Chapitre 1

Le ciel. Tout ce qu’il voyait n’était qu’une étendue bleue qui ne semblait pas posséder de fin. Le Soleil l’éclairait et lui donnait une allure resplendissante comme si la voûte céleste brillait intensément. Le vent virevoltait et dispersait les rares petits nuages qui essayaient d’estomper l’éclat de l’océan aérien. Cette vision en était presque effrayante car on aurait dit qu’en laissant plonger son regard trop profondément dans cette étendue, on serait aspiré, piégé à tout jamais par cette dernière.
Mais ici, nulle inquiétude car ce n’était pas la première fois qu’il se rendait dans cet endroit. Son esprit lui disait qu’il connaissait cet endroit mais sa mémoire n’arrivait pas à saisir le moment où il s’y était rendu, comme emplie d’un brouillard, elle tâtonnait à la recherche de souvenirs qui semblaient l’éviter, faisant tout pour lui compliquer la tâche.
Pendant ce qui lui sembla des heures, il chercha des réponses dans son esprit mais plus il s’y enfonçait, moins il se rapprochait de la vérité. Quand il abandonna enfin et reprit conscience à la surface, il ne s’était écoulé que quelques secondes. Les rafales de vent dispersaient les mêmes nuages maigrichons et le Soleil avait la même position. Malgré ce phénomène étrange, il ne s’attarda pas dessus comme s’il savait déjà que le temps s’écoulait différemment à l’intérieur de lui.
Maintenant qu’il était pleinement concentré sur son environnement, il pouvait percevoir qu’il n’était en réalité pas vraiment là dans le ciel, encore une fois, son esprit lui certifiait qu’il savait ce qu’il faisait. Ces certitudes faisaient qu’il savait tout et rien à la fois, comme un nouveau-né qui aurait lu tous les livres du monde. Perturbante. C’était le mot parfait pour décrire la situation qu’il ressentait en ce moment.
Il lui restait quand même des choses que l’entièreté de son esprit s’accordait à affirmer : cette sensation de sentir l’air parcourir sa peau, hérissant ses poils, la chaleur de Soleil qui lui baignait le visage et inhaler les odeurs d’une nature à l’état brute transportée par le vent. Tout cela, il en était sûr mais il le voyait de très loin. C’était comme s’il penchait sa tête à travers une fenêtre qui se trouvait à des centaines de kilomètres de là, une fenêtre reliant les deux bouts du monde.
Pourtant, qu’était-ce, ici ? C’est là qu’une évidence frappante lui apparue, s’il se trouvait dans le ciel, comment pouvait-il ne pas tomber ? Il regarda à ses pieds et vit un sol, de la pierre lisse. Non pas des briques ou des pavés mais un morceau complètement lisse de pierre.
Quelle structure pouvait monter aussi haut dans le ciel ? Et que faisait-il là d’ailleurs ? Les inquiétudes qu’ils auraient dû ressentir depuis le début commençaient enfin à faire surface.
Mais il balaya tout ça, que faire d'inquiétude quand il savait déjà tout ? Mais il ne comprenait pas ce qu’il savait se dit-il dans le même temps. Cette pensée se fit à nouveau écartée, pour l’instant tout ce qui comptait c’était le plaisir que lui procurait le fait de se trouver en cet endroit.
Un sentiment d’euphorie montait en lui à mesure qu’il repoussait toutes les angoisses et questions.
Cette euphorie monta à un point qu’elle lui murmura quelque chose : et s’il faisait un pas en avant ? C’est vrai, quelle merveilleuse idée de s’enfoncer plus profondément dans le paradis. Il se tenait sur un carré d'à peine deux mètres de côté, pourtant il savait qu’il y avait quelque chose, il était persuadé que s’il faisait quelques pas en avant, il atteindrait la clé de l’ouverture de son être au monde, il serait comblé pour l’éternité. Il était résolu, il ne se permit même pas une seconde d’hésitation, à quoi bon vu qu’il connaissait déjà ce qu’il allait rencontrer ?
Il fit un pas en avant et…chuta.
Le ciel bleu disparut, laissant place à un tourbillon de couleurs tandis qu’il tournoyait dans les airs. L’euphorie laissa la place à une panique effroyable, amplifiée par tous les doutes enfouis par sa confiance de là-haut.
Il avait l’impression que plus il chutait, plus sa vitesse augmentait.
Il avait affreusement peur, certes, mais comment faire autrement devant ce qui se présentait à lui : face à ses yeux, un enfer de flammes chutait avec lui vers le sol, il n’y avait plus de ciel bleu, seulement des flammes. Comme si les feu se tapissait depuis le début hors de sa vue, attendant le bon moment pour plonger avec lui et l’accompagner dans sa chute.
Mais la fournaise ne comptait pas s’éteindre en tombant au sol, les flammes qui descendaient alors à la même vitesse que lui se mirent à accélérer en plein vol. Le dépassant, elles s’écrasèrent, recouvrant le continent tout entier.
Les forêts furent rasées en quelques secondes, les montagnes fondirent sous la chaleur, les villes devinrent des tas de cendres à l’instant où le feu les touchait.
Quant à lui, il se rapprochait dangereusement du sol, il voyait l’amas gigantesque de chaleur s’agrandir même si en réalité, c’est lui qui tombait droit dessus. Il tendit les mains devant lui et ferma les yeux, espérant que tout ça disparaîtrait mais rien n’y fit. La puissance des flammes était telle que même en fermant les paupières, il pouvait voir le rouge ardent passer au travers. Il n’était qu’à mis chemin du sol mais la douleur des brûlures était déjà épouvantable, il sentait littéralement sa peau se liquéfier sur ses os, brûlant ces derniers par la même occasion. Alors qu’il atteignait la limite de douleur que son esprit pouvait imaginer, il ressentit soudain une surface solide qu’il heurta avec fracas.