Chapitre 13
Chapitre 13
Le lendemain matin, Azaël se réveilla avec une étrange sensation.
Le village était silencieux.
Beaucoup plus silencieux que d'habitude.
Il se leva et entra dans la cuisine.
Elia était déjà là.
Elle était assise à table, une tasse entre les mains.
Mais quelque chose était différent.
Elle ne disait rien.
Azaël s'assit en face d'elle.
— Bonjour.
— Bonjour.
Elle posa sa tasse.
Puis elle le regarda.
Azaël fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Elia ne répondit pas.
Elle attrapa simplement un journal posé à côté d'elle et le déplia lentement.
Azaël aperçut le titre.
UNE CATASTROPHE FRAPPE LE ROYAUME
Il resta immobile.
Elia leva les yeux vers lui.
— Tu veux m'expliquer ?
— Expliquer quoi ?
Elle tourna le journal vers lui.
Un dessin représentait le village au milieu d'une immense onde de choc.
Plusieurs villes étaient citées dans l'article.
Des tremblements de terre avaient été ressentis à des centaines de kilomètres.
Des bâtiments avaient été endommagés.
Les autorités parlaient d'un phénomène sans précédent.
Azaël parcourut les premières lignes.
Puis il reposa le journal.
— C'est grave.
Elia plissa les yeux.
— C'est tout ce que tu trouves à dire ?
— Qu'est-ce que tu veux que je dise ?
— Je ne sais pas... Peut-être que tu sais quelque chose ?
Azaël prit tranquillement son petit déjeuner.
— Non.
Elia le fixa.
— Vraiment ?
— Vraiment.
Elle reprit le journal.
— Parce qu'il y a quelque chose d'intéressant ici.
Azaël continua de manger.
— Ah ?
— Les témoins parlent d'une immense puissance apparue au-dessus du village.
Il s'arrêta une seconde.
Puis reprit comme si de rien n'était.
Elia continua :
— Ils disent aussi qu'un homme aurait arrêté une attaque qui aurait probablement détruit le village.
Azaël haussa les épaules.
— Impressionnant.
Elia posa lentement le journal.
— Oui.
Elle le regarda droit dans les yeux.
— Très impressionnant.
Azaël évita son regard.
— Pourquoi tu me regardes encore ?
— Parce que tu es bizarre depuis hier soir.
— Je suis toujours bizarre.
— C'est vrai.
Elle sourit.
Puis elle se pencha légèrement vers lui.
— Alors...
Azaël leva les yeux.
— Alors quoi ?
— C'était toi ?
Silence.
Azaël resta parfaitement immobile.
Elia attendit.
Quelques secondes passèrent.
— Non.
Elle éclata de rire.
— Tu mens vraiment très mal.
— Je ne mens pas.
— Azaël.
— Quoi ?
— Le village entier t'a vu.
— Ils ont peut-être mal vu.
— Une catastrophe nationale et toi, tu me sors ça au petit déjeuner ?
Azaël regarda son assiette.
— Je voulais juste protéger le village.
Elia cessa de sourire.
— C'est vraiment toi, alors.
Azaël soupira.
— Oui.
Elle resta silencieuse.
Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, elle semblait réellement essayer de comprendre qui se trouvait devant elle.
— Tu as fait tout ça... avec tes pouvoirs ?
Azaël hocha légèrement la tête.
— Une partie.
— Une petite partie ?
Il hésita.
— Oui.
Elia posa son journal.
— À quel point petite ?
Azaël ne répondit pas.
— Azaël.
— Très petite.
— Ça ne veut absolument rien dire.
Il finit par regarder ailleurs.
— Deux pour cent.
Elia resta bouche bée.
— Deux... pour cent ?
— Oui.
Elle regarda le journal.
Puis Azaël.
Puis de nouveau le journal.
— Tu es en train de me dire que deux pour cent de ta puissance peuvent faire trembler tout le royaume ?
— Apparemment.
— Et tu trouves ça normal ?
Azaël réfléchit.
— Pour moi, oui.
Elia passa une main sur son visage.
— Je ne sais même plus quoi te dire.
Azaël eut un petit sourire.
— Tu peux continuer à manger.
Elle le fixa.
— Tu te moques de moi ?
— Un peu.
Elia prit un morceau de pain et le lui lança.
Azaël l'attrapa au vol.
— Hé !
— Quoi ?
— Tu viens de me lancer du pain.
— Tu viens de provoquer une catastrophe nationale.
— C'était pour protéger le village.
— Et moi, je protège mon petit déjeuner.
Azaël éclata de rire.
Elia finit par sourire à son tour.
Pendant quelques secondes, la tension disparut.
Mais elle revint rapidement lorsqu'Elia reprit le journal.
— Il y a autre chose.
Azaël releva les yeux.
— Quoi ?
— Les soldats pensent que l'attaque d'hier n'était pas dirigée contre le village.
— Je m'en doutais.
— Ils pensent qu'ils cherchaient quelqu'un.
Azaël se tut.
Elia le regarda.
— Toi ?
Il ne répondit pas immédiatement.
Puis son expression devint plus sérieuse.
— Peut-être.
Elle baissa le journal.
— Tu savais qu'ils viendraient ?
— Je savais que quelque chose finirait par arriver.
— Et tu ne m'as rien dit.
— Je ne voulais pas t'inquiéter.
Elia soupira.
— Tu sais que ça m'inquiète encore plus quand tu ne me dis rien ?
Azaël sourit légèrement.
— Je commence à le comprendre.
Elle secoua la tête.
— Tu as intérêt.
Plus tard dans la matinée, Azaël sortit de la maison.
Le village avait repris vie, mais quelque chose avait changé.
Les habitants parlaient de la catastrophe.
Certains regardaient Azaël avec admiration.
D'autres avec inquiétude.
Les soldats, eux, ne le quittaient plus des yeux.
Azaël marcha jusqu'à la place.
Il aperçut plusieurs hommes réunis autour d'un autre exemplaire du journal.
L'un d'eux releva la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Le soldat ne détourna pas les yeux.
Azaël continua son chemin.
Il savait désormais que les choses ne seraient plus jamais exactement comme avant.
Mais il y avait quelque chose de plus important.
Elia savait.
Elle avait vu ce qu'il était capable de faire.
Et malgré tout...
elle était toujours là.
Le soir venu, Azaël et Elia étaient assis devant la maison.
Le ciel était dégagé.
— Azaël ?
— Oui ?
— La prochaine fois que tu utilises deux pour cent de ta puissance...
Il tourna la tête.
— Oui ?
Elle le regarda sérieusement.
— Préviens-moi avant.
Azaël resta silencieux.
Puis il sourit.
— Je vais essayer.
— Ce n'est pas une réponse.
— Alors je te le promets.
Elia hocha la tête.
— Bien.
Ils regardèrent les étoiles.
Pour la première fois, Elia connaissait une petite partie de la vérité.
Mais elle était loin d'imaginer à quel point cette vérité était immense.
Car l'homme assis à côté d'elle n'était pas simplement un être puissant.
Il était celui que les dieux eux-mêmes avaient appris à craindre.
Le plus puissant des dieux.
Le Dieu du Chaos.
Azaël.