Chapitre 3
Chapitre 3
Théor resta plusieurs secondes à observer la poudre blanche qui flottait entre les mains de Léo.
Il ne disait rien.
Il ne bougeait même plus.
Léo commença à s’inquiéter.
— Monsieur ?
Aucune réponse.
— Monsieur Vandelis ?
Toujours rien.
Léo regarda son père.
— Il est cassé ?
Léila leva la tête.
— Peut-être qu’il dort debout.
Armand se retint de rire.
Théor finit par cligner des yeux.
— Pardon ?
— Vous étiez immobile, expliqua Léo.
— J’étais en train de réfléchir. Je crois avoir déjà vu cela dans un vieux grimoire. Venez dans mon bureau.
Quelque temps plus tard, ils arrivèrent devant une immense porte en bois.
Théor sortit une vieille clé.
Il la fit tourner dans la serrure.
Clic.
La porte s’ouvrit.
Derrière se trouvait une petite salle remplie de vieux ouvrages.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Waouh ! Il y a beaucoup de vieux livres tout abîmés.
— Oui, et c’est pourquoi ils ne sont pas exposés. Tu n’y serais pas entré si tu n’avais pas cette étrange magie.
Léo sourit.
— Alors ma magie est utile !
— Peut-être.
Théor s’avança jusqu’à une étagère.
Il passa lentement son doigt sur les livres.
Puis il s’arrêta.
— Voilà.
Il tira un ouvrage très ancien.
La couverture était presque entièrement usée.
Il ouvrit le livre.
Les pages étaient jaunies.
Certaines étaient même déchirées.
Théor tourna plusieurs pages.
Puis il s’arrêta.
Son expression changea.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Armand.
Théor ne répondit pas.
Léo s’approcha.
Sur la page se trouvait un ancien dessin.
Une silhouette humaine entourée de poudre blanche.
Léo sentit son cœur battre plus vite.
— C’est...
Théor approcha son visage du dessin.
— Mais c’est ma magie !
— On dirait plutôt de la neige, répondit Léila.
— Non, je pense qu’elle ressemble effectivement à la sienne.
Armand observa la page.
— Que dit le texte ?
Théor parcourut les lignes.
Son visage devint de plus en plus sérieux.
— Le texte parle d’une manifestation magique observée il y a plus de cinq siècles, avant l’ère de l’ingénierie magique.
Léo se rapprocha encore.
— Et alors ?
Théor leva lentement les yeux.
— Le texte parle de l’utilisation de cette poudre comme combustible pour alimenter un feu, mais elle possède également une certaine capacité d’absorption de l’eau. La neige est incapable de faire cela. Bon, bref, on va vérifier cela.
— Heu… Vous voulez que ma femme y mette le feu ?
— Non, bien sûr que non. Mais il se trouve que je suis un utilisateur de l’eau. Alors je vais manifester ma magie et arroser cette poudre.
Théor posa délicatement le vieux grimoire sur une table, puis s’approcha de son bureau.
— Très bien. Léo, fais apparaître un peu de cette poudre.
Léo tendit les mains.
Cette magie apparut aussitôt autour de ses doigts avant de tomber lentement sur le bureau.
Une petite couche de poudre blanche recouvrit le bois.
Théor retroussa ses manches.
— Maintenant, regardez bien.
Il plaça sa main au-dessus de la poudre.
Une lueur bleutée apparut dans sa paume.
— Aquaton.
Une petite quantité d’eau jaillit de sa main et s’écoula directement sur la poudre.
Tout le monde s’attendait à ce que les particules se dissolvent ou soient simplement emportées par l’eau.
Mais rien de tout cela ne se produisit.
L’eau disparut presque instantanément.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Elle a bu l’eau !
— Exactement, répondit Théor.
Il recommença avec une quantité légèrement plus importante.
Cette fois, l’eau fut absorbée encore plus rapidement.
La poudre gonfla légèrement sans reprendre sa forme initiale.
Théor resta silencieux.
— C’est impossible… s’exclama Fiona !
Armand fronça les sourcils.
— Pourtant, on vient de le voir.
— Oui, mais ce comportement ne correspond à aucune particule magique connue et identifiée.
Fiona regarda la poudre.
— Vous êtes sûr que ce n’est pas simplement une nouvelle propriété de la Vitaton ?
Théor secoua lentement la tête.
— Non. La Vitaton possède des propriétés liées à la régénération et à la réparation du vivant. Elle ne devrait pas être capable d’absorber de l’eau de cette manière. Mais même si je ne suis pas équipé d’instruments de pointe comme ceux de la Tour Céleste, on peut tout de même essayer de déterminer avec quelle particule de base elle est produite, puisque Gorgre Delmen a mis en évidence que la magie est héréditaire. Bien, madame, quelles sont vos magies ?
— Magie de soins et de feu.
— Donc de la Vitaton et de la Fireton. Et en quelle proportion ?
— Deux tiers de Vitaton et un tiers de Fireton.
— Donc, vous possédez deux allèles codants normaux et un troisième allèle codant très rare. Bien. Et vous, monsieur ?
— Moi, je ne possède que de la Vitaton et rien de plus.
— Mmmmh… Je pense donc que vous avez un seul allèle codant, un allèle non codant et une absence du troisième allèle. Mais vous devez posséder le gène très rare responsable de la fusion des particules. Je pense que ça ne peut pas s’agir d’une particule fusionnée double, puisque la Vitaton associée à la Fireton donne des flammes de couleur verte permettant la guérison, ni de la Vitaton double, puisqu’elle génère un liquide verdâtre permettant la germination et la manipulation des végétaux. Donc, cela ne peut s’agir que d’une particule fusionnée triple : le triple Vitaton ou le double Vitaton avec une Fireton. Vous avez déjà les prédispositions pour que votre enfant puisse avoir ce type de magie, mais c’est une chance incroyable. D’autant plus que les spermatozoïdes possédant l’allèle non codant sont plus rapides que ceux qui possèdent l’allèle codant, en plus du gène de fusion. Et madame a dû fournir le troisième allèle codant.
— Euh… Qu’est-ce qu’il raconte, le monsieur ? demanda Léila.
Léo regarda Théor, puis sa mère.
— Moi non plus, je n’ai rien compris.
Théor soupira.
— Désolé. Mais vous, les enfants, vous n’avez pas l’âge requis pour comprendre la génétique. Mais si cette poudre provient réellement de particules fusionnées triples, alors elle devrait posséder des propriétés beaucoup plus importantes qu’une simple capacité d’absorption de l’eau.
Armand regarda le vieux grimoire.
— Le livre mentionne aussi qu’elle peut servir de combustible.
— Oui. Mais ce n’est pas suffisant. Elle doit avoir d’autres capacités.
Léo sourit.
— Alors, vous ne savez pas tout ?
Théor le regarda.
— Non.
— Pourtant, vous avez plein de livres.
— Oui.
Léo désigna les étagères.
— Et vous avez dit que vous connaissiez beaucoup de choses.
Théor sourit.
— Beaucoup de choses, oui. Toutes les choses, non.
Léo réfléchit.
— Alors les livres ne savent pas tout.