Chapitre 15
Chapitre 15
Azaël resta quelques secondes devant la maison.
La porte derrière lui venait de se refermer.
Elia était à l'intérieur.
Lui, pourtant, n'avait toujours pas bougé.
Il leva les yeux vers le ciel.
Les étoiles étaient les mêmes que toutes celles qu'il avait observées pendant des siècles. Il en avait vu des milliers apparaître, d'autres disparaître. Il avait traversé des mondes entiers sans jamais réellement s'y attacher.
Et pourtant, quelques mots prononcés par une simple humaine suffisaient maintenant à troubler ses pensées.
« Je ne regrette pas de te l'avoir dit. »
Azaël baissa les yeux.
Il repensa à la rivière.
À la façon dont Elia avait hésité avant de lui parler.
À son regard lorsqu'elle lui avait avoué ce qu'elle ressentait.
Il avait connu la puissance.
La solitude.
L'immortalité.
Mais ce sentiment-là était différent.
Parce que cette fois, il avait quelque chose à perdre.
Azaël passa une main dans ses cheveux.
— C'est vraiment compliqué...
Il resta encore un moment sur le perron.
Puis il soupira.
— Et puis j'en ai marre.
Il ouvrit la porte.
La maison était silencieuse.
Elia était assise près de la table, une petite lampe éclairant la pièce.
Elle releva la tête lorsqu'elle entendit Azaël entrer.
— Tu réfléchissais encore ?
Azaël referma la porte derrière lui.
— Oui.
— À quoi ?
Il la regarda quelques secondes.
— À toi.
Elia détourna légèrement le regard.
— Tu vas finir par me faire rougir.
— C'est déjà fait.
Elle lui lança un regard amusé.
— Tu es beaucoup trop observateur.
Azaël s'approcha.
Il s'arrêta devant elle.
Cette fois, il ne chercha pas ses mots.
Il n'en avait plus envie.
— J'ai passé assez de temps à réfléchir.
Elia leva les yeux vers lui.
— Et ?
Azaël hésita une seconde.
Puis il se pencha et lui donna un baiser bref et tendre.
Lorsqu'il se recula, Elia resta silencieuse.
Elle semblait surprise.
— Azaël...
— Je sais.
— Non, justement. Je ne sais pas quoi dire.
Il eut un léger sourire.
— Pour une fois, ça m'arrange.
Elia secoua doucement la tête.
— Tu fais vraiment les choses quand tu veux.
— Je t'avais prévenue.
— Non. Tu m'avais promis d'essayer de prévenir avant tes catastrophes.
— Ce n'est pas une catastrophe.
— Pour une fois, non.
Elle sourit.
Azaël s'assit à côté d'elle.
Le silence qui suivit n'était pas gênant.
Il était simplement nouveau.
Après quelques secondes, Elia posa doucement sa tête contre son épaule.
— Tu sais...
— Hmm ?
— J'ai encore du mal à réaliser que tout ça est arrivé aussi vite.
Azaël regarda devant lui.
— Moi aussi.
— Toi ? Le grand Azaël qui a réponse à tout ?
— Je n'ai jamais dit que j'avais réponse à tout.
— Tu donnes cette impression.
— C'est parce que je suis très doué pour faire semblant.
Elia rit doucement.
— Ça, je commence à m'en rendre compte.
Azaël tourna légèrement la tête vers elle.
— Mais avec toi, je n'ai plus vraiment envie de faire semblant.
Elle resta silencieuse.
Puis elle sourit.
— Tant mieux.
Ils restèrent côte à côte pendant plusieurs minutes.
Aucun besoin de parler.
Pour Azaël, ce moment était presque étrange.
Il avait passé une éternité à chercher quelque chose capable de rompre la monotonie de son existence.
Il avait quitté son monde pour cette raison.
Et il venait peut-être de comprendre que ce qu'il cherchait n'était pas un nouveau monde.
C'était quelqu'un avec qui le découvrir.
Elia finit par se redresser.
— Tu ne voulais pas dormir ?
Azaël se leva.
— Si.
— Alors va dormir.
Il fit quelques pas.
Puis se retourna.
— Bonne nuit, Elia.
— Bonne nuit, Azaël.
Il s'arrêta une dernière fois.
— Et Elia ?
— Oui ?
— Je suis content d'être resté.
Elle lui adressa un sourire.
— Moi aussi.
Azaël rejoignit finalement sa chambre.
La porte se referma.
Dans le silence de la maison, chacun resta avec ses propres pensées.
Mais pour la première fois depuis très longtemps, Azaël ne pensait plus à l'éternité.
Il pensait simplement au lendemain.
Et quelque part, dans le royaume, des hommes continuaient déjà de chercher des réponses sur l'identité de celui qui avait déclenché cette catastrophe.
Ils ne savaient pas encore que le plus grand problème du royaume n'était pas ce qu'Azaël avait fait.
C'était ce qu'il était prêt à faire pour protéger ce qui comptait désormais pour lui.