Chapitre 15
Chapitre 15
Après avoir observé les différentes créatures marines de la première salle, Milo conduisit le groupe vers une pièce beaucoup plus vaste.
Au centre de la salle se dressait un immense squelette qui semblait presque remplir l’espace à lui seul.
— Voici les ossements d’un jeune Léviathan. Une espèce de la classe des Dragonoïdes.
Les élèves levèrent les yeux vers l’impressionnante structure.
— Il mesure combien ? demanda Kaël.
— Quatre-vingt-dix-huit mètres.
Kaël resta bouche bée.
— Eh ben !
— Oui. Et pour un Léviathan, c’est encore un jeune spécimen. Certains adultes peuvent faire le triple.
Lyria nota rapidement l’information dans son carnet.
Théor observa le squelette avec attention.
— Comment a-t-il été retrouvé ?
— Il s’est échoué sur une plage de l’île il y a environ trente ans, en 1996. Les autorités ont récupéré son corps afin qu’il puisse être étudié. Une grande partie de son squelette a ensuite été conservée et exposée ici.
Théor observa quelques instants les ossements.
— Et les causes de sa mort ?
Milo regarda le squelette.
— Elles sont inconnues.
— Comment ça ?
— Oui. Cela fait trente ans que les chercheurs essaient de le déterminer, sans succès.
Théor fronça les sourcils.
— Pourtant, il doit bien rester des traces.
— Quelques-unes. Mais elles sont particulièrement étranges.
Milo désigna le crâne du Léviathan.
— Les principales anomalies se trouvent ici. Le crâne présente de nombreuses fissures très fines, ainsi que plusieurs fractures internes. Pourtant, il n’y a aucune trace correspondant à un choc extérieur suffisamment puissant pour provoquer de tels dégâts.
Théor observa attentivement le crâne.
— Une attaque d’une autre créature ?
— Non. Les blessures ne correspondent ni à des morsures, ni à des griffures, ni à des perforations. Et aucune particule connue ne semble capable de provoquer ce type de dommages.
Théor fixa le crâne.
Encore un mystère...
Milo resta quelques secondes silencieux avant de poursuivre.
— D’ailleurs, le même jour, un étrange débris a également été retrouvé sur la côte.
Théor tourna la tête vers lui.
— Un débris ?
— Oui. Les analyses ont montré qu’il était constitué d’une matière très rare, issue d’une fusion triple : deux Solidificatons et une Répulsiton.
Théor fronça les sourcils.
— Une fusion triple ? Donc, une particule complexe.
— Oui. Il s'agit du Légéduraton. C’est une matière très résistante et particulièrement légère.
Théor réfléchit quelques secondes.
— Et vous savez à quoi elle servait ?
— Non. Son utilisation reste inconnue. Le débris est aujourd’hui exposé au Musée archéologique d’Halménia, à Néméria, la capitale du royaume, sur le continent.
Milo poursuivit :
— Les chercheurs ont envisagé qu’il puisse s’agir d’un morceau de sous-marin. Mais les sous-marins des différents pays proches sont tous construits avec du métal.
Théor resta silencieux un instant.
— Mais alors… il a forcément été fabriqué par des humains.
— Oui, répondit Milo. Mais personne ne sait par qui.
Théor hocha légèrement la tête.
Milo poursuivit ensuite son chemin sans ajouter quoi que ce soit.
Théor jeta un dernier regard au squelette du Léviathan avant de suivre le groupe.
Une attaque invisible, capable de provoquer des dégâts internes aussi importants sans laisser de trace caractéristique et un débris en Légéduraton…
Milo désigna ensuite une grande vitrine placée à côté du squelette.
À l’intérieur était présentée une écaille épaisse.
— Certaines de ses écailles ont également été récupérées. Elles ont notamment servi à fabriquer des pièces d’armure pour les gardes royaux d’Halménia.
Gareth s’approcha immédiatement de la vitrine.
Milo regarda l’écaille, puis l’armure du garde.
— Votre armure ressemble beaucoup à celles qui ont été fabriquées avec ces écailles.
Gareth se redressa fièrement.
— IL S’AGIT DE L’ARMURE OFFICIELLE DES GARDES ROYAUX D’HALMÉNIA !
Milo sourit.
— Alors vous avez peut-être un morceau de Léviathan sur vous.
Gareth baissa les yeux vers son armure.
— JE L’IGNORE.
Kaël éclata de rire.
— Attends… tu portes peut-être un morceau de Léviathan depuis des années sans le savoir !
