Chapitre 11
Chapitre 11
Le lendemain matin, le village n'avait plus tout à fait la même atmosphère.
Azaël s'en rendit compte dès qu'il sortit de la maison.
Quelques regards se tournèrent vers lui.
Certains habitants cessèrent même de parler lorsqu'il passa près d'eux.
Il continua pourtant son chemin comme si de rien n'était.
La veille, il avait simplement défendu Elia.
Il ne voyait pas pourquoi tout le village devait en faire une histoire.
Lorsqu'il entra dans la cuisine, Elia était déjà debout.
Elle posa une assiette sur la table.
— Bonjour.
— Bonjour.
Azaël s'assit.
Elia resta debout devant lui.
— Tu sais qu'on parle de toi dans tout le village ?
Il leva les yeux.
— Déjà ?
— Azaël, tu as envoyé trois soldats à l'hôpital.
— Ils sont vivants.
— Ce n'est pas vraiment la question.
Il prit une bouchée.
— Ils n'avaient qu'à partir quand tu leur as demandé.
Elia soupira.
— Tu ne regrettes vraiment rien ?
Azaël réfléchit quelques secondes.
— Je regrette peut-être d'avoir attiré l'attention.
— Au moins, tu admets quelque chose.
Il esquissa un sourire.
— Mais je ne regrette pas de les avoir arrêtés.
Elia s'assit en face de lui.
Elle le regarda quelques secondes avant de parler.
— Merci.
Azaël s'arrêta de manger.
— Pour quoi ?
— Pour hier.
Il haussa légèrement les épaules.
— Je n'allais pas les laisser te manquer de respect.
Elia baissa les yeux.
— Je sais.
Un silence s'installa entre eux.
Cette fois, il n'avait rien de gênant.
Après le petit déjeuner, Azaël sortit faire quelques courses.
Il n'eut pas besoin d'aller bien loin pour comprendre que l'histoire s'était répandue.
Une femme qui tenait un panier lui adressa un sourire amusé.
— Alors, c'est vrai ?
Azaël s'arrêta.
— Quoi ?
— Les soldats.
Il soupira.
— Apparemment.
Elle rit.
— Tu les as vraiment battus tous les trois ?
— Oui.
— Impressionnant.
— Pas vraiment.
La femme le regarda avec étonnement.
— Pas vraiment ?
Azaël reprit sa route.
— Ils étaient trois.
Elle resta silencieuse derrière lui.
— Justement !
Azaël continua de marcher.
Il commençait à regretter d'avoir accepté d'aller à la taverne.
Sur la place, l'ambiance était différente.
Deux soldats étaient revenus.
Ils se tenaient près de la fontaine et discutaient avec plusieurs habitants.
Azaël les aperçut immédiatement.
Ils portaient le même symbole que ceux de la veille.
Il ralentit.
Les deux soldats tournèrent la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Aucun des deux ne parla.
Azaël continua son chemin.
Il sentait qu'ils l'observaient.
Mais cette fois, il ne ressentait aucune hostilité particulière.
Seulement de la méfiance.
Il s'arrêta devant un étal.
— Vous avez des fruits rouges ?
Le marchand sourit.
— Toujours les mêmes ?
— Ils sont bons.
— Tu vas finir par acheter toute ma récolte.
Azaël en prit quelques-uns.
Alors qu'il sortait une pièce, une voix retentit derrière lui.
— Azaël.
Il se retourna.
L'un des soldats s'était approché.
— Oui ?
L'homme resta à quelques mètres.
— Je peux te parler ?
Azaël regarda le marchand.
Puis le soldat.
— Maintenant ?
— Si possible.
Azaël accepta.
Ils s'éloignèrent légèrement de la place.
— Je vais être direct, dit le soldat. Les hommes de la taverne ont été renvoyés auprès de leurs supérieurs.
— D'accord.
— Ils ont raconté ce qui s'est passé.
— Je m'en doutais.
Le soldat croisa les bras.
— Ils ont aussi parlé de toi.
Azaël resta silencieux.
— Ils disent que tu es arrivé récemment, que tu n'as aucune famille connue ici et que personne ne sait vraiment d'où tu viens.
— C'est vrai.
— Et tu ne sembles pas avoir peur de trois soldats.
