Chapitre 4
Après une longue attente allongés dans les fourrés, Lake et Jakol avaient réussi à piéger trois lapins mais aucun cerf ou sanglier. C’était un gibier assez maigre pour un début de Printemps, pensa Lake. Normalement les animaux devraient sortir de leurs abris et se montrer maintenant que l’hiver était fini.
Alors qu’ils pensaient à repartir vers la cabane, ils entendirent de légers bruits en contrebas du semblant de sentier. Son père lui fit signe de rester silencieux et ils se figèrent, aux aguets.
Quelques instants plus tard, un grand cerf surgit à quelques mètres de Jakol. L’animal ne semblait pas les avoir aperçus. Il allait falloir agir précautionneusement et avec habileté car au moindre mouvement, le cerf s’enfuirait.
Il sortit son arc en douceur et se mit en position accroupie, il banda lentement l’arc de toutes ses forces et inspira de l’air dans ses poumons. Il regarda le cerf, ajusta son angle de visée au niveau de la tête de l’animal, expira et lâcha la corde qui fit un bruit sec en partant, la flèche s’en alla à toute allure.
Cependant, Lake avait imperceptiblement décalé son arme vers le bas et le projectile se logea dans le cou du cerf.
Celui-ci poussa un bramement de douleur et commença à courir vers la profondeur de la forêt. Il allait disparaître à travers les fourrés mais c’est alors qu’il reçut une autre flèche en pleine tête et s’écroula dans la pente du sentier.
Son père abaissait calmement son arc après ce tir parfait.
Le jeune homme siffla d’admiration.
—Je n’ai pas encore ton niveau, père. déclara Lake
—Ne t’inquiète pas Lake, tu es doué, plus doué que moi à ton âge, dans quelques années tu seras sûrement meilleur que moi à l’arc. lui assura son père en souriant.
—Si je suis à moitié aussi bon que toi ça me suffit. En tout cas, nous avons attrapé un beau mâle, il était grand et fort. On va pouvoir vendre sa peau au marché et utiliser sa viande pour la fête. dit Lake.
Retourner au village après tous ces mois en ville faisait du bien.
Malgré le fait que son père achetait la plupart du temps leur nourriture, il était un très bon chasseur et il avait tout appris à Lake.
Son père le regarda avec un sourire en coin pendant un instant puis déclara :
—Ce qui t'intéresse, c’est surtout de revoir Jyn, n’est-ce pas Lake ?
Lake tourna la tête et regarda son père en soupirant.
—Père… J’ai envie de revoir tous mes amis ! Pas seulement Jyn.
Son père rigola. Le jeune chasseur réalisa qu’il était encore tombé dans le piège de son père et se mit à rire lui aussi. Cette petite pique lui fit penser à Charles, son ami fermier ainsi Elgad, le grand montagnard qui était l’équivalent d’un oncle pour lui et surtout à Jyn, sa meilleure amie. Avec son père, ils étaient les trois personnes qui comptaient le plus à ses yeux.
Jakol se baissa pour soulever le cerf et le mettre sur une toile. Il referma les coins autour du cerf et prit les deux cordes qui étaient fixées par des anneaux en fer sur la toile.
—Viens m’aider à le porter, il pèse son poids l’animal.
—Très bien, j’arrive. Dit Lake en attrapant la corde que lui tendait son père.
Ils se mirent donc à traîner le cerf sur le sentier, Lake avec les lapins sur le dos tirait la corde de droite et son père, celle de gauche pour maintenir un équilibre. En répartissant le poids de cette façon, ils limitaient les efforts de chacun.
Quand ils arrivèrent à la cabane, il était déjà midi. Ils posèrent le cerf dans l’atelier sur le côté puis ils allèrent dans la cuisine pour poser leurs affaires.
Après cela ils retournèrent vers le cerf pour le dépecer. Une fois cette tâche terminée, Jakol et Lake enlevèrent leur tablier de cuir.
