Chapitre 19
Théor observa Léo, qui était toujours assis sur sa chaise. Même si le lombric semblait aller un peu mieux, Léo ressentait encore une certaine douleur.
— Voilà, j'ai appelé tes parents. Ils vont venir dans dix minutes. En attendant, on va mettre le lombric dans l'aquarium.
Théor se dirigea vers le récipient contenant le lombric et le prit délicatement. Il le déposa ensuite au fond de l'aquarium, dans la terre humide qu'il avait préparée quelques minutes plus tôt.
Le lombric resta presque immobile au fond de l'aquarium.
Théor ajouta une petite quantité d'eau ainsi que de la nourriture avant de refermer soigneusement le couvercle. Il vérifia une dernière fois que celui-ci était correctement fermé.
— Voilà. Au moins, il sera à l'abri du rat maintenant.
Théor se retourna vers Léo.
— Tu as toujours mal ?
— Oui, c'est encore douloureux.
Théor l'observa quelques secondes. Il avait maintenant la certitude que l'état du lombric avait une influence directe sur Léo.
— Nous allons attendre tes parents. Je leur expliquerai tout lorsque nous aurons suffisamment de temps.
Léo acquiesça.
Les dix minutes semblèrent longues. Théor resta près de l'aquarium tandis que Léo gardait les yeux fixés sur le lombric.
Puis des bruits de pas résonnèrent dans le couloir.
La porte de la salle s'ouvrit et Fiona et Armand entrèrent rapidement.
Fiona se dirigea immédiatement vers son fils.
— Léo, ça va ?
Elle posa ses mains sur les épaules de Léo, cherchant à s'assurer qu'il allait bien. Armand, lui, regarda Théor avec inquiétude.
Théor leva calmement une main.
— Calmez-vous, je vais tout vous expliquer tranquillement. Je vous en prie, asseyez-vous.
Fiona et Armand s'installèrent face à lui. Fiona continuait cependant de regarder Léo du coin de l'œil.
Théor prit quelques secondes avant de commencer.
— Je ne sais pas s'il vous l'a dit, mais hier, Léo a réussi à créer un être vivant, bien qu'imparfait.
Fiona et Armand échangèrent immédiatement un regard surpris.
— Non, il ne nous l'a pas dit... Par contre, il nous a parlé de sensations étranges...
— J'y arrive. L'être vivant en question est un ver de terre, que voici...
Théor désigna l'aquarium.
Fiona tourna la tête vers celui-ci et aperçut le lombric au fond de l'aquarium.
— J'aimerais bien, tout d'abord, que vous le soigniez.
Fiona regarda l'animal avec une expression de dégoût.
— Cette chose dégoûtante. Hors de question que j'y touche ! s'exclama Fiona.
Théor resta parfaitement calme.
— Mais c'est très important. Et il est lié à la sensation qu'éprouve Léo. Léo a des douleurs à cause de lui. Il est en mauvais état, car il s'est fait attaquer par un rat. Veuillez le soigner pour le bien de Léo.
Armand observa attentivement le lombric, puis son fils.
Il comprit rapidement que Théor ne leur demandait pas cela simplement pour sauver l'animal. Si le lombric était réellement lié à Léo, son état pouvait avoir des conséquences sur leur fils.
Armand se leva.
— D'accord, répondit Armand.
Il s'approcha de l'aquarium et s'occupa du lombric avec précaution. Quelques minutes plus tard, son état commença à s'améliorer.
Léo ressentit presque immédiatement le changement.
Il se redressa légèrement.
— Voilà.
Quelques secondes passèrent.
Léo posa une main sur son ventre. La douleur qui le gênait depuis plusieurs minutes diminuait progressivement.
— Ah... Ça va beaucoup mieux.
Fiona observa son fils avec soulagement. Elle semblait cependant encore plus intriguée qu'auparavant.
Elle se tourna vers Théor.
— Mais je ne comprends pas. Comment se fait-il que Léo soit lié à ce ver blanc ? demanda Fiona.
Théor prit le temps de réfléchir à la meilleure manière de lui expliquer.
— Ce ver possède la même longueur d'onde spirituelle que Léo. Ce n'est pas étonnant, vu que c'est lui qui a créé les cellules, dont les grands noyaux spirituels, avec ses microspiritons des Créatons.
Fiona écoutait attentivement.
