Chapitre 23
Chapitre 23
Le portail se referma lentement derrière eux.
Elia resta quelques secondes immobile.
Elle regardait la demeure devant elle sans dire un mot.
Azaël, lui, observait les alentours.
Le domaine était immense.
Bien plus grand que tout ce qu'il avait connu depuis son arrivée dans ce monde.
De longues allées traversaient les jardins parfaitement entretenus. Des domestiques circulaient entre les bâtiments. Plus loin, plusieurs gardes montaient la surveillance autour de la propriété.
Tout indiquait que les habitants de cette demeure appartenaient à une famille importante.
Très importante.
Adrian, lui, n'avait toujours pas quitté Elia des yeux.
— Je n'arrive toujours pas à croire que tu sois là.
Elia sourit faiblement.
— Moi non plus.
Il s'approcha d'elle.
— Tu vas bien ?
— Oui.
— Tu es sûre ?
— Oui, Adrian.
Il sembla soulagé.
Puis il la regarda encore quelques secondes.
— Tu as tellement changé.
Elia eut un petit rire.
— Toi aussi.
— Je ne suis pas parti pendant des années sans donner de nouvelles.
Le sourire d'Elia disparut légèrement.
— Je sais.
Adrian baissa les yeux.
— Je ne t'en veux pas.
Elle releva la tête.
— Vraiment ?
— J'ai voulu te retrouver.
Elia resta silencieuse.
— Mais père ne voulait pas que je parte à ta recherche.
— Pourquoi ?
— Il disait que tu avais fait ton choix.
Adrian serra légèrement les poings.
— Je n'étais pas d'accord avec lui.
Elia ne répondit pas.
Azaël, qui était resté légèrement en retrait, observait leur échange sans intervenir.
Il comprenait maintenant pourquoi Elia avait eu autant de mal à parler de sa famille.
Ce n'était pas simplement son père.
Il y avait aussi des souvenirs heureux.
Des personnes qu'elle avait aimées.
Et des choses qu'elle avait dû abandonner pour pouvoir être libre.
Adrian finit par remarquer qu'Azaël était toujours là.
— Pardonne-moi.
Il se tourna vers lui.
— Je ne t'ai même pas vraiment parlé depuis votre arrivée.
Azaël haussa légèrement les épaules.
— Ce n'est pas grave.
Adrian lui tendit la main.
— Merci d'avoir accompagné ma sœur.
Azaël la serra.
— C'était normal.
Adrian lui adressa un sourire avant de reporter immédiatement son attention sur Elia.
— Tu dois avoir beaucoup de choses à raconter.
— Oui.
— Alors viens.
Il se tourna vers la demeure.
— Mère sera heureuse de te revoir.
Elia inspira profondément.
— Et père ?
Adrian s'arrêta.
Son expression changea légèrement.
— Il est dans son bureau.
— Il sait que je suis là ?
— Pas encore.
Elia resta silencieuse.
Adrian la regarda.
— Tu veux que je lui annonce ?
Elle hésita.
— Non.
— Pourquoi ?
— Je veux le faire moi-même.
Adrian acquiesça.
— D'accord.
Ils commencèrent à avancer.
Azaël suivit Elia.
À mesure qu'ils approchaient de la demeure, elle devenait de plus en plus silencieuse.
Azaël remarqua qu'elle serrait parfois les doigts.
— Tu stresses.
Elle tourna légèrement la tête.
— Un peu.
— Tu veux qu'on reparte ?
Elle secoua immédiatement la tête.
— Non.
Puis elle regarda la porte principale.
— J'ai fui cette maison pendant des années.
Elle inspira.
— Je ne veux pas laisser la peur décider pour moi une deuxième fois.
Azaël acquiesça.
— Alors avance.
Elia lui adressa un petit sourire.
Ils entrèrent.
À l'intérieur, rien n'avait réellement changé.
Les grands couloirs.
Les tableaux.
Les statues.
Les meubles anciens.
Tout semblait exactement comme dans ses souvenirs.
Elia avançait lentement.
Chaque pièce lui rappelait quelque chose.
Elle passa devant un escalier.
Elle se souvenait de l'avoir descendu en courant lorsqu'elle était enfant.
Plus loin, une porte lui rappela les nombreuses heures passées à étudier.
Elle s'arrêta devant une grande fenêtre.
Dehors se trouvait le jardin où elle avait passé une grande partie de son enfance avec Adrian.
— Tu te souviens ?
Adrian sourit.
— De quoi ?
— Du vieux chêne.
Il rit.
— Celui que tu voulais absolument escalader ?
— Oui.
— Tu étais tombée.
— Parce que tu m'avais poussée.
— Je t'avais simplement dit d'arrêter de monter.
— Et tu m'as poussée.
— Ce n'était pas volontaire.
Elia sourit.
Pendant quelques secondes, elle retrouva presque la jeune fille qu'elle avait été autrefois.
Puis elle sentit une présence derrière elle.
Une femme venait d'apparaître au bout du couloir.
Elle s'arrêta.
Son visage devint immédiatement immobile.
Elia ne bougea plus.
Adrian se retourna.
— Mère.
La femme regarda son fils.
Puis son regard se posa sur Elia.
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Elia...
Elia sentit sa gorge se serrer.
— Bonjour, maman.
La femme porta une main à sa bouche.
Elle descendit rapidement les quelques marches qui les séparaient.
