Chapitre 2
— Léila ! s'exclama Léo.
Il se précipita vers la maison, mais son père le rappela.
— Doucement, Léo ! Elle dort encore.
— Mais il faut qu’on parte !
— Justement. Si tu veux qu’elle vienne avec nous, évite de lui sauter dessus dès son réveil. Mais , elle va d'abord prendre le petit déjeuné.
Léo s'arrêta devant la porte.
Il réfléchit quelques secondes.
— Alors… je la réveille doucement ?
Fiona sourit.
— C’est une bonne idée.
Léo monta les escaliers quatre à quatre, puis s’arrêta devant la chambre de sa sœur.
Il posa la main sur la poignée.
Il hésita.
Léila n’aimait pas être réveillée.
Il le savait très bien.
La dernière fois qu'il avait essayé, elle lui avait lancé son oreiller en plein visage.
Léo ouvrit finalement la porte.
La chambre était plongée dans une faible pénombre. Les volets étaient presque entièrement fermés et seuls quelques rayons de soleil traversaient les interstices.
Léila dormait profondément, complètement enfouie sous sa couverture.
On ne voyait dépasser que ses cheveux.
Léo s'approcha du lit.
— Léila ?
Aucune réaction.
— Léila…
Toujours rien.
Il se pencha légèrement.
— Léila, réveille-toi.
La petite fille remua à peine.
— Mmmh…
— Il faut partir.
— Non…
— Mais il faut y aller.
— Je dors.
— Justement, tu es réveillée maintenant.
Léila tira la couverture au-dessus de sa tête.
— Non.
Léo soupira.
— Papa et maman veulent qu'on aille à la bibliothèque.
La couverture bougea légèrement.
— Je veux pas aller à la bibliothèque.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est nul.
— Tu n'y es même jamais allée.
— Je sais déjà que c'est nul.
Léo réfléchit.
Il ne pouvait pas vraiment lui donner tort. Une bibliothèque, c'était beaucoup de livres, des étagères et surtout des adultes qui disaient « chut ».
Il tenta une autre approche.
— On va chercher des livres sur ma magie.
La couverture resta immobile.
— Je m'en fiche.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Tu t'en fiches ?
— Oui.
Léo croisa les bras.
Il était à court d'idées.
Puis il entendit la voix de sa mère depuis le rez-de-chaussée.
— Le petit déjeuner est prêt !
La couverture retomba immédiatement.
Léila s'assit dans son lit.
— Il y a quoi ?
Léo sourit.
— Ah ! Alors là, tu es réveillée. Maman a fait du chocolat chaud.
Léila se redressa immédiatement.
— Du chocolat ?
— Oui.
Léila sauta hors du lit.
— On descend !
Elle passa devant Léo en courant.
Quelques instants plus tard, les deux enfants arrivèrent dans la cuisine.
Léila grimpa sur sa chaise et regarda immédiatement la table.
— Où est le chocolat ?
Fiona posa une tasse devant elle.
— Bonjour à toi aussi.
— Bonjour maman. Où est le chocolat ?
Fiona rit.
— Dans ta tasse.
Les yeux de Léila s'illuminèrent.
— Du chocolat chaud !
Elle attrapa sa tasse à deux mains et commença à boire.
Armand regarda sa fille.
— Attention, c'est chaud.
Léila s'arrêta.
Elle souffla sur la tasse.
Puis elle but une nouvelle gorgée.
— C'est bon.
Léo s'assit à côté d'elle.
— Moi aussi, j'en veux.
Fiona lui tendit une tasse.
— Tiens.
— Merci.
Le petit déjeuner commença tranquillement.
Léila mangeait une tartine avec tellement de confiture d'abricots qu'on aurait pu croire qu'elle essayait de cacher le pain.
Armand observait la scène.
— Léila, tu comptes manger la tartine ou la confiture ?
La petite fille regarda sa tartine.
Il ne restait presque plus de pain visible.
— La confiture.
Armand soupira.
— Évidemment.