—On a fait du bon boulot, Lake. Déclara son père en lavant ses mains dans le seau du puits à l’extérieur.
—Est-ce que je peux partir en avance au village avec la peau du cerf ? Demanda Lake.
—Oui, vas-y tu l’as mérité, je vais m’occuper de la viande, je te rejoins en début d’après-midi sur la place. Ah oui et prends un peu d’argent si tu manges là-bas !
—D’accord, tu veux que je prenne quelque chose pour toi ?
—Non, je vais manger à la maison avant de venir. répondit Jakol.
—Très bien, on se voit tout à l’heure. dit Lake en prenant son manteau.
Prenant un grand sac en tissu et fourrant la peau dedans, il le jeta ensuite sur son dos. Il sortit par la porte sur le côté et commença à marcher vers le village, Lake observait la forêt sur le flanc de la montagne, mystérieuse et grouillante de vie. Il avait pu profiter de la présence de son père pendant tout l’hiver et maintenant, il devait rattraper le temps perdu avec Jyn et Charles.
Lake pourrait aussi revoir son compagnon de chasse, Elgad qui était toujours prêt à discuter avec lui de ses problèmes.
En contrebas, il voyait les champs. Il pouvait même apercevoir quelques paysans s’occupant de leurs terres où des pousses de blé commençaient à apparaître. Il continua à marcher sur la route pavée, une des seules de leur région qui montrait qu’un ancienne civilisation vivait ici, aujourd’hui complètement oubliée.
Malgré le fait que ce soit une route pavée, il en manquait certaines parties et la route était même recouverte par la terre et la mousse à certains endroits.
Lake était perdu dans ses pensées lorsqu'il entendit derrière lui le bruit des roues d’un chariot claquant sur les pavés. Il se retourna et aperçut un vieil homme, les rênes de deux chevaux dans une main, un long bâton dans l’autre. Il n’avait pas l’air d’un colporteur. Celui-ci s’arrêta à son niveau et lui demanda :
—Bonjour jeune homme. Où puis-je trouver le maire de ce hameau ?
—Vous devez avancer jusqu’à la place et vous apercevrez une maison à deux étages à côté de l’auberge nommée la Rocaille. lui répondit Lake. C’est le domicile du maire.
Le vieil homme était plutôt grand et avait l’air en bonne forme physique malgré son âge, d’ailleurs Lake n’aurait su dire précisément quel âge avait cet homme. Il dégageait une étrange impression de tranquillité.
—Merci bien, jeune homme.
—Nous ne voyons pas souvent d’étrangers en dehors des marchands par ici, d’où venez-vous ?
L’homme dégageait une étrange impression, de la tranquillité mêlée à une sage assurance. Cet étranger n’était pas anodin.
—De Licus, au Sud. Je voyage souvent à l’étranger. dit le vieil homme.
—C’est un pays magnifique, je me suis arrêté à la frontière une fois avec mon père. Que venez-vous faire aussi loin de chez vous ?
—Je suis de passage pour des affaires.
—Il y a la fête du Printemps ce soir, si vous trouvez le temps, rejoignez-nous. proposa Lake en souriant.
—J’y penserais, bonne journée, jeune homme.
Le jeune chasseur fit un signe de main au vieil homme tandis que celui-ci repartait, disparaissant derrière la pente de la route.
Lake se rendit compte qu’il n’avait même pas demandé son nom au vieillard. Il se demanda si l’étrange impression qui se dégageait de ce vieil homme venait du fait que celui-ci était peut-être un Utilisateur.
Malheureusement il n’avait pas pu voir le dos des mains de l’homme où se trouvait le sceau reconnaissable des Utilisateurs.
C’était peut-être un de ces magiciens qui utilisaient leurs pouvoirs pour divertir les gens en ville.
Sur ces réflexions, Lake approchait du village, il avait déjà dépassé les dernières collines et marchait sur le chemin entre les fermes qui bordaient Drómos.