Gareth releva la tête.
— JE NE VOIS PAS LE PROBLÈME !
Naëlys soupira.
— Personne n’a dit qu’il y en avait un.
Kaël continua de rire.
— En tout cas, c’est plutôt drôle.
Gareth ne répondit pas et retourna auprès de Naëlys.
La visite continua à travers plusieurs salles consacrées aux créatures marines de Méia. Milo leur présenta différentes espèces, leur habitat, leur alimentation et les particularités de leurs pouvoirs.
Finalement, ils arrivèrent dans une dernière salle consacrée aux organismes marins aux capacités particulières.
Milo s’arrêta devant un aquarium.
À l’intérieur se trouvait une limace de mer aux couleurs éclatantes, évoluant à proximité d’une anémone.
— Celle-ci est particulièrement intéressante.
Théor s’approcha.
— Pourquoi ?
Milo désigna la limace.
— Cette espèce est capable de récupérer certains organites provenant des organismes qu’elle mange.
Théor écarquilla les yeux.
— Des organites ?
— Oui. Environ une semaine après la mort de l’organisme, les cellules de la limace peuvent fusionner avec les siennes et récupérer certains de ses organites.
Théor fronça les sourcils.
— Mais pourquoi faut-il attendre une semaine ?
Milo haussa les épaules.
— Je ne sais pas. On sait simplement que le phénomène ne se produit pas avant.
Il désigna l’anémone.
— Avec certaines anémones, par exemple, elle peut récupérer des organites qu’elle ne possédait pas auparavant et ainsi utiliser certaines fonctions supplémentaires. Ce phénomène est appelé endosymbiose.
Théor resta silencieux.
Endosymbiose…
Il observa la limace quelques instants, puis l’anémone.
Des cellules capables de récupérer les organites d’un autre organisme…
Son regard se posa sur Léo.
Et si les Créatons pouvaient faire la même chose ?
Il ne savait pas encore comment cela pourrait fonctionner, ni même si cette hypothèse était réalisable.
Mais une nouvelle piste venait de s’ouvrir.
— Voilà qui termine notre visite, annonça Milo.
Théor sortit de sa réflexion.
— Merci pour toutes ces explications.
— Avec plaisir.
Le groupe commença à quitter la salle.
Théor resta quelques secondes en arrière et jeta un dernier regard à l’aquarium.
La limace de mer continuait tranquillement à évoluer autour de l’anémone.
Puis il rejoignit ses élèves.
Théor interpella Léo.
— Avant que tu partes, j’ai un devoir supplémentaire pour toi.
— Euh… oui ?
— Rien de bien compliqué. Tu devras déterrer et me ramener environ cinq vers de terre.
— Hein ? Pourquoi faire ?
— Ne t’inquiète pas, c’est pour nos expériences. Il se trouve que j’ai eu une illumination. Je te dis au revoir, Léo.
— Bon d’accord. Au revoir, professeur.
Dehors, Papy Gilou attendait devant sa voiture.
— Coucou, Papy !
— Coucou, Léo ! Allez, monte, chenapan !
Il démarra la voiture, puis questionna Léo.
— Alors ! C’était comment, le muséum ?
— C’était génial ! Il y a un énorme squelette de Léviathan.
— Oui ! Je sais, je l’ai déjà vu. Vraiment très impressionnant !
— Il faut vite rentrer !
— Pourquoi ?
— J’ai des devoirs à faire !
— Eh bien ! On y arrive bientôt. C’est quoi, les devoirs que tu dois faire pour avoir une telle envie de rentrer ?
— C’est de récupérer des vers de terre dans notre jardin !
— Hein ? C’est une blague ?
— Mais non ! Je suis sérieux !
— Mais c’est quoi, cette putain d’école ? On est sûrs que le type qui y enseigne est compétent ?
— Monsieur Théor est le meilleur et c’est pour faire des expériences !
— Ah ! De la dissection de lombrics, alors ? Eh bien, ça commence très tôt dans cette école d’élite !
— Oui. Et aussi, au muséum, j’ai vu Milo, qui a été soigné dans notre clinique. Il a une jambe en métal ! C’est un ancien de la guilde des Crevettes Écarlates, qu’il a quittée pour faire guide au muséum après l’accident de pêche.
— Eh ben, c’est bien ! La plupart des pêcheurs pêchent des petits poissons, mais eux, ils s’attaquent aux monstres marins de plusieurs mètres. Ce sont ces demeurés congénitaux qui font tourner ma clinique. Je n’ai donc pas à me plaindre qu’ils existent. Héhéhé !