Azaël le regarda.
— Je devrais ?
Le soldat fronça les sourcils.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Alors pourquoi tu me poses la question ?
L'homme hésita.
— Parce que j'ai reçu des ordres.
Azaël observa son visage.
— Quels ordres ?
Le soldat regarda autour de lui avant de répondre.
— Observer.
— Moi ?
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis ton arrivée.
Azaël ne répondit pas immédiatement.
Il repensa aux premières journées.
Les questions.
Les regards.
Les soldats qui revenaient régulièrement.
Tout commençait à prendre un sens.
Mais quelque chose le dérangeait.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas.
Cette réponse était sincère.
Azaël le sentit.
Le soldat reprit :
— On nous a simplement demandé de signaler tout comportement inhabituel.
— Et hier ?
— Hier, tu as certainement dépassé le niveau d'attention habituel.
Azaël sourit légèrement.
— Désolé.
Le soldat ne sourit pas.
— Je te conseille quand même de faire attention.
— À quoi ?
L'homme hésita.
— Je ne sais pas.
Il partit.
Azaël resta seul.
Cette fois, il n'était plus amusé.
Lorsqu'il rentra, Elia l'attendait devant la maison.
— Tu étais où ?
— Avec un soldat.
Elle se redressa immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il voulait ?
Azaël lui raconta la conversation.
Elia resta silencieuse.
— Donc ils te surveillent depuis ton arrivée ?
— Apparemment.
— Pourquoi ?
— C'est justement ce que j'aimerais savoir.
Elia entra dans la maison.
Azaël la suivit.
Elle posa ses affaires sur la table.
— Tu devrais peut-être partir quelque temps.
Azaël s'arrêta.
— Non.
— Azaël...
— Non.
Elle se retourna.
— Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.
— Et moi, je ne veux pas que tu aies peur à cause de moi.
— Alors pars.
Azaël resta silencieux.
Elia baissa légèrement la voix.
— Tu sais que quelque chose ne va pas.
— Oui.
— Et tu ne sais même pas quoi.
— Pas encore.
Elle le regarda longuement.
— Tu es vraiment décidé à rester ?
Azaël répondit sans hésiter.
— Oui.
Elia soupira.
— Alors promets-moi une chose.
— Quoi ?
— Ne cherche pas les problèmes.
Azaël réfléchit.
— Je peux essayer.
— Azaël.
— D'accord. Je promets.
Elle sourit légèrement.
— Merci.
La nuit tomba.
Azaël était assis dehors, seul.
Il observait les étoiles.
La présence qu'il ressentait depuis plusieurs jours était toujours là.
Mais quelque chose avait changé.
Cette fois, elle était plus proche.
Pas suffisamment pour qu'il puisse la localiser.
Mais suffisamment pour qu'il en soit certain.
Quelqu'un observait le village.
Azaël ferma les yeux.
Il concentra son attention sur cette sensation.
Pendant un bref instant, il sentit une puissance qui n'avait rien d'humaine.
Puis plus rien.
Azaël ouvrit les yeux.
Il resta immobile.
Il aurait pu chercher.
Il aurait pu utiliser une partie de ce qu'il était autrefois capable de faire.
Mais il ne voulait pas.
Pas encore.
Il avait choisi une vie simple.
Il voulait voir jusqu'où cette vie pouvait aller avant de devoir reprendre ce qu'il avait laissé derrière lui.
Soudain, un bruit de pas résonna dans la rue.
Azaël tourna la tête.
Un soldat avançait rapidement entre les maisons.
Il s'arrêta devant une habitation un peu plus loin.
Puis un deuxième soldat arriva.
Ils échangèrent quelques mots à voix basse.
Azaël n'entendit pas ce qu'ils disaient.
Mais leur attitude suffit à attirer son attention.
Quelque chose venait de se passer.
Le premier soldat regarda en direction de la forêt.
Puis il leva les yeux vers le ciel.
Azaël suivit son regard.
Rien.
Seulement les étoiles.
Pourtant, pendant une fraction de seconde, il sentit cette présence une nouvelle fois.
Plus forte.
Plus ancienne.
Et surtout...
beaucoup plus attentive.
Azaël se leva.
Cette fois, il ne souriait plus.
— Alors tu commences enfin à te montrer...