Chapitre 2
Lake se réveilla en criant. En se levant, son mouvement brusque couplé au cahot qui secouait le véhicule le fit basculer et il se cogna violemment la tête contre les planches du chariot dans lequel il se trouvait. Il porta les mains à sa tête puis prit enfin conscience de son environnement. Il haletait comme s’il avait couru toute la journée et sa couverture était trempée de sueur. Que lui était-il arrivé pour qu’il se réveille dans cet état ? Il se souvenait d’avoir rêvé d’une longue chute suivie d’un sentiment de brûlure intense et puis plus rien.
Il reprit sa respiration et se calma, c’était sans doute un banal cauchemar, oui c’est ça, un cauchemar. Mais il avait l’impression que ce qu’il avait vécu était plus réel que n’importe quel rêve.
Se persuadant que tout ça n’était que le fruit de son imagination, il se concentra sur un problème plus concret : la bosse qui ne tarderait pas à se former au sommet de sa tête.
Il se massa la tête en grommelant et sortit sa tête à l’avant du chariot bâché.
—Papa ! Tu pourrais faire attention ? J’ai failli me fendre le crâne sur ces planches ! Par le sang des Gardiens ! Ça fait un mal de chien.
Son père, Jakol, lui jetta un coup d’œil sévère puis reporta son attention sur le chemin.
—Désolé pour ta future bosse, fiston. Mais par contre, je t’ai déjà dit de surveiller ta langue ! Jure encore une fois comme ça et je te fais courir à côté du chariot !
—Oui, oui, désolé, je ferais attention désormais. répondit Lake en grommelant. On arrive bientôt ?
—Je voulais te réveiller une fois que nous serions arrivés à la maison mais la route s’en est chargée pour moi. dit-il en rigolant.
Son père avait déjà passé l’éponge pour son petit accès de colère. Enfin bon, il ne savait pas si c’était mieux s’il se moquait à présent de sa bosse.
Lake ne put s’empêcher de lancer un regard indigné à son paternel tout en se massant la tête. Ça y est, il sentait déjà que son front gonflait.
Ils approchaient de leur maison, en bordure de forêt, c’est la première bâtisse qu'ils croisaient depuis leur passage dans les montagnes. Le jeune homme était heureux de retrouver l’étendue d’arbres calmes et apaisants. Tout le monde n’aurait pas eu le même sentiment à cause de la densité de la végétation qui donnait un aspect ténébreux à la forêt mais lui il la parcourait depuis sa naissance. C’était comme son propre jardin.
Son père reprit la parole.
—Une fois à la maison, nous partirons chasser avant d’aller au village. Il faut renouveler notre stock de viande, l’hiver n’a pas été clément.
—J’espère que la maison n’a pas subi de dégâts pendant notre absence.
—Tu rigoles ? C’est moi l’ai bâti alors que tu ne savais même pas encore marcher ! Même une tornade ne lui ferait rien. assura son père.
Cet hiver avait été particulièrement difficile, normalement nous aurions dû rentrer dix jours plus tôt.
Malheureusement, les chutes de neige avaient rendu les routes impraticables.
Chaque année, ils revenaient au village à plusieurs occasions: pour la fête de l’Été, la fête du Printemps et les anniversaires de leurs connaissances. Cette année ils arriveraient tout juste pour assister à la célébration du Printemps.
Lake commença à apercevoir leur cabane au loin, les arbres s’écartaient peu à peu, signalant la fin de la forêt.
Son père disposa le chariot sur le côté droit de leur maison, il avait aménagé, il y a plusieurs années, un espace avec une palissade de bois faisant un carré avec un côté pouvant s’ouvrir pour y ranger le véhicule.
Ils mirent pied à terre, son père se tourna vers lui pendant qu’il flattait l’encolure de leurs deux juments, Brise et Herbe Folle.
—Tu peux aller chercher nos tenues de chasse et vérifier la maison pendant que je m’occupe des chevaux ? demanda son père.
—D’accord, je dois prendre aussi des affaires à ramener au village ?
—Non, nous allons revenir ici avant de descendre.
Leur cabane était située en hauteur à une certaine distance de Drómos, leur village. La forêt suivait la pente de la chaîne de montagne et leur village se situait en contrebas, en dehors de la végétation.
Il prit la clé dans la bourse de son père et s’approcha de la porte pour l’insérer dans la serrure. Il la tourna vers la droite et le petit cliquetis caractéristique du morceau de métal bloquant l’entrée se soulevant se fit entendre. Cependant Lake dû pousser la porte avec son épaule pour l’ouvrir
Cette vieille porte est toujours aussi incroyablement lourde.
Ayant enfin une ouverture assez grande, il entra.
Il commença par inspecter leur petite cuisine avec leur table à manger au centre, rien ne semblait manquer, il avança alors et passa dans leur petite pièce commune qui disposait d’un poêle dans un coin. Ici aussi, rien ne manquait à l’appel. Juste après, un rapide coup d’œil dans leurs deux chambres lui appris que rien n’avait bougé. Il finit par la dernière pièce où se situait leur latrine ainsi que leur bain.
Tout semblait donc en ordre, il se dirigea vers la remise, ouvrit les deux portes au fond de la cabane et prit leurs affaires de chasse.
Lake ressortit, et referma la porte, en se retournant il vit que son père l’attendait déjà, un arc dans chaque main avec leur carquois sur son épaule. Quand ils partaient en voyage, ils prenaient toujours leur arc avec eux.
—Tu as tout trouvé ?
—Oui, et rien n’a bougé dans la maison.
—Je te l’avais dit ! Cette cabane est aussi solide que les montagnes derrière nous !
Son père lui tendit son arc et son carquois.
—Tu dis ça à chaque fois qu’on revient…
—Allez il faut qu’on ne revienne pas trop tard pour avoir quelque chose à ramener pour la fête !