Chapitre 14
Chapitre 14
Théor inscrivit un seul mot au tableau :
AIRTON
Il se retourna vers ses élèves.
— Aujourd’hui, nous allons étudier l’Airton.
Kaël leva immédiatement la main.
— C’est la particule qui permet de faire du vent ?
— Oui.
Kaël sourit.
— Ah. Pour une fois, j’avais raison.
— Profites-en, ça n’arrive pas souvent.
Quelques élèves rirent.
Théor se retourna vers le tableau.
— L’Airton est une particule passive, invisible et volatile.
Il souligna les trois mots.
— Passive, car elle ne produit pas spontanément de phénomène magique. Invisible, parce qu’elle ne peut pas être observée directement à l’œil nu. Et volatile, parce qu’elle se déplace facilement et se disperse dans son environnement.
Il dessina plusieurs petites particules dans l’air.
— L’Airton est naturellement présent dans l’atmosphère qui nous entoure. Il y en a donc partout autour de nous, même si nous ne pouvons pas le voir.
Lyria leva la main.
— Alors, un mage d’Airton utilise les particules qui sont autour de lui ?
— Exactement.
Théor inscrivit alors un nouveau mot au tableau :
Résonance
— Pour cela, il utilise un phénomène que nous avons déjà étudié : la résonance.
Il dessina une particule d’Airton entourée de plusieurs autres.
— Un mage d’Airton peut entrer en résonance avec les Airtons naturels présents dans son environnement. Il peut alors les manipuler grâce à sa propre magie.
Il écrivit :
Airton du mage → Résonance → Airtons naturels
— C’est grâce à ce phénomène qu’un mage peut notamment créer du vent. Il ne crée pas de l’air à partir de rien. Il manipule les Airtons naturels autour de lui par effet de résonance.
Kaël regarda ses mains.
— Donc, techniquement, quand je fais du vent avec un éventail, je suis presque un mage d’Airton ?
Théor le fixa.
— Non.
— Ah.
Quelques élèves rirent à nouveau.
Théor reprit :
— La résonance possède également un autre avantage important : elle permet au mage d’économiser ses propres particules.
Il écrivit :
Résonance = utilisation des particules naturelles environnantes
— Plutôt que de dépenser continuellement ses propres Airtons, le mage peut utiliser ceux qui sont déjà présents autour de lui.
Naëlys, assise près de la fenêtre, observait attentivement le tableau.
Théor se tourna vers elle.
— Vous savez déjà que Naëlys possède justement l’Airton.
Quelques élèves regardèrent la princesse.
— Elle peut donc apprendre à entrer en résonance avec les Airtons naturels qui l’entourent afin de manipuler l’air.
Naëlys hocha la tête.
— Et plus je maîtrise la résonance, moins je dépense mes propres particules ?
— Exactement.
Théor reposa sa craie.
— Mais cela ne signifie pas que la résonance rend la magie illimitée. La fréquence de la longueur d'onde spirituelle, la concentration et l’énergie du mage restent essentielles. Un mauvais contrôle peut provoquer une perte de précision, même si les particules naturelles sont présentes en grande quantité.
Il regarda l’ensemble de la classe.
— L’Airton peut sembler simple à première vue parce qu’il est invisible et présent partout. Pourtant, le contrôler correctement demande une grande précision.
Théor posa sa craie et se dirigea vers son bureau.
— Maintenant que vous connaissez les propriétés fondamentales de l’Airton, nous allons pouvoir passer à quelque chose de plus intéressant.
Il sortit alors un vieux grimoire et le posa sur son bureau.
Kaël se redressa immédiatement.
— C’est quoi ?
— Un grimoire consacré aux combinaisons de l’Airton.
Il l’ouvrit délicatement.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs pages couvertes de symboles, de cercles magiques et de schémas détaillant différentes combinaisons.
Les élèves se rapprochèrent pour mieux voir.
