Chapitre 18
Chapitre 18
Le silence les accompagna pendant plusieurs minutes.
Azaël marchait aux côtés d’Elia dans les rues de la capitale. Les habitants s’écartaient sur leur passage. Certains avaient vu ce qui s’était passé. D’autres avaient simplement entendu les cris venant du palais.
Mais personne ne disait un mot.
Elia tenait toujours la main d’Azaël.
Elle ne l’avait pas lâchée depuis leur départ.
Azaël, lui, gardait le regard droit devant lui.
Il ne regrettait pas ce qu’il avait fait.
Pas une seconde.
Pourtant, quelque chose le préoccupait.
Il avait senti la peur dans la voix du roi.
Pas la peur d’un homme face à une menace ordinaire.
C’était la peur de quelqu’un qui venait de comprendre qu’il avait laissé entrer quelque chose qu’il ne pouvait plus contrôler.
— Azaël...
Il tourna légèrement la tête.
Elia le regardait.
— Oui ?
Elle hésita.
— On va avoir des problèmes, n’est-ce pas ?
Azaël soupira.
— Probablement.
— « Probablement » ?
— D’accord. Oui.
Elia baissa les yeux.
— Je suis désolée.
Azaël s’arrêta.
— Pourquoi tu t’excuses ?
— Parce que tout ça est arrivé à cause de moi.
Son expression changea immédiatement.
— Non.
Elia releva la tête.
— Mais…
— Ce n’est pas à cause de toi.
Sa voix était calme, mais ferme.
— Tu n’as rien fait de mal. C’est lui qui a fait un choix.
Elia resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle serra un peu plus sa main.
— Merci.
Azaël reprit sa marche.
— Je te l’ai déjà dit. Je ne te laisserai pas seule.
Ils quittèrent progressivement les rues principales de la capitale.
Mais quelque chose avait changé.
Azaël le sentait.
Depuis qu’ils avaient quitté le palais, il percevait des présences autour d’eux.
Pas des soldats.
Des observateurs.
Il ne leur accorda aucune attention.
Ils étaient trop faibles pour représenter une menace.
Après plusieurs heures de marche, ils atteignirent enfin les abords de la capitale.
Elia regarda derrière elle.
— Tu crois qu’ils vont nous poursuivre ?
— Oui.
— Tu en es sûr ?
— Le roi ne peut pas laisser passer ce qui s’est produit.
Elia soupira.
— Et maintenant ?
Azaël réfléchit quelques secondes.
— Maintenant, on rentre.
— Au village ?
— Oui.
Elia eut un petit sourire.
— Même après tout ça ?
— Surtout après tout ça.
Ils continuèrent leur chemin.
Pendant ce temps, au palais royal...
La salle du trône était plongée dans un silence lourd.
Le roi se tenait devant son fils.
Autour de lui, plusieurs médecins et serviteurs s'occupaient du prince.
Le roi ne regardait pourtant pas son fils.
Il regardait les deux gardes au sol.
Puis les portes par lesquelles Azaël était parti.
— Personne ne le poursuit.
Un conseiller releva brusquement la tête.
— Majesté ?
— Vous m'avez entendu.
— Mais il vient de…
— Je sais parfaitement ce qu'il vient de faire.
Le conseiller se tut.
Le roi ferma les yeux.
Une question lui revenait sans cesse.
Pourquoi Azaël ?
Pourquoi un homme capable d'une telle puissance vivait-il simplement dans un village perdu ?
Et surtout...
Pourquoi avait-il choisi de rester humainement attaché à une femme ?
— Majesté...
Le roi ouvrit les yeux.
— Quoi ?
— Nous avons reçu un rapport.
Le conseiller lui tendit un document.
— Celui-ci vient des archives royales. Il concerne l'incident survenu il y a plusieurs jours.
Le roi prit le document.
Il parcourut rapidement les premières lignes.
Puis son expression changea.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— Dans les anciennes archives de la capitale.
— Qui d'autre l'a lu ?
— Personne, Majesté.
Le roi resta silencieux.
Le document mentionnait la catastrophe qui avait frappé le royaume.
La vague de puissance ressentie à des centaines de kilomètres.