— Tu sais, Papy ! Dans ma classe, j’ai ce copain qui s’appelle Kaël. Son père est le chef de la guilde des Crevettes Écarlates.
— Héhéhé ! Alors oublie ce que je viens de dire.
Une fois arrivé à la maison, Léo descendit rapidement de la voiture.
— Au revoir, Papy !
— Au revoir, Léo !
Léo se dirigea directement vers le jardin.
Il prit une petite pelle et commença à retourner la terre.
— Allez… où est-ce que vous êtes ?
Après quelques minutes, il aperçut enfin un ver de terre.
— Ah !
Il le ramassa délicatement et le déposa dans un petit récipient.
— Plus que quatre.
Une petite voix retentit derrière lui.
— Léo ?
Il se retourna.
Léila regardait le récipient.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un ver de terre.
Léila fit immédiatement un pas en arrière.
— BEURK !
— C’est pour un devoir.
— Tu vas vraiment en chercher d’autres ?!
— Oui. Il m’en faut cinq.
Léila grimaça.
— C’est dégoûtant !
Elle partit en courant vers la maison.
— Maman ! Maman ! Léo fait des trucs dégoûtants dans le jardin !
Léo soupira.
— Super…
Quelques secondes plus tard, Fiona arriva avec Léila.
— Léo, pourquoi tu cherches des vers de terre ?
— Monsieur Théor m’a demandé d’en ramener cinq pour une expérience.
Léila resta à distance du récipient.
— Moi, je trouve ça dégoûtant.
— Ben moi non, mmmmh ! répondit Léo en tirant la langue vers sa sœur.
— Tant mieux ! Mais tu ne les mets surtout pas dans la maison ! Et fais attention de ne pas les blesser !
— D’accord.
Léo retourna chercher ses vers.
***
Le lendemain matin, les élèves étaient installés dans la salle de classe.
Léo entra avec une petite boîte dans les mains.
Il s’approcha du bureau de Théor et la posa dessus.
— Voilà, professeur.
Théor regarda la boîte.
— Parfait. Je m’en occuperai après le cours.
Kaël, qui venait de s’asseoir, regarda la boîte avec curiosité.
— C’est quoi ?
— Mes vers de terre.
Kaël ouvrit de grands yeux.
— TES VERS DE TERRE ?!
— Oui.
— Tu les as vraiment amenés à l’école ?!
— Monsieur Théor me l’a demandé.
Kaël regarda Théor.
— Vous faites vraiment des devoirs comme ça ?
— Certains devoirs nécessitent du matériel particulier.
Théor se plaça devant le tableau.
— Bien. Maintenant que les vers de terre sont arrivés, nous pouvons commencer.
Kaël regarda la boîte.
— Ils ont une place réservée ?
— Non.
— Dommage. Ils auraient peut-être été plus sages que nous.
Théor écrivit au tableau :
TERRATON
— Le Terraton est une particule passive et lourde. Il permet de créer de la terre et de manipuler la matière terrestre.
Il ouvrit son grimoire.
— Contrairement à l’Airton, qui est volatile, le Terraton est fortement lié aux matières solides. Il peut donc être utilisé pour former de la terre, déplacer celle qui existe déjà ou modifier sa répartition.
Lyria leva la main.
— Est-ce qu’on peut créer beaucoup de terre avec du Terraton ?
— Oui. La quantité créée dépend de la quantité de Terraton utilisée.
Théor tourna une page.
— Le Terraton peut également être combiné avec d’autres particules pour produire de nouveaux matériaux ou de nouvelles propriétés. Consultons le grimoire:

Après l’analyse du grimoire, le cours se termina.
Théor prit la boîte.
— Merci, Léo. Mais il va maintenant falloir attendre une semaine.
Léo fronça les sourcils.
— Une semaine ? Mais… pourquoi ?
— Je dois d’abord tuer les vers. Ensuite, il faudra attendre une semaine pour que l’endosymbiose puisse avoir lieu.
Léo regarda la boîte.
— Donc, il n’y a plus d’expérience ?
— Pas avant une semaine.
— D’accord… Au revoir, professeur.
— Au revoir, Léo.
Léo repartit en direction de la sortie.
Il regarda une dernière fois la boîte.
— Tout ça pour attendre une semaine…
Puis il rentra chez lui, accompagné de son père.