Chapitre 7
Chapitre 7
La crise de toux du fermier se calma et ils reprirent leur chemin. Ils n’étaient plus qu’à une rue du marché.
Quand ils entrèrent sur la place, ils aperçurent tout de suite les échoppes bien rangées, toute comportant le symbole de l’Ordre qui démontrait qu’il possédaient une licence de commerce.
Ils vivaient en Valésia, royaume faisant partie de l’Union, tous les habitants devaient donc se plier aux règles de la Morale et accueillir les troupes de l’Ordre. Il y avait aussi des contrôles des activités, en particulier pour les Utilisateurs. Depuis la mort du roi, il y a quelques années, la situation était gelée entre les héritiers et la Morale, ils se partageaient donc le pouvoir à contre-coeur.
De simples campagnards comme eux n’avaient pas leur mot à dire mais Lake trouvait complètement injuste que la famille royale, vieille de plusieurs siècles, doive se plier à la Morale.
Son père lui avait dit que lorsque qu’il était né, le monde fonctionnait déjà comme ça. Ils devaient suivre les lois. Même si son père n’était pas un de ces fanatiques religieux, il savait que la Morale avait permis à plus des deux tiers du continent de prospérer pendant des siècles. Lake n’aimait pas vraiment l’attitude de leurs représentants mais il devait bien avouer que leur système fonctionnait. Il avait lu dans les livres d’histoire quelles conséquences pouvaient entraîner des Utilisateurs aux mauvaises intentions, il ne fallait jamais que ça se reproduise.
Cependant le jeune chasseur n’avait jamais eu l’occasion de discuter avec des prêtres de la Morale, ils venaient toujours pendant l’été, quand Lake voyageait.
Je me demande à quoi ils ressemblent, ils doivent probablement aider les gens comme le font Paul et Arlenne.
Lake aperçut plusieurs chariots ramenant des boissons et de la nourriture. Le village comptait à peu près six-cents habitants. La plupart d’entre eux viendront participer à la fête. Cette nuit allait être très animée.
Cette nuit allait être très animée par les rires et le bruit de la fête étant donné que —On dirait que cette année ils ont vu grand, hein Lake ? dit son ami.
—C’est le cas de le dire, oui.
—Il paraît qu’il y a même un marchand qui aurait ramené des feux d’artifices ! Cela fait des années que nous n’en avons pas vu. dit-il, des étoiles dans les yeux.
—C’est vrai que ça me manquait. répondit Lake, lui-même émerveillé rien qu’en songeant à ce spectacle.
Sur la place, de nombreuses petites échoppes étaient installées par les habitants désirant vendre leurs produits après la fin de la période hivernale. À cause de l’imminence de la fête du Printemps, on voyait quelques commerçants étrangers qui venaient notamment ravitailler les fermes et échoppes.
En cette période de l’année, les gens avaient de l’argent mais ils leur manquaient des provisions. La situation inverse de l’Été.
Ils arrivèrent au niveau de l’échoppe appartenant à l’oncle de Jyn.
Lake ne vit pourtant pas celui-ci à l’intérieur. À la place, c’est Jyn qu’ils trouvèrent en train de ranger des fournitures. Lake exprima sa joie de façon si visible sur son visage que Jyn se mit à sourire immédiatement à sa vue.
—Lake ! Charles ! Vous êtes là !
—On t’as manqué ? s'exclama Charles.
Jyn se précipita vers les deux jeunes hommes et les serra dans ses bras.
—Mais où est ton oncle ? lui demanda Lake.
—Il est parti à Miliana récupérer des fournitures. répondit Jyn.
—C’est bien, on aura la paix si ton oncle n’est pas là avec ses blagues de mauvais goût. se moqua Charles.
—Arrête de te moquer, je te rappelle que c’est grâce à lui si on a de quoi faire la fête du Printemps malgré cet hiver interminable !
—Oui, tu as raison depuis le discours du Gardien à Vertex, les marchands passent moins régulièrement dans les zones reculées, les villageois s’inquiètent. Heureusement que ton oncle est là pour aider le village. dit plus sérieusement Charles.
—J’ai entendu mon père parler avec certains d’entre eux à Alves, apparemment, ils n’osent plus aller dans les coins reculés à cause des brigands. répondit Lake.