— Vous n’avez pas besoin de les apprendre aujourd’hui, précisa Théor. Pour le moment, contentez-vous d’observer les différentes possibilités offertes par l’Airton.
Il tourna une nouvelle page.
— Nous étudierons ces combinaisons plus en détail lors d’un prochain cours.
Kaël regarda les pages avec curiosité.
— Il y en a beaucoup ?
Théor feuilleta rapidement le grimoire.
— Disons qu’il y en a suffisamment pour que tu regrettes d’avoir posé la question.
Kaël regarda les autres élèves.
— Ah…
Quelques rires parcoururent la classe.
Théor rouvrit le grimoire et le laissa ouvert devant eux:

Il observa une dernière fois les différentes pages avant de le refermer.
— Bon, profitez bien de votre pause de midi. Cet après-midi, nous irons au Muséum de Néréïs.
Les élèves réagirent aussitôt avec enthousiasme.
— Nous y étudierons les créatures magiques qui vivent dans les eaux proches de notre île, ainsi que leur comportement et leur environnement.
Théor marqua une pause.
— Vous serez encadrés par moi et Gareth, le garde de Naëlys.
Gareth se redressa brusquement, le regard déterminé.
— JE NE RECULERAI DEVANT AUCUN PÉRIL, JUSQU’À LA MORT S’IL LE FAUT !
Un silence s’installa dans la salle.
Kaël cligna des yeux.
— …On va juste au muséum.
Théor regarda Gareth quelques secondes.
Mais où est-ce qu’ils sont allés le chercher, celui-là ?
Naëlys baissa légèrement la tête, visiblement habituée aux déclarations de son garde.
Les élèves commencèrent à ranger leurs affaires.
Théor regarda Gareth, puis les élèves qui quittaient peu à peu la salle.
J’espère que tout va bien se passer…
La sonnerie retentit.
— À cet après-midi, conclut Théor.
***
L’après-midi venu, les élèves se retrouvèrent devant le Muséum de Néréïs.
Le bâtiment était imposant, avec de grandes fenêtres donnant sur le port. À l’intérieur, plusieurs salles étaient consacrées aux créatures magiques vivant dans les eaux proches de l’île.
Théor entra le premier, suivi des élèves et de Gareth.
À peine eurent-ils franchi l’entrée qu’un homme d’une trentaine d’années s’approcha d’eux. Il portait la tenue des guides du muséum et affichait un large sourire.
— Bonjour, monsieur Vandelis. Je suis Milo, le guide qui va s’occuper de votre groupe aujourd’hui.
Il regarda les élèves. Son regard s’arrêta soudain sur Kaël.
— Kaël ?
Kaël releva immédiatement la tête.
— Wesh, bro !
Les deux se serrèrent la main avec enthousiasme.
— Qu’est-ce que tu deviens ? Ça fait un bail !
— Tranquille ! Je suis à l’école maintenant. Et toi ?
— Bah, je bosse ici depuis quelque temps. J’ai quitté les Crevettes Écarlates.
Kaël fronça les sourcils.
— Ah ouais ? Pourquoi ?
Milo baissa les yeux vers sa jambe.
— Disons que j’ai fait une petite erreur de débutant.
— Une erreur de débutant ?
— Je n’ai pas été assez attentif.
Kaël attendit la suite.
— On était en pleine sortie de pêche. On venait d'harponner une Crevette Écarlate. On a réussi à la ramener sur le pont , mais elle s’est dégagée.
Milo soupira.
— J’ai baissé ma garde quelques secondes et elle m’a sauté dessus.
Il désigna sa prothèse.
— Elle m’a attrapé la jambe avec ses mandibules et…
Il fit un geste de la main.
— Voilà.
Kaël écarquilla les yeux.
— Une Crevette Écarlate t’a coupé la jambe ?!
— Ouais.
Milo soupira.
— Et c’est justement pour ça que je n’ai pas vraiment eu envie de retenter l’expérience.
Kaël regarda la prothèse.