Après avoir terminé son petit déjeuner, Léila posa sa tasse.
— Je peux retourner dormir maintenant ?
— Non, répondit Fiona.
— Pourquoi ?
— Parce qu'on doit aller à la bibliothèque.
Le visage de Léila s'assombrit immédiatement.
— Ah...
Elle regarda Léo.
— Je croyais qu'on allait juste manger.
— Non.
— Alors je veux retourner dormir.
Armand intervint.
— Nous ne resterons pas longtemps.
— Combien de temps ?
— Je ne sais pas.
Léila réfléchit.
— Une heure ?
— Peut-être.
— Deux heures ?
— Peut-être.
— Dix heures ?
— Certainement pas.
Léila poussa un soupir dramatique.
— C'est beaucoup trop long.
Léo se mit à rire.
— Tu ne sais même pas combien de temps ça va durer !
— Justement. Ça pourrait durer dix heures.
Armand se leva et prit une petite boîte en bois.
Léo s'approcha immédiatement.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Des petits flacons.
Armand ouvrit la boîte.
À l'intérieur se trouvaient plusieurs petits récipients en verre.
— Je vais mettre ta poudre dedans.
Léila regarda son frère.
— Quelle poudre ?
Léo la regarda.
— Celle de ma magie.
— Tu as fait de la poudre ?
— Oui.
— Tu as trouvé un sac de farine ?
— Non !
— Alors comment tu as fait ?
Léo haussa les épaules.
— C'est apparu.
Léila sembla réfléchir très sérieusement.
— Ta magie est bizarre.
— Papa et maman disent qu'elle est mystérieuse.
— C'est une façon compliquée de dire bizarre.
Léo lui tira la langue.
— Na !
Fiona posa une main sur la tête des deux enfants.
— Allez, on se prépare.
Léila descendit de sa chaise.
— Je veux pas aller à la bibliothèque.
Armand se dirigea vers la porte.
— Allez, Léila.
— Non.
— Viens.
— Non.
— Léila…
La petite fille croisa les bras.
— Je reste ici.
Armand réfléchit quelques secondes.
Puis il regarda Fiona.
Fiona lui rendit son regard.
Tous deux eurent la même idée.
Armand s'accroupit devant Léila.
— Tu sais ce qu'il y a juste à côté de la bibliothèque ?
Léila secoua la tête.
— Non.
— Un magasin de chocolat.
Silence.
Léila cligna des yeux.
— Un magasin de chocolat ?
— Oui.
— Avec du vrai chocolat ?
— Beaucoup.
— Des tablettes ?
— Oui.
— Des chocolats avec du caramel ?
— Probablement.
— Des chocolats en forme de poissons ?
— Je n'en sais rien.
Léila attrapa immédiatement son manteau.
— On y va !
Léo éclata de rire.
— Mais tu voulais pas venir !
— J'ai changé d'avis.
— Encore ?
— Oui.
Elle enfila son manteau à l'envers.
Fiona la regarda.
— Léila…
La petite fille baissa les yeux.
— Ah.
Elle retira son manteau et le remit correctement.
— Voilà.
Armand ouvrit la porte.
— Tout le monde est prêt ?
— Oui ! cria les enfants.
Armand sourit.
— Étrange. Il y a trente secondes, quelqu'un voulait retourner dormir.
Léila prit la main de son père.
— Je ne me souviens pas.
La famille Foros quitta la maison.
L'air marin frappa immédiatement leurs visages.
Le soleil venait à peine de dépasser les toits et la ville commençait seulement à s'animer.
Ils continuèrent leur chemin. Ils croisèrent de plus en plus de personne.
La magie était présente partout.
Une femme allumait les lampes de son échoppe grâce à une petite flamme .
Plus loin, un garçon de l'âge de Léo faisait léviter quelques pièces au-dessus de sa main.
Léo observait chaque manifestation magique avec fascination.
Léila, elle, observait surtout les magasins.
— Papa ?
— Oui ?
— Le magasin de chocolat est encore loin ?
