Chapitre 16
Chapitre 16
Le lendemain matin, le village retrouva peu à peu son rythme.
Les habitants avaient repris leurs habitudes, même si les traces de la catastrophe étaient encore présentes.
Azaël, lui, était déjà réveillé.
Il était assis devant la maison, une tasse entre les mains, observant les premiers rayons du soleil apparaître derrière les montagnes.
Il repensait à la veille.
À Elia.
À leur conversation.
À cette étrange sensation qu'il ressentait depuis quelques jours.
Il avait vécu assez longtemps pour savoir que certaines choses ne pouvaient pas être expliquées.
Celle-ci en faisait partie.
La porte s'ouvrit derrière lui.
— Déjà réveillé ?
Azaël tourna la tête.
Elia sortit de la maison et vint s'asseoir à côté de lui.
— Je n'ai pas beaucoup dormi.
— À cause de ce qui s'est passé ?
— Pas vraiment.
Elle le regarda.
— Alors à cause de quoi ?
Azaël prit quelques secondes avant de répondre.
— Je réfléchissais à tout ce qui a changé.
Elia baissa les yeux vers sa tasse.
— Depuis que tu es arrivé ?
— Depuis que je t'ai rencontrée.
Elle ne répondit pas.
Un petit sourire apparut simplement sur son visage.
— Tu sais vraiment parler quand tu veux.
— Je préfère quand tu ne me poses pas trop de questions.
— Trop tard.
Elle se leva.
— Viens. On doit manger.
Azaël allait lui répondre lorsqu'un bruit interrompit leur conversation.
Des chevaux.
Plusieurs.
Ils venaient de l'entrée du village.
Azaël posa immédiatement sa tasse.
Son regard changea.
Elia le remarqua.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Des soldats.
— Encore ?
Azaël se leva.
— Cette fois, ils ne sont pas là pour surveiller le village.
Ils regardèrent ensemble la route.
Une dizaine de cavaliers apparut entre les maisons.
Contrairement aux soldats présents lors de l'attaque, ceux-ci portaient des armures beaucoup plus travaillées.
Sur leur poitrine figurait le symbole du royaume : un cercle traversé par une ligne verticale.
À leur tête se trouvait un homme d'une quarantaine d'années.
Il descendit de cheval et regarda autour de lui.
Puis ses yeux se posèrent sur Azaël.
Il resta silencieux quelques secondes.
Il avait probablement entendu les mêmes récits que tout le royaume.
Un homme.
Un village.
Une attaque.
Et une puissance capable de faire trembler des villes situées à des centaines de kilomètres.
L'homme s'avança.
— Azaël ?
— C'est moi.
Le soldat s'arrêta à quelques mètres.
— Je suis capitaine Varenn, envoyé par les autorités du royaume.
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Elia se plaça à côté de lui.
Varenn le remarqua.
— Je ne suis pas venu combattre.
— Tant mieux.
Le capitaine inspira.
— Je suis venu vous demander de nous suivre jusqu'à la capitale.
Quelques habitants s'étaient rapprochés.
Personne ne parlait.
Tous observaient la scène.
Azaël croisa les bras.
— Pourquoi ?
— Parce que nous avons besoin de comprendre ce qui s'est passé.
— Vous avez vu les dégâts.
— Ce n'est pas ce que je veux comprendre.
Le regard du capitaine se durcit légèrement.
— Je veux comprendre ce que vous êtes.
Le silence retomba.
Azaël ne bougea pas.
Elia, elle, regarda le capitaine avec méfiance.
— Et s'il refuse ?
Varenn tourna les yeux vers elle.
— Alors nous repartirons.
Cette réponse sembla surprendre plusieurs soldats derrière lui.
Le capitaine continua :
— Je n'ai reçu aucun ordre permettant de vous arrêter ou de vous contraindre.
Azaël observa attentivement son visage.
Il ne semblait pas mentir.
— Qui vous envoie ?
— Le conseil royal.
— Et le roi ?
Le capitaine hésita.
— Le roi veut également des réponses.
Azaël regarda les soldats.
Ils étaient nerveux.
Certains évitaient même son regard.
Il pouvait le sentir.
Ils avaient peur.
Pas seulement de ce qu'il pouvait faire.
De ce qu'ils ne comprenaient pas.
— Je n'ai aucune raison d'aller dans votre capitale.
— Je m'en doutais.
Varenn sortit alors un petit objet de sa poche.
Une pierre sombre, parcourue de fines lignes lumineuses.
Azaël la fixa.
Son expression changea.
Il sentit quelque chose.
Une énergie divine.
Faible.
Mais différente de celle qu'il avait ressentie autour du village.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un fragment retrouvé après la catastrophe.
