Chapitre 22
Deux ans passèrent en un clin d'œil.
On frappa à la porte.
Fiona alla ouvrir et sourit en découvrant ses parents.
— Papa ! Maman ! Entrez !
Gilou entra avec un grand gâteau entre les mains.
— Et voilà le dessert !
Ginette le suivit en retirant son manteau.
— Bonjour, ma chérie.
— Bonjour, maman.
Armand arriva à son tour depuis la salle à manger.
— Salut, Gilou. Salut, Ginette.
— Salut, Armand !
Gilou brandit fièrement le gâteau.
— J'espère que vous avez prévu de la place pour ça.
Léo, qui était installé sur le canapé, se leva immédiatement pour regarder.
— Il est pour moi ?
Gilou sourit.
— Évidemment ! C'est quand même ton anniversaire, petit bonhomme.
Léo regarda le gâteau avec un grand sourire.
— Il est énorme !
— Je sais, répondit Gilou. Dix ans, ça mérite un vrai gâteau.
Léila arriva à son tour et se plaça à côté de son frère.
Elle observa attentivement le gâteau.
— Il est au chocolat ?
Gilou regarda Fiona.
— Voilà la vraie question. Elle est vraiment droguée au chocolat, celle-là. Je crois qu'il s'agit du docteur Cool Raoul qui a mis en évidence que le chocolat pouvait devenir addictif. D'ailleurs, dans ma clinique j'ai une chambre de désintoxication pour les grands drogués, héhéhé.
Fiona éclata de rire.
— Papa… Et toi, Léila, tu veux savoir si le gâteau de l'anniversaire de ton frère est au chocolat avant même de lui souhaiter son anniversaire ?
Léila réfléchit.
— Oui.
Léo se mit à rire.
— Elle pense qu'au chocolat.
Ginette posa une main sur l'épaule de Léila.
— Et toi, tu ne veux pas savoir si ton frère est content ?
Léila regarda Léo.
— Bon anniversaire !
Puis elle se retourna vers le gâteau.
— Alors ?
Tout le monde éclata de rire.
Gilou posa le gâteau sur la table.
— Oui, il est au chocolat.
Les yeux de Léila s'agrandirent.
— Super !
Léo la regarda, amusé.
— C'est mon anniversaire, je te rappelle.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu es plus contente que moi ?
Léila haussa les épaules.
— Parce que j'aime le chocolat.
Armand s'assit en riant.
— Au moins, elle est honnête.
Fiona regarda son fils.
— Alors, monsieur le grand garçon de dix ans, tu es content ?
Léo sourit.
— Oui !
Gilou s'assit à côté de Ginette.
— Dix ans déjà… Ça ne nous rajeunit pas.
Ginette lui lança un regard.
— Parle pour toi.
— Je parle pour nous deux.
— Non, justement.
Armand sourit.
— Vous n'avez pas changé.
Gilou prit un air fier.
— C'est ça, le secret.
Ginette répondit aussitôt :
— Non. Le secret, c'est que je le supporte depuis assez longtemps pour ne plus essayer de le changer.
Fiona éclata de rire.
— Ça explique beaucoup de choses.
Gilou regarda tout le monde autour de la table.
— Bon. On mange ?
La famille se mit à rire tandis que Fiona commençait à servir le repas.
Pour une fois, Gilou ne protesta pas devant la quantité dans son assiette.
Il regarda simplement Léo avec un sourire.
— Profite bien de ta journée, petit bonhomme.
Léo lui rendit son sourire.
— Merci, papi.
Fiona regarda son père.
— Alors, papa, ça va ?
Gilou prit une inspiration.
— Moyen. Y a trop de taxes à payer dans ce fichu pays et on paye avec nos impôts que des branleurs. La taxe foncière pour la mairie, avec le maire qui passe plus de temps à baiser sa femme qu'à gérer la ville.
Fiona leva immédiatement les yeux au ciel.
— Ah non, papa, ça se dit pas !
Gilou la regarda, parfaitement sérieux.
— Rappelle-moi combien il a de gosses ?
— Je ne sais plus...
Ginette réfléchit quelques secondes.
— Seize.
Gilou hocha la tête.
— Seize ? J'ai perdu le compte il y a un moment.
Armand se mit à rire.
