Chapitre 22
Chapitre 22
Le lendemain matin, le village était encore plongé dans le calme lorsque Azaël et Elia quittèrent leur maison.
Deux sacs étaient posés sur leurs épaules.
Ils avaient prévu suffisamment de nourriture pour plusieurs jours, ainsi que quelques affaires supplémentaires au cas où leur séjour chez la famille d’Elia durerait plus longtemps que prévu.
Avant de partir, Elia s'arrêta devant la maison.
Elle regarda une dernière fois les murs, la fenêtre, puis la vieille chaise qu'Azaël avait réparée quelques semaines auparavant.
— Tu vas me manquer, murmura-t-elle.
Azaël la regarda.
— Tu parles de la maison ?
— Évidemment.
— Je pensais que tu parlais de la chaise.
Elia lui lança un regard.
— Elle aussi.
Azaël sourit.
Ils prirent ensuite le chemin qui quittait le village.
Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne parla.
Elia regardait régulièrement derrière elle.
— Tu veux encore faire demi-tour ?
— Non.
— Alors pourquoi tu regardes ?
Elle réfléchit.
— Je crois que j'essaie de réaliser que je suis vraiment en train d'y retourner.
Azaël continua de marcher.
— Tu n'es pas obligée de te forcer.
— Je sais.
Elle regarda devant elle.
— Mais je veux le faire.
Ils poursuivirent leur route.
La première journée fut relativement calme.
Ils traversèrent plusieurs petits villages, puis une vaste plaine où les routes devenaient de moins en moins fréquentées.
Elia connaissait encore une partie du chemin.
À plusieurs reprises, elle indiqua à Azaël quelle direction prendre.
— Tu te souviens vraiment de tout ?
— De presque tout.
— Même après toutes ces années ?
— Certaines choses restent.
Elle marqua une pause.
— Surtout celles qu'on aimerait oublier.
Azaël ne répondit pas.
Ils continuèrent à avancer.
En fin d'après-midi, ils s'arrêtèrent près d'un petit ruisseau.
Elia semblait plus fatiguée que d'habitude.
Azaël posa leurs affaires.
— Repose-toi.
— Je vais bien.
— Tu viens de marcher toute la journée.
— Je sais.
Elle s'assit contre un arbre.
Azaël lui tendit de l'eau.
— Bois.
Elle prit la gourde.
— Tu deviens autoritaire.
— Seulement quand c'est nécessaire.
Elia but quelques gorgées.
Puis elle posa une main sur son ventre.
Azaël la remarqua.
— Tu as mal ?
— Non.
Elle hésita.
— Je pense juste encore à ce que la guérisseuse nous a dit.
Azaël s'assit à côté d'elle.
— Moi aussi.
Un silence s'installa.
La veille, ils avaient quitté le village avec une simple possibilité dans leur esprit.
Aujourd'hui, les choses étaient différentes.
Elia était réellement enceinte.
La guérisseuse avait été claire.
Les signes étaient suffisamment nombreux pour qu'il n'y ait pratiquement plus de doute.
Ils allaient avoir un enfant.
Azaël regarda l'horizon.
— Tu as peur ?
Elia réfléchit.
— Un peu.
— Moi aussi.
Elle tourna la tête vers lui.
— Vraiment ?
— Oui.
— Je pensais que rien ne pouvait te faire peur.
Azaël eut un léger sourire.
— Je ne suis pas aussi invincible que tu le crois.
Elia sourit.
— C'est probablement la première fois que je t'entends dire ça.
— Il faut bien commencer un jour.
Ils restèrent encore quelques minutes avant de reprendre leur route.
Le soir venu, ils trouvèrent une petite auberge sur le bord de la route.
Ils prirent une chambre et mangèrent rapidement.
Elia semblait épuisée.
— Tu devrais dormir.
— Je sais.
Elle se leva.
Mais avant d'entrer dans la chambre, elle s'arrêta.
— Azaël ?
— Oui ?
— Merci de venir avec moi.
Il la regarda.
— Tu n'avais pas besoin de me remercier.
— Je voulais quand même le faire.
Elle lui adressa un sourire avant de partir.
Azaël resta seul quelques instants.
Il repensa à leur conversation.
Puis à la capitale.
À l'attaque.
À ce qu'il avait découvert sur ce monde.
Et maintenant à cet enfant.
Il avait l'impression que sa vie avançait plus vite qu'il ne pouvait la comprendre.
Pourtant, il ne regrettait rien.
Le lendemain matin, ils reprirent la route.
À mesure qu'ils avançaient, le paysage changeait.
Les petits villages devenaient plus rares.
Les terres étaient plus vastes.
Les maisons plus grandes.
Elia reconnaissait progressivement les lieux.
— Nous sommes proches.
Azaël regarda autour de lui.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Elle désigna une colline au loin.
— Derrière cette colline, il y a les terres de ma famille.
Azaël hocha la tête.
Elia devint silencieuse.
Plus ils approchaient, plus son visage se fermait.
Azaël le remarqua.
— Tu veux qu'on s'arrête ?
— Non.
