Chapitre 20
Théor se plaça devant les élèves et ouvrit son grimoire.
— Aujourd’hui, nous allons étudier le Spiriton.
— Esprit ? Es-tu là ? demanda Kaël d’un ton solennel.
Théor soupira.
Ce gosse est irrécupérable…
Il inscrivit le nom de la particule au tableau.
— Le Spiriton est une particule active possédant un niveau d’énergie élevé. C’est également la plus petite des particules magiques. Les Spiritons présents naturellement dans le corps sont produits par les infracytes. Cependant, chez les mages capables d’utiliser le Spiriton comme magie, les Spiritons qu’ils produisent proviennent de leurs magiocytes.
— Et on peut les voir ? demanda Lyria.
— Non. Les Spiritons produits par la magie d’un mage sont invisibles à l’œil nu, même lorsqu’ils sont expulsés de son corps.
Théor poursuivit son explication.
— Lorsqu’ils sont actifs, les Spiritons génèrent des ondes spirituelles. Ces ondes permettent aux Spiritons de transmettre des informations.
— Des informations ? demanda Kaël.
— Oui. Les Spiritons présents dans les organes sensoriels génèrent des ondes spirituelles qui transmettent les informations recueillies par les sens aux Spiritons du cerveau en passant par les nerfs sensitifs.
Théor dessina rapidement un schéma représentant un œil, un nerf et le cerveau.
— Les Spiritons du cerveau reçoivent donc les informations provenant de nos sens grâce aux ondes spirituelles.
Léo observa attentivement le schéma.
— Donc c’est comme ça que les informations de nos sens arrivent jusqu’au cerveau ?
— Exactement.
Théor désigna ensuite les Spiritons représentés dans le cerveau.
— Les Spiritons du cerveau ont également un rôle essentiel dans le contrôle de la magie. Les ondes spirituelles qu’ils génèrent permettent au mage d’utiliser sa radiance pour contrôler ses particules magiques.
Léo regarda le schéma avec attention.
— Donc les Spiritons du cerveau permettent au mage de contrôler sa magie ?
— Oui.
Théor poursuivit :
— Les Spiritons possèdent également une propriété particulière : ils peuvent se traverser entre eux sans fusionner. Ils restent alors des particules distinctes, mais peuvent communiquer directement et transmettre des informations au moyen des ondes spirituelles.
— Même s’ils se traversent ? demanda Kaël.
— Oui. La traversée et la fusion sont deux phénomènes différents.
Théor se tourna vers les élèves.
— Cette propriété est particulièrement importante pour les illusions. Les Spiritons utilisés par un mage peuvent se traverser avec les Spiritons de la cible sans fusionner. Ils peuvent ainsi leur transmettre directement des informations au moyen des ondes spirituelles.
— Donc les Spiritons du mage peuvent communiquer directement avec ceux de la cible ? demanda Lyria.
— Exactement. Les informations transmises aux Spiritons de la cible permettent au mage d’agir sur les signaux qu’ils transmettent au cerveau.
— Et cela peut modifier ce que la personne perçoit ? demanda Lyria.
— Oui. Les informations reçues par les Spiritons du cerveau peuvent être modifiées et ainsi tromper les sens de la cible.
— Donc quelqu’un pourrait me faire voir ou entendre quelque chose qui n’existe pas ? demanda Lyria.
— Exactement. C’est ainsi que le Spiriton peut provoquer des illusions et des hallucinations.
Théor reprit son grimoire.
—Il existe cependant une limite importante : les Spiritons ne peuvent pas traverser une structure dans laquelle du Solidificaton est présent. Ils peuvent également être repoussés par d'autres particules, comme les Répulsitons.
— Même une armure ? demanda Kaël.
— Oui. Tant que du Solidificaton est présent dans la structure, les Spiritons ne peuvent pas la traverser.
Théor se retourna vers le tableau.
— Enfin, le Spiriton possède également la particularité de pouvoir être combiné avec d’autres particules magiques :

***
L’après-midi, Léo retrouva Théor dans son bureau. L’aquarium contenant le ver blanc se trouvait au fond de la pièce.
À peine entré, Léo se dirigea vers lui.
— Je peux voir le ver ?
Théor jeta un coup d’œil à l’aquarium.
— Tu peux toujours essayer, mais il est actuellement enfoui dans la terre. Tu ne le verras probablement pas.
Léo s’accroupit devant l’aquarium et observa attentivement le sol.
— Il est vraiment complètement caché ?
— Oui.
Léo posa une main contre la vitre.
— J’aimerais bien le voir…
À cet instant, la terre commença légèrement à bouger.
Léo retira sa main avec surprise.
— Hein ?
Une petite bosse apparut à la surface. Puis le ver blanc émergea lentement de la terre avant de se diriger vers Léo.
