Chapitre 19
Chapitre 19
Le chemin du retour semblait beaucoup plus calme que celui qui les avait menés jusqu'à la capitale.
Azaël marchait aux côtés d'Elia, leurs mains toujours liées. Depuis leur départ du palais, aucun d'eux n'avait vraiment parlé de ce qui venait de se passer.
Le royaume entier devait déjà être au courant.
Pourtant, ils avaient retrouvé leur rythme habituel.
Les champs défilaient autour d'eux, bercés par le vent. Quelques oiseaux traversaient le ciel, complètement indifférents aux événements qui avaient secoué la capitale quelques heures plus tôt.
Elia finit par briser le silence.
— Tu sais que tu as probablement créé un énorme problème ?
Azaël tourna légèrement la tête vers elle.
— Probablement ?
Elle le regarda quelques secondes avant de sourire.
— D'accord. Un énorme problème.
— Je m'en doutais.
— Et tu n'as même pas l'air inquiet.
— Parce que je sais que rien ne t'arrivera.
Elia soupira.
— Tu recommences.
— Quoi ?
— À parler comme si tu pouvais régler absolument tout.
Azaël réfléchit un instant.
— Je peux probablement raser le royaume.
— Ce n'est pas vraiment rassurant.
Ils continuèrent leur route.
Après plusieurs heures, les premières maisons du village apparurent enfin au loin.
Quelques habitants les aperçurent et sortirent de chez eux. Certains semblaient surpris de les revoir aussi rapidement.
Un silence étrange s'installa lorsqu'Azaël et Elia traversèrent la rue principale.
Puis une vieille femme s'approcha.
— Vous êtes revenus...
Elia lui adressa un sourire.
— Oui. On est rentrés.
La femme regarda Azaël avec une certaine hésitation avant de hocher la tête.
— Alors... bienvenue chez vous.
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Chez vous.
Ces mots avaient quelque chose d'étrange.
Il avait connu des mondes entiers.
Des palais.
Des royaumes.
Des civilisations qui avaient disparu depuis longtemps.
Et pourtant, c'était ici, dans ce petit village presque insignifiant, qu'il commençait à comprendre ce que pouvait réellement signifier le mot chez soi.
— Merci, répondit-il finalement.
Ils reprirent leur chemin jusqu'à leur maison.
À l'intérieur, rien n'avait changé.
La table était toujours là. La vieille chaise qu'Azaël avait essayé de réparer quelques jours auparavant tenait toujours debout par un miracle incompréhensible.
Elia posa ses affaires.
— Tu sais quoi ?
— Quoi ?
— Cette chaise est toujours horrible.
Azaël regarda la chaise.
— Elle tient debout.
— À peine.
— C'est déjà une réussite.
Elia éclata de rire.
Pour la première fois depuis leur départ, l'atmosphère semblait réellement redevenue normale.
Les jours suivants passèrent sans incident.
Azaël reprit ses habitudes dans le village. Il aidait aux réparations, faisait quelques courses avec Elia et passait parfois de longues heures simplement assis près de la rivière.
Personne n'oubliait ce qui s'était passé dans la capitale.
Mais les habitants finirent par comprendre qu'Azaël ne cherchait pas à leur faire du mal.
Il restait celui qu'ils avaient appris à connaître.
Un homme étrange, beaucoup trop puissant, avec un passé qu'il ne racontait presque jamais.
Mais aussi quelqu'un qui aidait lorsqu'on avait besoin de lui.
Un après-midi, alors qu'ils rentraient du marché, Elia remarqua qu'Azaël était silencieux.
— Tu réfléchis encore ?
— Un peu.
— Aux dieux ?
— Non.
Elle le regarda avec curiosité.
— Alors à quoi ?
Azaël prit quelques secondes avant de répondre.
— À cette vie.
Elia sourit légèrement.
— Et ?
Il regarda les maisons autour d'eux.
— Je crois que je l'aime bien.
— Même avec tout ce qui nous est arrivé ?
— Surtout avec tout ce qui nous est arrivé.
Elia resta silencieuse.
Puis elle attrapa doucement sa main.
— Moi aussi.
Le soir arriva progressivement.
Ils mangèrent ensemble, discutèrent de choses sans importance et rirent encore de la fameuse chaise.
Lorsque la nuit tomba, ils sortirent quelques minutes devant la maison.
Le ciel était dégagé.
Les étoiles étaient nombreuses.
Azaël leva les yeux.
Autrefois, il avait passé des siècles à les regarder.
Mais aujourd'hui, il ne les observait plus de la même manière.
Elia s'installa à côté de lui.
— Tu regrettes parfois ton ancienne vie ?
Azaël resta silencieux.
— Non.
— Même un peu ?
— Non.
Il tourna la tête vers elle.
— Avant, je pensais avoir tout vu. Tout compris. Je pensais que plus rien ne pouvait me surprendre.
Elia sourit.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je ne sais même pas ce qui arrivera demain.
Elle posa sa tête contre son épaule.
— Ça te fait peur ?
Azaël regarda les étoiles.
— Non.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— Ça me plaît.
Ils restèrent ainsi un long moment.
Puis Elia se redressa.
— Il commence à faire froid.
Azaël se leva.
— Alors rentrons.
Ils entrèrent dans la maison et refermèrent la porte derrière eux.
La soirée fut mouvementée.
Azaël et Elia restèrent seuls, loin des problèmes du royaume et de tout ce qui les entourait.
Pour une fois, Azaël ne pensa ni aux dieux, ni à son passé, ni à ce qui pouvait les attendre demain.
Il ne pensa qu'à Elia.
Le lendemain matin, la lumière du soleil traversait doucement les fenêtres.
Le village commençait déjà à se réveiller.
Elia était dans la cuisine, tandis qu'Azaël venait de se lever.
Ils échangèrent un regard.
Un regard différent de ceux qu'ils avaient l'habitude de se donner.
Quelque chose semblait avoir changé.
Pas dans le village.
Pas dans le royaume.
Mais dans leur vie à eux.
Ils ne le savaient pas encore, mais cette nuit allait devenir le début d'une nouvelle histoire.
Une histoire qui allait bientôt changer leur destin à jamais.