— Non.
— Il est où ?
— Juste à côté de la bibliothèque.
Léila sourit.
— Alors j'aime bien la bibliothèque.
Armand leva les yeux au ciel.
— Tu ne l'as même pas encore vue.
— Ce n'est pas grave.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle est à côté du chocolat.
Léo éclata de rire.
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent devant l'immense bibliothèque de Néréïs.
Le bâtiment était ancien et imposant. Ses murs de pierre étaient couverts de plantes grimpantes et de grandes fenêtres permettaient à la lumière d'éclairer les salles intérieures.
Léo leva les yeux.
— C'est ici qu'on va découvrir ma magie ?
Armand sourit légèrement.
— Peut-être.
Léila regarda le bâtiment.
— C'est grand.
— Oui.
La famille entra dans le bâtiment.
Une odeur de vieux papier et de poussière envahit immédiatement leurs narines.
Léo éternua.
— Atchoum !
Son éternuement résonna dans toute la salle.
Léila le regarda.
— Tu viens de réveiller les livres.
— Les livres ne dorment pas !
— Tu n'en sais rien.
À l'intérieur, d'immenses étagères montaient presque jusqu'au plafond.
Des milliers de livres y étaient rangés.
Certains parlaient de l'histoire et de la géographie de Méia.
D'autres traitaient des différentes particules magiques.
Et quelque part dans cette immense bibliothèque se trouvait peut-être la réponse au mystère de Léo.
La famille Foros avança dans le silence.
Léo regardait tout autour de lui avec fascination.
Armand, lui, cherchait quelqu'un.
Il s'approcha du bureau situé au centre de la pièce.
Une femme âgée était assise derrière.
— Excusez-moi.
Elle leva les yeux.
— Oui ?
— Je cherche Monsieur Théor Vandelis.
La bibliothécaire désigna une allée.
— Monsieur Vandelis est dans la section consacrée aux particules magiques.
— Merci.
Armand fit signe à sa famille de le suivre.
Ils avancèrent entre les étagères.
Après quelques minutes, ils aperçurent un vieil homme en train de consulter un énorme livre.
Armand s'approcha.
— Monsieur Vandelis ?
Le vieil homme releva la tête.
— Oui ?
— Je m'appelle Armand Foros. Nous sommes venu vous voir.
Théor referma lentement son livre.
— À quel sujet ?
Armand regarda Léo.
— Mon fils vient de manifester sa magie.
Théor regarda le garçon.
— Il vient de s'éveiller ?
— Oui.
— Quelle particule ?
Armand hésita.
— C'est justement le problème. Nous ne savons pas.
Théor fronça les sourcils.
— Vous ne savez pas ?
— Non.
— Que s'est-il passé ?
Armand sortit le petit flacon de sa poche.
À l'intérieur se trouvait une petite quantité de poudre blanche.
— Il a produit ceci.
Théor observa le flacon.
Son expression changea immédiatement.
— Intéressant.
Léila s'approcha à son tour.
Elle regarda son frère.
— C'est ça, ta magie ?
Léo hocha la tête.
— Oui.
— Et tu ne sais pas ce que c'est ?
— Non.
Léila regarda le flacon.
Puis Léo.
Puis de nouveau le flacon.
— Ça ressemble à du sucre.
— Ce n'est pas du sucre !
Théor esquissa un léger sourire.
Puis il redevint sérieux.
— Pourriez-vous me montrer comment cette poudre apparaît ?
Léo hocha la tête.
Il leva lentement les mains.
Il ferma les yeux.
Il se concentra.
Une sensation étrange parcourut son corps.
Ses doigts commencèrent à trembler.
Puis de la poussière blanche apparut entre ses mains.
Elle se mit à flotter doucement dans l'air.
Théor resta parfaitement immobile.
Il l'observait .
Léo ouvrit les yeux.
— Alors ?
Théor ne répondit pas tout de suite.
Il s'approcha de la poudre.
Il l'observa attentivement.
Puis il murmura :
— Fascinant!