— Il est sorti !
Léo approcha doucement sa main. Le ver continua d’avancer jusqu’à se retrouver juste devant lui.
Théor fronça légèrement les sourcils.
— C’est curieux…
— Quoi ?
— Je viens de te dire qu’il était caché dans la terre et, quelques secondes après, tu as souhaité le voir. Maintenant, il vient directement vers toi.
Léo regarda le ver avec étonnement.
— Vous croyez que c’est à cause de moi ?
— Je ne sais pas encore.
Théor s’approcha de l’aquarium.
— Essaie de le toucher.
Léo ouvrit délicatement l’aquarium et caressa le ver du bout du doigt. Celui-ci ne sembla pas chercher à s’éloigner.
Léo sourit.
— Il est tout doux.
Théor resta silencieux quelques secondes, observant attentivement le comportement du ver.
Puis il se tourna vers Léo.
— Léo, puisque nous savons déjà que tu as une connexion spirituelle, j’aimerais vérifier quelque chose.
— Quoi ?
— Est-ce que tu penses pouvoir le contrôler ?
Léo regarda le ver.
— Je sais pas…
— Moi non plus. Alors essayons.
Théor désigna l’autre côté de l’aquarium.
— Demande-lui simplement de se déplacer là-bas.
Léo hésita un instant.
— D’accord…
Il fixa le ver.
— Va de l’autre côté de l’aquarium.
Le ver resta immobile pendant quelques secondes.
Léo commença à douter.
Puis il se mit à avancer.
Il traversa lentement la terre jusqu’à atteindre l’autre côté de l’aquarium.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Il m’a écouté !
Théor observa le ver avec beaucoup plus d’attention.
— Oui… Il semblerait que ta connexion avec lui soit plus importante que nous ne le pensions.
Léo, lui, semblait surtout amusé par sa découverte.
— Je peux essayer autre chose ?
— Pas encore. J’aimerais d’abord tester une chose.
Théor désigna la terre présente dans l’aquarium.
— Tu sais qu’il possède ses propres particules magiques. Demande-lui de créer un petit mur avec du Terraton.
Léo se pencha vers l’aquarium.
— Tu peux faire un petit mur ?
Le ver s’immobilisa.
Quelques instants plus tard, ses particules magiques commencèrent à entrer en résonance avec le Terraton présent dans la terre. Une petite quantité de terre se souleva progressivement et se rassembla devant lui.
Un petit mur apparut.
Léo resta bouche bée.
— Il peut vraiment le faire !
— Oui, répondit Théor. Et c’est bien lui qui utilise ses propres particules pour entrer en résonance avec le Terraton. Toi, tu contrôles le ver.
Léo regarda le petit mur avec un grand sourire.
— Alors… je peux lui demander de faire autre chose ?
Théor soupira légèrement.
— Qu’est-ce que tu as en tête ?
Léo réfléchit quelques secondes.
— Un château !
Théor haussa un sourcil.
— Un château ?
— Oui !
Léo se tourna vers le ver.
— Fais un château !
Le ver se remit au travail.
Sous les indications de Léo, il fit progressivement sortir la terre du sol. Ses particules entraient en résonance avec le Terraton et permettaient de déplacer et de modeler la matière.
Léo suivait chaque mouvement avec enthousiasme.
— Fais une tour ici ! Et une autre là !
Le château prit peu à peu forme.
Deux petites tours apparurent, reliées par des murs. Puis Léo demanda une entrée, avant d’ajouter quelques détails à la construction.
Théor observait la scène avec un mélange de curiosité et d’étonnement.
— Tu sembles beaucoup t’amuser.
— C’est trop bien !
Léo continuait de donner des indications au ver.
Mais après plusieurs minutes, les mouvements de celui-ci commencèrent à ralentir.
Une dernière petite quantité de terre se souleva, puis retomba.
Le ver s’arrêta.
— Pourquoi il ne fait plus rien ? demanda Léo.
Théor s’approcha de l’aquarium.
— Ses particules magiques semblent avoir diminué.
Léo regarda le ver.
— Il est fatigué ?
— En quelque sorte. Il a utilisé une grande quantité de particules pour entrer en résonance avec le Terraton et construire tout ça.
Léo observa le petit château qu’il venait de faire construire.
— Donc il n’a plus assez de particules pour faire de la magie ?
— Exactement. Normalement, les lombrics entrent en résonance avec la terre pour créer de simples galeries et n’utilisent jamais leur pouvoir de manière aussi intensive.
Un peu plus tard, Léo prit congé de Théor et rentra chez lui, laissant le lombric se reposer dans l’aquarium, dans son château de terre. Le ver blanc pouvait désormais se considérer comme le premier souverain lombricien de Méia.