Chapitre 6
Chapitre 6
Sur le chemin, ils aperçurent des villageois qui installaient des banderoles et des tables pour la fête de ce soir. Lake se sentait un peu coupable d’arriver à la fin des préparations mais l’hiver avait décidé de lui épargner ces corvées.
Heureusement pour les villageois, il y’avait deux Utilisateurs à Drómos. Se nommant Arlenne et Paul, ils étaient la dernière génération de la famille la plus ancienne du village, les Valkit. Leurs pouvoirs faisaient la fierté du village. Apparemment, même en ville, on les considérait comme puissants car ils étaient capables de bouger des objets de la taille d’une table toute la journée sans se fatiguer.
Ils avaient le même âge que Charles et lui. Et ils s’entendaient tous plutôt bien.
Arlene les aperçut et elle se dirigea vers eux.
—Salut Lake, alors tu te décides à montrer le bout de ton nez ? railla la jeune fille.
—Désolé, si j’avais pu respirer sous la neige, je vous aurais rejoint plus tôt.
Lake la trouvait plutôt jolie avec son visage fin et son petit nez. Malgré qu’elle soit une Utilisatrice et donc qu’elle pouvait s’épargner les efforts physiques, elle était plutôt athlétique. Mais elle n’avait pas la beauté caractéristique de Jyn. Par contre, à l’inverse de son amie, elle avait un caractère avenant qui faisait qu’elle avait le contact facile que ce soit avec les villageois ou les marchands.
—C’est ça oui, la vérité c’est que tu as fait traîner ton père pour t’épargner des efforts hein ?
—C’est étrange car malgré tes pouvoirs c’est la première fois que je te vois faire quelque chose d’utile dans le village. rétorqua Lake un sourire moqueur aux lèvres.
Ils se regardèrent dans un silence lourd, Charles et Paul en spectateur. Puis ils éclatèrent tous de rire en même temps.
Ils s’échangèrent des accolades affectueuses et continuèrent à rire ensemble.
—Alors comment c’était à la capitale ? demanda Paul.
Serrant la main du jeune homme, Lake vit le tatouage sur le dos de la main de Paul. C’était son sceau. Chaque Utilisateur après leur diagnostic en recevait un, il permettait de restreindre leur pouvoir à des utilisations non offensives.
Le frère d’Arlenne faisait une demi-tête de plus que Lake qui était déjà grand et ses longs cheveux blonds le faisaient ressembler à un noble prince. Pour compléter le tout, c’était la personne la plus bienveillante que Lake connaissait, humble et toujours prêt à aider, il était le modèle de tous les jeunes du village.
—Magnifique comme toujours mais bruyant, c’est bien la tranquillité de la campagne. répondit Lake.
—J’imagine bien, à Vertex il y’avait tellement de monde partout que s’en était étouffant. Je crois que quand on est né campagnard, on le reste à vie. répondit le jeune garçon en souriant.
Le frère et la sœur avaient reçu une formation à l’Académie, c’était l’institution créée par la Morale qui apprenait aux Utilisateurs à manier et mesurer leurs pouvoirs.
Tous les Utilisateurs n’y avaient pas le droit, la plupart recevaient simplement un sceau et une formation basique sur place pendant quelques semaines.
Mais il était rare d’avoir ne serait-ce qu’un Utilisateur dans un petit village comme Drómos. Alors deux, c’était incroyable. Dès leur quatorze ans, l’âge où les pouvoirs s’éveillent, ils furent envoyés à Vertex.
C’était la loi fondamentale de la Morale, tout le monde savait les dégâts que pouvaient causer un Utilisateur ne maîtrisant pas ses pouvoirs, c’est pour cela qu’ils étaient gérés par l’Académie dès l’apparition de leur talent.
L’Académie se trouvait aussi à Vertex. Arlenne et Paul ne faisaient que parler de sa beauté, Lake rêvait de la voir depuis des années.
—Et toi Charles, comment vont tes parents ? demanda Paul.
—Ils pètent la forme comme d’habitude. Je pense même que c’est eux qui assisteront à mon enterrement. répondit le fermier en rigolant.
—Heureux de l’apprendre, tu as de la chance d’avoir des parents aussi attentionnés.
—Je le sais bien, je ne remercierai jamais assez les Gardiens Fondateurs pour m’avoir donné cette famille.
Lake avait remarqué que Charles citait de plus en plus les enseignements de la Morale à chaque fois qu’il revenait au village.
Paul s’assurait toujours de la situation de tout le monde et lorsqu’il y avait un souci, il était aussi inquiet que s’il faisait partie de la famille concernée.
Alors qu’il discutaient des nouvelles du village, un homme petit et costaud, Jelv Valkit, le père des deux jeunes Utilisateurs approcha.
—Qui vous a permis de faire la causette ? Allez au boulot ! dit-il sévèrement.
—Désolé père, nous arrivons tout de suite. répondit simplement Arlène.
Lake se dit que les Gardiens avaient décidé de donner à Jelv des enfants avec un doux caractère pour essayer d’atténuer son terrible état d’esprit.
Arlene soupira et Paul fit un signe de main à Lake toujours en souriant puis ils repartirent au boulot, Jelv jeta un regard méfiant aux deux jeunes hommes qui avaient osé déranger les préparatifs de la fête.
—Vous n’avez donc rien à faire ? Vos parents vous laissent traîner comme ça ?
—Nous nous rendons chez une amie. répondit Charles.
—Quelle amie ?
—Chez Jyn Sesephos bien sûr ! dit d’un grand sourire, le jeune fermier.
L’homme blêmit et s’écarta.
—Ces gosses…. Ne traînez plus à côté de ceux qui travaillent sinon j’en parlerai à vos parents !
Ils se remirent en route sans daigner répondre au vieux Valkit.
—Tu as vu ? Même après cinq ans, il a toujours la même réaction ! lui dit Charles.
—Laisse tomber, c’était un ami du père de Jyn, ça a dû lui faire un choc à l’époque.
—Mouais c’est vrai qu’ils faisaient la paire, pas étonnant vu son caractère…
—Arrête de maugréer contre lui, tu veux qu’il t’entende ?
—Oui bon ça va, c’est qu’un vieux con de toute façon.
Lake lui flanqua une claque dans le dos. La surprise fit tousser Charles pendant un moment.
—Voilà, tu te tais enfin. dit d’un sourire satisfait Lake.
—En…foiré…tu m’as…coupé… la respiration. s’efforça de répondre Charles en toussant.
—Tu l’as bien cherché.
—Tu…me…revaudra ça. dit-il en luttant pour s’exprimer convenablement.
—Doucement tu vas t’étouffer, idiot. Ce n’était qu’une petite claque ! rigola le jeune chasseur tout en évitant la main de Charles qui cherchait vengeance.