Chapitre 1
Sur l’île d’Halménia vivait la famille Foros. Elle avait élu domicile dans une maison de pierre située à la périphérie de la ville portuaire de Néréïs, non loin d’une vaste forêt.
La demeure n’avait rien de remarquable. Ses murs épais la protégeaient des vents marins, son toit d’ardoise avait été réparé à plusieurs reprises et ses fenêtres étroites laissaient entrer une lumière parcimonieuse. Pourtant, pour Léo Foros, cette maison constituait le centre du monde.
Il y était né sept années auparavant, par une nuit d’orage. Sa mère, Fiona Foros, racontait que les éclairs avaient illuminé la chambre comme si le ciel lui-même avait voulu assister à sa naissance. Son père, Armand Foros, prétendait que les grondements du tonnerre avaient surtout empêché la sage-femme de dormir.
Léo aimait les deux versions.
Désormais âgé de sept ans, Léo était en âge de comprendre les bases de la magie. Un matin, ses parents l’emmenèrent derrière la maison familiale. Ils le firent asseoir dans l’herbe et lui expliquèrent patiemment le fonctionnement des particules magiques.
Son père leva une main devant lui.
— Tu vois cette petite lumière ? demanda-t-il.
Léo plissa les yeux.
Une minuscule particule verdâtre flottait au-dessus de la paume de son père. Elle brillait faiblement, comme une luciole.
— Oui.
— C’est des particules de Vitaton.
La petite lumière entra lentement dans la main de son père avant de disparaître.
— C’est grâce à elle que certaines personnes peuvent soigner les blessures.
Léo regarda la petite coupure qu’il s’était faite au doigt quelques minutes plus tôt.
Elle avait déjà presque disparu.
— Alors papa est un Soigneur ?
Son père sourit.
— Oui.
Léo se tourna vers sa mère.
— Et maman aussi ?
À quelques mètres de là, Fiona était en train de faire chauffer une casserole. Une petite flamme dansait au-dessus de sa main.
— Oui, répondit-elle en se retournant. Mais maman sait aussi faire ça.
Elle claqua des doigts.
La flamme grandit soudainement, prenant la forme d’une petite boule de feu.
Les yeux de Léo s’écarquillèrent.
— Fireton !
— Exactement, répondit sa mère avec un sourire.
Son père rit doucement.
— Ta mère possède deux types de particules magiques : le Vitaton et le Fireton.
Léo observa attentivement la lumière qui venait de disparaître.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis il posa la question qui lui brûlait les lèvres.
— Et moi ?
Ses parents échangèrent un regard.
Le sourire de son père s’effaça légèrement.
— Toi… tu le sauras bientôt.
Léo fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as commencé à ressentir cette étrange sensation il y a quelques jours. Cela signifie probablement que ta magie est sur le point de se manifester.
Son père s’accroupit devant lui.
— Tu es prêt à essayer ?
Léo hocha vigoureusement la tête.
— Oui !
— Alors ferme les yeux. Respire profondément. Concentre-toi sur cette sensation à l’intérieur de toi. Imagine que tu prends cette énergie et que tu la fais remonter jusqu’à tes mains.
Léo ferma les yeux.
Il inspira profondément.
Une fois.
Deux fois.
Puis trois fois.
Il serra les poings.
Au début, rien ne se produisit.
Le vent marin soufflait doucement derrière lui. Les feuilles des arbres bruissaient. On entendait au loin les cris des mouettes provenant du port de Néréïs.
Puis Léo sentit quelque chose.
Une chaleur parcourut son corps.
Elle descendit jusque dans ses bras.
Ses doigts commencèrent à trembler.
— Je… je la sens !
— Continue, l’encouragea son père.
Léo serra les dents.
Une faible lumière apparut entre ses doigts.
Puis elle se transforma en une étrange poudre blanche.
Quelques particules s’échappèrent de ses mains et flottèrent dans l’air avant de recouvrir l’herbe.
Léo ouvrit brusquement les yeux.
— C’est fait !
Il observa ses mains avec émerveillement.
Léo venait de s’éveiller à la magie.
Une fine poussière blanche continuait de s’échapper de ses doigts.
— Mais… c’est quel genre de magie ?
Ses parents restèrent silencieux.
Fiona s’approcha lentement.
Elle observa la poudre blanche.
Puis elle regarda son mari.
Armand ne répondit pas immédiatement.
Son visage avait changé.
Pour la première fois depuis le début de la démonstration, il semblait réellement inquiet.
— Armand… murmura Fiona.
Le père de Léo s’agenouilla devant son fils et prit délicatement quelques grains blancs entre ses doigts.
Il les observa attentivement.
— Je ne sais pas.
— Comment ça ? demanda Léo.
Armand releva lentement les yeux vers lui.
— Je n’ai jamais vu une magie comme celle-ci.
Léo regarda ses parents, soudain moins enthousiaste.
— C’est… dangereux ?
Son père hésita.
— Je ne sais pas.
La poudre blanche continua de flotter autour de Léo avant de retomber doucement au sol.
Armand se releva et échangea un regard inquiet avec Fiona.
— Je pense qu’on devrait aller voir Théor Vandelis, le bibliothécaire. Il devrait savoir quel type de magie c’est.
Léo releva immédiatement la tête.
— On y va maintenant ?
Son père esquissa un sourire.
— Attends. On va réveiller ta sœur, Léila, et on y va tous ensemble.
Léo se leva précipitamment.
— D’accord !
Il se dirigea vers la maison, mais s’arrêta soudain.
Il regarda ses mains.
Quelques grains de poudre blanche étaient encore accrochés au bout de ses doigts.
— Papa ?
— Oui ?
— Tu crois que ma magie est rare ?
Armand resta silencieux quelques secondes.
— Je crois surtout qu’il vaut mieux comprendre ce qu’elle est avant de tirer des conclusions.
Léo hocha la tête.
Pourtant, au fond de lui, une étrange excitation grandissait.
Il voulait connaître sa magie.
Et il était sur le point de découvrir qu’elle était peut-être bien plus mystérieuse qu’il ne l’avait imaginé.