Chapitre 12
Chapitre 12
La nuit était tombée depuis plusieurs heures.
Le village dormait.
Les rues étaient désertes, les fenêtres éteintes les unes après les autres. Même le vent semblait avoir disparu.
Azaël, lui, ne dormait pas.
Depuis la veille, cette sensation ne le quittait plus.
Quelque chose approchait.
Il était assis devant la maison, les yeux fixés sur la forêt.
Elia apparut derrière lui.
— Tu ne dors pas ?
Azaël tourna légèrement la tête.
— Pas encore.
— Tu ressens encore cette présence ?
Il resta silencieux quelques secondes.
— Oui.
Elia s'approcha.
— Elle est proche ?
Azaël regarda la forêt.
— Plus qu'avant.
Elle s'assit à côté de lui.
— Tu crois qu'elle va faire quelque chose ?
— Je ne sais pas.
Il marqua une pause.
— Mais quelque chose va arriver.
À peine eut-il terminé sa phrase qu'un bruit sourd retentit au loin.
Puis un deuxième.
Et cette fois, les cloches du village se mirent à sonner.
Une fois.
Deux fois.
Puis sans interruption.
Azaël se leva immédiatement.
Elia se redressa.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Des cris éclatèrent dans les rues.
Des portes s'ouvrirent.
Des habitants sortirent de leurs maisons.
Puis une lumière apparut au-dessus des arbres.
Elle grandit rapidement.
— À couvert !
La voix d'un soldat résonna dans le village.
Une explosion retentit à l'extérieur des premières maisons.
Le sol trembla.
Elia recula d'un pas.
Azaël se plaça devant elle.
— Reste derrière moi.
Des silhouettes apparurent à l'entrée du village.
Une dizaine d'hommes armés avançaient dans la rue.
Ils ne portaient pas l'armure du royaume.
Azaël les observa.
— Qui sont-ils ?
Elia secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Les soldats du royaume se regroupèrent devant eux.
— Vous êtes encerclés ! cria l'un d'eux.
Les inconnus ne répondirent pas.
Ils avancèrent.
Puis le combat commença.
Les premières lames s'entrechoquèrent.
Azaël resta immobile quelques secondes.
Il ne comprenait pas.
Pourquoi attaquer ce village ?
Pourquoi maintenant ?
Un homme réussit à passer entre les soldats et courut vers les habitations.
Azaël le vit.
Il fit un pas.
L'homme s'arrêta brutalement.
Il venait de comprendre qu'Azaël était devant lui.
— Dégage.
Azaël ne bougea pas.
L'homme leva son arme.
Azaël soupira.
— Mauvaise réponse.
Il frappa.
Un seul coup.
L'homme fut projeté plusieurs mètres plus loin et s'écrasa contre le sol.
Azaël regarda les autres.
— Partez.
Personne ne bougea.
Au contraire, plusieurs combattants se dirigèrent vers lui.
Azaël fronça les sourcils.
Ils étaient beaucoup trop nombreux.
Il pouvait les arrêter facilement.
Mais quelque chose n'allait pas.
Ces hommes ne semblaient pas chercher à conquérir le village.
Ils cherchaient quelque chose.
Ou quelqu'un.
Son regard se tourna vers Elia.
Un des assaillants l'avait remarquée.
Il se dirigea vers elle.
Azaël disparut de son champ de vision.
En une fraction de seconde, il se retrouva devant lui.
— Tu ne t'approches pas d'elle.
L'homme attaqua.
Azaël bloqua.
Puis il le repoussa d'un seul mouvement.
Le sol se fissura sous les pieds du combattant.
Azaël regarda la fissure.
Il serra légèrement les dents.
Il retenait déjà sa force.
Mais les assaillants continuaient d'arriver.
Toujours plus nombreux.
Des bâtiments commençaient à brûler.
Les habitants fuyaient.
Les soldats perdaient du terrain.
Et au milieu du chaos, Azaël sentit quelque chose.
Une présence.
Pas celle qu'il ressentait depuis deux semaines.
Une autre.
Plus puissante.
Plus lointaine.
Comme si quelqu'un observait la bataille depuis un endroit impossible à atteindre.
Azaël leva les yeux.
— Alors c'est ça...
Un grondement retentit derrière lui.
Un immense projectile d'énergie traversa le ciel.
Il se dirigeait droit vers le village.
Azaël comprit immédiatement.
S'il le laissait tomber, le village disparaîtrait.
Il regarda Elia.
Elle était à quelques mètres de lui.
Puis il regarda les habitants.
Les maisons.
Les rues.
Tout ce qu'il avait commencé à considérer comme chez lui.
Il ferma les yeux.
Pendant un instant, il se demanda combien de temps il pourrait encore prétendre être un homme ordinaire.
Puis il souffla.
— Deux pour cent.
Elia le regarda sans comprendre.
— Azaël ?
Il ouvrit les yeux.
L'atmosphère changea.
Le vent s'arrêta.
Les flammes suspendirent presque leur mouvement.
Le sol trembla légèrement sous ses pieds.
Azaël leva une main vers le ciel.
Le projectile s'immobilisa.
Puis il disparut.
Personne ne comprit ce qui venait de se passer.
Azaël, lui, le savait.
Il venait simplement d'utiliser une infime partie de ce qu'il possédait encore.
Mais cette infime partie suffisait.
Le ciel s'assombrit brutalement.
Une onde de puissance se propagea depuis le village.
Les arbres de la forêt furent violemment repoussés.
Les nuages se dispersèrent sur des kilomètres.
Au loin, les montagnes tremblèrent.
Puis un grondement immense traversa la région.
Les assaillants tombèrent à genoux.
Les soldats cessèrent de combattre.
Même Azaël resta silencieux.
Il regardait autour de lui.
La terre était fissurée.
Une partie de la forêt avait été couchée.
Les bâtiments les plus proches avaient perdu leurs fenêtres.
Et pourtant...
Le village était toujours debout.
Elia était toujours là.
Azaël baissa lentement la main.
— J'ai dépassé les limites...
Il n'avait pas voulu provoquer ça.
Il avait simplement voulu protéger le village.
Un soldat s'approcha difficilement.
Son visage était devenu livide.
— Qu'est-ce que tu es ?
Azaël ne répondit pas.
Au loin, un autre grondement retentit.
Puis un troisième.
Bien plus loin.
Les conséquences de son pouvoir continuaient de se propager.
Azaël leva les yeux vers l'horizon.
Il sentit quelque chose.
Cette présence qu'il cherchait depuis son arrivée venait de réagir.
Pour la première fois, elle n'observait plus simplement.
Elle avait peur.
Azaël resta immobile.
Puis il murmura :
— Tu savais.
La présence disparut.
Complètement.
Azaël serra les poings.
Il venait de comprendre une chose.
Quelqu'un savait ce qu'il était capable de faire.
Et cette personne venait de comprendre qu'Azaël était beaucoup plus dangereux qu'elle ne l'avait imaginé.
À plusieurs centaines de kilomètres du village, la terre continuait de trembler.
Dans les villes voisines, les habitants étaient sortis de leurs maisons.
Les cloches sonnaient.
Les soldats regardaient le ciel avec inquiétude.
Une catastrophe venait de frapper le royaume.
Et personne ne savait pourquoi.
Dans un lieu beaucoup plus éloigné encore, quelqu'un ouvrit lentement les yeux.
Il avait ressenti cette puissance.
Cette signature.
Impossible à confondre.
Un silence pesant s'installa.
Puis une voix murmura :
— Il est encore vivant...
Pour la première fois depuis très longtemps, cette voix tremblait.
— Azaël !