Elle prit une inspiration.
— Je veux continuer.
Ils franchirent la colline.
Et au loin apparut une immense demeure.
Elle était entourée de vastes terres agricoles et de jardins soigneusement entretenus.
Un grand portail marquait l'entrée du domaine.
Elia s'arrêta.
Azaël la regarda.
— C'est ici ?
Elle hocha la tête.
— Oui.
Elle resta immobile.
Des souvenirs lui revinrent.
Les couloirs immenses.
Les domestiques.
Les repas interminables.
Les leçons.
Les discussions de son père.
Et surtout cette soirée où elle avait compris que son avenir était déjà décidé.
Elle avait alors choisi de partir.
Mais il y avait une chose qu'elle n'avait jamais racontée à Azaël.
Une personne.
Son frère.
Elle avait toujours évité de parler de lui.
Pas parce qu'elle le détestait.
Au contraire.
C'était justement le problème.
Il était probablement la seule personne de sa famille dont elle avait réellement été proche.
Et pourtant, elle l'avait laissé derrière elle.
Azaël remarqua son silence.
— Ça va ?
Elia se força à sourire.
— Oui.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Elle regarda une dernière fois le domaine.
— Allons-y.
Ils avancèrent vers le portail.
À l'intérieur de la demeure, un jeune homme était assis dans une bibliothèque.
Il avait les cheveux sombres et portait des vêtements élégants.
Un livre était ouvert devant lui, mais il ne lisait plus.
Il regardait par la fenêtre.
Depuis plusieurs jours, quelque chose le préoccupait.
Il avait reçu une lettre.
Une lettre sans signature.
Elle ne contenait que quelques mots.
Elle pourrait être vivante.
Le jeune homme avait relu cette phrase des dizaines de fois.
Il n'avait jamais vraiment cessé de penser à sa sœur.
Elia.
La seule personne de cette maison avec laquelle il avait toujours eu une relation sincère.
Lorsqu'elle était partie, il avait voulu la retrouver.
Mais son père l'en avait empêché.
— Elle a fait son choix.
C'était ce qu'on lui avait répété.
Alors il avait attendu.
Des années.
Sans jamais savoir si elle allait bien.
Soudain, quelqu'un frappa à la porte.
— Entrez.
Un domestique entra.
— Monsieur, quelqu'un vient d'arriver au portail.
Le jeune homme referma son livre.
— Qui ?
— Nous ne savons pas encore.
Il se leva.
— Je vais voir.
Il descendit rapidement les escaliers.
Pendant ce temps, devant le portail, Elia attendait.
Azaël se tenait à côté d'elle.
Elle semblait nerveuse.
— Tu veux que je parle ?
— Non.
— D'accord.
Elle prit une profonde inspiration.
— Je veux le faire moi-même.
Azaël acquiesça.
Le portail commença à s'ouvrir.
Elia releva les yeux.
Un jeune homme apparut de l'autre côté.
Il s'arrêta net.
Son visage changea immédiatement.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis il murmura :
— Elia...
Elle resta immobile.
Ses yeux se remplirent progressivement de larmes.
— Bonjour, Adrian.
Azaël tourna légèrement la tête vers elle.
Il ne connaissait pas ce prénom.
Le jeune homme fit quelques pas vers elle.
— C'est vraiment toi ?
Elia hocha lentement la tête.
— Oui.
Adrian s'arrêta devant elle.
Il semblait incapable de trouver les mots.
— Tu es revenue...
— Oui.
Un silence.
Puis il regarda Azaël.
— Et lui ?
Elia hésita.
— C'est Azaël.
Adrian lui tendit la main.
— Je suis Adrian.
Azaël lui serra la main.
— Enchanté.
Adrian regarda de nouveau sa sœur.
Il semblait toujours avoir du mal à réaliser ce qui se passait.
— Père doit être prévenu.
Elia se raidit légèrement.
— Je sais.
Adrian remarqua son expression.
— Il ne sera pas facile.
— Je m'en doute.
Il hésita.
— Mais je suis content que tu sois revenue.
Elia le regarda.
Un sourire fragile apparut sur son visage.
— Moi aussi.
Elle fit quelques pas vers l'entrée.
Puis s'arrêta.
Sa main se posa discrètement sur son ventre.
Adrian remarqua le geste.
Son regard descendit brièvement.
Puis revint vers elle.
Il fronça légèrement les sourcils.
— Elia...
Elle le regarda.
Il semblait comprendre quelque chose.
Mais elle secoua légèrement la tête.
Pas maintenant.
Adrian comprit qu'elle ne voulait pas en parler devant Azaël.
Il ne posa donc aucune question.
Il se contenta d'ouvrir davantage le portail.
— Entrez.
Elia franchit le portail.
Après plusieurs années d'absence, elle venait de remettre les pieds sur les terres de sa famille.
Mais cette fois, elle n'était plus la jeune fille qui avait fui pendant la nuit.
Elle revenait avec Azaël.
Avec une nouvelle vie qui commençait à grandir en elle.
Et surtout, avec des secrets qu'elle n'avait pas encore osé révéler.