Chapitre 5
Chapitre 5
C’est alors qu’il entendit quelqu’un crier son nom, il regarda vers les habitations et aperçut Charles dont la tête dépassait d’une fenêtre et qui lui faisait signe :
—Lake ! s’exclama Charles.
Le joyeux luron agitait frénétiquement la main tout en criant.
—Charles ! Ça fait combien de temps maintenant ? Deux, trois mois ? cria à son tour Lake.
—Viens un moment à la maison ! continuait de crier le jeune fermier.
Lorsque le jeune forestier arriva devant la porte de la ferme de Charles, il tendit le bras pour toquer contre la porte mais celle-ci s’ouvrit à la volée et il vit apparaître derrière l’embrasure de la porte la longue silhouette de Charles tout sourire.
Alors que son ami l’invitait à entrer, il aperçut la mère du jeune fermier au visage rayonnant qui s’affairait dans la pièce commune.
La mère de Charles était une personne joyeuse, elle avait un physique assez rond mais possédant de longues jambes et des mouvements souples, amincissant sa silhouette.
—Je suis contente de te revoir Lake, l’hiver a été long cette année. dit-elle souriante en le faisant entrer dans la cuisine.
—Moi aussi je suis content de vous revoir Madame Claugar ! dit Lake en souriant.
—Lake, enfin ! Tu sais que tu peux m’appeler Inya ! Bon, comment ça se passe en ville en ce moment ?
—Maintenant que les routes sont dégagées, les livraisons de charbon et de fer ne devraient pas tarder à arriver.
—Ah c’est bien ! Tout le monde en manque ici au village.
—Elles feraient mieux de ne pas tarder ces livraisons, on se les gèle ici ! râla Charles en se frictionnant les bras.
—Surveille ton langage. réprimanda aussitôt sa mère.
Charles se fit tout petit mais conserva un air moqueur dans le dos de sa mère puis tourna la tête vers Lake.
—Je vois que tu as une peau de cerf avec toi, ton père va ramener la viande ce soir ?
—Oui, il est en train de la préparer.
—Parfait, moi aussi j’ai préparé quelque chose pour la fête.
Charles lui coupa la parole.
—Ma mère à fait du gigot pour nous ce soir, tu sais à quel point il est exceptionnel, hein Lake ? dit-il en regardant avec insistance son ami.
—C’est très gentil de votre part Madame Claugar mais je pensais plutôt manger chez Jyn. expliqua Lake. Ça fait longtemps que je n’ai pas pu lui rendre visite.
—Bien sûr, ce n’est pas grave, je le ferai goûter à ton père. D’ailleurs cela fait un moment que vous ne vous êtes pas réunis tous les trois ! Charles, prends à manger, vous pourrez cuisiner chez Jyn. dit-elle à son fils avec un petit clin d’œil.
Lake s’étonna que la mère de Charles réagisse ainsi à la mention de Jyn.
Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il se tourna vers Charles et lui donna un coup de coude puis il chuchota :
—Tu sais très bien que son gigot est immonde, espèce de beau parleur.
—Oui mais si je lui disais en face, je serais de corvée dans les champs pour un mois entier. Et toi, tu as réussi à m’éviter ce repas, merci vieux frère. lui répondit-il.
Lake le regarda d’un air consterné.
Il n’a pas changé depuis que je suis parti.
Après cela, ils sortirent dehors pour se balader. Lake tenant toujours son sac contenant la peau du cerf sur son dos.
Il n’y avait que quelques personnes dans les rues et la majorité des occupations étaient concentrées sur la place avec le marché et les préparatifs de la fête du Printemps. Le village de Drómos n’était pas très grand et c’était le seul dans la région. Entouré de montagnes et de forêts avec seulement un petit cours d’eau à côté, il y avait peu d’intérêt pour y installer des habitations.
Il existait auparavant des mines et même une grande ville au Nord. Mais elles étaient désormais abandonnées, c’était d’ailleurs ironique que les habitants se fassent livrer leur charbon et leur fer par les villes des régions voisines alors qu’il y avait de vrais filons juste à côté. Malheureusement, la population n’avait pas l’expertise ni la main d’œuvre pour entretenir les mines abandonnées.
Cependant, ils vivaient dans un endroit paisible, loin des problèmes des grandes villes, assez isolés, ils n’avaient accès aux informations provenant de l’étranger que par le biais des marchands itinérants. Ces derniers venaient sur la place pour raconter les nouvelles de l’extérieur et peu de villageois manquaient ces occasions.
Malgré le fait que le village soit dépendant des passages des colporteurs, la vie était plutôt confortable.
C’était sur leur modeste place qu’on trouvait les seuls commerces du village : l’épicerie de monsieur Earl, la boutique du tanneur Olker Rimback qui était l’homme qui achetait les peaux de son père, la forge de Valtir Bendol, le boucher Ralt Berckle et enfin les deux modestes auberges, La Rocaille et l’Auberge de Martin.
Toutes les autres fournitures indispensables aux villageois comme les meubles ou les céréales venaient également des marchands itinérants. Le moulin était trop petit pour fournir tout le village en pain, les fermiers vendaient donc une grande partie de leur récolte.
—Il faut que je dépose cette peau chez Olker, tu m’accompagnes ? demanda Lake à son ami.
—Bien sûr.
La boutique de l’homme était toujours propre et rangée. Olker était à l’image de son commerce, grand, propre. Il était rasé de près et se tenait bien droit. Tout chez cet homme montrait la rigueur.
Pour les personnes qui le connaissaient, c'est-à-dire la plupart du village, c’était un homme bon et toujours prêt à rendre service en cas de besoin. Il était aussi honnête, ce qui semblait rare chez les marchands étrangers.
—Bienvenue ! Je t'attendais, Lake. dit le commerçant lorsqu’il vit le jeune homme ouvrir la porte. Charles t’accompagne à ce que je vois.
—Bonjour monsieur Rimback, je vous rapporte une peau de cerf que mon père et moi avons chassé ce matin.
—Bonjour monsieur, joyeux Printemps. dit Charles.
L’homme souria.
—Joyeux Printemps à vous aussi les garçons !
Il baissa la tête et inspecta la peau pendant quelques secondes d’un œil expert.
Il regarda les deux jeunes hommes d’un air satisfait.
—Mmmh je vois ! La peau est épaisse et en bon état. Je peux t’en offrir deux pièces d’argent. proposa Olker.
—D’accord. répondit Lake, satisfait.
Ils ressortirent de la boutique et se remirent en route vers le marché. Lake avait réussi à vendre la peau du cerf à un bon prix, son père serait content. Avec cette somme, ils pourraient acheter de la nourriture pour au moins une semaine.