Varenn lui tendit la pierre.
Azaël ne la prit pas.
Il se contenta de l'observer.
— Où l'avez-vous trouvée ?
— À environ trois cents kilomètres d'ici.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
— Trois cents kilomètres ?
— Oui.
— Alors ce n'est pas un morceau du village.
— Non.
Le capitaine marqua une pause.
— Il était enterré dans le sol.
Azaël resta silencieux.
La pierre émettait quelque chose de familier.
Pas son pouvoir.
Mais quelque chose qui avait un lien avec les dieux.
Il tendit finalement la main.
Au moment où ses doigts approchèrent du fragment, celui-ci se mit à vibrer.
Les soldats reculèrent immédiatement.
Elia regarda Azaël.
— Ça va ?
— Oui.
La pierre devint soudainement chaude.
Une lumière traversa sa surface.
Puis une image apparut brièvement au-dessus de la paume d'Azaël.
Un symbole.
Le même cercle traversé d'une ligne verticale.
Mais au centre se trouvait une seconde marque.
Une forme ressemblant à une fissure.
Azaël fixa le symbole.
Il connaissait cette sensation.
Il avait déjà vu quelque chose de semblable.
Il y a très longtemps.
Dans un autre monde.
— Où avez-vous trouvé exactement cette pierre ?
Varenn répondit immédiatement :
— Dans les ruines d'un ancien sanctuaire.
Azaël releva les yeux.
— Un sanctuaire dédié à qui ?
Le capitaine hésita.
— Nous ne le savons pas.
La lumière disparut.
La pierre redevint parfaitement normale.
Azaël la rendit au capitaine.
— Je viendrai.
Elia le regarda.
— Tu es sûr ?
— Oui.
Il observa la route qui menait vers l'horizon.
— Je veux savoir pourquoi cette chose réagit à mon pouvoir.
Varenn hocha la tête.
— Nous pouvons partir demain matin.
— Non.
Le capitaine sembla surpris.
— Pourquoi attendre ?
Azaël regarda Elia.
— Parce que je ne partirai pas seul.
Varenn comprit.
— Elle peut venir.
Elia arqua un sourcil.
— Je peux parler pour moi-même.
Azaël eut un léger sourire.
— Je sais.
Le capitaine remonta à cheval.
— Dans ce cas, nous vous attendrons demain à l'entrée du village.
Les soldats commencèrent à repartir.
Mais avant de s'éloigner, Varenn se retourna.
— Azaël.
— Oui ?
— Il y a autre chose.
Azaël attendit.
— Les attaques de cette nuit-là n'étaient pas un simple raid.
— Je m'en doutais.
— Plusieurs groupes ont attaqué des villages différents dans le royaume.
Azaël se redressa.
— Combien ?
— Sept.
Elia fronça les sourcils.
— Sept villages ?
— Oui.
Le capitaine regarda Azaël.
— Et tous les groupes semblaient chercher quelque chose.
Azaël sentit une tension lui traverser le corps.
— Quoi ?
Varenn secoua la tête.
— Nous ne savons pas encore.
Il fit avancer son cheval.
— Mais depuis votre apparition, ces attaques se multiplient.
Les cavaliers repartirent.
Le bruit des sabots diminua progressivement jusqu'à disparaître.
Azaël resta immobile.
Elia vint à côté de lui.
— Tu crois qu'ils sont liés à toi ?
— Je ne sais pas.
Il regarda la route.
— Mais je crois que quelqu'un cherche quelque chose.
— Et tu penses que cette pierre peut nous aider ?
Azaël hocha lentement la tête.
— Peut-être.
Il observa le ciel.
Depuis son arrivée sur cette planète, il avait senti une présence.
Quelque chose qui l'observait.
Quelque chose qui attendait.
Et maintenant, pour la première fois, une véritable piste venait de se présenter à lui.
Azaël serra légèrement le poing.
— Demain, nous partons pour la capitale.
Elia le regarda.
— Et si c'est dangereux ?
Azaël tourna les yeux vers elle.
— Alors je te protégerai.
Elle soupira.
— Tu sais que je peux aussi me défendre toute seule ?
— Je sais.
— Bien.
Elle commença à retourner vers la maison.
Après quelques pas, elle se retourna.
— Mais tu peux quand même me protéger.
Azaël sourit.
— Ça me va.
Ils rentrèrent ensemble.
Au même moment, très loin du village, dans les ruines d'un ancien sanctuaire, quelque chose s'éveilla.
Une lumière faible apparut entre les pierres.
Puis une voix résonna dans l'obscurité.
— Il a retrouvé la trace.
Un silence.
— Alors il faut accélérer.
La lumière s'éteignit.
Et les ruines redevinrent silencieuses.