—C’est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter pour l’instant ils restent sur les routes isolées mais et s’ils finissent par venir à notre village ? continua Charles. J’espère que l’Ordre nous débarrassera d’eux dans peu de temps.
—Tu rigoles ? Depuis quand l’Ordre prête attention aux coins paumés comme Drómos ? Je ne les ai jamais vus nous aider en tout cas. répliqua Jyn.
—On sait que tu ne les aimes pas beaucoup mais évite de le dire ici, Jyn. dit doucement Lake en jetant des coups d’œil autour de lui.
—Oui ! Il ne faut pas oublier qu’ils nous protègent aussi des Dénaturés.
Lake en eut presque des frissons à l’évocation de ces monstres. Des Hommes corrompus par l’Essence qui détruisaient tout sur leur passage, il avait lu plusieurs histoires à leur propos dans des bibliothèques.
Plusieurs passants s’étaient retournés sur leur passage, si son père en entendait parler, Lake doutait d’avoir le temps de revoir ses amis avec les corvées qu’il lui donnerait en punition.
—D’accord, d’accord. Je vais faire plus attention. chuchota la jeune fille.
—Je n’ai pas envie d’être privé de sortie pendant un mois. déclara Charles. Toi, tu peux faire ce que tu veux, mais nous, une seule connerie et on est foutus.
—Je vous cacherais chez moi. répondit Jyn en rigolant.
—Ma mère me poursuivrait jusque dans les Terres Désolées alors je préfère éviter de l’énerver. répondit Charles.
Ils éclatèrent de rire tous ensemble après cette déclaration, repensant à la dernière fois où la mère de Charles l’avait poursuivi une journée entière pour qu’il retourne aux champs.
Une fois calmés, Jyn leur demanda s’ils voulaient manger chez elle ce soir. Ils acceptèrent tous les deux puis aidèrent leur amie à ranger l’échoppe.
Ils se dirigèrent vers la maison de sa mère en fin d’après-midi.
Arrivés là-bas, ils firent un bouillon de poulet et allumèrent un feu dans la cheminée.
Lake remarquait à chaque fois que tout était très en ordre dans cette maison. Jyn en prenait vraiment soin, malgré le fait qu’elle devait s’occuper de sa mère. Il trouvait cependant qu’il faisait un peu froid alors il se dirigea vers le petit tas de bûches posé sur le plancher à gauche de la cheminée.
—N’utilise pas trop de bois, il n’y en a presque plus dans la réserve. dit Jyn à Lake alors que celui-ci jetait une bûche dans l’âtre.
Lake se rappela que Jyn et sa mère étaient des gens plutôt pauvres du fait de leur exclusion vis à vis du village et de l’absence de travail de sa mère. Il se demanda s'ils ne pouvaient pas faire quelque chose pour les aider mais à part leur apporter du bois chaque semaine, il ne trouva pas d’autres idées.
Ils commencèrent leur repas et se racontèrent leurs activités de cet hiver.
—Donc finalement, vous êtes tous restés cloîtrés pendant deux mois. conclut Charles. Enfin, seulement vous deux car moi j’ai dû labourer les champs et planter avant qu’il ne fasse trop froid. dit-il d’un air fier comme s’il était le seul à travailler.
—Ne dit pas ça Charles alors que ton père a sûrement fait tout le travail. répliqua Jyn, moqueuse.
—Nous allons enfin pouvoir sortir pour la fête ce soir. Tu pourras danser vu que tu es si fier de ta forme physique. déclara innocemment Lake.
Il savait très bien que le jeune fermier était un vrai manche incapable de danser correctement sans se ridiculiser.
Sa réponse eut l’effet qu’il attendait car Charles s’empourpra et balbutia une réponse.
—Allez c’est bon, je rigole, ne t’étouffe pas mon pauvre.
Le fermier lança un regard noir à Lake.
—Laisse-le tranquille Lake, il dansera avec moi pour s’entraîner. dit Jyn.
Danser avec Jyn ? C’était nouveau ça. On dirait que ces deux-là s’étaient bien rapprochés. Il est vrai qu’avec tout ses voyages Lake avait l’impression de s’écarter de plus en plus de ses amis alors qu’eux se rapprochaient.
Il ne ressentait pas de la jalousie envers Charles par rapport aux regards que lui lançait Jyn mais il ne pouvait s’empêcher d’avoir une pointe d’agacement dans un coin de sa tête.