— Ah ouais… Je comprends mieux pourquoi t’as quitté la guilde.
Milo tapota légèrement sa jambe.
— Après l’accident, j’ai été transporté à la clinique de Néréïs. Ils m’ont posé cette prothèse en Biométalton pour éviter les risques de rejet..
Théor observa la prothèse avec intérêt.
— Du Biométalton…
Léo observa la prothèse avec attention.
— Mes parents travaillent là-bas!
Milo tourna la tête vers lui.
— Ah bon ?
— Oui. Ils sont soigneurs.
Milo sourit.
— Alors ils ont fait du bon travail. Elle fonctionne parfaitement.
Léo hocha la tête.
— Et la clinique appartient à mon grand-père!
— Ah oui ? C’est une affaire de famille, alors !
— Oui!
Milo regarda sa prothèse avec un petit sourire.
— Une très bonne technologie, confirma Milo. Par contre, ça coûte un bras.
Kaël regarda la prothèse, puis Milo.
— Bah… au moins, toi, tu peux dire que ça t’a coûté une jambe.
Milo éclata de rire.
— Exactement ! Et maintenant, ça me fait une belle jambe.
Quelques élèves rirent.
Théor secoua la tête avec un léger sourire.
— Bon… si tout le monde a fini de faire des blagues sur les membres perdus, on peut peut-être commencer la visite.
— Oui, désolé, répondit Milo en riant.
Milo se tourna vers le groupe.
— Si tout le monde est prêt, on va commencer par la salle des créatures côtières.
Les élèves se rapprochèrent de lui.
— Vous allez pouvoir observer plusieurs espèces qui vivent dans les eaux proches de notre île. Certaines sont parfaitement inoffensives…
Il marqua une pause.
— Et d’autres sont beaucoup moins sympathiques.
Kaël sourit.
— Ça, Milo pourra vous le confirmer.
Milo lui lança un regard amusé.
— Très drôle.
Le groupe commença à avancer dans les couloirs du muséum.
Les murs étaient décorés de grandes illustrations représentant différentes créatures marines. Derrière les vitres des premières salles, plusieurs bassins permettaient d’observer les espèces dans leur environnement.
Lyria sortit rapidement son carnet.
— On doit prendre des notes ?
— Bien sûr, répondit Théor. Vous êtes ici pour apprendre.
Kaël soupira.
— Même au muséum…
Théor lui lança un regard.
— Tu pensais vraiment pouvoir y échapper?
Milo les guida jusqu’à une immense salle remplie de bassins.
— Bienvenue dans la salle des créatures côtières.
Les élèves regardèrent autour d’eux avec émerveillement.
Milo désigna une créature qui nageait lentement entre les rochers.
— Celle-ci, par exemple, est une raie bleue. Elle est beaucoup moins agressive. Elle se nourrit principalement de petites créatures marines et possède une capacité magique particulière.
Lyria continuait d’écrire consciencieusement.
Pendant ce temps, Naëlys s’était rapprochée d’un autre bassin pour observer une créature qui nageait près de la vitre.
Gareth la remarqua immédiatement.
— NE VOUS APPROCHEZ PAS TROP, PRINCESSE !
Naëlys se retourna.
— Gareth, elles sont derrière une vitre.
Gareth resta parfaitement sérieux.
— UNE VITRE PEUT TOUJOURS SE BRISER !
Naëlys soupira.
Kaël se pencha alors vers Milo.
— Fais pas attention. Il est toujours comme ça.
Milo regarda Gareth quelques secondes, complètement perplexe.
Théor, lui, observa la scène en silence.
Ça promet…
Milo reprit finalement son explication.
— Donc, comme je le disais, certaines créatures possèdent des capacités magiques qui leur permettent de survivre dans leur environnement. Par exemple, certaines utilisent naturellement les particules présentes dans l’eau…
Les élèves reportèrent leur attention sur le bassin.
La visite venait à peine de commencer.