— Ils sont liés par ce qu'on appelle une connexion spirituelle. Plus les deux sont proches, plus la connexion est forte. À l'inverse, plus ils sont éloignés, plus la connexion est faible, voire inexistante s'il est en dehors de la portée spirituelle. Léo peut donc ressentir ce que ressent le ver, y compris la douleur.
Fiona regarda de nouveau l'aquarium.
Une nouvelle inquiétude apparut sur son visage.
— Mais, et si le ver meurt, que se passera-t-il pour Léo ? Va-t-il mourir ?
— Non, il ne ressent que la douleur. Il ne mourra pas. Au pire, il s'évanouira si la douleur est trop intense.
Fiona resta silencieuse un instant.
Elle regarda son fils, puis l'aquarium.
— Tout de même. Je préférerais qu'on arrête tout cela pour sa sécurité.
Léo releva immédiatement la tête.
— Non ! Maman !
Fiona se tourna vers lui.
— Mais enfin, Léo, ne vois-tu pas que c'est dangereux ?
Léo serra légèrement les poings.
— Peut-être, mais c'est mon pouvoir ! Je veux continuer les expériences avec Monsieur Théor pour le comprendre.
Fiona ne répondit pas immédiatement.
Elle voyait bien que Léo ne voulait pas abandonner. Ce pouvoir faisait partie de lui et, malgré les risques, il voulait comprendre ce qui lui arrivait.
Théor intervint afin de calmer la situation.
— Après, si ça peut vous rassurer, le lombric sera sécurisé à l'intérieur de l'aquarium, avec également de l'eau et de la nourriture. Le rat ne pourra plus s'en prendre à lui.
Il désigna l'aquarium.
— Il restera ici pendant les expériences. Nous pourrons également surveiller son état en permanence.
Fiona soupira.
— Je veux surtout être certaine que Léo ne risque rien.
— C'est également mon objectif, répondit Théor. Nous ne prendrons aucun risque inutile.
Fiona regarda son fils pendant quelques secondes.
— Bon, d'accord, si c'est ce que veut Léo…
Elle se tourna ensuite vers Théor.
— Autre chose ?
— D'abord, je vous ai fait venir pour soigner le ver en priorité et vous donner quelques explications sur son pouvoir.
Léo regarda alors le lombric.
Il l'observa quelques secondes avant de remarquer quelque chose qui l'intriguait.
— Au fait, Monsieur Théor. Pourquoi le ver est blanc ?
Théor regarda à son tour le lombric.
— Il est tout blanc du fait de l'absence de pigment au niveau de la membrane extérieure des cellules. Si tu veux mettre de la couleur, il faudra aussi récupérer les pigments. Mais ça risque d'être plus difficile.
Léo réfléchit un instant.
— Non. C'est bon. Ça me plaît bien comme ça.
Théor sourit légèrement.
Un court silence s'installa dans la pièce.
Puis son expression changea.
— Cependant, je dois vous signaler qu'on peut avoir un problème beaucoup plus important.
Armand fronça les sourcils.
— Comment ça ?
Théor regarda tour à tour Fiona et Armand.
— Connaissez-vous l'A.I.S. ?
— Oui, bien sûr. C'est l'Autorité Internationale des Sceaux. Mais quel est le rapport ?
— J'y arrive, mais je vais d'abord vous exposer ma réflexion.
Théor se redressa sur sa chaise.
— L'A.I.S. possède également une branche qui rassemble le savoir de l'ensemble de l'humanité. On peut contester leurs théories et remporter de l'argent. D'ailleurs, j'en ai contesté une en fournissant mes travaux de recherche sur le Laveton. Ce qui m'a permis de gagner un million de Méions.
Léo releva la tête.
— Méion ? demanda Léo.
— Oui, c'est la monnaie d'échange internationale. Ça vaut quatre millions de Célès ici.
Léo parut surpris par la somme, mais Théor poursuivit avant qu'il ne puisse poser davantage de questions.
— Bref, ce que je voulais dire, c'est qu'ils regroupent l'intégralité des connaissances et des théories sur notre monde.
Il marqua une pause.
— Notamment deux théories.
Fiona et Armand l'écoutaient maintenant avec attention.
— L'autoassemblage des cellules et la théorie dimensionnelle de la venue des démons.
— L'autoassemblage est une théorie selon laquelle les particules s'autoassemblent, comme ça, pouf, pour former des cellules.
Théor fit un petit geste de la main.
