fixa.
— C’est tout ?
— C’est déjà pas mal.
Elle soupira.
— T’es vraiment bizarre.
Azaël sourit.
— Tu me l’as déjà dit.
Elia secoua la tête, amusée, puis commença à marcher le long de la rivière.
— Tu vas rester ici ?
— Je ne sais pas.
— Alors viens.
Azaël arqua un sourcil.
— Où ça ?
— Chez moi.
Il resta silencieux.
— Pourquoi ?
Elia se retourna.
— Parce que tu as l’air de quelqu’un qui ne sait absolument pas où aller.
Azaël ne trouva rien à répondre.
Elle avait raison.
Il la suivit.
Ils marchèrent pendant près d’une heure avant que la forêt ne commence à s’éclaircir. Les arbres laissèrent progressivement place à de grandes étendues d’herbe, puis à quelques champs.
Azaël observa les alentours avec attention.
Des maisons en bois apparaissaient au loin. De la fumée s’élevait de plusieurs cheminées. Il pouvait entendre des voix, des enfants courir, des animaux.
Un village.
Azaël ralentit.
— C’est ici que tu vis ?
— Oui.
— Combien de personnes habitent ici ?
Elia réfléchit.
— Je ne sais pas. Quelques centaines, peut-être.
Azaël hocha la tête.
Il avait connu des cités comptant des millions d'habitants.
Pourtant, ce petit village lui semblait étrangement vivant.
Un homme passa près d’eux avec une charrette.
— Elia !
Elle lui fit signe.
— Bonjour, monsieur Kael !
L’homme regarda Azaël.
— Un ami ?
Elia hésita.
— On peut dire ça.
Azaël leva légèrement la main.
— Enchanté.
Kael lui adressa un regard méfiant avant de continuer son chemin.
Elia reprit sa marche.
— Il est toujours comme ça.
— Méfiant ?
— Il n’aime pas les étrangers.
Azaël regarda derrière lui.
— Je comprends.
— Tu ne vas pas le prendre mal ?
— Non.
Il marqua une pause.
— J’aurais probablement fait pareil.
Elia le regarda avec étonnement.
— Tu sais être raisonnable, finalement.
— Parfois.
Ils arrivèrent devant une petite maison située à l’écart du village.
Elia posa les fleurs sur une table extérieure.
— Voilà.
Azaël observa la maison.
Elle était simple.
Deux petites fenêtres. Un toit légèrement abîmé. Quelques morceaux de bois empilés contre le mur.
Rien d’extraordinaire.
Et pourtant, quelque chose dans cet endroit lui plaisait.
Elia ouvrit la porte.
— Entre.
Azaël hésita.
Puis il franchit le seuil.
L’intérieur était encore plus simple.
Une table, quelques chaises, une cheminée et plusieurs étagères remplies de livres.
Azaël s’approcha immédiatement.
— Tu lis beaucoup ?
— Quand j’ai le temps.
Il prit un livre.
Le titre lui était inconnu.
Il ouvrit quelques pages.
L’écriture était différente de celle de son monde.
— Tu connais ces histoires ?
— La plupart.
Elia posa les fleurs dans un vase.
— Pourquoi ?
— Parce que j’aime savoir comment les autres pensent.
Azaël la regarda.
Cette réponse lui plut.
— Intéressant.
Elia se tourna vers lui.
— Tu vas continuer à analyser tout ce que je dis ?
— Peut-être.
— Tu es agaçant.
— On me l’a déjà dit aussi.
Elle sourit malgré elle.
Puis son regard se posa sur ses vêtements couverts de poussière.
— Tu dois avoir faim.
Le ventre d’Azaël répondit à sa place.
Un bruit particulièrement embarrassant résonna dans la pièce.
Elia éclata de rire.
Azaël ferma les yeux.
— Je déteste cette planète.
— Pourtant, tu viens d’arriver.
— Justement.
Elle continua de rire en se dirigeant vers la cuisine.
— Assieds-toi. Je vais te préparer quelque chose.
Azaël s’installa.
Il regarda Elia cuisiner.
Pendant plusieurs minutes, il ne dit rien.
Il l’observait simplement.
La façon dont elle coupait les légumes. La manière dont elle goûtait la nourriture. Les petits gestes qu’elle faisait sans même y penser.
Des choses insignifiantes.
Des choses qu’il avait vues des milliards de fois chez les humains.
Mais cette fois, il les regardait autrement.
Peut-être parce qu’il n’était plus seulement un spectateur.
Le repas fut servi un peu plus tard.
Une soupe chaude, du pain et quelques légumes.
Azaël fixa son assiette.
Elia s’assit en face de lui.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu regardes ton assiette depuis trente secondes.
— Je me demandais si je devais vraiment manger.
Elia fronça les sourcils.
— Évidemment.
Azaël prit une cuillère.
Il goûta.
Son expression changea légèrement.
Elia le remarqua.
— Alors ?
Azaël reprit une cuillère.
Puis une autre.
— C’est bon.
— Seulement bon ?
Il continua de manger.
— Très bon.
Elia sourit.
— Voilà qui est mieux.
Azaël ne répondit pas.
Il mangea jusqu’à terminer son assiette.
Puis il resta silencieux quelques secondes.
Il venait de découvrir quelque chose d’étrange.
La nourriture n’avait rien d’exceptionnel.
Elle n’était même pas particulièrement raffinée.
Mais il avait aimé ça.
Pas pour son goût.
Pour ce que cela représentait.
Quelqu’un avait préparé ce repas pour lui.
Et cette pensée lui était totalement étrangère.
Elia débarrassa la table.
— Tu peux dormir ici cette nuit, si tu veux.
Azaël releva la tête.
— Pourquoi ?
Elle haussa les épaules.
— Parce que je ne vais pas te laisser dormir dans la forêt.
— Je pourrais survivre.
— J’en doute.
Azaël sourit.
— Tu ne me connais même pas.
Elia s’arrêta.
Elle le regarda quelques secondes.
— C’est vrai.
Puis elle reprit calmement :
— Mais j’ai l’impression que tu n’es pas quelqu’un de mauvais.
Azaël ne répondit pas.
Elia disparut dans la pièce voisine.
Quelques secondes plus tard, il entendit sa voix.
— Et évite de casser quelque chose cette fois.
— Je ne promets rien.
Elle rit.
Azaël regarda la pièce autour de lui.
La petite maison.
La cheminée.
Les livres.
Le vase de fleurs.
Pour la première fois depuis très longtemps, il n’avait aucune envie de repartir.
Il s’approcha de la fenêtre.
La nuit était tombée.
Les étoiles brillaient au-dessus du village.
Il les regarda longuement.
Elles étaient les mêmes.
Mais ce soir-là, elles lui semblaient différentes.
Azaël posa une main contre la fenêtre.
— Peut-être que je vais rester un peu.
Dans la pièce voisine, Elia sourit sans qu’il puisse la voir.
— Bonne idée.