— Seize enfants, quand même.
— Tu m'étonnes qu'il ait pas le temps de gérer la ville, répondit Gilou. Ensuite, l'impôt royal qui finance le royaume dont on sait plus trop à quoi il sert. Et enfin, la nouvelle contribution pour la fameuse Alliance Céleste, dont l'attardé mental, monsieur Lapin des Pacifistes, vient d'être réélu encore pour dix ans.
— Et tu aurais voulu qui, alors ? Les Expansionnistes, peut-être ? demanda Armand.
— Oui, exactement. Leur programme me convenait mieux.
— Et après, on se retape une nouvelle guerre. Comment tu peux dire ça ? Tu sais pourtant que j'ai perdu mon grand-frère et mes parents dans cette putain de guerre ! Rien n'est plus précieux que la paix !
Fiona intervint.
— AH NON ! C'est l'anniversaire de Léo ! On va arrêter tout de suite de parler politique ! De toute façon, on peut pas voter, alors ça sert à rien d'en parler.
Fiona secoua la tête en souriant.
— Vous êtes pas possibles…
Ginette posa calmement son verre sur la table.
— Tu savais très bien comment il était avant de lui demander si ça allait.
Fiona regarda sa mère.
— C'est vrai.
Gilou prit une bouchée et regarda Léo.
— Bon, allez. Aujourd'hui, on ne parle pas de politique.
Léo sourit.
— On parle du gâteau ?
Gilou leva son verre.
— Exactement. Voilà un sujet important.
Léila approuva immédiatement.
— Très important.
Le repas reprit dans une ambiance plus légère.
Gilou avait déjà commencé à parler d'autre chose tandis que Léila attendait toujours avec impatience le moment où le gâteau ferait son apparition.
Armand, lui, avait continué à boire un peu plus que d'habitude au cours du repas.
Fiona le remarqua, mais ne fit aucune remarque.
— Alors, Léo, demanda Ginette, tu fais toujours tes cours avec Théor ?
— Oui.
— Et ça te plaît toujours autant ?
— Oui ! On apprend plein de choses.
Gilou sourit.
— Tant mieux. À dix ans, il faut profiter pour apprendre.
Armand continua à boire et hocha la tête.
Fiona intervint.
— Tu devrais peut-être ralentir un peu.
Armand leva son verre.
— Mais ça va ! Je suis très bien.
Il se tourna vers Léo avec un grand sourire.
— Hein, mon grand ?
Léo sourit.
— Oui…
Ginette regarda son gendre avec amusement.
— Il a quand même l'air un peu joyeux.
— Je suis pas joyeux, je suis… heureux !
Armand posa une main sur l'épaule de Léo.
— Parce que je suis fier de lui, moi.
Fiona le regarda avec inquiétude.
— Armand…
— Quoi ? C'est vrai !
Il regarda Léo.
— Tu sais que ton père est fier de toi, hein ?
— Oui, papa.
— Très fier.
Il lui ébouriffa les cheveux.
— Parce que mon fils, il est pas comme les autres.
Fiona posa immédiatement son verre.
— Armand, arrête.
— Mais pourquoi ?
Il regarda sa femme avec incompréhension.
— Surtout avec tout ce qu'il sait déjà faire.
Fiona tourna brusquement la tête vers lui.
— Armand…
— Quoi ?
— Arrête.
Armand prit une autre gorgée.
— Mais quoi ? C'est vrai.
Léila regarda son père.
— Qu'est-ce qu'il sait faire ?
Fiona intervint immédiatement.
— Rien de particulier. Ton père raconte n'importe quoi.
Armand la regarda, un peu surpris.
— Mais non…
Fiona lui lança un regard appuyé.
— Armand.
Il sembla comprendre, mais il était déjà trop tard.
Gilou fronça les sourcils.
— Attendez. Vous me cachez quelque chose ?
— Mais non, répondit Fiona.
— Si, si, je connais ce regard, moi.
Ginette regarda sa fille.
— Fiona ?
Fiona soupira.
— Il n'y a rien.
Armand, lui, semblait avoir complètement oublié qu'ils avaient décidé de ne rien dire.
— Mais si ! Léo a un pouvoir assez incroyable.
Un silence tomba autour de la table.