— Or, grâce à Léo, on comprend bien que cette théorie est totalement fausse.
Armand fronça les sourcils.
— Et la deuxième théorie ?
— La théorie dimensionnelle affirme que les démons seraient venus d'une autre dimension en envahissant notre monde entre 1500 et 1550.
Théor se pencha légèrement en avant.
— Mais petite question : pourquoi cet envahissement s'est-il arrêté ? Pourquoi s'est-il produit uniquement à cette période ?
Armand réfléchit quelques secondes.
— Euh... J'en sais rien, je n'étais pas très bon à l'école… Répondit Armand.
Théor esquissa un léger sourire.
— C'est vrai que c'est bizarre. Mais alors, comment l'expliquez-vous ? Demanda Fiona.
— C'est très simple. Vous vous souvenez du grimoire que je vous ai montré quand on s'est rencontrés ?
Fiona et Armand hochèrent la tête.
— La date de l'illustration est de 1496, soit quatre ans avant l'apparition des démons, et il possédait la même magie que Léo.
Armand écarquilla les yeux.
— Attendez ! Vous voulez dire que les démons ont été créés par ce type ? répondit Armand.
— Oui ! C'est exactement cela.
Fiona réfléchit quelques secondes.
— Peut-être que l'A.I.S. ne le sait pas ? dit Fiona.
Théor secoua immédiatement la tête.
— Impossible ! rétorqua Théor. Si moi je l'ai compris, eux également. Cette organisation a été créée pour régler le problème des démons et c'est précisément ce qu'il s'est passé.
Il se tourna vers eux.
— De plus, j'ai également constaté une grosse anomalie dans le nombre d'utilisateurs de Créaton.
Fiona et Armand restèrent silencieux.
— Avec cet ancien prince et Léo, j'en compte deux. Or, le Vitaton est presque aussi courant que le Fireton.
Théor poursuivit son raisonnement.
— Une triple fusion de Fireton donne le Blancheton, qui génère une flamme blanche incroyablement chaude. Avec les archives et Magnus Invictus le chef de la guilde Invictus, on peut compter au moins vingt utilisateurs à travers l'histoire.
Il regarda Léo.
— Et il n'y aurait seulement que deux utilisateurs de Créaton à travers l'histoire ?
Théor secoua lentement la tête.
— Ça ne tient pas debout un seul instant.
Armand comprit soudain où Théor voulait en venir.
— Attendez ! Vous voulez dire que l'A.I.S. assassine les utilisateurs de Créaton ? demanda Armand, visiblement choqué.
Théor resta silencieux quelques secondes.
—Oui ! C’est exactement ce que je pense : ils les tuent ou les neutralisent… sans doute pour éviter l’apparition de créatures terrifiantes.
Fiona pâlit.
Elle fixa Théor, puis son fils.
— AHHHHHHHHHHHH ! s'exclama Fiona. QU'EST-CE QU'ON DOIT FAIRE, THÉOR ?
— Déjà, ne pas paniquer.
Fiona se leva brusquement.
— DE PAS PANIQUER ? L'A.I.S. VEUT SUPPRIMER MON FILS ET VOUS VOULEZ QUE JE NE PANIQUE PAS ?
Théor resta parfaitement calme malgré la réaction de Fiona.
— C'est vrai qu'il s'agit d'une puissante organisation internationale. Mais elle ne connaît pas encore l'existence de Léo.
Il regarda Léo.
— On a de l'avance sur elle.
Fiona resta debout quelques secondes, encore sous le choc. Puis une autre pensée lui traversa l'esprit.
— Mais bon sang ! Il y a plein de magies dégueulasses, comme la nécromancie, et pourtant, on ne les assassine pas, ceux qui la possèdent!
Théor acquiesça lentement.
— Il est vrai que les utilisateurs de Putréfacton ne sont pas persécutés. Il faut dire que pas grand monde ne s'en approche.
Léo, intrigué par ce nouveau nom, releva la tête.
— Putréfacton ? demanda Léo.
— Oui. On ne l'a pas encore étudiée en cours. Il s'agit d'une particule rare résultant d'une fusion de Vitaton et de Dégradaton. Son effet principal est la dégradation des tissus vivants.
Théor marqua une courte pause avant de poursuivre.
— Mais leur résonance leur permet également de manipuler des cadavres à l'état de putréfaction ou des squelettes contenant encore un peu de moelle putride à l'intérieur.