Puis elle s'arrêta juste devant sa fille.
Elle semblait avoir peur de la toucher.
Comme si Elia pouvait disparaître une seconde fois.
— C'est vraiment toi ?
Elia hocha la tête.
— Oui.
Sa mère la prit finalement dans ses bras.
Elia resta immobile une seconde.
Puis elle lui rendit son étreinte.
Elle n'avait pas prévu de pleurer.
Pourtant, quelques larmes coulèrent sur son visage.
— Tu es revenue...
— Oui.
— Après toutes ces années...
— Je suis désolée.
Sa mère recula légèrement.
— Ne dis pas ça.
Elle posa ses mains sur le visage d'Elia.
— Tu es vivante. C'est tout ce qui compte.
Adrian détourna légèrement les yeux.
Il semblait lui aussi lutter contre ses émotions.
Azaël observait la scène en silence.
Il comprenait maintenant quelque chose.
Elia n'avait pas fui parce qu'elle détestait toute sa famille.
Elle avait fui parce qu'elle voulait choisir sa propre vie.
La mère d'Elia finit par remarquer Azaël.
Elle le regarda quelques secondes.
— Et lui ?
Elia se tourna vers Azaël.
— C'est Azaël.
— Ton ami ?
Elia hésita.
Puis sourit.
— Plus que ça.
Sa mère sembla comprendre.
Elle regarda Azaël avec attention.
— Je vois.
Azaël inclina légèrement la tête.
— Madame.
— Appelez-moi simplement Elena.
— D'accord.
Elena regarda sa fille.
— Tu dois avoir beaucoup de choses à nous raconter.
Elia acquiesça.
— Oui.
Elle regarda brièvement son ventre.
Sa main se posa dessus.
Elena remarqua le geste.
Son expression changea.
— Elia...
Elia releva les yeux.
Elle savait qu'elle devait bientôt le dire.
Mais pas ici.
Pas devant tout le monde.
— On en parlera plus tard.
Elena observa sa fille quelques secondes.
Puis elle acquiesça.
— Très bien.
Plus tard dans l'après-midi, Adrian emmena Elia dans une ancienne pièce où ils avaient l'habitude de jouer lorsqu'ils étaient enfants.
Azaël resta avec Elena dans une autre partie de la demeure.
Pour la première fois depuis leur arrivée, Elia et Adrian étaient seuls.
Adrian s'assit sur un fauteuil.
— Alors ?
Elia s'installa en face de lui.
— Alors quoi ?
— Où étais-tu pendant tout ce temps ?
Elle lui raconta une partie de son histoire.
Le village.
Sa rencontre avec Azaël.
La vie qu'elle avait construite.
Elle ne parla pas encore de tout.
Mais Adrian l'écoutait attentivement.
Il souriait lorsqu'elle racontait les moments heureux.
Il fronçait les sourcils lorsqu'elle évoquait les difficultés.
Puis il posa une question.
— Tu es heureuse ?
Elia répondit sans hésiter.
— Oui.
Adrian sourit.
— Alors ça me suffit.
Elle le regarda.
— Tu ne veux pas savoir pourquoi je suis revenue ?
— Si.
Il marqua une pause.
— Mais je peux attendre.
Elia baissa les yeux.
— Je vais avoir un enfant.
Adrian resta silencieux.
Ses yeux s'agrandirent légèrement.
— Quoi ?
Elia sourit nerveusement.
— Je suis enceinte.
Un sourire apparut lentement sur le visage de son frère.
— Tu vas être maman...
— Oui.
Adrian se leva.
Il semblait réellement heureux.
— Père va devenir fou.
Elia éclata de rire malgré elle.
— Je sais.
— Mais...
Il s'arrêta.
— Il ne te fera rien.
Elia le regarda.
— Tu en es certain ?
— Non.
Il sourit.
— Mais je serai là.
Elia resta silencieuse.
Puis elle se leva et le prit dans ses bras.
— Tu m'as manqué.
Adrian la serra contre lui.
— Toi aussi.
Pendant ce temps, dans le grand salon, Azaël discutait avec Elena.
Elle lui posait des questions sur leur vie au village.
Il répondait simplement.
Puis des bruits de pas retentirent dans le couloir.
Un homme apparut.
Grand.
Vêtu d'une tenue noble sombre.
Son regard était sérieux.
Les domestiques présents dans la pièce se redressèrent immédiatement.
Elena se retourna.
— Tu es rentré.
L'homme ne répondit pas.
Son regard venait de se poser sur Azaël.
Puis sur la porte derrière laquelle Elia avait disparu.
— Qui est cet homme ?
Azaël se leva.
Elena resta silencieuse.
Puis elle répondit :
— Son compagnon.
Le regard de l'homme devint plus dur.
Il observa Azaël quelques secondes.
— Je suis le duc de Valerian.
Azaël resta parfaitement calme.
— Azaël.
Le duc ne répondit pas.
Il avait encore beaucoup de questions.
Mais aucune des personnes présentes dans cette pièce ne savait encore que l'homme assis devant lui était précisément celui dont tout le royaume parlait depuis plusieurs semaines.
Le héros qui avait sauvé une ville entière.
Celui qui avait ensuite affronté le prince héritier.
Celui qui lui avait fait perdre son bras.
Le duc ignorait encore tout cela.
Et lorsqu'il l'apprendrait, son regard sur Azaël changerait complètement.