Fiona ferma les yeux.
— Armand…
— Quoi ?
— On en avait parlé.
— Ah oui…
Il réfléchit quelques secondes.
— Mince.
Gilou posa lentement sa fourchette.
— Quel pouvoir ?
Fiona échangea un regard avec Armand.
— On voulait vous en parler… mais pas maintenant.
— Pourquoi ? demanda Ginette.
Fiona hésita.
— Parce qu'on préfère que ça reste entre nous pour le moment.
Gilou regarda Léo.
— C'est dangereux ?
Fiona secoua la tête.
— Pas directement.
Elle reprit aussitôt :
— Mais son pouvoir est particulier. Et certaines personnes pourraient lui vouloir du mal.
Ginette comprit immédiatement que ce n'était pas une plaisanterie.
— Quelles personnes ?
Fiona resta silencieuse.
Armand se passa une main sur le visage.
— C'est justement pour ça qu'on ne voulait rien dire.
Gilou regarda son petit-fils avec inquiétude.
— Et lui, il sait ce qu'il a ?
— Oui, répondit Fiona. Mais il ne faut surtout pas qu'il en parle autour de lui.
Léo baissa légèrement les yeux.
— Je sais.
Léila, qui a le vilain défaut d'être curieuse, demanda :
— Mais qu'est-ce qu'il peut faire avec son pouvoir ?
Personne ne répondit immédiatement.
Puis Armand lâcha :
— Il peut créer la vie.
Fiona le regarda, horrifiée.
— ARMAND !
— Quoi ?!
Il se tut.
— Ah…
Gilou resta bouche bée.
— Attends… quoi ?
Armand regarda Fiona.
— J'ai peut-être un peu trop parlé.
— Un peu ? répéta Fiona.
Ginette fixa Léo.
— Créer la vie ?
Léo hocha timidement la tête.
— Oui…
Gilou resta silencieux quelques secondes.
Puis il regarda Armand.
— Et tu viens de nous annoncer ça entre le fromage et le dessert ?
Armand baissa les yeux.
— Oui. Et je suis désolé, chérie. Je crois que j'ai trop bu...
Fiona soupira.
— Tu crois ?
Armand lui adressa un sourire un peu gêné.
— J'étais juste… tellement fier de lui.
Il regarda Léo avec tendresse.
— C'est mon fils, quand même.
Fiona le regarda quelques secondes avant de se tourner vers ses parents.
— Écoutez-moi bien. On ne veut pas que cette information sorte de cette maison. Personne d'autre ne doit être au courant.
Elle marqua une pause.
— Certaines personnes pourraient simplement décider de l'éliminer.
Le sourire d'Armand disparut immédiatement.
— Personne ne touchera à mon fils.
Il serra Léo contre lui.
— Personne.
Fiona posa une main sur son bras.
— C'est justement pour ça qu'on doit garder le secret.
Gilou acquiesça.
— Vous pouvez compter sur nous.
Ginette hocha la tête.
— Bien sûr.
Un silence s'installa quelques secondes.
Puis Léila leva timidement la main.
— Moi, je peux le dire à personne ?
Fiona la regarda.
— Non, ma chérie. À personne.
Léila hocha sérieusement la tête.
— D'accord.
Elle réfléchit un instant.
— Mais il peut créer du chocolat ?
Léo éclata de rire.
Armand se mit à rire à son tour.
— Ça, ce serait un pouvoir génial !
Fiona soupira, mais finit par sourire.
— Vous êtes vraiment impossibles…
Gilou regarda le gâteau posé dans la cuisine.
— Bon. Heureusement qu'on en a déjà.
Léila se redressa immédiatement.
— On peut le manger maintenant ?
Gilou sourit.
— Voilà enfin une question importante.
Armand leva son verre.
— À mon fils !
Fiona lui attrapa le bras.
— Doucement avec le vin.
— Oui, oui…
Il regarda Léo avec un grand sourire.
— Mais je suis tellement fier de toi.
Léo sourit.
— Merci, papa.
L'ambiance se détendit peu à peu.
Mais Fiona échangea un dernier regard inquiet avec Armand.
Ils venaient de passer deux ans à protéger le secret de Léo.
Et en quelques minutes, Armand venait de le révéler aux parents de Fiona.