Léo ouvrit de grands yeux.
— Ouah ! s'exclama Léo. Ils peuvent contrôler le squelette du Léviathan alors ?
— Non, pas ces utilisateurs. Ils n'auront jamais assez de particules pour le faire.
Théor réfléchit un instant avant d'ajouter :
— Mais il existe des nécromanciens supérieurs, dont certains les appellent les Monarques de la Mort. Ceux-là possèdent le Morton, une particule triple résultant de la fusion du Vitaton, Dégradaton et Duplicaton.
Léo semblait de plus en plus intéressé.
— Ils pourraient le faire et même contrôler toute une armée de cadavres ambulants.
Théor prit quelques secondes avant de poursuivre.
— D'ailleurs, pendant la Grande Guerre, il y en avait un, Téthanos, si je me souviens bien. Il était mercenaire dans le camp des idéologistes. Il s'est rendu à la fin de la guerre et a été emprisonné à Arkhamtraz.
Armand fronça les sourcils.
— Il aurait dû être tué à la fin de la guerre, répondit Armand.
Théor le regarda calmement.
— Il est de coutume de ne pas éliminer ceux qui se rendent. Bon, bref, comme je vous l'ai dit, on a de l'avance sur l'A.I.S., et le plus simple est de ne parler à personne du pouvoir de Léo. Moins il y aura de monde au courant, mieux ça vaudra.
Léo baissa légèrement la tête.
— Ça veut dire que je ne pourrai pas le dire aux copains ? demanda Léo.
— Malheureusement, non. Tu ne devras rien dire à personne. Même de mon côté, je ne parlerai pas de tes pouvoirs à ma secrétaire, Allessandra, malgré la confiance que je lui accorde. Moins il y aura de personnes au courant, mieux ce sera.
Il marqua une courte pause avant de reprendre :
— Bon, voilà. De toute façon, on se reverra pour faire le bilan des expériences avec Léo. Je pense que d’ici là, nous aurons réfléchi à la manière d’agir à l'avenir.
Léo acquiesça, même s’il semblait quelque peu déçu de devoir garder son pouvoir secret.
Sur ces mots, la famille Foros salua Théor avant de quitter la salle.
Ils rentrèrent ensuite chez eux, tandis que Théor resta seul dans la salle, pensif devant l’aquarium.
Le lombric était toujours au fond, dans la terre humide.
***
Le lendemain matin, Léo entra dans la salle de classe.
— Salut à tous!
Kaël l’interpella.
— Salut Léo ! Ça va ? Il s’est passé quoi hier ?
— Oui, ça va beaucoup mieux maintenant. Ce qui s’est passé, c’est que j’ai ressenti une douleur assez intense.
Théor intervint pour noyer le poisson.
— Léo a subi une stimulation exagérée au niveau du cortex cérébral, à la suite d’une intensification de l’activité ondulatoire de ses Spiritons.
— Ouah ! J’ai rien compris ! Mais c’est grave ? demanda Kaël.
— Non. Pas du tout. Bon, on va passer à la suite.
Théor se plaça devant les élèves et ouvrit son grimoire.
— Aujourd’hui, nous allons étudier le Ténébron.
— Les ténèbres ? C’est trop dark ! dit Kaël.
— Ah, non, Kaël ! Tu ne vas pas recommencer avec tes blagues pourries !
Il inscrivit son nom au tableau.
— Le Ténébron est une particule active. Son effet principal est de générer de l’obscurité grâce à une fusion partielle entre les particules de Ténébron.
— Même en plein jour ? demanda Lyria.
— Oui, car les particules magiques ont la volonté du mage et seront donc toujours supérieures aux particules naturelles sans volonté propre.
Théor dessina plusieurs particules de Ténébron au tableau.
— Les particules de Ténébron peuvent donc entrer en fusion partielle entre elles. Cette fusion ne concerne pas les microspiritons des Ténébrons.
Léo observa le schéma.
— Donc, les particules restent partiellement distinctes ?
— Oui. Elles sont liées par une fusion partielle sans devenir une seule particule.
Théor poursuivit :
— Le Ténébron possède également la particularité de pouvoir être combiné avec d’autres particules magiques:

Après avoir terminé l’analyse du grimoire Ténébron, les élèves rangèrent leurs affaires et quittèrent la salle de classe pour rentrer chez eux.