Les témoignages.
Les dégâts.
Et une ancienne annotation datant de plusieurs siècles.
Le roi lut la phrase une seconde fois.
Puis une troisième.
« Lorsque le Dieu du Chaos apparaîtra dans ce monde, les dieux devront choisir entre le détruire... ou mourir. »
Le roi serra le document.
— Pourquoi personne ne m'a parlé de ça avant ?
Le conseiller baissa la tête.
— Parce que cette partie des archives avait été classée comme légende.
Le roi fixa le feu dans la cheminée.
— Ce n'est pas une légende.
Il se souvenait maintenant du regard d'Azaël.
Il n'y avait pas de colère incontrôlable.
Pas de peur.
Pas même d'hésitation.
Seulement une certitude.
Comme si ce qui venait de se produire n'avait été qu'un événement insignifiant pour lui.
Le roi murmura :
— Nous avons fait une erreur.
Le conseiller hésita.
— Laquelle ?
Le roi posa lentement le document sur la table.
— Nous avons essayé de contrôler quelqu'un qui n'a jamais eu besoin de nous.
Très loin de là, Azaël et Elia continuaient leur route.
Le soleil commençait à descendre.
Elia marchait en silence depuis plusieurs minutes.
Puis elle demanda :
— Azaël ?
— Hmm ?
— Quand tu as utilisé tes pouvoirs dans le village...
Il la regarda.
— Oui ?
— Tu m'as dit que deux pour cent avaient suffi.
— C'est exact.
— Et aujourd'hui, tu n'as presque rien utilisé.
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Elia fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Azaël regarda le ciel.
— Parce que je n'en avais pas besoin.
— Et si tu en avais eu besoin ?
Il marqua une pause.
— Alors j'aurais utilisé davantage.
Elia resta silencieuse.
Elle savait désormais que l'homme qui marchait à côté d'elle n'était pas simplement quelqu'un de puissant.
Mais elle n'avait pas peur.
Pas de lui.
— Azaël.
— Oui ?
— Peu importe ce que tu es...
Elle serra sa main.
— Ne change pas avec moi.
Azaël la regarda pendant quelques secondes.
Puis un léger sourire apparut sur son visage.
— C’est promis.
Ils reprirent leur chemin.
Mais, derrière eux, dans la capitale, une cloche retentit.
Une fois.
Puis deux.
Puis trois.
Cette fois, ce n'était pas une alerte.
C'était un signal.
Dans une salle cachée sous le palais, plusieurs personnes se tenaient autour d'une table.
Sur celle-ci se trouvait une vieille carte du monde.
Plusieurs symboles y étaient inscrits.
Le même cercle traversé par une ligne verticale que les soldats portaient sur leurs armures.
Un homme posa une pierre noire au centre de la carte.
— Il est confirmé.
Une femme releva les yeux.
— Le Dieu du Chaos ?
L'homme hocha la tête.
— Azaël.
Un silence glacial s'installa.
Puis une seconde personne prit la parole.
— Alors les autres dieux vont devoir être prévenus.
L'homme regarda la carte.
— Non.
Il posa lentement une seconde pierre.
— Ils le savent déjà.
La femme pâlit.
— Depuis combien de temps ?
L'homme répondit :
— Depuis qu'il a utilisé une infime partie de son pouvoir.
Personne ne parla.
Puis il ajouta :
— Et maintenant qu'il a quitté le palais...
Il regarda le symbole au centre de la carte.
— Ils vont commencer à bouger.
Au même moment, Azaël s'arrêta brusquement.
Elia se retourna.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Azaël regardait au loin.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, cette présence qu'il avait ressentie depuis son arrivée sur cette planète lui semblait différente.
Elle n'était plus distante.
Elle n'observait plus simplement.
Elle venait de se réveiller.
Azaël plissa les yeux.
— Rien.
— Tu mens.
Il sourit légèrement.
— Un peu.
Elia soupira.
— Tu pourrais au moins essayer de mieux mentir.
Azaël reprit sa marche.
Mais son sourire avait disparu.
Quelqu'un venait de bouger.
Et cette fois...
Azaël avait une idée de la direction.